‹ Histoire de TouraineChapitre 5 sur 16 · FLORE · texte numérisé non relu

FLORE

Recommence, mon cœur , mourons en nous baisant.

34 HISTOIAE DE TOURÀÏNE.

DAI.OMKOK.

O baisers tout sucrés! le pasteur de Phrygie N'en eut jamais de tels d'une Hélène ravie.

On peut juger par ce passage et du style et des convenances. Dans une autre scène le roi dit à sa fille:

Tiens ça, salle p** , de ma mort le flambeau ; Pourquoi de mon palais faisais-tu ton bordeau?

Et un peu plus loin :

Otez-moi ces p**, arrachez cette peste , Qu'on les fasse mourir.

L'auteur ne nous a pas appris si sa pièce avait été jouée. Quant aux mélanges poétiques qui sont à la suite , ils ne consistent qu'en quatorze sonnets dont en commençant j'ai eu occasion de citer le septième.

Nous ne pouvons pas plus indiquer l'époque de sa mort que celle de sa naissance.

BENAIS (Pierre de), d'une famille obscure du village de Benais en Touraine, dont il prit ou dont on lui donna le nom. Sa sœur avait épousé Pierre de La Brosse , chirurgien à Tours, qui devint chambellan de Philippe-le-Hardi. L'élévation et le crédit de son beau-frère lui procurèrent l'évêchc de Bayeux, dont il était déjà doyen en 1274 : mais le supplice de ce parvenu en 1278, détermina l'évèque Pierre à se retirer en Italie dans la crainte d'être enveloppé dans la disgrâce de La Brosse. Les vertus épiscopales qu'il avait montrées sur son siège le firent bien accueillir du pape Nicolas III. Le roi, convaincu de son innocence , le rappela et le nomma même tuteur de ses enfans avec le sire de Beaujeu et l'évèque d'Angers. Pierre, de retour dans son diocèse, continua à y donner l'exemple de toutes les vertus et surtout d'une humilité si grande que jamais il ne prit le titre d'évéque, se contentant de celui d'humble ministre de l'église de Bayeux. Il mourut en i3o6.

BÉRENGER , écolâtre de Saint-MartiD , archidiacre d'Angers, né à Tours en 1008. Ses grands talens ne contribuèrent pas peu à soutenir l'éclat que l'école de Saint-Martin avait acquis sous ses deux prédécesseurs Alchwin et Odon abbé de ("lu ni. Mais bientôt, accusé de magie parce qu'il était supérieur à son siècle, il se retira à Angers où l'évêque Brunon lui procura la dignité d'archidiacre et de trésorier de son église. Ce fut là, en io55, qu'il commença à répandre sa doctrine sur la transsubstantiation , doctrine que Jean Scot avait prêchée avant lui, en avançant que l'eucharistie n'était que l'image et non la réalité du corps de Jésus-Christ. Déféré successivement à plusieurs conciles , il s'y rétracta jusqu'à trois fois: mais après les conciles il recommençait à dogmatiser comme auparavant. Cette versatilité pensa lui être funeste au concile de Poitiers en 1075, où les débats furent si violens qu'il y courut risque de la vie. ïl est certain que sa conduite décela un homme irrésolu ou pusillanime qui n'eut ni le courage de soutenir ses opinions , ni la sagesse de persister dans ses rétractations. Qu'elles fussent dictées par la> conviction ou par la crainte, il était de son devoir de tenir à sa promesse. Grégoire VJI fut plus sage que lui ; car, croyant ou plutôt feignant de croire à sa dernière rétractation au concile de Rome en 1079 » ^ prononça l'anathème contre tous ceux qui le taxeraient d'hérésie. Bérenger consuma dans ces misérables controverses un temps et des talens qu'il eût pu employer plus utilement. Comme tant d'autres , il acquit un peu de célébrité et point de gloire. Les écrits qui nous restent de lui sont deux lettres, l'une à Ascelin , moine de Saint- Evrou, et l'autre à Richard, comte d'Évreux ; ses trois professions de foi et une partie de son traité contre la seconde; enfin sa réponse au traité de Lenfranc de Corpore et Sanguine J.-C, découverte en 1770 à Wolfenbuttel , par le savant Lessing. Ces ouvrages sont loin de répondre à la haute réputation de Bérenger, et surtout à l'éloge qu'en fait Baldric ou Baudry abbé de BourgueU.

