‹ Histoire de TouraineChapitre 6 sur 16 · RONDEL · texte numérisé non relu

RONDEL

Monstrer on doit qu'il en desplaize Du mesfaict , à qui n'a povoir

£>0 HJSTOIP.R DE TOURÀÏNE.

J>e tervir; car si cru pourvoir , En parier, il semble qu'il plaize, » Qui ne peut, pour le moins se taize , Monstrer on doit qu'il en déplaize De servir à qui n'a povoir.

Mais dire qu'on n'a temps, ni aiie, Pour aage d'y faire devoir , Chacun seet bien apparcevoir Que peu couree tôt sa rapaize , Monstrer on doit qu'il en déplaize.

Il avait épousé Antoinette de Beaufort , fille de Rainiond vicomte de Turenne. Ce fut Charles VI qui fit ce mariage, ainsi qu'on Je voit par le traité ou conli-at daus lequel Raimond dit qu'il y cousent « pour faire plaisir au roi notre sire « et à nos seigneurs les ducs, et pour le bien et honneur de « la personne dudit monseigneur le maréchal. » Celte alliance fit de Boucicaut un seigneur très-riche et très-puissant, car, si l'on en croii le testament du même Raimond, il n'avait pas plus de 200 liv. de rente. « Considérât que Bossiquot non era « de grant lignage, quel non avia dos cens libres de rendu.» De ce mariage il n'eut qu'un fils nommé Jean qui fut tué à la bataille d'Azincourt. Antoinette conçut tant de chagrin de cette perte, ainsi que de la captivité de son mari, qu'elle en mourut en \/{i6. Tous les trois eurent leur tombeau à Saint-Martin, dans la chapelle de la famille, où on voyait leurs épitaphes. Voici celle de Jean II : « Cy-gist « noble chevalier messire Jehan dict Bouciquaut le fils, ma- « reschal de France , grant connétable de l'empereur et de « l'empire de Constantinople, gouverneur de Jennes pour le « roy , comte de Beaufort, de Clux, d'Alcst et vicomte de « Turenne, lequel trespassa en Angleterre illec estant pri- « sonnier, le vingt-cinquième jour de...... 1421. >»

Son histoire écrite par un auteur contemporain; a été publiée par Théodore Godefroy. Paris, 1620, in-4- H en existe une autre par le sieur de Pilham. Paris, 1697 etLahnye 1699,

BIOGRAPHIE. 5l

in-i 2. D'Auvigny a écrit sa vie dans le tome VII de ses Hommes illustres de la France, et le P. Griffet a donné sur le maréchal de Boucicaut des observations qu'on a insérées dans la nouvelle édition in-4 de l'Histoire de France de Daniel , septième volume. Nous .avons encore : Le Maréchal de Boucicaut, nouvelle historique (par Née de la Rochelle) , Paris, 1710 et 1713 , in-12.

III. BOUCICAUT (Geoffroy Le Meingre de) , seigneur d£ Saint-Luc , de Bulbone eu Provence et de Koquebrune , frère puîné du précédent, né à Tours en i36g; il fut chambellan du roi et gouverneur du Dauphiné. Quelques historiens lui ont donné le titre de maréchal de France, mais il est évident qu'ils se sont trompés. L'auteur de l'histoire du maréchal de Boucicaut Jean II, dit seulement qu'il était chevalier de grande emprise, fier à ses ennemis, hardi, de grand courage et bel de corps et de visage. Il jouissait de la plus haute considération à la cour , tant à cause de son frère que pour son mérite personnel : mais la réputation de son aîné fut si grande qu'elle éclipsa entièrement la sienne, et il n'est presque connu dans l'histoire que par le démêlé qu'il eut avec Jean Mallet de Graville, sire de Montagu, chevalier Normand, et comme lui chambellan du roi.

Tous les deux étaient épris de Fuue des filles d'honneur de la reine, nommée Charlotte Lacochette. Un jour qu'ils se trouvèrent ensemble chez elle, ils se raillèrent mutuellement sur leur rivalité. Les plaisanteries devinrent bientôt plus piquantes , et Boucicaut, se trouvant offensé de quelques paroles injurieuses, donna un soufflet à Graville. Celui-ci, au lieu de venger cet affront par les voies de l'honneur, s'associa quelques amis qu'il intéressa a sa vengeance, et qui, marchant toujours suivis d'un grand nombre de valets, épièrent l'occasion de rencontrer Boucicaut. La veille de la Saint- Jean, l'ajant trouvé dans la rue de la Verrerie, ils tombèrent sur lui et le maltraitèrent cruellement. Cet événement lit grand bruit à la cour, et le maréchal surtout parut fort irrité de l'outrage fait à son frère. Cependant les parens et les amis

ta HISTOIRE DE TOTJBA1NE.

communs s'entremirent pour accommoder l'affaire. Après plusieurs assemblées infructueuses on convint de s'en rapporter à six arbitres, savoir: quatre de la part de Geoffroy parce qu'il était fort maltraité, et deux seulement du côté de Graville. Les arbitres de Boucicaut étaient Gérard Dauphin, seigneur de Jaligny, grand-maître-d'hôtel du roi; Philippe, seigneur de Limières; Guillaume de Pussac, seigneur de la Croisette , et Jean de Chftteau-Morand , tous chevaliers. Ceux du côté de Graville étaient Jacques de Ghâtillon, chevalier, seigneur de Dampierre, amiral de France , et Nicolas dit Colard d'Estouteville, ehevalie,r,seigneur de Torcy, ses paren s et amis.

Les arbitres, s'étant assemblés au mois de juillet i^n, furent d'avis que Graville, accompagné de trois ou quatre de ses amis, se rendrait à Tours le premier jour de septembre, qu'il irait trouver Geoffroy Boucicaut dans son hôtel et qu'en présence de six ou huit témoins il lui dirait ces paroles : « Monseigneur Boucicaut, de la contrevengeance qui « fut faite en votre personne il m'en déplust et déplaist ; vous «< en crie mercy et à monsieur le mareschal voàtre frère, à « vos amis, et vous requiers qu'il vous plaise me le pardon- « ner. » Et que Boucicaut serait tenu de répondre : « J'en « suis content. » Si Geoffroy se refusait à cette satisfaction , Graville devait la faire au maréchal en son hôtel à Paris, en présence de dix de ses amis; enfin si celui-ci ne voulait pas la recevoir, Graville la ferait en l'hôtel du grand-maître devant quatre des arbitres , ce qui serait exécuté dans la première quinzaine du mois d'août i4'2> a l'effet de quoi le maréchal serait tenu de faire connaître à l'hôtel du grandmaître auquel des trois lieux désignes il désirait que Graville fit sa réparation , après quoi ce dernier partirait pour aller à Jérusalem visiter le SAint Sépulcre.

