‹ Histoire de TouraineChapitre 4 sur 16 · III. BEAUNE (Renaud de ) , l'un des plus illustres prélats · texte numérisé non relu

III. BEAUNE (Renaud de ) , l'un des plus illustres prélats

(1) De Semblançay ce tombeau fut l'ouvrage; Apres sa mort il croyait l'occuper; Mais le destin se plut à le tromper, Et le gibet fut son triste partage.

Or , son discernement ici fut en défaut , Car il mourut trop tard , ou construisit trop tôt.

de l'église gallicane, archevêque de Sens, grand-aumônier de France, naquit à Tours en 1527, Tannée même du supplice de Jacques de Semblançay son grand-père et de la mort de Martin de Beaune, archevêque de Tours, son oncle. Il était fils de Guillaume et de Bonne Cotereau. Si Ton en croit son épitaphe , il servit sous six rois : François I", Henri II, Frao- . çois II, Charles IX, Henri III et Henri IV.

Avant que de parvenir aux grandes dignités ecclésiastiques, il avait occupé des charges séculières , ayant été conseiller au parlement , président des . enquêtes , maître des requêtes et chancelier de François de Valois., duc de Touraine. La cour sembla vouloir le dédommager des malheurs de son aïeul par les faveurs dont elle le combla. Il obtint et posséda ou successivement ou simultanément un canonicaf dans l'église de Pans, une prévôté à Saint-Martin de Tours, le prieuré de Grandraont, les abbayes de la Chaise-Dieu, de Seuilly, de Bonneval, de Molesme et de Coulombe. Eu i568 il fut pourvu de l'évêché de Mende, d'où , en l58l, il passa à l'archevêché de Bourges. Henri IV le fit son grand-aumônier et commandeur de l'ordre du Saint-Esprit en 1591 ; enfin en i5g5 il le nomma à l'archevêché de Sens ; mais il n'en obtint du pape la confirmation et les bulles qu'en 1602. Il ne lui manqua que le chapeau de cardinal qu'il eût infailliblement obtenu s'il ne se fût rendu aussi odieux à la cour#de Rome que cher à la France par son dévouement pour Henri IV, qu'il eut le courage d'absoudre sans le consentement et la participation de cette cour.

Au courage et à. la grandeur d'ame Renaud joignait autant de science et d'éloquence que le comportait le siècle où il vivait. Cette vertu et ce talent se déployèrent avec beaucoup d'éclat dans une des circonstances les plus importantes pour la France.

Les royalistes et les ligueurs , également las des horreurs de la guerre civile, étaient convenus d'une conférence où l'on pût lever les scrupules qui empêchaient de reconnaître les droits de Henri à la couronne. Il fallait prouver qu'ils lui

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étaient acquis par le sang et pnr les lois fondamentale» de l'état; il fallait surtout promettre la conversion du roi. Renaud fit l'un et l'autre avec une Ibrcc d'éloquence qui anéantit sans peine les sophisme* de l'archevêque de Lyon, que les ligueurs lui avaient oppose , et qui en effet était son rival dans le talent de la parole. On soit quel fut le résultat de cette célèbre conférence. A peine fut-elle terminée que le roi fit sou abjuration solennelle entre les mains de Renaud, se confessa à lui , et après le sermon que ce prélat prononça , entendit la messe et communia le a5 juillet 1 5cj3 .

Quand on songe de quel poids fut la conversion du roi pour concilier tous les esprits, on ne peut trop apprécier le service que Renaud rendit à la France nuisqu'il est vrai qu'il y eut la plus grande part.

Ce prélat citoyen mourut le a? septembre 160S et fut enterré dans le eboeur de la cathédrale de Paris.

De Thou dit qu'il était grand mangeur, et qu'à peine avait-il dormi quatre heures , que la faim le contraignait de se lever pour déjeuner , ce qui arrivait ordinairement à une heure après minuit. A quatre heures il recommençait, il mangeait encore à huit heures et dînait à midi; à quatre heures il faisait une collation , sonnait À l'heure ordinaire, et mangeait encore avant *que de se coucher , et ce qu'il y a d'étonnant , c'est que cette prodigieuse quantité d'alimens ne l'incommoda jamais, et qu'il était toujours disposé aux travaux de l'esprit.