36 HISTOIRE DE TODRAÏNE.

.. ( De Rerengario Turonensi pand loquutus ,

Est nobis visus , ni fallor , magnus Humérus.

Bérenger mourut dans l'île de Saint-Côme, près Tours, où il s'était retiré depuis quelques années , la Chronique de Tours dit en 1088, ce qui est assez probable, et Casimir Oudin, qui n'est pas un critique très-exact, dit en io83. Hildebert, archevêque de Tours, son ami , composa son épitaphe en quatorze vers élégiaques qui se trouvent dans ses œuvres. Quem modo miratur, etc.

I. BERRUYER ( Saint-Guillau«e ) , né à Tours de l'une des familles les plus considérables de la province, fut appelé à l'archevêché de Bourges qu'il honora long-temps par ses vertus et sa piété. Il accompagna Philippe-Auguste dans son voyage de la Terre-Sainte, et mourut en 1209 dans un âge fort avancé. Le pape Honoré III le plaça au nombre des saints.

II. BERRUYER (Saint-Philippe), neveu du précédent, naquit à Tours vers 1190, de Girard Berruyer, chevalier (que l'ancien Martyrologe de Tours nomme Étieune et sa mèreMathée). Il était archidiacre de Tours lorsque, fort jeune encore, il en fut élu archevêque; mais son humilité lui fit constamment refuser cette dignité. Cependant, à force de sollicitations, il se vit en quelque façon contraint en 1223 d'accepter l'évêché d'Orléans. Grégoire IX, en 1236, lui donna l'archevêché de Bourges, que son oncle avait possédé. Enfin il fut appelé au ministère -par la reine Blanche, qu'il aida à supporter le fardeau des affaires pendant ses deux régences. Il devint chef du conseil royal sous le gouvernement des comtes d'Anjou et de Poitiers, et fut en grande considération auprès de saiut Louis , qui l'employa toujours utilement dans les affaires les plus délicates.

Dans son diocèse tous ses revenus étaient destinés au sou- * lagement des pauvres. Il en avait toujours trois à sa table , et quelquefois il se dépouillait de ses propres habits pour en

vêtir des indigens, qui l'approchaient toujours plus aisément que les personnes de la plus haute condition. II mourut en odeur de sainteté dans une de ses terres du Berri , Tan 1 260 suivant Guillaume de Nangis, qui dit dans sa chronique que Dieu après sa mort manifesta sa sainteté par plusieurs miracles. Il fut enterré dans la cathédrale de Bourges, où on lit peut-être encore cette épitaphe :

Mole sub bac lapidis sacratâ sede sedenlis

Philippi Bituris ossa beata jacent.

Clarus in [orbe fuit, pauper sibi, pauperis altor,

Carnem mire domans assiduis precibus.

Vivus humoque jacens, medicamen praestitit aegris;

Est sibi nunc crebris laurea pro meritis.

» • 1 Sa mort, ayant eu lieu le vendredi 9 janvier, doit correspondre à Tannée 1261 avant Pâques. Le P. Labe a écrit sa vie.

I. BESNIER ( Pierre) , né à Tours en 1648, fit profession chez les jésuites le 12 janvier i663 et se lia ensuite à cette société par les quatre vœux solennels. Les différentes missions qu'il reçut de son ordre le retinrent en pays étranger la plus grande partie de sa vie. Ces voyages ne firent sans doute qu'accroitre le goût particulier pour l'étude des langues que lui facilitait d'ailleurs une mémoire vraiment étonnante. Cette étude absorba presque entièrement les loisirs de son état. Cependant il s'est borné à publier sur ce sujet l'une de ces méthodes impraticables et qui ne sont séduisantes que pour leurs auteurs. Elle est intitulée : La Réunion des Langues ou l'Art de les apprendre toutes par une seule; Paris, Sebalt-Cramoisy , 1674, in~4i et Liège, l6?4» in-ia. De nos jours un homme très-versé dans la connaissance des langues, M. Lebrigaut, Bas-Breton, a voulu de même les retrouver toutes dans une langue primitive , qui était celle de son pays. Le meilleur ouvrage de Besnier est le Discours sur la Science des Étymologies placé à la tète duDic-

tionnaire de Ménage et qui fut imprimé séparément ta même année i6g4 de format in-12. Il fut aussi le coopérateur des pères Bouhours et Le Tellier pour la traduction du Nouveau- Testament, a vol. in-12.