Le jugement des arbitres fut déposé entre les mains de Robert Hardouville et de Pierre Chefdeville, clercs, notaires du roi au Chatelet de Paris, le 11 juillet i4n , et Geoffroy ayant accepté la première disposition , la satisfaction fut faite,

du consentement de toutes les parties , dans l'église de Saint- Martin de Tours, qui en tint acte sur ses registres.

Le maréchal Jean II étant mort quelques années après Jean , son fils unique , tué à la bataille d'Azincourt, Geoffroy hérita de tous ses biens, et continua la postérité'. Il fut marié deux fois ; la première à Constance de Saluées, et la seconde , le ai février ifoi , à Isabeau de Poitiers, dont il eut deux enfans, Jean et Louis qui , d'accord avec leur mère, transigèrent en 1 44 1 avec Ie pape Nicolas V pour quarante mille francs d'or qui avaient été prêtés par le maréchal leur oncle au pape Benoît XIII.

Il est probable, d'après cet accord, que Geoffroy mourut vers i4^9 ou i44° âgé de soixante-dix ou soixante-onze ans.

Il existait encore en Espagne, vers le milieu du dernier siècle , un rejetou de cette famille nommé don Louis Le Meingre de Boucicaut, chevalier , colonel de dragons, auteur des Amazones révoltées, roman moderne en forme de parodie sur l'histoire universelle et la fable, avec des notes politiques, en 5 actes, en prose. Rotterdam, 1730, in-12.

BOUET (Charles), sieur de La Noue , trésorier de France, né à Tours d'une famille noble et ancienne, a rendu son nom recommandable par les services importans qu'il rendit à Henri III et à Henri IV pendant les guerres de la Ligue. Il fut celui qui contribua le plus, immédiatement après les états de Blois, à faire ouvrir à Henri III les portes de la ville de Tours dont le maire était tout dévoué au parti contraire , en sorte que cette ville fut le boulevard contre lequel les efforts de la Ligue vinrent se briser du coté de la Loire. Henri III ayant changé tout le corps de ville en i58<), mit Boiiet au nombre des échevins, et crut devoir lui confirmer les privilèges de sa noblesse. En ,t5g5 Henri IV le nomma avec Jean Leblanc de La Vallière pour aller reconnaître les frontières de la Picardie. A son retour il fut unanimement élu maire de Tours le 28 octobre 1596. Le roi l'adjoignit ensuite aux comtes de Schomberg et de la Rochepot pour conclure avec le duc de Mercœur une trêve qui conduisit en

effet à la paix générale quatre mois après et termina ainsi les malheurs de la guerre civile.

Boùet, qui avait concouru au succès de cette négociation , ne fut pas témoin du bien qu'elle procura à la France , car il mourut à Angers au milieu des réjouissances publiques faites à l'occasion de la trêve.

BOUGUEREAU (Maurice), né à Tours où il exerça d'une manière distinguée la profession d'imprimeur, vers la fin du seizième siècle. Il était en même temps fort bon graveur pour l'époque où il vivait , et pour un genre qui était encore dans l'enfance de l'art. Si ceux qui sont venus après lui l'ont laissé bien loin derrière eux, il n'en eut pas moins l'honneur de défricher un champ encore inculte. Il nous reste de lui plusieurs cartes qui se trouvaient réunies en un volume in-fol. dans la bibliothèque de Marmoutier. i° Description du Poitou par Pierre Roger; Tours, Bouguereau, i5go; 2° de l'Anjou par Lézin Gujet; Tours, i5gi ; 3° du pays Blaisois, par Jean Dès-Temps , plus connu sous le nom de Temporarius; Tours, 1591 ; 4° de 1» Touraine, par Isaac François; Tours 1692; 5° de la Picardie et du Vermandois, par Jean Surhonius; Tours, 1592; 6° de la Lorraine méridionale et septentrionale; Tours, i593; 70 du Dauphiné , Languedoc, Gascogne, Provence et Saintonge; Tours, 1^93 ; 8° du Limousin, par Ant. Jean Fayan; Tours, 1 ~ ■ i J ; 90 du Berri et de la Limagne d'Auvergne; Tours, sans date; io° enfin du duché de Bourgogne ; Tours , aussi sans date.

Toutes ces cartes sont rédigées en latin , excepté celle de la Tou raine.

BOULLAY (René), avocat et juge de la prévôté de Loches sa patrie, acquit dans le cours du seizième siècle une grande réputation comme avocat consultant. 11 s'appliqua surtout, dans ses études particulières , aux principales questions relatives à la coutume de Touraine , afin d'en éclaircir les articles les plus difficiles. Ce genre de travail le conduisit insensiblement à un commentaire complet : mais probablement il le jugea trop volumineux et le réduisit en un abrégé que son

fils fit imprimer après sa mort , sous ce titre : Abrégé du Commentaire sur les coutumes deTouraine, par René Boullay, juge de la prévôté royale de Loches; Tours, 1629, in-8. L'ouvrage en effet était composé de 3 vol. petit in-fol. Le premier, qui concernait les treize premiers titres de la Coutume , est perdu ; le deuxième, de 984 pag. , commence au tit. i4 et finit ù Tort. 220. L'auteur dit à la fin : « Je l'ai achevé «de transcrire lc23octobrei6o7.»Le troisième vol. estdc 900 pag. et finit à l'art 295. Il paraît que l'auteur n'a pas poussé plus loin son travail , qui fut achevé de transcrire le 1 1 août 1608.

Pallu , auteur lui-même d'un excellent commentaire sur ces Coutumes, d'après la haute opinion qu'il avait du savoir de Boullay , a semblé regretter dans ses notes que ses héritiers se fussent bornés à publier un simple abrégé au lieu de faire imprimer l'ouvrage en entier.

BRÈCHE (Jean), né à Tours en 1 5 1 4 9 avocat au présidial de cette ville. Son mérite comme jurisconsulte et comme littérateur le mit en relation d'amitié avec les savans de son siècle et avec les hommes les plus célèbres de la magistrature, tels que le chancelier de l'Hôpital, Jean de Faye et André Tiraqucau. Jean Imbert a dit de lui qu'il était le plus bel ornement de la ville de Tours , où il était chéri de tous ses concitoyens, qui avaient pour lui autant d'eslime que de vénération. Il est certain qu'il se plaisait en toute occasion à faire l'éloge de sa patrie et de ceux qui s'y distinguaient par leur amour pour les sciences et les arts. Il en nomme en effet plusieurs dans une lettre qu'il écrivait à Tiraqueau. Il y cite Remi Le Roux, chanoine de la cathédrale de Paris, et Louis de Brion comme deux grands littérateurs; Jean Bourgeau, avocat, comme l'un des plus célèbres de sa profession; Jean Brodeau, Jean Duplex et Martin Grégoire comme des savans du premier mérite. Enfin dans l'épître par laquelle il dédie à Simon de Maillé son commentaire sur le titre de verbomm significatione , il parle d'Etienne Papillon, chanoine de Saint-Martin , et de François Le Coustelier, lieutt-

nant-géuéral à Tours , comme de deux hommes très-distingués par leur savoir. Plusieurs de ces noms sont inconnus aujourd'hui, et quelques-uns occupent leur place dans ce Dictionnaire.

