‹ Histoire de TouraineChapitre 3 sur 16 · NÉS EN TOURAINE · texte numérisé non relu

NÉS EN TOURAINE

I. ABRAHAM (Jacques), né à Tours vers 1616, étudia le droit à Paris où il fut reçu au serment d'avocat le 23 novembre i643 , profession qu'il exerça d'une manière très-distinguée. Martin Husson , dans son traité de advocato , avoue qu'il entreprit cet ouvrage à la sollicitation d'Abraham , auquel il le soumit avant de le publier.

Il nous reste de lui plusieurs mémoires parmi lesquels on distingue encore ceux qu'il fit dans la cause de Jean Maillard contre la demoiselle de La Tour et le seigneur de la Boissière. Ils sont recueillis sous ce titre : Défense de la vérité de Jean Maillard contre les impostures de Marie de La Tour, par M. Abraham. Paris, 1672, in-4, 2 vol.

Il mourut à Paris le 3 octobre 1679 » ^ ^e soixante-trois ans.

H. ABRAHAM DE LA BRETONNIÈRE (Pierre), de la même famille que le précédent, né à Tours en 1701. Il ne suivit pas comme ses parens la carrière du commerce , et se borna à cultiver les lettres et la poésie , pour laquelle il a montré quelque talent dans un poème de trois cent soixantedouze vers , intitulé la Touraine , matière qu'il a circonscrite dans un cadre beaucoup trop resserré. Il le publia en 1741 *ans y mettre son nom. Ce poème , qui fait du moins honneur

a HISTOIRE DE TOUR AINE.

à son patriotisme , a pour épigraphe ces quatre vers de son compatriote Rapin, liv. iv, v. 3i, etc. :

Fsl tanem omne solum Franc» telluris alendis Hortorum arboribus , nirique insigne colendo. Prasertim riguœ tellus vicina Turoni Ver ubi perpetuum , semperque nitentia prala.

L'auteur, dont la famille occupait un des premiers rangs dans la fabrique des soieries , n'a point oublié dans son poème une branche «l'industrie qui a fait la principale richesse de son pays. Voici comme il décrit le travail de l'ouvrier occupé à tisser la soie.

De* que la soie au fond d'un vase obscur A bu le suc du pourpre ou de l'aïur, Il la prépare, il en forme sa chaîne ; Sur le métier il l'étend avec peiue.

Unais se lève, il s'assied : devant lui Parait YensuMe; elle lui sert d'appui : De ses travaux elle est dépositaire , A ses côtés est la trame légère, Et sous ses pieds les mobiles ressorts Qui tour à tour font mouvoir ce grand corps. L'air retentit : une vierge crainUve A ce signal prête sa maiu active- La chaîne s'ouvre, et la navette fuit.

Il y décrit les astres de la nuit, Les monts déserts et les forèls lointaines, Les prés fleuris et les claires fontaines, etc.

On voit que la difficulté de ces détails techniques est surmontée sans en exclure ni l'élégance ni la précision. Il consacre ensuite une soixantaine de vers à ehanter les hommes célèbres de la Touraine, Rabelais, Racan, Rapin, Commire, Duchesne, Descartes, Destouches et Grécourt, qui vivait alors à la vérité, mais qu'il aurait pu se dispenser de mettre

en si belle compagnie s'il n'eût pas été lié avec lui d'une étroite amitié.

Ce poème , auquel le nom d'épître conviendrait peut-être mieux , offre une poésie douce et facile , mais peu» de verve et ■ d'imagination. C'est tout ce que nous connaissons de l'auteur, qui est mort à Tours le 9 novembre 1778.

ADORATEUR (Sajnt) naquit en Tonraine dans le qua- ' trième siècle. Il était encore païen lorsqu'il quitta sa patrie pour voyager en Italie. En passant à Milan il voulut entendre saint Ambroise , qui déjà s'était acquis une haute réputation dans l'éloquence de la chaire. Il en fut si vivement touché , qu'il résolut de recevoir le baptême des mains de ce saint prélat. Après l'avoir fait passer par tous les degrés qui conduisent au sacerdoce, Ambroise l'ordonna prêtre. Alors il vint prêcher l'Évangile en France, où il fut élu évoque ; mais on ignore en quel lieu. On voit seulement dans les Vies des saints de Limoges par Bernard Guyon, qu'Adorateur était revêt u de la dignité épiscopale , et qu'il fut martyrisé en Auvergne, Son corps fut transporté à Lobériac en Limousin , où l'on célèbre sa fête le i4 décembre,

ALAMAND (Josselin), d'une maison défà illustre dans le huitième siècle, et dont une branche était établie en Touraine. Josselin, vers l'an 1092, passa à Constantinople à la tête d'une troupe nombreuse de gentilshommes français pour porter des secours à l'empereur Alexis Comnène 1"% Après lui avoir rendu d'importans services, il ne lui demanda pour toute récompense que les ossemens de saint Antoine qui avaient été transférés d'Alexandrie à Constantinople. Il les rapporta en France et les déposa dans l'église d'Arles. Depuis cette époque tous les ans , le jour de l'Ascension , on avait coutume d'appeler par trois fois le baron de Châteauneuf pour porter u la procession la châsse de saint Rock.

On peut consulter sur cette famille l'inventaire généalogique delaTouraine par l'ermite Soulier, pag. ?3.

ALOIGlfY ( Henri- Louis d'), marquis de Rochefort, maréchal de France , né en Touraine en 16 1 1 . Il commença

par servir avec distinction dans la guerre contre les Espagnols, et ensuite avec le même succès en Hongrie, sous le maréchal de La FeuiUade. De retour dans sa patrie, il fut nommé capitaine des gardes-du-corps , gouverneur de Lorraine, et enfin maréchal de France en 1676; mais au mois de mars 1676, étant allé prendre le commandement de l'armée réunie sur la Sambre et sur la Moselle , il mourut à Nancy Je 23 mars suivant âgé de soixante-cinq ans.

Tl n'avait qu'un fils, mort en 1701 âgé de trente-un ans, sans avoir été marié , et une fille qui épousa le marquis de N a 11 gis.

I. AMBOISE (Louis d'), vicomte de Thouars, prince de Ta In» ont, etc. , né au château de Roche-Corbon vers i3oa, était fils d'ingelger II et de Jeanne de Craon , et se trouva héritier de la seigneurie d'Amboise après la mort de Pierre II, son oncle paternel. Ayant pris part avec quelques autres seigneurs mécontens de la cour au complot qui avait pour but d'enlever La Trémouille, favori d*e Charles VII, il se rendit en Bretagne pour se concerter avec le connétable Artus de Richemoud que ce ministre avait fait disgracier. Là il fut convenu qu'on se saisirait du favori dans le château de Chinon, qu'on mettrait un autre ministre à sa place, et qu'on emmènerait le roi à Amboise. Pour exécuter plus facilement leur entreprise , les mécontens se réunirent à Parthenay au commencement de l'année i45l. On conclut dans cette assemblée le mariage de Pierre de Bretagne avec Françoise , fille aînée de Louis, qui promit de la doter de quatre mille livres de rente. La cour dans ces entrefaites fit faire des propositions aux mécontens , qui ne voulurent pas les écouter ; ce qui détermina le roi à faire instruire leur procès par lé parlement, qui siégeait alors à Poitiers. Amboise, Lezay et Vivonne furent arrêtés. Le 8 mai i43i tous les trois furent condamnés à perdre la tête ; mais les deux derniers seulement furent exécutés. Le roi fit grâce de la vie à Louis , dont la peine de mort fut commuée en une prison perpétuelle, avec confiscation de tous ses biens. L'année suivante le roi donna par engagement

à ce même La Trémouille les seigneuries d'Amboise, de Montrichard et de Bléré , ce qui ne fit qu'aigrir encore plus i les mécontens. Les sires de Bueil , dé Coè'tivy et de Chaumont, accompagnés de quatorze de3 principaux barons du royaume et de cent soixante gendarmes , entrèrent secrètement pendant la nuit dans le château de Cbinon , où Charles VII était alors. Ayant surpris La Trémouille dans son lit , ils l'emmenèrent au château de Montrésor, d'où il ne sortit qu'en payant quatre mille moutons d'or pour sa rançon , et en outre en s'engageant à faire rendre la liberté à Louis d'Amboise, qui ne l'obtint cependant qu'en 14&λ le roi n'ayaut pas voulu avoir l'air de céder à la force. Ses biens lui furent rendus par une déclaration donnée à Tours au mois de septembre suivant , à l'exception des villes d'Amboise , de Civray etde Château-Gonthier, qui furent réunies à la couronne.