Il mourut à Constantinople , le 8 septembre 1705.

II. BESNIER (Pierrjs-Charu:s-Louis), écuyer, médecin, né à Sonzay en 1668. Ungoût particulier pour la chimie et pour la botanique le porta à étudier en médecine , et quoique, par sa fortune, il pût se dispenser d'embrasser une profession lucrative , son inclination l'emporta. Il reçut le bonnet de docteur à Montpellier et alla se fixer à Gaen en qualité de médecin. Il y est mort le 2a mars 1761 âgé de quatre-vingt-treize ans. Comme il était resté célibataire et qu'il n'avait aucuns parens à Caen , le bureau des finances de cette ville s'est emparé de sa succession , que ses collatéraux , soit par insouciance , soit qu'ils aient ignoré sa mort , ne se sont point mis en mesure de réclamer.

Nous avons de lui : i° le Jardinier Botaniste; Paris, Prudhomme, 1760, tn-ia. Cet ouvrage a eu dans son temps une réputation qu'il conserve encore aujourd'hui. 20 Traité de la Matière Médicale de Tournefort," mise au jour par P.-C.-L. Besnier; Paris, 1717, 2 vol. in-12.

J'ignore s'il était parent du précédent.

BIENVENU (Antoine) , religieux carme, docteur delà faculté de Paris, et évèque in partibus sous le patriarche de Jérusalem , né à Tours au milieu du quinzième siècle. Ce fut le plus célèbre prédicateur de son temps : mais on sait ce qu'était alors l'éloquence de la chaire, lors même qu'on s'éloignait le plus de la méthode des Menot , des Barlete et des Maillard. A ce talent supérieur , puisqu'alors on n'en connaissait pas d'autre , Bienvenu réunissait du savoir et des vertus qui le firent parvenir aux premières dignités de son ordre, dont il fut nommé provincial pour les provinces de France et de Touraine. Ce fut en cette qualité qu'il assista au chapitre général tenu à Sienne en i52i où Léon X lui donna un evêché m partibus que le pape Adrien VI en i5>22 mit

BIOGRAPHIE. 3g

dans la suffragance de Févèché de Poitiers. Bienvenu mourut en i523. Ses commentaires théologiques et ses sermons sont restés manuscrits et probablement ne sont pas à regretter.

BINET (François), premier général des Miuimes, né à Tours en 1^2 , était le septième des seize enfans de Jacques Biuet, seigneur de Valmer, La Guinière, Les Tourelles, etc., et de Marie de Poncber. Il Tut d'abord moine et prieur au couvent de Marmoutier, qu'il obtint de quitter pour se rendre aux Minimes du Plessis auprès de saint François de Paule , dont il prit l'habit eu i5oi . Ce lut lui dont le saiut se servit pour éerire la règle de son ordre et qu'il envoya à Rome pour la faire approuver par le pape. II assista en i5o8 au premier chapitre qui y lut tenu et où il fut élu général de l'ordre, dignité qu'il n'eût pas acceptée sans les vives instances du « ardinal-évèque de Sinigaglia président du chapitre, et même du pape Jules II. Le temps de son généralat étant expiré, il assista à Tours au deuxième chapitre , dans lequel ou le nomma procureur-général de tout l'ordre. Le troisième chapitre assemblé à Toulouse l'éleva une seconde fois à la dignité dégénérai, et il fut élu pour la troisième au chapitre de Nigeon-lès— Paris. Il était afors à Rome, où il poursuivait la canonisation de saint François avec tant de chaleur que le cardinal Simonetta lui dit à celte occasion: « Père général, a vous avez travaillé pour un saint, un autre travaillera pour « vous. »» Il mourut en effet à Rome eu réputation de sainteté en i52o.

Louis Doni d'Altichi, minime et évéque d'Autun, a écrit sa vie dans son Histoire de l'ordre des Minimes, 1624, in-fol. Parmi les manuscrits de Marmoutier se trouve une autre vie de Fr. Binet , écrite par D. Noël Mars ; à la fin est une lettre par laquelle Binet rend compte des motifs qui l\)nt engagé à quitter l'ordre de Saint-Benoît. Cette lettre en latin est suivie de sa traduction française. Y oy. l'Histoire mauuscritc de Marmoutier, par D. Le Michel, in-fol., t. I. manusc. coté 147.