Quoique Brèche se fût principalement fait connaftre comme un excellent jurisconsulte , il n'en cultiva pas moins les lettres et même la poésie. Il publia aussi quelques traductions d'auteurs grecs et latins qui paraissaient pour la première fois en français; mais le perfectionnement de la langue a dû les faire oublier. Nous avons de lui : i° Joanuis Brechaei aphorismi jurisprudentiœ ; Paris, i55a, in-8; 2° le Promptuaire des Lois municipales et Coutumes des bailliages, sénéchaussées et pays du royaume de France , concordées et parangonnées aux Coutumes du pays et duché de Touraine, extrait de ses Commentaires sur les Coutumes de Touraine ; Tours, Jean Rousset et Guill. Bourgeat, i563, in-8; 3° Joaunis Brechœi Turoni jure consulti ad titulum Pandectarum de verborum et rerum significatione, comment, cum indice Legum ac sententiarum insignium; Lugduui, Jac. Faure, i555, in-fol.

Au bas du portrait de J. Brèche, qui est en tête de cette édition, on lit ces mots : /Etatis sua; XLI. S'il avait cet âge en i555, il eu résulte, comme je l'ai dit, qu'il était né en i5i4«

Cet ouvrage fut réimprimé à Paris en i58i et 1589.

4° Un autre commentaire sur le titre de l'Édit des magistrats; 5° les Aphorismes d'Hippocrate avec le Commentaire de Galien; Paris, i553, in- 16, et Lyon, i557 , in- 16; 6° Traduction du Traité de Lactance sur l'ouvrage de Dieu; Paris, i554, in-8; 70 l'Abrégé des trois premiers livres de Galien de la Composition des Médicamens ; Paris, Antoine Bourriquet, sans date, in-12, suivi des Aphorismes de Jeau Damaseènc, et d'un épitomé sur les trois livres des Tcmpéramens de Galien ; Paris, i554, in-8; 8° Traduction de Plutarque, de la Doctrine du Prince; Paris, i554-

C'est en faisant allusion à cet ouvrage que Jean Bouchet

dit de lui dans la cent dix-neuvième de ses épîtres familières :

Que veux-je dire ? orateur très-facond , En tous savoirs abondant et fécond , Si non après avoir vu ton épistre , Et les traictes aux quels as donné tittre De la doctrine et la condition D'un noble prince , etc.

9* Les Principes d'Isocrate; Paris, i552, in-8; io° le Manuel royal, ou Opuscule de la Doctrine et Condition du prince, partie en prose, partie en vers; Tours, 1 54i , in-4; 1 1° le premier livre de l'Honnête Exercice du prince j Tours, i554, in-4; ï2° Épître consolatoire à Nicostrate sur la jalousie qu'elle avait de son mari, avec quelques autres poésies. Enfin il avait fait un commentaire entier sur la coutume de Touraine; mais cet ouvrage, qu'il considérait comme son chef-d'œuvre, est resté manuscrit.

Jean Brèche termina ses jours au lieu de sa naissance. On dit qu'il y mourut de la peste en i56i. Cependant, excepté une maladie épidémique qui régna à Tours, en i53o , nous ne voyons nulle part que ce fléau y ait fait sentir ses ravages avant i583, époque où le concile, qui se tenait dans cette ville, fut obligé de se transférera Angers. Aussi est-ce à cette date que je crois pouvoir reporter l'époque de sa mort, étant alors âgé de soixante-neuf ans et non de quarantesept.

BRETONNE AU (François), jésuite, né à Tours le 3i décembre 1660, peut être mis au rang de nos meilleurs prédicateurs, et sa réputation eût égalé celle de Bourdaloue et de Massillou si, comme eux, il avait réuni cette facilité à s'énoncer et cette grâce d'action qui forment une partie des talens de l'orateur. La solidité de sa logique, son éloquence douce, persuasive et pleine d'onction attachent fortement à la lecture de ses sermons. Une preuve incontestable de leur mérite, c'est que plusieurs avaient été insérés dans la pre-

micre édition de Mnssillon sans qu'on y aperçût de différence, et qu'ils sont entrés depuis dans le recueil des œuvres du P. Bretonneau, qui consentit à les réclamer, effort qui dut coûter à sa modestie, car on sait que ses sermons n'eussent jamais été puiiliés saus l'ordre que lui en donnèrent ses supérieurs. Ils l'ont été en 1743 en 7 vol. in-T2, savoir : un pour Pavent et trois pour le carême; les tîois derniers contiennent les mystères , les panégyriques et les discours pour les prises d'habit. Le P. Berruyer en a donné en 1 764 une édition en 5 vol. in-12 , à laquelle il a ajouté une préface ou éloge historique, où il apprécie avec autant de justesse que de goût le mérite de son éloquent confrère.

Le P. Bretonneau n'a peut-être pas rendu un moius grand service à la chaire en se chargeant de revoir et de publier les sermons des PP. Bourdaloue, Cheminais, Giroust et La Rue. C'est à ses soins et à ses travaux que nous devons la conservation de ces monumens de l'éloquence chrétienne, à laquelle il consacra les momens les plus précieux de sa vie , sans daigner prendre le même soin pour ses propres productions.

Outre les sermons dont on vient de parler , il nous reste de lui : 2° De l'Importance de la Retraite; Tours, 1686, in-12; 3* Reflexions chrétiennes pour les Jeunes Gens qui entrent dans le monde; Paris, 1708, in-12; 4° Abrégé de la vie de Jacques II roi de la Grande-Bretagne ; Paris, 1703, in-12; 5° Ludovico magno pro concessis hostibus induciis , Panegyricus dictus in collegioturonensi ; Turonibus, Masson, 1648, in-4; 6° Oraison Funèbre de Philippe de France , duc d'Orléans, frère unique du roi; Paris, 1701, in-4; 70 Remontrances à l'évêquc d'AuxiTre au sujet de son ordonnance et Instruction pastorale, portant condamnation de plusieurs propositions extraites des cahiers dictés au collège d'Auxerre, par le P. Gabriel Lemoyne; Paris, 1726, in-4- On lui doit aussi la préface bistorique sur la vie et les ouvrages du P. Louis de Valois que l'on trouve à la tête de ses œuvres spirituelles.