On trouve six harangues de lui dans le recueil de -celles du elergé, dont trois au roi en «58a et 1 584^ une autre en i588, et une latine au légat du pape en 1098.

Ses oraisons funèbres sont celles t° du chancelier de Birague , ï583; a° d'Anne de Thou, femme de Philippe Hurauft deChiverny, chancelier de France, i583; 3° de François duc de Touraine en i584; 4° de Marie Stuart, reine d'Ecosse , si intéressante par ses malheurs et la cruauté d'Élisabeth envers elle, 1687; 5° Enfin celle de Catherine de McdUcis , :589. ^ n6118 reste encore ^e l'ouvrage suivant :

Les CL Psaumes de David, latin et français, traduits par feu M. Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, dernière édition; Paris, Durand, ■ i63?, in-16. Cette traduction est précédée d'une lettre au roi Henri IV pour l'usage duquel elle avait été faite. Il composa aussi par ordre du roi le projet intitulé: Réformation de l'Université de Paris, 1601 et 1667, in-8. '

BELLONE (ÉTIEFTNE), né en Touraine vers i58o. Il paraît par l'un de ses sonnets qu'il habita successivement Paris et Rouen , et qu'il se maria au Mans ; car ce ne peut être que dans ce sens que l'on doit entendre le cinquième vers.'

Paris est seul témoin de ma flamme première : Rouen me fit goûter du miel de ses discours; Depuis, mon cœur charmé demeura sans secours, Et mes yeux furent clos d'une humide paupière. Le Mans, terroir sacré , me fit voir la lumière, Et me guida au port de mes chastes amours. A l'âge de Nestor je desirois nos jours S'esgaller et durer jusqu'à l'âge dernière. Un despart me tira de ma félicité , Et Loire ce bonheur sans cause m'a osté : Mais moi-mesme je fus seul auteur de mes peines. Je brassé , contre moi , invente les moyens Pour deux cœurs assemblés des nuptiaux hens , Pour me faire butin des plus cruelles gesnes.

Ces vers un peu énigmatiques, sont les détails les plus , clairs qui nous restent sur la vie de l'auteur, qui d'ailleurs n'est connu que par l'ouvrage suivant : « Les chastes et infortunées Amours de Dalcméon et de Flore , tragédie françoise, avec quelques autres mélanges poétiques, dédiée à M. Cousin, sieur du Vivier , garde-général des marchandises posantes sur les quays de la ville de Rouen ; Rouen , Dupetitval, 1621 , in-12. La première édition est de 161 1, chez le même. v

Ataraente, roi deThèbes, Flore sa 611e et Dalcméon son

amant, principaux personnages de cette tragédie, sont entièrement de l'invention de Fauteur. Le duc de La Vallière, dans sa Bibliothèque du Théâtre Français, s'étant borné à en donner, même imparfaitement, le titre , j'y suppléerai par une très-courte analyse. Flore , recherchée par le prince Dapsidc, lui préfère Dalcméon, simple gentilhomme , qui enlève sa maîtresse. Le roi fait courir après eux, on les arrête ; jetés tous les deux dans une prison séparée , Dalcméon se perce de son épée, Flore s'empoisonne, et le père se tue de regret et de désespoir, quoiqu'un instant auparavant il eût tout préparé pour les faire pendre et même la confidente avec eux.

Je jure mon pouvoir que, tous trois étendus , Ils seront en public misérables pendus.

La pièce est partagée en cinq actes ; mais , suivant l'usage du temps, la division des scènes n'y est point indiquée. Du reste le style répond à l'invention et à la conduite. Si l'uuité de temps et de lieu y est observée , les bienséances ne le sont aucunement. Flore, après avoir commencé par rejeter les vœux de Dalcméon, ne tarde pas à les accueillir.

FLORB.

Hélas ! mon cher Adon , De mes cruels dédains je demande pardon.

DALCMEON. -

Las ! madame, c'est moi qui le pardon demande, i De mon trop haut dessein je viens payer l'amende , Et comme prisonnier captif dans vos prisous , Ayant pour mes geôliers vos deux astres bessons , Madame, permettez que ce corail je touche.

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