BOBRUN (Henui et Charles), peintres, nés à Amboise à la fin du seizième siècle. Ce fut Louis Bobrun leur oncle, né

4o HISTOIRE DE TOURAI3TE.

dans la même ville, qui leur donna les premières leçons d'un art qu'il exerçait avec beaucoup de succès et de réputation , et dont rhôtel-de-ville de Paris renferme un assez grand nombre de morceaux estimés. Henri avait bérité de son pète la place de valet de garde-robe du roi à laquelle il se livra pendant quelques années; mais les talcns qu'il commençait à développer dans la peinture le décidèrent à suivre cette carrière, qui était également celle de Charles son cousin germain. Tous deux réussirent principalement dans le portrait et se virent long-temps les peintres à la mode , ce qui ne suppose pas toujours le vrai talent; mais cette fois la mode eut raison à leur égard, et la vogue qu'ils eurent ne fut pas- le fruit d'un engouement passager. Ils peignirent les principaux personnages de la cour de Louis XIII et de celle de Louis XIV. Ce 'monarque lui-même et sa mère voulurent avoir leurs portraits de la main des Bobrun, car on ne les séparait jamais l\in de l'autre. Il y avait entre eux une telle conformité de mœurs , de goûts , de caractère qu'elle se répandait jusque sur leurs ouvrages , et que l'un pouvait achever ce que l'autre avait commencé sans qu'on y aperçût la moindre différence ; il est vrai qu'ils se servaient de la même palette et des mêmes pinceaux.

Kobrun ayant fait le portrait du dauphin peu de temps après sa naissance , le P. Vavasseur fit à ce sujet cette épigramme, 1. 1, p. 56:

Delphinum, paucorum dierum infantem, Bellobrunis Pictor nobilis pinxit.

Exprimere infantem pictor Dclphina parabat.

Non oculos valuit pingere; somnuserat.

Post redit , aggressusque novos iterare colores,

Nil potuit : fletus tum puerore dabat.

Offendit tremulo salieutcm denique risu :

Risus pingendis non favet iste genis.

Quid faceret ? pater urgebat , materqne tueri

Non uno gnatum gestit uterqne loco.

Adfuit ipse suo pictori , et reddidit infans ,

BIOGRAPHIE. 4l

Aul visus taies reddere voce sonos :

Vane, quid affectas me tam cité pingere , pi et or,

Cùm facicm loties mulet et ora puer ?

Forma patris generosa mihi est , matrisque venusla.

lias formas, me vis piugere, jungeduas.

La cour les employa souvent dans ses divertisseraens et dans ses fêtes les plus brillantes , qu'ils savaient embellir par la variété de leurs productions.

De l'esprit, de l'instruction , une conversation vive et enjouée, faisaient disparaître l'ennui qu'on éprouve a se faire peindre et avaient rendu leur atelier le rendez-vous ordinaire de ce qu'il y avait de plus aimable à la cour.

L'académie de peinture ne voulut point séparer ce que le sang, l'amitié et le talent avaient si étroitement uni, et les nomma conjointement aux fonctions de trésorier ; hommage rendu autant à leur mérite qu'à leur rare probité.

Henri mourut en 1667 plus que septuagénaire. On ignore l'époque de la mort de Charles.

BOHIER (François), né à Tours au commencement du seizième siècle, mort en 1 567 , succéda en i53n à son oncle Denis Briçonnet dans l'évêché de Saint-Malo. Il s'était fait une grande réputation par son savoir n'étant encore que doyen de la cathédrale de Tours. Jacques Renaud, célèbre professeur de droit à Angers , dans la dédicace de l'un de ses livres lui donne l'épithète de très-illustre et très-docte. Joachim Péri on son compatriote , lui dédia pareillement sa traduction latine de la Morale d'Âristote.

Il ne nous reste de lui qu'une traduction du traité latin du cardinal Nicolas De Cusa, intitulée: Delà conjecture xles derniers jours ; Paris, Vascosan , i562. Ce qui doit étonner, c'est qu'un prélat auquel on attribue autant de mérite ait choisi de préférence un ouvrage de cette nature où , entre autres rêveries, l'auteur promet la défaite de l'antcchrist et la résurrection de l'église avant l'année 1734.