BIOGRAPHIE. £>g

Il a de plus été l'éditeur : i* Des Sermons du P. Cheminais; Paris, 1690, réimprimés en 1730 en 5 vol. in-12; mais les trois derniers ne sont pas du P. Cheminais ni publiés par le P. Bretonneau ; 20 des Sentimens de Piété, du même P. Cheminais; Pârîs, 1691, in-16; 3° des Sermons du P. Jaeques Giroust; Paris, 1700 — !^o4» 5 vol. in-12; 4* enfin des Sermons et Pensées du P. Bourdalouej Paris, Rigaud, 16 vol. in-8 et in-12. >

Le P. Bretonneau , entré au noviciat des jésuites en 1675, y prononça ses vœux en 1694. Il passa successivement partous les emplois de sa compagnie, qu'il exerça de la manière la plus distinguée. L'auteur de son éloge dit ffue, quoiqu'il aimât le travail et la retraite, il n'en était pas moins dans la société' d'un commerce si agréable qu'on respirait auprès de lui toute la douceur du beau climat de la Touraine qui lui avait donné la naissance. Il mourut à Paris dans la maison professe, le 29 mai 1741 , âgé de quatre-vingt-un ans.

1. BRIÇONNET (Jean), l'aîné, né à Tours vers i4ao. La généalogie de cette maison , écrite par Guy Bretonneau , fait Jean son père conseiller au parlement et juge de Touraine; mais celle qui se trouvait à Marmoutier porte qu'il Hait simplement marchand et bourgeois de Tours , et qu'il mourut en i447> ayant épousé Jeanne Belleteau. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne figure point parmi les juges ou baillis de Touraine.

Jean l'aîné doit donc ôtre considéré comme le premier de sa famille qui ait eu quelque illustration, et c'est sous ce rapport seulement qu'il trouve place ici. Ce fut avec lui , comme commissaire du roi, que Jean Cœur, archevêque de Bourges, et Geoffroy Cœur, maître-d'hôtel du roi , transigèrent sur la confiscation des biens de leur père le 5 août 1457. On voit même par le testament de Jeanne Berlhelot sa femme , que plusieurs objets appartenant à Jacques Cœur étaient restés entre ses mains; car elle charge ses enfans de les remettre aux héritiers qui ne les avaient pas encore réclamés. Cette

6o HrSTOIRK DE TOUR AINE.

Jeanne Berthelot était d'une famille riche et considérée de la ville de Tours.

Ce fut ce Jean Briçonnet qui fit reconstruire l'église de la paroisse de Saint-Clément sur laquelle il était né, et qui l'enrichit de plusieurs dotations. Sa bienfaisance l'avait fait surnommer le Père des Pauvres. « Les pauvres , dit Bretonne neau , étaient ses banquiers, par le moyen desquels il fai- « sait sûrement tenir ses richesses en paradis. >»

Il parait que son nom était avantageusement connu, car ayant été le premier qui eût écrit à Paris la nouvelle de la mort de Louis XI , on la tint pour certaine. « Auxquelles . lettres, dit le continuateur de Monstrelet, fût foi ajoutée, « pour ce que le dit Jehan Briconnet était homme de bien et « de crédit. »

Il fut en 1462 le premier maire de Tours, où il mourut le 3o octobre i49^. Il eut six enfans, dont deux font la matière des articles suivans.

II. BRIÇONNET (Guillaume), premier du nom, né à Tours en 1^5, second fils de Jean Briconnet l'aîné, cardinal, premier ministre et surintendant des finances sous le roi Charles VIII. Avant que de parvenir aux premières dignités ecclésiastiques il avait épouse Raoulette de Beaune, sœur du surintendant Jacques de Semblançay. Ou prétend que l'archevêque Angelo Catto, médecin et astrologue de Louis XI , lui avait annoncé un jour ce changement d'état devant sa femme, à qui cette prédiction ne fut pas très-agréable. Il eut d'elle cinq enfans, dont deux furent évêques et lui servirent un jour de diacre et de sous-diacre dans une messe solennelle.

On ignore eu quelle année il perdit sa femme ; on sait seulement qu'il resta veuf assez long-temps avant que d'entrer dans les ordres.

Le séjour de Louis XI en Touraine et le crédit de son père auprès de ce monarque furent pour lui l'occasion de se produire à la cour, où il s'introduisit tellement dans la faveur de Charles VIII, qu'il prit et qu'il conserva toujours le plus

BIOGRAPHIE. 6t

grand ascendant sur son esprit. De général des finances en Languedoc il devint surintendant général , et quand il eut embrassé l'état ecclésiastique, les abbayes, les évêchés et le cardinalat furent son partage. Il se vit tout à la fois évéque de Sain t-Malo , de Nîmes, archevêque de Reims, abbé de Grandmont et de Saint-Germain-des-Prés. En i5o7 , ayant été nommé par le roi lieutenant-général au gouvernement de Languedoc, il quitta l'archevêché de Reims pour celui de Narbonne : mais il retint toujours les évêchés de Nîmes et de Saint-Malo.

L'opinion des historiens varie a son égard ; quelques-uns font l'éloge de son talent pour les affaires et de son zèle pour la gloire de sa patrie; d'autres au contraire , tels que Deserre, Duplcix, Mézerai et Guichardin le dépeignent comme un homme adroit et ambitieux , mais sans véritables talens, incapable de gouverner un État , et peu délicat sur les moyens de parvenir. Je ne parle pas de l'opinion de Philippe de Commine son contemporain, parce qu'on sait que, jaloux de sa faveur , il était son ennemi personnel.

Il s'est fait connaître en deux principales circonstances. La conquête de Naples par Charles VIII et le concile de Pise sous Louis XII. Il fut un des grands moteurs de la première et un des grands appuis du second : mais celui-ci ne lui attira que de l'humiliation , au lieu que l'autre fut l'époque <le sa plus grande élévation , ayant reçu le chapeau de cardinal des mains même du pape Alexandre VI à la demande du roi et en sa présence. L'affaire du concile au contraire le fit excommuuier et priver de cette dignité par Jules II ; cependant il se fit dans la suite réhabiliter par Léon X, en adhérant au concile de Latran , conduite que les uns appelèrent soumission et docilité , et que les autres traitèrent de versatilité ou de politique.

Après la mort de Charles VIII , en i4<)8, s'il ne perdit pas entièrement son crédit, il le vit du moins s'affaiblir considérablement, et du rang où il était élevé c'était tomber que de descendre. George d'Amboise , son compatriote , eut à son

6a HISTOIBE DE TOUR AINE.

tour la faveur et la confiance entière de son souverain , et la vérité impose le devoir de dire qu'il en était bien plus digne. Sans pouvoir être mis ni l'un ni l'autre au rang des grands hommes d'état, George avait de plus que Guillaume ce noble désintéressement, cette abnégation absolue de soi-même et de sa famille , ancieune et illustre ù la vérité , enfin cette économie des deniers publics et cet amour vrai du peuple qui , sous ce rapport, peuvent le faire comparer à Sully , quoiqu'il n'en eût pas les talens.