Louis mourut en \-\^\). H n'eut point d'enfans de sa seconde femme Nicole de Cbarabe ; mais de la première Marie de Rieux, il eut trois filles: Françoise, qui suit; Jeanne, mariée à Guillaume d'Harcourt , comte de Tancarville , et Marguerite , qui épousa Louis , fils de ce George de La Trémouille dont il vient d'être fait mention.

II. AMBOISE (Françoise d'), fille du précédent et de Marie de Rieux, née à Amboise en 1427. A l'âge de sept ans elle fut accordée avec Pierre de Bretagne , second fils de Jean V, duc de Bretagne , et de Jeanne de France, fille du roi Charles VI. Elle resta auprès de la duchesse sa belle-mère jusqu'à l'âge de quinze ans, époque où le mariage fut célébré.

Les principes exagérés de dévotion qu'elle puisa auprès de la duchesse l'engagèrent dans Un vœu de chasteté tout-à-fait contraire à l'union qu'elle contractait, et qui fut probablement la cause des mauvais traitemens qu'il lui fallut supporter de la part de son mari. Il lui ôta tous ses domestiques, la priva de tout , et s'oublia même souvent jusqu'à la frapper. Elle tomba dangereusement malade et montra tant de douceur et de résignation , que le prince en fut vivement touché , lui

demanda pardon , et depuis ce moment eut pour elle autant d'égards qu'auparavant il avait eu de dureté.

Pierre, en uf-j'2* ûyant succédé à Farnçois fw, son frère aîné, la duchesse employa tout ce qu'elle avait acquis de crédit auprès de lui pour lui faire faire des réglemens utiles à la Bretagne; mais ce prince étant mort. à Nantes en i^5y t Arlus, comte de Richemont, prit possession du ducbé de Bretagne, qui lui appartenait par la mort de son neveu. Autant il avait été le protecteur de la duchesse pendant la vie de son mari, autant il la persécuta lorsqu'il eut cessé de vivre, jusqu'à la dépouiller d'une partie de ses biens , de tons ses bijoux et même de son douaire , peu jaloux en cette circonstance de justifier le surnom de justicier qu'on lui avait donné. Françoise n'en témoigna pas le moindre ressentiment, et même dans la maladie dont il mourut, après lui avoir prodigué les soins les plus touchans , elle voulut l'ensevelir de ses mains et faire à ses dépens toute la pompe de ses funé-

Résolue de se retirer du inonde, elle fit bâtir auprès de Vannes un couvent de carmélites, où elle prit l'habit de religieuse le jour de l'Annonciation 1 4*^7 • Elle avait également fondé à Nantes le monastère des filles de Sainte-Claire. Elle vécut dans sa retraite avec tant d'humilité, que, refusant même le titre de fondatrice , elle ne s'estimait pas digne d'être sœur de chœur , et insista toujours pour n'être que converse. Les plus vils travaux de la maison étaient ceux qu'elle ambition* nait le plus. Enfin elle mourut le 4 novembre i^SS en odeur de sainteté dans le couvent des Carmélites de Nantes, où elle fut inhumée sous un tombeau qu'on lui érigea dans la salle du chapitre. Elle ne fut point canonisée, et n'eut que le titre de bienheureuse. >

III. AMBOISE ( Gèorge d') , premier du nom > né au château de Chaumont en 1460 , huitième fils de Pierre d'Araboise et d'Anne de Bueil, qui eurent dix-sept enfans, dont neikf garçons et h«it filles. Georges fut d'abord évêque de Montaubau à l'âge de quatorae ans, puis archevêque de Nar-

bonne et ensuite de Rouen. 11 fut envoyé ambassadeur à Rome auprès d'Alexandre VI par Louis XII pour faire annuler le mariage de ce prince avec Jeanne de France , fille de Louis XI . En considération du succès que Georges avait obtenu , le roi lui procura le chapeau de cardinal, qui lui fut apporté en France par César Borgia, fils du pape, qui venait de quitter ce même chapeau pour recevoir du roi le duché de Valentinois.

Devenu premier ministre à l'avènement de Louis XII , tous , seB soins se dirigèrent vers l'allégement des impôts. Celui connu sous le nom de joyeux avènement, dont il fit faire la remise lorsque Louis fut parvenu à la couronne , commença à lui concilier l'estime de la nation , et sa conduite dans le ministère ne fit qu'affermir encore ee sentiment, et lui mérita d'être appelé l'ami du peuple, comme son souverain ert avait été nommé le père. Peu de ministres ont fait plus de bien et moins de mal. Cependant la conquête du Milanais, entreprise, dit-on , par ses conseils, fut plus désastreuse que profitable à la France. Il fit etacore la faute de faire déclarer la guerre aux Vénitiens, parce qu'ils avaient contribué pour beaucoup à le faire exclure de la tiare à la mort de Pie II II On lui reproche encore avec raison le traité de Blois en i5o4, par lequel la France courait les risques d'être démembrée. Mais ces taches sont aisément effacées par sa probité , son désintéressement, son étude constante à détruire les abus, à réformer la justice et à faire tout ce qui pouvait concourir au soulagement du peuple. Il est à remarquer que , maître absolu des affaires de l'État, il se contenta de son seul archevêché de Rouen , et qu'il ne posséda aucune abbaye, bien différent en cela des Richelieu et des Mazarin. Avare des deniers publics; il donnait les siens avec générosité et discernement. Enfin les trois grands mobiles de ses actions furent toujours le roi , la patrie et le peuple qu'il ne séparait jamais.

On a dit que ses vues n'étaient pas très-profondes. Il parait que ses contemporains en jugeaient tout différemment; car lorsqu'il s'agissait de quelque affaire importante et difficile ,

il était passé en proverbe de dire : laissés faire à Georges.

Quoi qu'on en ait dit, il paraît assez démontré qu'il avait eu la noble et légitime ambition de parvenir à la tiare, et avec plus d'adresse , il lui eût sans doute été facile d'y réussir : mais il avait cru pouvoir confier ses intérêts au rusé cardinal de la Rovère, depuis pape sous le nom de Jules II. Celui-ci lui devait à la vérité et la liberté et la vie : mais la reconnaissance s'allie mal avec l'ambition. La Rovère , au lieu de lui obtenir des suffrages dans le conclave, fit tous ses efforts pour les lui enlever, et il y parvint. Cet événement a été consacré sur une médaille assez belle et très - rare ayant d'un côté le buste du cardinal , autour duquel on lit : Georgius de Ambosid S. R. E. eardinalis. Sur le revers on voit la table d'un autel surmonté de deux clefs en sautoir et d'une tiare au-dessus avec cette devise : tulit aller honores. Cependant à en croire Humbert Vellay, Histoire de Louis XII, Georges d'Amboise aurait dédaigné cet honneur.