Il était fils de Thomas Bohier, né à Tours , dont il fut maire

4a HISTOIRE DE TOHRA.INE.

en 1 497' seigneur de Chenonceaux , Chissé, Nazelles, Saint- Marti:. -Ie-Bean, chambellan des rois Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François I", général des finances et lieutenantgénéral pour le roi dans le Milanais, où il mourut lie 24 mars 1^2^. Ce fut sa femme Catherine Briçonnet qui fit achever pendant son séjour en Italie le beau château de Che— upnceaux jeté sur un pont qui traverse le Cher dans toute son étendue. Thomas était frère du cardinal Antoine Bohier , archevêque de Bourges , mort eu i5i.g.

. BOSSE (Abraham), né à Tours en 161 1. Non-seulement il s'est acquis une très-grande réputation comme graveur, mais il eut encore le talent de développer les principes de son art dans des écrits solides où ceux qui suivent la même car-r rière peuvent toujours puiser des leçons utiles. Membre de l'académie de peinture de Paris, il fut le premier qui y enseigna la perspective , et Ton sait combien cette partie essentielle de l'art était alors négligée en France. Il avait de même une parfaite connaissance de la sculpture et de l'architecture, ainsi qu'on en peut juger par ses ouvrages. Ses liaisons avec l'un des premiers géomètres Je son sièele, Gérard Desargues ami de Descartes, lui apprirent tout ce que cette science peut avoir d'applicable à l'art du dessin , et il sut mettre à profit les lumières que son ami lui avait communiquées. Mais il tint peut-être trop fortement à sa méthode, qui fut combattue par quelques académiciens , et surtout par le célèbre Le Brun. Bosse était d'un caractère extrêmement vif ; Le Brun était impérieux et jaloux. Fort de l'ascendant de son talent et de la protection du souverain , il fit interdire à Bosse les assemblées de l'académie où ces sortes de discussions mettaient le trouble et la division. Bosse irrité publia quelques écrits où il ne ménageait pas ses adversaires , et il fut tout-à-fait exclu de l'académie. Il prit alors le parti de se retirer à Tours , où il mourut en 1680 âgé de soixante-neuf ans.

C'est à lui que l'on doit d'avoir perfectionné la gravure à l'eau-forte avec le secours des pointes et. des échoppes, qu'il employa avec un tel art qu'on dirait que ses estampes ont été

retouchées au burin. Son œuvre est extrêmement nombreux ; 1 on Ta recueilli eo deux volumes contenant sept cent quatrevingt-dix pièces. Outre beaucoup de morceaux de son invention , il a gravé d'après Claude Viguon , Lahire , Paul Farinato , peintres , Alexandre Francine et Jean Barbet architectes. 1

Indépendamment de cet œuvre, nous avons en gravure de ce laborieux artiste : i* Représentations de figures humaines avec leurs mesures prises sur les antiques qui sont de présent à Rome; Paris, i656, in-12 ; i° le Livre des Portraitures du Poussin et des meilleurs maîtres , contenant cinquante-deux planches ; Paris, 1649, *a-12 y 3° Recueil d'Estampes pour servir à l'Histoire des plautes dessinées et gravées par ordre de Louis XIV, par Abrab. Bosse, Nicolas Robert et Louis de Châtillon, 2 vol. i n— loi . ; 4* la Rhétorique des Dieux ou Principes de Musique, manuscrit précieux sur vélin, orné des dessins originaux d'A. Bosse, Nanteuil et Le Sueur. Cet ouvrage, vendu 390 liv. en 1 757 chez M. de Préfond , est passé dans le cabinet de M. Missonneau. .

Les œuvres d'Abraham Bosse comme écrivain, sont : 1° Pratique du trait à preuves pour la coupe des pierres par Desargues, publiée par A. Bosse ; Paris, l643 , in-8, fig. ; 2° Manière universelle pour les Cadrans au soleil, par Desargues, mise au jour par A. Bosse ; Paris, i643, in-8, fig. 'y 3° Traité de la Gravure à l'Eau-Forte; Paris, i645, iu-8, avec vingt-neuf fig. On en a donné une nouvelle édition sous ce titre : De la manière de Graver à l'Eau-Forte et au Buriu; et de la Gravure en Manière Noire, par A. Bosse, nouvelle édition augmentée; Paris, Jombert, 174^, in-8. Enfin il en a paru une troisième en 17Ô8 avec les remarques de Cochin fils. 4° La manière universelle de M. Desargues pour pratiquer la Perspective par petit pied comme le géométral , eusemble les places et proportions des fortes et faibles touches , teintes et couleurs; Paris, Deshayes, 1648, in-8, fig.; 5° Sentimens sur la distinction des diverses manières de Peinture, Dessin et Gravure, et des originaux avec leurs co-