Guillaume Briconnet est connu indistinctement dans l'histoire sous les noms de cardinal de Sainl-Malo, de cardinal de Narbonne et de cardinal de Préneste. On le trouve aussi nommé dans Philippe de Commine et ailleurs le géné» ral Briconnet, par allusion à la place de général des finances par laquelle il débuta dans le monde.

Il mourut à Narbonne le i3 décembre i5i4, laissant de son épouse, Raoulette de Beaune, cinq enfans, au nombre desquels sont Guillaume et Denis dont il va être parlé.

III. BRIÇONNET (Robert), archevêque , duc de Reims, premier pair et chancelier de France, frère du précédent, naquit à Tours ainsi que lui, et fut le cinquième fils de Jean Briconnet. Le crédit de son frère le fit successivement nommer abbé de Saiut-Waast en i48g , président aux enquêtes l'année suivante , garde-des- sceaux en ifou, archevêque de Reims en i493, président des comptes en i494» et chancelier de France en i495. Malgré ce poste éminent, on ne voit point son nom figurer dans l'histoire du temps, pendant les deux années qu'il l'occupa. La seule occasion uo peu importante où il soit fait mention de lui, c'est, au rapport de Nicole Gilles, lorsque Charles VIII , méconteut des Parisiens, voulut ériger à Poitiers un parlement dont le ressort aurait été formé d'une portion de celui de Paris. Les Poitevins, intéressés à l'exécution de ce projet , la sollicitaient vivement : mais le chancelier Briconnet éludant toujours leur» demandes parvint, en temporisant, à faire oublier entièrement ce projet, qui disparut avec la cause qui l'avait fait naître.

Les auteurs de la Gai lia Christian a font au reste l'éloge de son amour pour les lettres et de la protection qu'il accordait aux savans. Il mourut à Moulins en 1 497 , dans un âge peu avancé. J'ai vu une médaille frappée en son honneur , 6ans revers et sans millésime, sur laquelle est son buste entouré de ces mots: Rob. Briçonuet, ar. Dux. Remen, primus par Francise.

IV. BRIÇONNET ( Guillaume), deuxième du nom, second fils du cardinal , né en 1 ''[7 1 , n'avait pas encore dix— bnitans lorsqu'il fut pourvu en l4#9 de l'évêehé de Lodève. C'est pour cela qu'on l'appela jusqu'à su majorité le comte de Montbrun , titre qae prenueut les évêques de Lodève. II continua ses études au collège de Navarre , où il eut pour maîtres de philosophie et de théologie Louis Gallus et Louis Piuelle ; mais il ne prit pas le bonnet de docteur. Il était eu même temps chanoine de Saint-Martin de Tours , et succéda en 1 j'j > à son oncle Robert dans la charge de président des comptes. En 1496 il fut fait aumônier de la reine, chanoine de Paris en i5o2 et abbé de Saint-Germain-des-Prés en 1507 par voie de résignation, ce qui était alors contre le droit d'élection qu'avaient les religieux, les commandes n'ayant été connues qu'après le concordat.

La même année , Louis XII , que son père avait sacré et qui connaissait son mérite, l'envoya à Rome pour accommoder le différend avec le pape Jules II. Il s'acquitta de cette mission avec une grande supériorité de talent, et le discours qu'il prononça devant le pape et les cardinaux fut imprimé jusqu'à quatre fois sous ce titre : Apud Julium secundum Pont. Max. sacmmque cardineum collegium, pro chrù-* tianissîmo Francorum Rege Ludovico XII çraii'o apologetica Romœ habita anno 1507 , adversus imper, Maximilianum. C'est un in-4 de 32 pag.

En i5io il assista à l'assemblée générale du clergé tenue à Tours, et l'année suivante, au concile de Pise, traité de conciliabule, avec le cardinal son père et Denis son frère.

Mais selon toute apparence ce ne fut que par déférence pour le roi et surtout pour son père.

Ayant obtenu l'évêché de Meaux en i5i6, il résigna celui de Lodève à son frère Denis , et dans la même année François Ier Tenvoya de nouveau ambassadeur à Rome où il resta près de deux ans. De retour en France, il commença, pour ainsi dire, une carrière nouvelle eu se consacrant tout entier à l'administration de son diocèse. C'est de là que date sa plus grande réputation. Ami et protecteur des savans , il en attira plusieurs auprès de lui qui suivaient secrètement le parti de la réforme et qui en répandirent la doctrine dans la ville de Meaux. C'est précisément ce qui était arrivé à François Ier. Parmi ceux qui avaient la confiance de Briçonnet se trouvaient Jacques Lefebvre , surnommé d'Ktapïes , et le célèbre Guillaume Farel, qui fut le précurseur de Calvin à Genève. Il n'en fallut pas davantage pour jeter des doutes sur l'orthodoxie du prélat» Dénoncé publiquement comme hérétique par les cordeliers de Meaux, ils le traduisirent au parlement, où il fut ajourné, interroge et probablement absous , puisqu'il retourna dans son diocèse où il coutinua à déployer son zèle contre la nouvelle doctrine. On a prétendu qu'il la combattait ouvertement par état, lorsque intérieurement il inclinait pour elle. Mais une pareille accusation n'a pu prendre naissance que dans les sentimens de tolérance dont il était animé. Il n'est que trop de gens aux yeux de qui l'on n'est point orthodoxe si l'on n'est persécuteur.

Quoi qu'il en soit, Guillaume II fut un prélat très-recommandable par ses talens , par son zèle pour la renaissance des lettres, par ses vertus et par la réforme des abus partout où il les rencontrait.

Il mourut dans son château d'Éraans prèsMontereau Faut- Yonne, le 24 janvier 1 534 » 'd ^ ^oe ^e soixante-trois ans.

On a de lui des sermons latins peu connus, imprimés en i5o3 et en i522. 11 a traduit en français les Contemplationes idiotee; Paris, 1Ô25. Ce sont les Conlemplations de

la Vierge écrites en latin par Raimoud Jordan, abbé de Celles en Berri , qui par humilité se faisait appeler l'Idiot.