Diadema Georgius orbis

Sprevit, saocta pu tans sceptra nefas emere.

Mais Pierre Martyr dit tout le contraire dans la 267e lettre de son livre XVI. « Si quod ad induendum sibi diadema « triplex faciat, nil Rhotomagensisprxtermisit; at incassum. a Tune namque Senensis ille Pius (tertius), nuuc verô Julia- « nus Ligur (secundus) de stomacbo illi poutificatum arri- « puerunt. »

Il est encore représenté en buste sur une autre médaille beaucoup plus à sa louange , dont le revers offre Ja ville de Milan avec cette devise : Salvat ubi lucet.

Il mourut à Lyon le 25 mai i5io. Son corps fut transporté à Rouen , où on lui érigea dans sa cathédrale un très-beau mausolée avec cette épitaphe :

Pastor eram Cleri, populi pater; aurea sese Lijia «ubdebant , querens et ipsa mihi.

Mort u us en jaceo , morte exlinguuntur honores, Et virtus , mortis nescîa , morte viret.

Sa vie a été écrite par Jean Si r m on d , sous le pseudonyme du sieur Desmontages. Paris , Richer , i63i , in-8. Il y en a une autre de Louis Legendre. Rouen, Machuel, 1724 et 1726, in-4 2 vol. Enfin nous avons une bonne histoire de son administration par Michel Baudicr, Paris, i65i, in-8.

On a imprimé les lettres de Georges d'Amboise à Louis XII, Bruxelles, 1712, 4 vol. iii-12.

IV. AMBOISE(Émery d'), frère du précédent, ne comme lui au château de Chaumont en i454- H fut d'abord grandprieur de France et grand-maître de l'ordre de Malte après la mort de Pierre d'Aubusson ; Émery fut élu dans l'assemblée générale tenue à Rhodes le 17 juillet i5o3, d'un consentement si universel , que pendant trois jours on fit des réjouissances publiques au sujet de sa nomination, quoiqu'il fût alors à la cour de France. Au commencement de l'année i5o4 il passa à Rhodes , où il fut reçu au bruit de l'artillerie des vaisseaux et de la ville dont les rues étaient tapissées et jonchées de fleurs. Il se montra digne de l'illustre grandmaître auquel il venait de succéder. Il fit nombre de réglemeus utiles, défendit l'usure, confirma et augmenta le Montde-Piété, reforma les lois sur la justice et le commerce, et repoussa victorieusement les attaques des ennemis de l'ordre.

K a ma U , fameux corsaire, fut chassé en i5o5 des îles de Rhodes , de Tyr et de Nissaro. Le corsaire Nichi , non moins redoutable, le fut de l'île de Noro. Sept grosses flûtes , que le sultan d'Egypte CampsonGouri avait envoyées contre les chevaliers, furent prises en i5o6. Enfin en 1507 les chevaliers s'emparèrent du grand et fameux vaisseau appelé laMorgabine, chargé des richesses des Juifs , et défendu par mille Maures choisis parmi les plus vaillans. Ils estimaient tellement ce vaisseau, jusque-là toujours victorieux , qu'ils l'avaient surnommé la reine des navires. Les chevaliers , en i5io, rem-

IO HISTOIRE DE TOUR Al NE.

portèrent encore une victoire mémorable sur le même sultan d'Égypte.

Émery d'Amboise mourut à Rhodes le i5 septembre i5i2 âgé de soixante-dix-huit ans.

V. AMBOISE ( Georges d'), deuxième du nom, fils de Jean et de Catherine de Saint-Bélin, succéda à son oncle Georges I" dans l'archevêché de Rouen, et fut créé cardinal le 1 5 décembre i546 à la quatrième promotion faite par Paul III, et reçut le chapeau dans l'église de Saint- Étienne de Bourges. C'est seulement à raison de cette dignité ecclésiastique que nous lui avons donné une place dans cette Biographie, ïie connaissant d'ailleurs rien de lui qui soit de nature à mériter une mention plus particulière.

Il mourut en i55o et fut inhumé à Rouen dans le tombeau de son oncle.

VI. AMBOISE (Charles d'), deuxième du nom , seigneur de Chaumont, né à Amboise en ifaS de Charles, premier du nom , et de Catherine de Chauvigny. Louis XII le nomma, en i5oi,son lieutenant-général en Lombardie. Il secourut le pape Jules II contre Jean Bentivoglio qu'il contraignit de rendre la ville de Bologne. La même année il battit les Génois qui s'étaient révoltés contre le roi , les chassa des montagnes qu'ils avaient occupées pour empêcher le passage des Français, contribua à la reddition de Gênes, prit Trévise sur les Vénitiens en i5og, enfin il commanda l'avant-garde à la bataille d'Aignadel le 14 mai, où pendant trois heures il combattit avec le plus grand courage. Grand-maître de l'artillerie de France en i5o2, il reçut en i5o41e bâton de maréchal. L'amiral de Graville, son beau-père, s'étant démis de sa place en sa faveur , le roi la lui accorda par lettres patentes du 3i janvier i5o8, enregistrées le lendemain au parlement.

Il mourut à Correggio en Lombardie le 1 1 février 1 5 1 1 suivant le père Anselme, et le io mars suivant don Clément. Ses restes furent apportés à Amboise et enterrés dans l'église des Cordeliers sous une tombe de cuivre que l'on voyait' dans la chapelle de Saint-Jean à côté du chœur.

VII. AMBOISE (Michel d') , seigneur de Chevillon , fils naturel de Charles d'Ain boise dont il vient d'être parlé. Quoique né à Naples, cet auteur français n'appartenant h aucune province de la France , j'ai cru pouvoir lui assigner pour patrie celle de son père où il avait été élevé.

Il est généralement connu sous le titre de l'Esclave Fortuné, titre qu'il prend à la tête de tous ses ouvrages qui sont assez nombreux, et dont quelques-uns sont devenus assez rares , ce qui fait aujourd'hui leur principal mérite. Quoiqu'on ignore l'époque de sa mort, on est fondé à croire qu'il ne vivait plus en 1 55 1 ou i55a.

Nous avons de lui : i° les Complaintes de l'Esclave Fortuné , avec vingt épi t rès et trente rondeaux d'amour. Paris , in-8 , sans date ; '

a° La Penthaire de l'Esclave Fortuné. Paris, i53ô, in-8.

3° Les Bucoliques de Mantuan en rime françoise. Paris , in-4.

4° Les Cent Épigrammes. Paris, in-8, sans date.

5° Le Babylon , autrement la Confusion de l'Esclave Fortuné. Paris, 1 535 T in-8.

6° Les Épitres Vénériennes de l'Esclave Fortuné privé de la cour d'amour. Paris, i53a, i534 ou 1 536 , in-8, rare.

7°. Le Secret d'Amour où sont contenues plusieurs lettres tant en rithme qu'en prose. Paris, t5fo, in-8, rare.

8» Quatre Satires de Juvénal, translatées en François. Paris, i544> in"8.

9° Le ris de Démocriteet le pleur d'Héraclite sur les folies et misères de ce monde , traduit de l'italien de Frégose. Paris, i547, in"8, et Rouen i55o, in-x6.

io% Enfin le Blason de la Dent qui se trouve dans le reciieil imprimé à Rouen en i536.

Clément Marot, plein de grâce, de finesse et de naïveté, avait déjà donné à la poésie française une allure plus vive et plus aisée quand Michel d'Âmboise publia ses premiers ouvrages : mais il resta bien loin de son modèle , et l'on serait tenté de croire qu'il l'avait précédé de plus de demi-siècle.