pies; Paris, 1649, 6° Lettre d'Abraham Bosse sur la

Perspective; Paris, i65a , in-8; le Peintre converti aux pieuses et universelles règles de son art; Paris, 1667 , in-8 ; 8° Traité des manières de dessiner les ordres d'architecture antique; Paris, 1684, in-fol. ; 90 Leçons données à l'Académie m royaje de Peinture et de Sculpture sur la Géométrie pratique, la manière des Plans , la connaissance des Solides et la Perspective militaire ; Paris , in-8, fig.

BOUCHARD DE MON TRÉSOR , né de 1025 à io3o , était fils de Roger dit le Diable , seigneur de Montrésor. Il fut compté au nombre des plus braves chevaliers du onzième siècle. Baldric , abbé de Bourgueil , qui vivait de son temps, dont cependant les éloges sont un peu exagérés, le compare aux plus grands héros de l'antiquité, dont il renfermait en lui, dit-il , toutes les vertus. Il ajoute :

Si quis Àchilleos mirando recensuit actus , Actus Bucardi plu ris habons , recolat.

Bouchard passa en Italie , où il entreprit la défense d'une dame nommée Agnès, veuve d'un marquis de Lombardie dont on ne dit pas le nom , dont les sujets s'étaient révoltés contre elle. Après les avoir vaincus, il les contraignit à implorer le pardon de leur suzeraine et à rentrer sous son obéissance. Agnès épousa son libérateur; mais on assure que dans la suite elle le fit assassiner. Il vivait encore en 1092.

Il avait été marié en premières noces à Euphémie, fille du célèbre Lysois de Bazougers , seigneur de la tour d'Amboise , dont il eut un fils nommé Albéric qui lui succéda. Bouchard fut le premier seigneur de Touraine qui ait porte le titre de comte. Du moins Baldric lui donne-t-il habituellement cette qualification.

BOUCHET (Vjctor), né à Tours à la fin du seizième siècle. On ne connaît de lui qu'un petit ouvrage imprime à Tours en 1587, intitulé : Le Triomphe de la Victoire par

BIOGRAPHIE. /p

noire roi très-chrétien , obtenue contre les Reitres et associés, dédié à M. de Racan , chevalier de Tordre du roi et capitaine de cinquante hommes de ses ordonnances. Ce marquis de Racan était le père du poète de ce nom.

I. BOUCICAUT (Jean Le Meingre dit), maréchal de France, est le premier de sa famille dont l'histoire fasse mention. Il naquit à Tours dans les premières années du quatorzième siècle (vers i3io). Son nom était Le Mengre que la prononciation fit changer ensuite en celui de Le Meingre. Lorsqu'il parut pour la première fois à la cour de Philippe de Valois , ou lui donna , on ne dit pas pourquoi , le sobriquet de Bouciquaut, qui, en vieux langage, veut dire mercenaire , et qui est devenu le nom patronymique de sa famille, nom auquel son fils ajouta encore un plus grand lustre.

Boucicaut fut en très-grande réputation sous les règnes de Jean et de Charles V, non-seulement à cause de sa bravoure, ( mais encore pour son habileté dans les négociations. Parmi ses belles qualités, on doit distinguer son grand désintéressement qui ne lui fit jamais user de son crédit pour accroître sa fortune ou celle de sa famille. Ce désintéressement fut tel que dans le contrat de mariage de son fils il est dit qu'il n'avait pas plus de 200 liv. de rente de patrimoine.

Il fut fait lieutenant-général au gouvernement de Touraine en i56o. En |362 , il accompagna le roi Jean dans le voyage » qu'il fit à Avignon pour rendre visite au pape Innocent VI. Il alla également avec ce prince en Angleterre en i363, et quand il fut mort il consacra de même ses talens au service de Charles V son fils et son successeur. De concert avec le connétable Duguesclin , ils tournèrent leurs armes contre Charles-le-Mauvais , roi de Navarre , qui favorisait les Anglais, reprirent sur lui les villes de Nantes et de Meulan, et le battirent , ainsi que le comte de Montfort, à la bataille de Cocherel en i36/{.