V. BRIÇOJNflET (Den is), né en i^'o, frère du précédent, était le cinquième fils du cardinal. On peut le mettre au nombre de ces hommes qui se sout rendus reconimandables parleurs vertus et la protection qu'ils accordaient aux lettres plus que par de grands talcns. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, la faveur de son père accumula sur lui les bénéfices de toute espèce. On tient qu'il a été ensemble ou tour à tour chanoine de Saint-Malo, archidiacre de Reims et d'Avignon, doyen de Tarascon , prieur de Cossay, abbé de Saint-Martin d'Epernay, de Cormery et de Turpenay , évêque de Toulon, de Lodève et de Saint-Malo. Le Nouveau Dictionnaire historique lui fait un mérite de s'être démis sur la fin de ses jours de ses évèchés, et de s'être contenté d'une seule abbaye qui devait être celle de Cormeri , puisqu'il y est mort; mais cet éloge ne paraît pas fondé. D. Morice dit qu'il obtint, en i554,pour coadjuteur de l'évêché de Saint- Malo, François Bohier fils de sa sœur, et ne dit pas qu'il se soit démis de son siège. En i52o il avait permuté celui de Lodève pour l'abbaye de Cormery , et comme il est certain que son neveu n'eut l'évêché de Saint-Malo qu'en 1 53^ , on en doit conclure que Denis le conserva jusqu'à sa mort.

Il était véritablement protecteur des savans. Moréri, à la vérité, en donne pour preuve les dédicaces qui lui ont été faites de plusieurs ouvrages tels que l'édition des OEuvres de Saint-Denis par Clicthoue, la Politique d'Aristotc par Vata- Lie, etc. Mais Moréri s'est trompé en cela, et ces ouvrages sont dédiés à Guillaume son frère , ainsi qu'il est facile de le vérifier. Ce qu'il y a de plus certain , c'est que Joach. Périon, né à Preuilly de païens pauvres, n'eût peut-être jamais écrit si Denis Briçonnet n'eut fait les frais de son éducation , générosité qu'il exerça à l'égard de plusieurs autres que Périon cite dans son oraison funèbre.

Le plus bel éloge qu'on ait fait de lui est ce qu'on a rapporté de sa bienfaisance envers les pauvres. On assure qu'il

66 HISTOIftE 0E TOUR AINE.

en admettait tous les jours treize à sa table et qu'il les y servait, étant lui-même à jeun, circonstance qui n'ajoute rien au mérite de l'action.

Il fut envoyé à Rome par François I" pour y suivre l'affaire de la canonisation de Saint-François-de-Paule , et il y séjourna trois ans. La Gallia Christiana fait dire à Clément VII , qui n'était alors que cardinal , que Denis était le seul orateur parmi les envoyés de France, et le seul qui sût vaincre toutes les difficultés dans les négociations. Mais il est probable que ses auteurs ont confondu Denis avecOuiliaume, et qu'en parlant d'orateur on ne pouvait avoir en vue que le discours latin de celui-ci dont j'ai parlé à son article. Quant à Denis, toutes ses actions ont annoncé un homme très-pieux, à la vérité, mais fort peu versé dans les affaires. Cette méprise est d'autant plus pardonnable que les deux frères se trouvaient à Rome dans le même temps chargés chacun d'une mission différente, l'une canonique et toute simple, l'autre purement politique et exigeant de l'adresse et de l'habileté.

Denis fit imprimer, en i5i8, un Rituel très-estime^ suivant D. Morice. 3 'ai vu un ouvrage de 96 feuillets imprimé à Paris chez Olivier Senant, sans date, intitulé : L'Instruction des Curés pour instruire le simple Peuple, à l'usage de l'évêchc de Saint-Malo. On remarque en tête une instruction pastorale de Denis Briçonnet , ce qui pourrait faire croire qu'il en est l'auteur.

Il mourut le iL décembre i557 dans son abbaye de Cor— mery , où il fut enterré dons le chœur.

L'oraison funèbre dont j'ai parlé a été imprimée sous ce titre : Oratio Joachimi Perionii Benedict. Cormarriacensis de laudibus Dionysii Briçonneti , episcopi macloviensis qui his paucis diebus excessit è vitâ. In-4 de 18 pages.

BRIDIEU (Roger-Antoine de), né à la Roche-Posay en i656 , d'Àntoiue de Bridieu et de Louise de Chasteignier. Ayant embrassé l'état ecclésiastique , il obtint un canonicat dans lu cathédrale de Beauvais, et fut ensuite archidiacre du dioeèse. Quelques troubles religieux qui s'y manifestèrent le

biogràpiïii:. 67

firent exiler à Quimper en 1687. Pendant ce temps , un autre chanoine de Béarnais, nommé Raoul Foy, accusa de conspiration contre l'état cinq de ses confrères du nombre desquels élait l'abbé de Bridieu. Tous les cinq furent arrêtés et conduits à la Bastille en octobre 1689. Cependant on ne tarda pas à se convaincre que l'accusation n'était qu'une calomnie dénuée de la moindre preuve. Les prisonniers furent donc rendus à la liberté après cinq semaines de détention ; mais le roi fut tellement indigné contre l'accusateur, qu'il lui fit faire son procès, et ce chanoine fut pendu en place de Grève le 12 septembre 1691. Bridieu ne vit pas pour cela cesser sou exil, et il fut obligé de retourner à Quimper. EnCn ayant obtenu l'agrément de rentrer à Beauvais, il y vécut encore quelque temps dans la pratique habituelle de sa dévotion austère, et il y mourut le i5 juin 1708. Il fut inhumé dans la chapelle du crucifix, derrière le chœur de la cathédrale.

L'évèque de Beauvais élanL mort en 1G79, Yàkhê de Bridieu , qui était son ami et son confident , composa son éloge sous ce titre : Abrégé delà vie de Nicolas Choart de Buzenval, évèque de Beauvais, contenant une partie de ce qu'il a fait et souffert pour le gouvernement et la discipline de son diocèse; in-4- C'est sur ce manuscrit , conservé dans la bibliothèque Lamoignon, que Franc. Mésenguy a écrit la vie de ce même prélat imprimée en 1712, 2 vol. io-12.

L'abbé de Bridieu n'a fait imprimer aueun des ouvrages qu'il avait composés; mais plusieurs particuliers en possèdent des manuscrits, parmi lesquels on compte, indépendamment du précédent : 20 Traité sur la Réformation des Monastères : il l'écrivit étant directeur des Bénédictines de Saint-Martin de Borcnc près Beaumont-sur-Oise ; 3° Traité de la Vie de la Foy , ou de la Vie Chrétienne; 4° des différens états de la vie de Jésus-Christ et de l'instruction (pie nous pouvons en retirer; 5° Question sur ce que doit faire un Chrétien quand il a fait quelque faute; G" de la manière que les Pénitcns assistaient à la Messe dans l'Église primitive ; r° qu'il faut toujours avoir Jésus-Christ présent comme notre modèle;

8° ce que c'est qu'un Cœur Tendre et des difFéreutes sortes de Tendresse ; 90 de la \ ieille Créature par Adam, et de la Nouvelle par Jésus-Christ; io° Traité général de Morale; ïi° Sermons et Panégyriques ; ii° outre tous ces écrits ascétiques, il y en a encore un autre de lui dont la publication aurait pu piquer la curiosité. Il est intitulé : Histoire de ma prison à Quimper. Il l'écrivit en iGçji.