Ce n'est point ici le cas d'analyser ses différentes productions aujourd'hui tout-à-fait oubliées lorsque celles de Marot, de Passerat, de Mélin de Saint-Gelais sont encore lues avec plaisir. Je me bornerai donc , pour donner une idée de sa manière et de son style, à citer un passage de Tune de ses contre-épitres d'Ovide. C'est le commencement de la réponse d'Hippolyte à Phèdre.

En vérité , tout mon honneur j'affolle ,

Faisant réponse à ta demande folle

Qui ne mérite avoir seulement once

De gracieuse et honneste réponce.

Or, toutes fois à ce que tu me mandes,

Je répondrai , affin que tu t'amendes ,

Et si je voy que cettuy escrit mien

Ne te proufficte à t' amender de rien,

Je m'en irai hors ce pays cachant

Pour donner lieu à ton vouloir méchant :

J'absenterai mon pays et mon père

Pour douner lieu à ton grand vitupère ;

Car j'aime mieux en pays loinglaiu vivre

De deshonneur et de honte délivre , .

Pauvre , sans bien , et sans avoir chevance ,

Que vivre ici avecques abondance

De tous les biens que peut souhaiter homme

Ayant reproche , et de péché grand'somme.

Il vaudrait mieux avoir été mort né

Que jusques là par vice estre mené,

Que de souiller son honneur et sa famé

De quelque crime et péché trop infâme.

L'homme ne vault fors tant que l'honneur dure :

L'honneur perdu , l'homme n'est rien qu'ordure.

Tel est lestylede Michel d'Amboise dans toutes ses poésies.

AMYRAULT ( Moyse ) , né à Bourgueil au mois de septembre 1596. Destiné par son père au barreau, son inclination l'entraîna vers les études théologie jn es , dont il ne cessa de s'occuper durant tout le cours de sa vie. Après avoir étudié

BIOGRAPHIE. l3

à Saumur sous des maîtres protestans , il y devint protestant lui-même et fut l'un des plus fermes appuis de sa secte par son savoir et ses vertus privées. Il est vrai que jamais peut-être dans aucun parti il ne se trouva de sectaire plus doux et plus tolérant. Aussi, malgré la différence d'opinions, les cardinaux Richelieu et Mazarin lui donnèrent-ils souvent des témoignages de considération. Député en 1731 par le synode de Charenton , il harangua le roi qui , par égard pour lui , le dispensa de se mettre à genoux. Àmyrault se montrait également bon et charitable envers les catholiques et les réformés. Sa tolérance fut sans doute la cause des accusations d'arminianisme portées contre lui aux synodes d'Alençon en 1637 et de Charenton en i6fô : mais il s'en défendit dans son ouvrage intitulé : La Croyance de Moyse Amyrault sur les Arminiens. Paris, in-8, sans date. ïl a publié beaucoup d'autres ouvrages dont je vais donner une liste plus complète que celles qui ont paru jusqu'ici.

20 Traité des Songes. Saumur, in-8, sans date;

3° Traité des Religions contre ceux qui les estiment toutes indifférentes. Saumur, i63i , in-8.

4° Paraphrase sur le Nouveau Testament. Saumur, i644> 11 vol. in-8.

5° Paraphrase sur les Psaumes. Saumur , in-8.

6* Morale Chrétienne. Saumur , in-8.

7P Dissertation sur l'état des Fidèles après la mort. Saumur, 1646, in«4«

8* Apologie de la Religion Réformée. Saumur, 1647, in-4» 90 Considérations sur les droits par lesquels la nature a

réglé les mariages. Saumur, 1648, in-8.

io° Discours sur la Souveraineté des Rois. Charenton,

i65o, in-8.

11 • Du Règne de mille ans , ou de la Prospérité de l'Église. Saumur, i654, in-8.

1 2* Traité sur la Grâce et la Prédestination. Saumur, in-8. >3° Mosys Amy raidi de secessione ab Ecclesiâ romanâ et de

l4 HISTOIBE DE TOUR AINE.

ratione pacia inter Evangelicos in religion» s negocio constituendœ disputatio. Salmurii , 1657, in-8.

i La vie de François seigneur de Lan ou e, dit Bras-de- Fer. Leyde, Elzevier, 1661, in- 4. Ce dernier ouvrage est encore recherché.

Amy rault se délassait quelquefois avec les muses latines de ses disputes théologiques ; il a composé en vers hexamètres une apologie de saint Étienne contre ses juges.

Il mourut le 8 janvier 1664 à l'âge de soixante-neuf ans.

Son prénom de Moyse a fait commettre au P. Bartolocci une bévue dans sa Bibliotheca Rabbinica où il le prend pour un Juif converti.

Voici les deux vers faits par M. Dubosc pour être mis au bas de son portrait.

A Mose ad Mosem , par Mosi non fuit ullu»; More , ore et calamo miru» uterque fuit.

ARNAULT (Martin) , né à Loches en 162$, bachelier en théologie et curé de Saint -Saturnin de Tours. Le zèle qu'il montra pendant les troubles occasionés par la différence des opinions religieuses lui mérita d'être nommé chantre et chanoine du chapitre de Saint— Martin. Nous ne connaissons de lui qu'un seul ouvrage intitulé : Doctrine abrégée pour faire profession de foi, maintenir les Catholiques en leur religion, et réduire les erransen la foy à l'union de l'Église universelle. Tours, P^Regnard; 167a, in- 12. Il est mort en 1679.

AUBRY (Gilles ) , seigneur de Villiers, conseiller au présidial de Tours, lieu de sa naissance. Il était fils de Gilles Aubry, conseiller au même siège, et de Marie de Longuemer, qui comptait parmi ses aïeux trois lieutenans— généraux au bailliage de Tours, savoir : Jean Bernard en 1462, Jean Falaiseau en 1498, et Guillaume Sireau en i5i2. Gilles Aubry passait de son temps pour un homme universel, également profond dans la jurisprudence, les mathématiques, la pein-

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ture, la botanique, la gravure, etc. Mais de tant de savoir il n'est sorti qu'une paraphrase sur les Psaumes de la Pénitence, imprimée à Tours en 1647* H était né en 1589. On ignore la date de sa mort.

AUGEARD (Matthieu) prit naissance à Tours en 1673, et fut reçu à Paris au serment d'avocat en novembre 1 703. Lorsque M. de Chauvelin , en 1 727, fat nommé garde des sceaux, Augeard obtint la place de secrétaire du sceau qu'il conserva jusqu'en 17^7, époque de la disgrâce de son patron. Nous avons de lui une compilation estimée , même encore aujourd'hui , des meilleurs jurisconsultes. Elle est intitulée ; Arrêts notables de différons tribunaux du royaume sur plusieurs questions importantes de droit civil , de coutumes , de discipline ecclésiastique et de droit public. Paris, 1710-^1716, in-4, 3 vol . Mais cette première édition n'est plus recherchée depuis celle qui a paru chez Huret. Paris, i?56, in-fol. , a vol.

Augeard mourut à Paris le 27 décembre i?5i.