On lui confia les traités les plus importans qui furent faits sous ces deux règnes. Il fut même caution des cent mille

46 HISTOIRE DE TOTJRÀINE.

livres ou six mille livres de rente que le roi Jean s'était obligé de payer au comte de Flandre par le traité du 6 novembre i355. ïi fut un des signataires du trop fameux traité de Brétigny en i36o, et en i36i on le nomma seul commissaire pour son exécution. Envoyé en Bretagne pour faire la paix entre Jean comte de Montfort et la veuve de Charles comte de Blois, il ent la plus, grande part au traité qui fut conclu entre eux à Guérande le 12 avril i365. Enfin pour compléter son éloge , il suffira peut-être de dire qu'il était l'ami, l'émule et le compagnon d'armes de Duguesclin et de Jean de Saint ré.

Il s'était probablement marié fort tard, puisque, comme on le verra à l'article suivant, son fils aîné était né en i366.

Il mourut à Dijon le i5 mars 1372, et son corps rapporté à Tours fut inhumé à Saint-Martin dans la chapelle qu'il y avait fondée en i363. On y Usait cette épitaphe simple et modeste: « Cy-gist feu noble chevalier, messire Jehan Le « Mengre dit Bouciquaut, maréchal de France, qui trespassa « à Dijon le quinzième jour de mars 1372. >» Il avait épousé Florie , fille de Godemar de Lignières et de Marguerite de Précigny, qui mourut le i4 juillet 1376, et fut placée sous le même tombeau que son mari. Jean II de Boucicaut qui suît et Geoffroy furent les seuls fruits de cette union.

Geoffroy Le Mengre , frère de Jean Iet , doyen de la cathédrale de Tours en i356, puis évêque de Laon, mourut à Bologne en Italie au mois de juillet 1370.

II. BOUCICAUT ( Jean Le Meixgre de ), second du nom, chevalier, seigneur de la Bourdaisière en Touraine et de Châteauneuf au diocèse de Langres, naquit à Tours en i366 dans l'hôtel de son père où fut depuis construite l'église des Jésuites. Cet hôtel avait été précédemment le palais où les rois établissaient leur demeure lorsqu'ils venaient à Tours. La chambre où il avait reçu le jour devint par la suite le théâtre de son élévation , car il y fut promu à la dignité de maréchal de France à l'âge de vingt-cinq ans le 23 décembre 1391 , par Charles VI lui-même qui lui dit : « Boucicaut,

h votre père demeura en cet hôtel et gît en cette ville , et « fûtes né en cette chambre si comme on nous a dit ; si vous « donnons au propre lieu où naquîtes l'office de votre père; * et pour vous plus honorer, le jour de Noël qui approche , « après la messe , nous vous baillerons le bâton et ferons « recevoir de vous le serment comme il est accoutumé. »

Élevé à la cour, il y fut enfant d'honneur de ce même prince qui était alors le dauphin Charles , et porta pour la première fois les armes en Normandie à l'âge de douze ans sous Louis ÏI duc de Bourbon qui le reçut chevalier en i582, lorsqu'il accompagna Charles Yï dans la guerre de Flandres où il se signala à la bataille de Rosbecque par un trait de bravoure qui annonçait déjà ce qu'il devait être. On rapporte qu'il y attaqua un Flamand d'une très-haute stature qui, frappant la hache de Boucicaut du manche de la sienne , la fit voler en l'air, en lui disant ; « Va téter; les Français ont « bien disette de gens , puisqu'ils envoient des enfans au com- « bat. •» Boucicaut, tirant sa petite dague et se jetant hardiment sous les bras du colosse, la lui porta au défaut de la cuirasse et lui perça la poitrine , en lui disant à son tour : « Les enfans de ton pays jouent-ils à de tels jeux ? »

Cette campagne finie , il suivit en Espagne le duc de Bourbon qui portait des secours en i385 au roi de Castille. A son retour, il eut ordre d'attaquer le Bras de Saint-Paul en Guieune où les Anglais s'étaient retranchés. Il les chassa du pont qu'ils avaient fortifié , et nouvel Horace il y soutint seul l'effort des ennemis, renversant tout ce qui se présentait devant lui. Quelque temps après il se trouva au siège de Breteuil et fut le premier qui sauta dans la mine. Ce fut à cette époque qu'il fut fait lieutenant-général : le roi le nomma grand-chambellan de[France en 1390.