Les auteurs de la Bibliothèque de France se sont trompés en l'indiquant dans la table générale sous le nom de Roger, qui n'est pas son nom de famille, mais le premier de ses prénoms, suivant les mémoires de l'abbé de Marolles, et le deuxième suivant Moréri.

BRION ( Simon de) , pape sous le nom de Martin IV, né en Touraine, au commencement du treizième siècle , dans la commune de Bray , aujourd'hui Reignae. Ce lieu , autrefois plus considérable, était la capitale de celte partie qu'on appelle encore la Champaigne Tourangelle. Nommé mal à propos par quelques-uns Simon de Brie, on en a inféré qu'il devait être de celte province: mais, outre les témoignages contraires que je puis en produire, une preuve assez évidente qu'il était né en Touraine est sa nomination à un canonicat de Saint-Martin, parce qu'on sait que dans ces temps on n'admettait aux prébeudes de cette église que des sujets natifs ou originaires du pays.

On a dit aussi qu'il était né de parens pauvres, et qu'il ne dut son élévation qu'à son propre mérite. Cette dernière assertion peut èlre vraie; maisla première est sans fondement, et sa famille, assez illustre, était fort bien vue à la cour de Heurill, roi d'Angleterre el comte de Touraine. Quoiqu'il en soit, Simon de chanoine fut élevé à la dignité de trésorier dont il ne se démit plus, même après son exaltation. Ilconserva toujours la mémoire de l'église de Saint-Martin , qu'il se plaisait à nommer la mère de ses études, et à laquelle il accorda plusieurs privilèges par une bulle du mois dé mars 1281.

Son mérite ayant été connu à la cour de France, saint Louis l'honora, en 1260, de la charge de chancelier; maisil

s en démit 1 année suivante pour vivre avec plus de recueillement loin du tumulte des affaires. Cependant le pape Urbain IV voulant l'attirer auprès de lui en 1262 le créa cardinal du titre de sainte Cécile. -,

Lorsque Clément IV fut parvenu au souverain pontificat, il le nomma légat en France, pour aller offrir les couronnes de Napleset de Sicile à Charles d'Anjou, frère de Saint-Louis, et pour l'engager à entreprendre la conquête de ces deux royaumes, dont Main froy, fils naturel de l'empereur Frédéric, s'était emparé. Il assembla en conséquence à Paris un concile composé de tous les prélats de France, où il obtint une décime sur tous les bénéfices du royaume pour fournir aux frais de cette guerre.

Le pape Grégoire X après le concile de Lyon, où Simon assista en 1 274 , le continua légat en France avec les pouvoirs les plus étendus. Il y prêcha môme la croisade. En 1277 ^ termina le différend qui existait entre Marguerite, veuve de Saint-Louis, et le comte d'Anjou.

Enfin le pape Nicolas III étant mort au mois d'août 1280 , Simon fut élu à Viterbe le 22 février 1281 , avec un assentiment si universel, qu'ayant ouvertement refusé d'accepter

la tiare, on lui déchira sa robe de cardinal , et on le força , 1 . a dit la ebronique de Martin de Pologne, de se revêtir des

habits pontificaux. Après son élection il quitta Viterbe et vint à Orviette, appelée la Vieille-Rome, où il fut couronné le 23 mars. La reconnaissance et le souvenir de ses premières dignités lui firent prendre le nom de Martin. Immédiatement après son élection , il reçut du peuple Romain un témoignage éclatant de sa confiance; car on lui donna le pouvoir de conférer la dignité sénatoriale, non comme pape, mais comme homme privé. Il eut en outre le gouvernement de Rome sa vie durant. C'est ce que nous voyons par une note de Platine dans ses vies des papes. « Anno « D. 1281 popnlus Romanus dédit potestatem D. Petro de « comité et gentil! , de filiis ursi, senatoribus urbis, ut « transferreut eenatoriam dignitatem in Martinum pp. IV,

« non tanquàm pontïficem, sed simplicem virum , cui dictus « populus romauus comniisit rcgimen etgubernationem urbis « vilâ sua durante, etc. >• Eu conséquerfee Martin créa sénateur ou patrice de Rome Charles d'Anjou, roi de Sicile, et frère de saint Louis, que le pape Nicolas TTI avait privé de cette dignité.

Enfin il témoigna qu'il n'avait jamais cesse' d'être Français lorsqu'il excommunia les habitans de Palerme, après le massacre connu sous le nom de Vêpres Siciliennes , ainsi que Pierre III roi d'Aragon, qui en avait été !e moteur pour usurper le trône de Sicile. Mais les foudres qu'il lança contre plusieurs autres souverains, le droit qu'il voulut s'arroger de disposer de leurs couronnes , et le peu «l'état qu'ils firent de ses annthèmes ont véritablement fait tort à sa mémoire, quoique le continuateur de Martin de Pologne prétende qu'après sa mort Dieu fit éclater sa sainteté par plusieurs miracles.

Il mourut à Péruse d'une fièvre lente le 28 mars 1285, sous l'habit de saint François, et fut inhumé dans la cathédrale de Saint-Laurent.

J'ai dit que Simon était d'une des premières familles de Touraine, et notre histoire en fournit plus d'une preuve. Il avoit trois frères, Hardouin, Pierre et Gilles ouGillon, qui dans une charte de l'an 1280 est qualifié de miles, chevalier. Leur père était seigneur de la Carte , à Ballan , et donna plusieurs rentes à l'Hôtel-Dieu de Tours en 1210 et I2i3, du consentement de Suzanne sa femme et de Hardouin leur fils. Son frère Pierre de Brion confirma, au mois d'octobre 12 jf), une dîme qui avait été donnée à l'abbaye de Marmoutier. Il existe enfin beaucoup d'autres titres qu'il serait superflu de relater ici. Onuphre Pauvini , George Wincelius, la chronique de Tri thème et d'autres auteurs anciens se sont accordés pour faire naître Simon de Brion en Touraine, mais non comme l'ont dit les auteurs de l'Art de vérifier les Dates an château de Montpencien , dans la commune d'Andrecel , parce que ces deux noms sont étrangers à notre province et

se trouvent dans la Brie. Il y avait dans ce même temps en Anjou une famille assez illustre du nom de Brion, dont celle de Touraine formait probablement une branche. On peut voira ce sujet Ménage, histoire de Sablé, p. 170. - .

Gilles de Brion , frère puîné de Simon , eut la régie des biens de la trésorerie de Saint-Martin tant que celui-ci la posséda. 11 alla le voir à Rome après son exaltation; mais lors de son départ, le pape ne lui fit que de modiques présens, à peine équivalens à ses frais de voyage, en lui disant que tout ce qu'il possédait comme souverain pontife était le bien de l'Église et non le sien propre. Il y a loin de ces sentimens au népotisme dont Rome a eu si long-temps à gémir.