I. BABOU (Jean), seigneur de la Bourdaisière , chevalier de l'ordre du Roi , grand-maître de la garde-robe de Henri, duc d'Anjou, né à Tours en i5io, était fils aîné de Philbert Babou et de Marie Gaudin. Lorsque François 1" eut créé les charges de grands baillis d'épée , Jean Babou fut le premier à être revêtu de celle de la Touraine. Charles IX lui donna en 1567 celle de grand-maître de l'artillerie de France, et il se signala en cette qualité en i56g à la bataille de Moncontour, au gain de laquelle il ne fut pas étranger; car, suivant les mémoires de Tavannes , il fit passer avec une extrême diligence les huit pièces de canon qui étaient à la tête des Suisses, et les ayant placées à l'aile droite de l'armée, en face de l'ennemi , il les employa avec tant d'adresse et d'avantage que les troupes calvinistes, n'en pouvant soutenir le feu , furent contraintes de plier. Brantôme dit qu'il mourut peu de temps après cette victoire, au mois de novembre de

l6 HISTOIRE DE TOURAI3TE.

la même année,' en réputation d'un brave et sage gentilhomme , et fort homme d'honneur.

Il avait épousé Françoise, fille de Florimond Robertet, seigneur d'Alluye et secrétaire d'état, dont il eut, entre autres enfans, Françoise Babou, qui fut mère de Gabrielle d'Estrées , Philbert et George dont il sera parlé aux articles suivans.

II. BABOU (Philbert), deuxième du nom, cardinal, frère du précédent, né à la Bourdaisière en i5i3. Après la mort de Jacques son frère , doyen de Saint-Martin et évêque d'Angouléme , François I" le pourvut de ces deux bénéfices quoiqu'il ne fût âgé que de dix-neuf ans. Il est vrai que Jacques les avait possédés n'en ayant que douze. Henri II l'envoya en ambassade à Rome avec la mission secrète d'empêcher le mariage de Philippe II , roi d'Espagne , avec Élisabeth reine d'Angleterre , en dissuadant le saint-père d'accorder les dispenses. Philbert réussit d'autant plus facilement dans cette négociation que, suivant toutes les apparences, Élisabeth n'avait jamais été décidée de bonne foi à ce mariage, pas plus qu'à celui dont elle avait bercé plus d'un autre prétendant. Quoi qu'il en soit, Philbert se vit continué dans la même ambassade par François II et par Charles IX auprès du pape Pie IV, qui lui donna le chapeau de cardinal au mois de février i56i , d'abord sous le titre de Saint-Sixte ensuite sous celui de Saint-Martin-du-Mont et de Saint- Anastase.

Depuis sa promotion , il ne cessa point de séjourner à Rome, où il mourut subitement le 26 janvier i5?o et fut enterré dans l'église de Saint-Louis des Français , où on lit cette épitaphe auprès de la grande porte : «« D. O. M. Phil- « berto Babou Burdœserio S. R. E. cardinali, trium gai lias a regum Henrici II , Francisci II , Caroli IX apud Pau- « lum IV et Piura IV Pont. Max. legatione perpétua egregie m functo, Maria Gaudin mater, Philbcrtus et Fabricius « posuerunt. Vixit annos 5?. Obiit anno 1570, vn° kal. « februarii. »

BIOGRAPHIE. ij

III. BABOU (G eorge), seigneur de la Bourdaisière, fils aîné de Jean et de Françoise Robertet, naquit à la Bourdaisière eu i53l. Ayant embrassé le parti de la Ligue, ce fut par elle et pour «lie qu'il fut pourvu de la charge de grand-maître de l'artillerie de France. .La même faction lui donna pareillement le gouvernement de la ville de Chartres, qu'il défendit fort courageusement avec un petit nombre de troupes, depuis le 9 février jusqu'au 19 avril 1591 , contre l'armée de Henri IV qui y avait porté toutes ses forces. L'artillerie ayant fait deux brèches aux murailles , Babou soutint deux assauts avec beaucoup de résolution : mais enfin voyant que Châtiilon , lieutenant-général de l'armée du roi , avait fait jeter un pont sur la rivière , il demanda à capituler, et sortit de la ville à des conditions honorables. Henri IV , qui estimait le courage dans quelque parti qu'il se trouvât, lui donna depuis une charge de capitaine de cent gentilshommes de sa maison. Il fut ensuite décoré du collier de l'ordre du Saint- Esprit, à la troisième promotion, qui eut lieu le 5janvier 1 595. A la vérité sa nièce, Gabrielle d'Estrées, ne contribua pas peu à le mettre dans les bonnes grâces du roi.

Dans ses momens de loisir il composa sur le psaume 5o des méditations en vers héroïques en autant de cantiques que le psaume a de versets.

Il avait épousé Marie, princesse d'Yvetot, fille de René Du Bellay, dont il eut George , deuxième du nom , tué en duel à Bordeaux, en 161 5, aux fêtes du mariage de Louis XIII, par le comte de Barrault, et deux filles dont l'une fut abbesse de Beaumont-lès-Tours, après la mort de sa tante, en 1647.

BAHUCHE (Marguerite), femme de Jacob Bunel, et comme lui née à Tours vers le milieu du seizième siècle. Elle était peintre ainsi que son mari, et n'eut pas moins de talent, si l'on en croitun assez bon juge en cette matière, ClaudeVignon? qui en fait l'éloge dans l'une de ses lettres, du 24 juin 1668. Quelques-uns même ont assuré qu'elle surpassait Bunel dans le portrait, où elle s'était acquis une telle réputation que les plus illustres personnages de la cour avaient voulu être

l8 HISTOIRE DE TOUR AINE.

peints par elle. Après la mort de son époux elle se .remaria à Paul Galand, receveur des tailles à Tours. Voy. Bcncl.

I. BAREÎ (Jean), conseiller au présidial de Tours, ensuite lieutenant-général à Loches, né à Tours en i5iï,et * mort en i58o, fut un jurisconsulte très-estimé dans son temps. Nous avons de lui : i° le Style de Touraine; Tours , Molin, i588, in-24; 2° Coutumes du duché et bailliage de Tonraine, édition augmentée de la Forme et du Style des procédures ès cours et juridiction de ce duché ; Tours, Métayer, 1591 , iu-4 de 25i pages , non compris le Style qui en

a 71. Étrenne Pallu faisait beaucoup de cas de cet ouvrage; mais celui que lui-même il publia depuis, fit entièrement oublier celui de Baret.

Son petite-fils René Baret , chevalier de Tordre de Saint- Michel et maître-d'hôtel du roi , également né à Tours, est connu par un ouvrage intitulé : De la parfaite Connaissance des chevaux et de toutes leurs maladies ; Paris, 1661 .

Nous avons un autre Jean Baret qui pourrait être delà même famille, mais on n'a aucune certitude à cet égard. Celui-ci est auteur d'un livre qui a pour titre : Histoire des derniers Troubles de Moldavie, par Jean Baret , sur les Mémoires de Charles de Joppecourt; Paris, 1620, in-8.

II. BARET (Jacques), sieur de la* Galanderie , avocat, ensuite référendaire en la chancellerie de France , naquit à Tours en i5|79, ^c ^aC0D Baret, procureur du roi en la prévôté de cette ville. Il paraît que, malgré sa profession, l'amour des belles-léttres l'emporta chet lui sur l'étude de la jurisprudence ; et ce penchant décidé lui fit prendre pour devise , sicvosvita beabit, anagramme de ses deux noms latinisés, Jacobus Barelus. Des deux seuls ouvrages qu'il ait publiés, l'un est encore recherché et mis au rang des livres curieux; il est intitulé : Le Chant du Coq françois , au roy , où sont rapportées les prophéties d'un h ermite allemand; Paris, 1621, in-12. L'ouvrage se compose de <leux parties : dans la première, qui contient ie Chant du Coq, l'auteur s'efforce de prouver à Louis XIÎI qu'il doit aller combattre

les Turcs pour les amener à la religion catholique. La seconde est un recueil de différentes révélations qui toutes tendent à annoncer le triomphe de l'église sur l'hérésie. Probablement la singularité et la rareté' de l'ouvrage sont les seuls motifs qui lui donnent encore quelque prix.