Il se signalait dans la guerre de Hongrie lorsque le maréchal de Blainville vint à mourir. Charles VI se refusa à toutes les sollicitations qui lui furent faîtes pour cette charge , en disant que personne ne l'aurait que son cher chevalier auquel il dépêcha un exprès pour le faire revenir en France. Il fut

reçu, ainsi que je l'ai dit, le jour de Noël dans l'église de Saint-Martin, en présence de toute la cour qui en fit publiquement éclater sa joie.

L'année suivante il fut pourvu du gouvernement de la ville et du château de Tours, par lettres données à Saint-Germainen-Laye le a4 juillet 1392.

En i4oo il commanda douze cents hommes de guerre que le roi envoyait au secours de l'empereur Manuel Paléologue. Il débarqua à Péra , ravitailla Constantinoplc déjà dénuée de munitions de guerre et de provisions de bouche, et parvint à repousser l'ennemi. Ce service important lui mérita la dignité de grand-connétable de l'empire qui lui fut conférée par l'empereur.

Nommé gouverneur de Gènes, où il fit son entrée en i4oi, il mit sous l'obéissance du roi Milan, Plaisance et Pavie. Le bruit de sa valeur s'étant répandu dans tout l'Orient, on vint invoquer son secours pour défendre la ville de Famagouste, assiégée en 1 4<>6 par le roi de Chypre. Il tourna ensuite ses armes du côté de la Syrie, mais partout la jalousie des Vénitiens éventa et fit échouer ses projets devant Tripoli et Sayette. Cependant il emporta Bérite d'assaut. Les Vénitiens, sans déclaration de guerre, l'attaquèrent au retour et lui prirent trois galères, sans pouvoir approcher de la sienne. En 1409 il revint à Gênes, où il apaisa plusieurs séditions : mais étant allé au secours de Milan contre le seigneur de Vérone, les Génois se soulevèrent de nouveau , - massacrèrent tous les Français , et malgré ses efforts pour reprendre cette ville, n'ayant pu y réussir , il fut obligé de revenir en France.

Il obtint en i4i5 le gouvernement de la Normandie, mais le a5 octobre de la même année il fut fait prisonnier à la bataille d'Azincourt où il commandait l'avant-garde. Conduit en Angleterre au château d'Esbeck dans le comté d'York , il y mourut en 1421. Son corps fut rapporté à Tours.

Boucicaut était d'une taille médiocre , mais sa force et son adresse étaient telles qu'étant armé de toutes pièces il montait

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à cheval sansétriers et sautait même sur les épaules d'un cavalier en le prenant seulement par la manche. Il déploya souvent cette adresse dans les tournois. Robert de Rochefort , seigneur anglais, l'un des plus vaillans chevaliers de son temps, vint exprès pour jouter avec lui et fut vaincu. En 1389 Renaud de Roye, le sire de Saint-Sy et lui, firent un défi d'armes sur la frontière de Calais. Le roi l'approura en leur disant : « Boucicaut, Renaud, et vous Saint-Sy, en cette or— « donnance gardés bien l'honneur de tvous et de notre <« royaume , et à tenir état n'y ait épargne, car nous ne vous « faudrons point pour dix mille livres. >» Boucicaut jouta le premier avec messire Jean comte de Hollande et eut sur lui l'avantage.

Sa devise était : Ce que vous voudrez. Les dernièreé guerres ayant laissé un grand nombre de veuves qui , sans appui , se voyaient souvent dépouillées de tout , Boucicaut institua un ordre sous le titre de la Dame Blanche à l'Écu Vert qu'il conféra à douze chevaliers des plus renommés dont il était le chef. Ils portaient l'image d'une dame en émail blanc dans un écusson d'or émaillé de vert, et s'obligeaient par serment à défendre veuves, dames et demoiselles contre l'injustice de ceux qui attenteraient à leur honneur ou à leurs biens.

Aux talens militaires, Boucicaut joignait celui des vers, dans lequel il égalait les meilleurs poètes de son temps. Il faisait des rondeaux , des virelais , des complaintes et tous les morceaux de ce genre qui étaient alors en usage. Il les chantait ou les récitait, dit-on, avec une grâce merveilleuse. On tient aussi qu'il composa avec le maréchal d'Eu le'livrc des Cent Ballades. On trouve plusieurs pièces de lui dans le manuscrit de Charles de Valois duc d'Orléans. J'en citerai une seule. Pour la juger on doit se reporter au temps où elle a été écrite.

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