On ignore en quelle année il mourut. A. la page 49 du Chant du Coq son nom est signé Barret : mais ce ne peut être qu'une faute d'impression, car c'est incontestablement Baret qu'il se nomme.

BARRAUD (François) , ué à Tours vera i53o , alla s'établir à Poitiers, où il exerça avec beaucoup d'intégrité la charge de commissaire—enquéteur-examinateur pour le roi. Nous avons de lui un Traité de la Jeunesse, imprimé à Paris chez Antoine Houic, 1^79, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin de Sébastien Fox-Morzillo de Séville, jeune savant qui se noya à la fleur de son âge en passant de Londres à Madrid, où Philippe II l'avait appelé pour être précepteur de l'infant don Carlos.

BARTHÉLEMI (Nicolas), bénédictin, prieur de Notre- Dame-de-Bonne-Nouvelle près Orléans, né à Loches en 1478. Il est auteur de poésies latines qui sont devenues assez rares, et parmi lesquelles on recherche surtout celles qui sont intitulées : Nicolai Barptholoraaei Lochiensis epigrammata et eydillia; ParisiU, Cyancus, l532, in-8. Parmi les pièces qui composent ce recueil, on trouve un conte dont Rabelais n'a pas dédaigné de faire usage dans son Pantagruel, Uv. 3, chap. 23. Les poésies de Barthélemi se trouvant dana tuès-pcu de bibliothèques, je citerai ce morceau pour donner une idée de sa manière d'écrire et de conter.

Frauciscaous in alteram profundi Ripam fluminis , excepit ferendum Quew piarn nitiikim, coma ml unique, (Parco àuic non une , rem minus silebo Dignam public a quai sit, nique fiât) Impositumque humeris rogavit ipse,

20 HÏSTOIRÊ DE TOURAWE.

* Quum ventum ad médium prope esset amnem Franciscanus, an is pecuniarum Quicquam forsan haberet ? Me habere Se dixit , quibus hunti juraret amplas Affatim quoque asymbolum cibaret Promissis nihil excitus vadator, Nescis ordinis , inquit , esse nostri , Nos déferre pecunias vetari ?

Desertor minime hujus ipse fiam.

Excussum simul huuc in amne liquit.

Novi utrumque , et id audii ex utroquc.

Les autres ouvrages de Barthélemi sont : Moroiae cura Panegyrico beroico in Dei param Virginem Mariam; Pari si., Badins, i5 1 4 ? — Ennea , Paris. , i53i , in-8. Ce sont des espèces de méditations sur des sujets de piété. Ghristus Xylonicus, tragœdia : praefixa est epistola Dionysio Briçoneto Macloviensi episcopo scripta ; Paris., 1529, in-8; Anvers, i53g, et Cologne, l5z[i , in-8. Il a de plus écrit en prose: De vitâ Activâ et Conteraplativâ ; Paris., i5a3, in-8.

On conserve de lui deux ouvrages qui n'ont point été imprimés, savoir: i° Historia Caroli Aurelianensis , in-4- Ce manuscrit se trouve parmi ceux du Vatican provenant de la reine de Suède. 2° Ludovici Aureliani dueis postea régis Francorum ejus nominis XII vita et historia, auctore Nicolao Bartholomaeo Lochiensi,priore BeataeVirginis a Bonis Nuntiis apud Aureliam', in-4. Théodore Godefroy en a fait imprimer un fragment relatif à Charles VIII dans la Vie de ce roi , Paris, 1617, m~4« Ce dernier manuscrit, qui originairement appartenait à André Duchesne, était passé dans la bibliothèque Colbert.

BASTARNAY (Imbert de ), baron du Bouchage et d'Authon, seigneur de Montrésor en Touraine, était d'une famille originaire du Dauphiné. Il naquit au château de Montrésor vers 1441- De très-bonne heure il s'attacha à la fortune de . Louis XI, auquel il rendit des services assez importans lorsque ce prince, n'étant encore que dauphin, était

obligé de fuir la cour de son père, dont il avait justement encouru la disgrâce. Parvenu à la couronne , Louis XI s'empressa de le récompenser de son dévouement et de sa fidélité par des emplois , et par une confiance qu'aucun autre n'obtint au même degré. Il faut convenir que Du Bouchage la méritait, car personne n'exécutait plus à la lettre les ordres de son maître, et l'on sait que ce prince en donnait souvent qui n'étaient pas fort agréables à remplir.

En 1471 il le chargea de se rendre auprès du duc de Guienne son frère, pour le détourner du mariage qu'il projetait de contracter avec l'héritière de Bourgogne. On a peine à reconnaître daus cette démarche la politique ordinaire de Louis XI, qui devait au contraire accueillir tout ce qui pouvait conduire à faire de la Bourgogne une province de France. Les motifs qu'il chargea Du Bouchage de faire valoir ne semblent pas assez puissans pour excuser son opposition. Il lui recommandait entre autres choses de rappeler à son frère « la « grande haine que la maison de Bourgogue a eue pour le « feu roi Charles VII j les grands outrages qu'elle lui a faits,

jusqu'à le faire déshériter et priver, si elle l'eût pu, de la « couronne de France. » Il est clair qu'en ceci Louis XI n'écoutait que sa haine personnelle qu'il voulait faire partager à son frère.

Du Bouchage fut envoyé en Roussi 11 on en i^y5y époque où cette province fut soumise à la France. Par les instructions dont il était chargé, on voit que le monarque avait en lui une confiance illimitée. Dans une lettre qu'il lui écrivait au mois d'avril, on remarque un trait qui caractérise parfaitement son astuce habituelle. « Messire Yvon , dit-il , est un des « plus malycieux traîtres de ce royaume , et considérez que « vous allez pour me servir et qu'il faut estre plus malycieux « que luy si vous me voulez bien servir en cecy et vaincre « par sus luy. » Il ne le servit que trop bien en effet; car le roi lui ayant demandé de lui signaler les traîtres du Roussillon, c'est-à-dire ceux qui semblaient répugner à passer

sous une domination étrangère, il lui envoya une liste de plus de deux cents personnes dévouées à la proscription. En un mot il jouissait d'un tel crédit auprès du roi que les plus grands princes s'adressaient toujours à lui pour faire expédier leurs envoyés. C'est ce qu'on peut voir par une lettre que René, roi de Sicile, lui écrivait à ce sujet le 29 août i4?9»

Louis XI le créa comte de Fésenzac, et en 1478 érigea ' pour lui en baronnie la terre du Bouchage.

Il ne perdit point son crédit sous le règne suivant, malgré la haine et les clameurs dqnt furent poursuivis les anciens confidens de Louis XI. Charles VIII l'employa dans beaucoup de négociations, genre d'affaires qu'il maniait avec une grande dextérité, et même en 1496 le nomma son ambassadeur eu Espagne pour terminer les dissensions qui s'étaient élevées entre lui et la cour de Castille. Il y réussit au moyen d'un traité dans lequel il fit entrer le roi d'Angleterre et le roi des Romains. Ce fut également lui qui applanit les difficultés relatives aux villes de Lille , Douai et Orchies, en traitant avec les ambassadeurs de Maximilien roi de3 Romains.

A beaucoup de finesse et d'habileté dans les affaires , Du Bouchage joignait une souplesse d'esprit qui le maintint constamment en faveur. Il mourut le 12 mai i5?3, et eut sa sépulture dans l'église de Montrésor, où le 26 mars i52i il avait fondé un chapitre de huit chanoines que Martin de Beaune, archevêque de Tours, confirma en i523, en accordant à perpétuité le droit de présentation aux seigneurs de Montrésor.

De sa femme Elisabeth de Monchenu, il eut un fils nommé François et une fille mariée à Jean de Poitiers, comte de Saint-Vallier.

Sa postérité finit dans Claude fils de René et petit-fils de v François, qui mourut, le 18 novembre 1567, des suites des blessures qu'il avait reçues le 10 à la bataille de Saint-Denis. Il fut, comme ses ancêtre*, enterré dans la collégiale de

BIOGRAPHIE. i3

Montrésor où nous avons encore vu son tombeau avec cette épitaphe :

Arréte-toi, passant, arréle ici tes yeux.

Contemple ce pilier si tu es curieux

De savoir ce qui est dam icelui compris.

Sache que c'est le camr d'un seigneur de haut prix,

Qui, vivant, a montré par brave expérience

Quelle était de son cœur l'honneur et la vaillance :

Mais mort qui a toujours envy sur la vertu

L'a , en ses jeunes ans , de son corps dévêtu;

L'épiant pour ce faire en belliqueux arroy

Combattant vaillamment pour Dieu et pour son roi.

Délaissant à sa mort à son roi la victoire,

Et à ce gentil cœur immortelle mémoire.

Çe Claude de Bastarnay n'était âgé que de vingt-deux ans.

BAUD ( Saint ) , que Grégoire de Tours nomme Baudinus, seigneur d'Amboise, naquit à Verneuil en Touraiue vers la fin du cinquième siècle ; il s'attacha à la cour du roi Clo— taire ï"t qui Péleva à la dignité de grand référendaire , l'une des premières charges du royaume. On nommait référendaire eelui qui en était revêtu , parce qu'on lui apportait toutes les lettres patentes pour être vérifiées et scellées du sceau royal dont il était dépositaire. Saint Baud fut marié, et eut un fils qui lui succéda dans les seigneuries d'Amboise et de Verneuil : mais après la mort de sa femme il embrassa l'état ecclésiastique , remit au roi sa place de référendaire, et fut élevé en 546 sur le siège de Tours, où il mourut en 552 après cinq ans dix mois d'épiscopat.

BAUDEAU (Nicolas), chanoine régulier de de l'abbaye de Chancelade en Périgord, abbé de Saint-Lo, de l'académie de Bordeaux , né à Amboise le 24 avril 1730. Il professait la théologie à Chancelade lorsqu'il en fut tiré par l'archevêque de Paris, Christophe deBeaumont, qui , de concert avec son abbé, l'envoyèrent à Paris au collège des Prémontrés. Son séjour dans la capitale lui fit connaître le marquis de Mirabeau et le docteur Quènay, alors chefs des économistes.

a4 HISTOIRE DE TOURAINE.

Cette liaison développa et détermina le goût naturel qu'il avait pour les matières politiques, auxquelles il consacra par . la suite tous ses travaux. Ces économistes, avec des vues véritablement philanthropiques , parmi quelques ouvrages utiles en firent naître un bien plus grand nombre qui sont aujourd'hui justement condamnés à l'oubli, parce que, en ce genre surtout,* les plus belles théories disparaissent presque toujours devant la moindre expérience. Ce fut le sort de la plupart des écrits de l'abbé Baudeau , qui , avec des connaissances solides, beaucoup d'esprit et une mémoire prodigieuse, aurait pu se faire une réputation plus durable. On distingue cependant ses Éphémérides du Citoyen , ouvrage périodique qui forme six volumes. 2° Nous avons encore de lui un Mémoire de 47 pag> in-8 sur l'Utilité des Histoires particulières des Provinces et sur la Manière de les écrire; Paris, 1759, in-8. Malgré l'immensité des connaissances que l'auteur exige de la part de l'historien , sou plan est sage et bien conçu. Ses autres ouvrages sont : 3° Exposition de la loi naturelle; Paris, Lacombe, 1767, in-12; 4° Avis au Peuple sur son premier besoin , id., id., 1768, in-12 ; 5° Prospectus du canal de Bourgogne pour la jonction des deux mers; 6° Idées d'un citoyen sur l'administration des Finances ; 7« Idées d'un citoyen sur le Commerce d'Orient et sur la Compagnie des Indes ; 8* Idées d'un citoyen sur les vrais Pauvres j Paris, Hochereau, 1765, in-8; 90 Idée d'une Souscriptionpatriotique eu faveur du Commerce , de l'Agriculture et des Aits ; io° Mémoire à consulter sur les anciens Druides, contre le système du savant Silvain Bai 11 y ; 1 1° Analyse de l'ouvrage de Benoît XIV sur les Béatifications; Paris, Hardy, 1759, in-12 ; 12° Avis aux Honnêtes Gens qui veulent bien faire; Paris , Lacombe , 1768, in-12 ; i3° Mémoire sur les Inconvéniens de la caisse de Poissy ; Paris, Lacombe, 1768, in-12. Cet ouvrage lui suscita un procès contre les fermiers de la caisse. Il plaida lui-même sa cause avec beaucoup de succès, quoiqu'il eût le célèbre Gerbier pour avocat adverse. Mais tandis qu'il était occupé de la poursuite de cette affaire, une

, lettre de cachet l'exila à son abbaye de Chancelade au mois d'août 1776.

L'abbé Baudeau avait suivi en Pologne l'évêque de Wiloa, M. de Masalsky, qui lui donna la prévôté de Widzinisky : mais ce séjour ne pouvant lui convenir il revint bientôt en France, où il reprit ses occupations favorites. Il n'était pas encore sexagénaire lorsque sa raison s'altéra tout-à-fait, et il ne la recouvra plus. Il est mort eu 1792.

I. BEAUNE (Jean de), argentier des rois Louis XI et Charles VIII , doit être considéré comme l'auteur de l'illustration de sa famille, qui, malgré la disgrâce qu'il encourut, malgré le supplice auquel fut condamné son fils , n'en occupa pas moins les postes les plus important dans le gouvernement et dans l'église. Jean de Beaune, étant en faveur auprès de Charles VIII, lui offrit, dit-on, une très-belle mule qui lui avait été envoyée d'Espagne; mais le roi l'ayant refusée, il en fit présent au duc de Bretagne, qui la lui avait fait demander. Charles VIII , le croyant, d'après cette démarche , d'intelligence avec le duc son mortel ennemi, en fut tellement irrité qu'il lui fit faire son procès. Cependant, à la prière de Guillaume Briconnet son gendre, général des finances, il lui accorda la vie, et l'exila à Montpellier, où l'on assure qu'il mourut de chagrin.

Je ne fais ici mention de ce Jean de Beaune que pour rétablir d'une manière plus exacte la généalogie de cette maison qui a été long-temps l'une des plus illustres de la Touraine.

Jean Fournier , premier du nom , originaire du village de Moulinot, à quatre lieues de Beaune, et suivant le métier des armes, vint s'établir à Tours, où il épousa la fille d'un très-riche marchand nommé Travers , dont il eut un seul fils.

Simon , dit Simonin , accrut encore sa fortune par le commerce. Il eut deux cnfans,Jean qui suit, et Guillaume établi et mort à Avignon.

Jean , deuxième du nom , dout j'ai parlé au commencement de cet article , avait épousé Jeanne Binet, de l'une des premières familles de la province, et dont il eut huiteufons.

!• Guillaume, sieur de la Charmoye , président de la chambre des comptes de Bretagne ; 2° Jacques Ier, baron de Semblançay, surintendant des finances; 3° Radulette, femme du cardinal Briçon net; 4° Marie, femme de Jean Quèticr; 5° Guillemette, femme de Charles de Bec-de-Lièvre; r> Colette, femme de Jean Bernard; ?° Constance, femme de pierre Morin ; 8° Catherine, femme do Jean Briconnet.

De Guillaume, fils aîné, sortirent : Martin, mort sans postérité; Catherine, femme de Victor Brodeau, et Marie, femme de René de La Fontaine.

De Jacques I** et de Jeanne Ruzé son épouse , sont issus : !• Martin, archevêque de Tours, 3° Gaillaûme, baron de Semblançay qui a continué ia postérité ; 3" Jaequés II , évêque de Vannes; 4° Jeanne , femme de René Duchesnel ; 5° Marie, femme de Raoul Hurault de Chiverny.

Le second de ces fils, Guillaume de Beaunc, eut aussi cinq «nfans de Bonue Cotereau, dame de Maintenon : i« Jacques III, baron de Semblançay , gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , ambassadeur en Suisse ; 2° Jean , baron de la Tour d'Argy , qui n'eut qu'une fille mariée k Anne de Montmorenci ; 3° Martin , évêque du Puy ; 4» Renaud , archevêque de Bourges et de Sens; 5<> Claude, épouse en premières noces de Louis Burgensis, premier médecin du roi, seigneur de Montgauger en Touraine, et en secondes noces de Claude de Gouffier; 6* Bonne, morte en bas âge.

Jacques , troisième du nom , chevalier des ordres du roi , eut quatre enfans de Gabrielle de Sade son épouse : i° Jean, mort sans alliance; 2° Claude ; 3« Marie, toutes deux mortes en bas âge ; Q> Charlotte, dame d'atours et favorite de Catherine de Médicis , célèbre par sa beauté et ses galanteries ; femme en premières noces de Simon de Fizes , baron de Sauve, et en secondes noces de François de la Trémouille, laissant deux enfans, Louis et François, dont l'aîné hérita des seigneuries de SemWançay Neuvy , la Carte et les Ponts de Tours. Ce fut ainsi en Jacques III que finit la branche de cette famille.

BIOGRAPHIE. a 7

II. BEAUNE (Jacques de), premier du nom, baron de Semblançay, vicomte de Tours, surintendant des finances, gouverneur de Touraine, naquit à Tours en i44** de Jean de Beaune et de Jeanne Binet. Il fut maire de Tours en 1498 et surintendant des finances en î5i6, un an après l'avénement de François Ie' à la couronne. Il jouissait de la plus haute considération auprès de ce prince, qui l'appelait habituellement son père. Son esprit d'ordre et d'exactitude dans l'administration des finances lui avait acquis l'estime générale et la confiance entière du roi. On trouve même dans les Manuscrits deBéthunc une lettre que Semblançay lui écrivait le i5 octobre i52i, par laquelle il lui fait d'assez fortes représentations sur ses dépenses : mais ce monarque ent la faiblesse de sacrifier un ministre qu'il savait innocent, aux égards qu'il crut devoir à une mère coupable. On ne doute plus en effet que Louise de Savoie, toujours Italienne, n'eût exigé le paiement de ce qui lui était dû pour son douaire qu'à dessein de faire manquer la campagne de Lautrec , en détournant ainsi les 100,000 t'eus qui lui étaient destinés. Aussi, malgré la perte du Milanais, le roi conserva-t-il Semblançay dans son ministère, et en i52^ il était encore à la tête des finances. Le Milanais repris et perdu une seconde fois par Bonnivet, le roi voulut le reconquérir. On proposa à Semblançay d'avancer l'argent nécessaire ; mais il objecta qu'il lui était déjà dû 3oo,ooo liv. Ce refus lui fit perdre sa place et sa faveur. Il rendit son compte , d'après lequel il fut reconnu que le roi lui était véritablement redevable de cette somme, qu'on lui alloua , mais qu'on ne lui paya point. Ce fut alors qu'il se retira daus sa terre de la Carte à Ballan , où il était encore à la fin de i526. Mais la mère du roi gouvernant alors en l'absence de son fils , son ressentiment contre Semblançay se développa sans obstacles. Il le ranima luimême par la demande imprudente qu'il fit de ses 3oo, 000 liv. dans un moment où il savait bien que les finances étaient totalement épuisées. Il fut donc mis à la Bastille, et on instruisit son procès, non avec les formes ordinaires, mais

î*8 HISTOIRE DE TOURAINE.

par une commission spéciale, moyen odieux, ressource toujours commode à la force pour perdre l'innocence, et qui devrait être proscrite de toute société civilisée comme un véritable assassinat juridique. L'arrêt prouoncé contre Semblançay en offre une preuve de plus ; car sans spécifier aucun délit il y est dit vaguement qu'il est « atteint et convaincu de « larcins, faussetés, abus , malversations et mal-administra- « tion des finances du roy ; et pour réparation desdits crimes a et délits, l'ont déclare et déclarent être privé de toushon- « neurs et états; et en outre ont icelui condamné et condam- « nent à être pendu et: étranglé à Mont faucon, et tous ses « biens, meubles et héritages confisqués, sur lesquels biens « et confiscations sera prise la somme de 3oo,ooo liv. pari- « sis, etc. >» Or il est à remarquer que ces 3oo,ooo liv. d'amende étaient précisément la somme due à Semblançay.

Sa famille , abandonnée de tout le monde, ne trouva de protecteur que chez Christophe de Thou , père de l'historien, qui montra dans cette circonstance autant de grandeur d'arae que de générosité.

La mort de ce ministre est une tache à la mémoire de François I", et ne fit qu'accroître l'odieux encore attaché au nom de Louise de Savoie. La duchesse d'Uzès , confidente de cette princesse , était , dit Brantôme , toujours fort éveillée de quelque bon mot. Le roi l'ayant un jour appelée sa fille , elle dit, quand il fut sorti : Après le traitement qu'il a fait à son père (i) , que ne doit pas craindre sa fille ?

(i) On sait que François Ier appelait Semblançay son père. Ce fut probablement ce qui donna lieu à ce distique de Nie Grudius, frère de Jean second.

Quod patrem te rex voci ta t , tibi plaudere noli. Filius est , haeres ergo erit ille tibi.

Si le roi te nomme son père ,

Ne vas pas t'en glorifier.

En se disant ton fils, il, est clair qu'il espère Devenir à ce titre un jour ton héritier.

Semblançay mourut âgé de quatre-vingt-deux ans. Sa mémoire fut, 'dit-on, rétablie après sa mort; mais je n'ai pu découvrir à ce sujet aucune pièce authentique. Ce qu'il y a de certain c'est que le corps de ville de Tours , bien longtemps après, ayant fait enlever )e poteau placé sur les ponts de Tours dont Semblançay était seigneur , sur lequel était l'extrait de son arrêt, un duc deLuines, devenu possesseur de ce fief, fut assez peu délicat pour contraindre le maire a rétablir ce poteau, qui par là devenait flétrissant pour lui seul.

Tout le monde connaît l'épigramme de Clément Marot contre les juges de Semblançay.

Lorsque Maiilart, juge d'enfer, etc.

Théodore de Bèze au contraire se permit de plaisanter sur le genre de mort de cet illustre et infortuné favori. Aussi le P. Labbe, dans son Trésor des Épitaphes, lui reprochât-il durement celle qu'il fit contre lui : « Haec impius ac maledi- « eus poeta scripsit in virum cujus fama dicitur in integrum • postea restituta. »

Hune sibi Belnensis tumulum quem cernis inanem

Struxerat , invidit cui laqueus tumulum.

Debuerat certe, si sors foret omnibus œqua,

Tardais bic fieri , vel prius ille mori (1).

On a remarqué que le président Genty, qui avait condamné Semblançay , était mort quelque temps après par le même genre de supplice.

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