On peut consulter sur le pape Martin IV les différens auteurs qui ont écrit sa vie , savoir :

i° Doni d'Attichi, Historia Simonis, cardinalîs à Broya, au tom. 1 de ses Fleurs de l'histoire des cardinaux, p. 33o. 20 Bernardus Guidonis, Vita ejusdem papa?. 3° Vita ejusdem, ex manuscripto bibliothecœ Ambrosiana?. Ces deux derniers morceaux se trouvent dans Muratori, tom. 3, p. 608 et suivantes,

4° Histoire du même par François Duchesne, Histoire des Cardinaux français , p. 283.

5° Jordanus, acta Martini IV, dans l'ouvrage de Papebroc, intitulé : Conatus chronologicus pontifie, roman. ; pars 2, pag. 61.

BRISSET (Roland), sieur du Sauvage, né à Tours en i56o , mort dans la même ville en iG [3. Lacroix du Maine dit qu'il était avocat au parlement ; mais un quatrain placé en tète de sou théâtre l»i donne le titre de : Quœstor militum Turonicœ provinciœ. En 1604, il fut nommé échevin à vie de la ville de Tours , et comme nous voyons qu'en i643 il fut remplacé dans cet office par François Paris, nous avons trouvé dans cette circonstance l'époque précise de sa mort. Il avait épousé Anne d'Argouge, nièce de Nicolas d'Argouge , cinquante-huitième maire de Tours, de laquelle il eut trois enfans, dont le second , Pierre Brisset , fut gen-

7a HISTOIRE DE TOUR AI NE.

tilhomme ordinaire du duc d'Orléans. L'aîné était mort en bas âge. ' ,

Il était, dit-on , fort savant dans les langues grecque et latine. Il a existé à Tours un manuscrit de lui en deux volûmes contenant les pièces latines qu'il avait composées et celles qu'il avait traduites de l'anthologie , aussi en vers latins j on ne sait ce que ces poésies sont devenues. Peut-être si elles eussent été imprimées lui eussent-elles fait une réputation plus durable que celle qu'il a obtenues dans le temps par ses tragédies. Elles ont été recueillies sous ce titre : Le premier livre du Théâtre tragique de Roland Brisset , gentilhomme tourangeau; à Tours, Claude de Montr'œil , 1689, in-4de 3 12 pag. Rigoley de Juvigny, dans ses notes sur Lacroix du Maine, donne à l'édition de ce théâtre la date de 1590. Elle est de même indiquée dans le catalogue des livres de madame de Pompadour, n° 8i5 : il serait possible qu'il y en eût une seconde édition ; mais je n'ai pas eu l'occasion de la rencontrer. Il est plus inexact de dire dans ces notes que les tragédies de Brisset sont imitées des auteurs grecs et latins , puisque les quatre premières sont traduites de Sénèque et la dernière de Buchanan. En voici les titres : Hercule furieux; Thyeste; Agamemnon; Octavie; Baptiste, ou saint Jean-Baptiste.

L'auteur dédie son ouvrage à la ville de Tours par le sonnet suivant :

Chère cité, mur antique de Turne, Qui de mes jours veis le commencement, Si tout ravi, eu ua beau peusement, En ton honneur j'ai chausse le cothurne.

Si ton honneur est l'honneur de Saturne Qui a charmé nies ans si doucement Si ton lustre est mon éclaircissement,

Sauve mon nom des léuèbres de l'urne.

Ainsi toujours te chérisse le roi ,

Ainsi toujours tu sois ferme en la foi,

Ainsi toujours le ciel te favorise :

Ainsi toujours ton mérite croissant , Fidelle au roi et fidelle à l'église, Voise ton chef dans le ciel se haussant.

L'art dramatique était alors à peine en son enfance. On ne connaissait (l'autre coupe que celle des tragédies grecques , dont chaque acte se compose d'une ou de deux scènes et des chœurs. Jodelle et Garnicr, contemporains de Brisset, ne s'étaient point écartés de celte routine , même dans leurs compositions originales , à plus forte raison celui-ci dut-il suivre la même marche dans de simples traductions.

Ce n'était pas toujours le talent poétique ni l'invention ; mais le goût et l'art des convenances qui manquaient à ces premiers auteurs, dont la langue était d'ailleurs encore trèsimparfaite. On peut se former une idée du goût des temps où Brisset vivait par le début de sa tragédie d'Hercule Furieux. Sénèque fait dire à Junon, en termes que la scène romaine pouvait admettre :

Soror tonanlis , hoc enim solum mihr f." Nomen relictum est , semper alienum Jovem Ac templa summi vidua deserui «theris; Locumque, cœlo puisa , pellicibus dedi.

Tellus colenda est, pellices cœluin tenent.

Brisset traduit ce début avec beaucoup de naïveté :

ScEur du grand dieu tonnant , car ce nom seul me reste, J'ai toujours laissé , veuve en la voûte céleste , Jupiter étranger qui se sied au milieu D'un sérail de P** qui possèdent mon lieu. Sus, habitons la terre , aussi bien les paillardes Dans le ciel mon palais se pavanent gaillardes.

Mais c'est dans les situations les plus tragiques que l'on peut apprécier le degré de talent du traducteur. Je citerai donc la scène terrible du cinquième acte de Tbycste. Quoique

tjfy HISTOIRE DE TOTTRAINE.

Sénèquene soit pas un excellent modèle, son interprète est encore plus loin de lui que lui-même ne Test des chefsd'œuvre de la Grèce. Il a cependant eu le bon esprit de conserver Yagnosco fratrem dans toute sa pureté , ainsi que depuis Ta fait Crébillon (i).

Partant je vous suppliy

Que j'aye mes enfans.

ATftét.

Vous en èles remply.

Quel tumulte nouveau résonne en mes entrailles?

Quelépouvantement! quel bruit! qnclïes batailles !

Quels hurlemens ! quels cris ! quels soupirs! quels sanglots

Agitent ma poitrine et me troublent les os !

Venez, mes cbers enfans, venez que je vous voye,

Venez et remplissez votre père de joye ,

Qui pour vous se tourmente : aussitôt qu'il aura

Joui de votre vue, il se rejouira.

D'où parlent-ils à moi ?

AT1UK.

Tiens-les et les embrasse, Tien , tien, voilà tes fils; méconnois-tu ta race ?

Je reconnois mon frère. Ha! terre, crève-toi ; Englouty ce barbare ; ô terre! englouty-moi; Ha ! terre, peux-tu bien porter cet inûdelle ? Peux-tu bien le nourrir du lait de ta mamelle ? Que n'ouvres-tu tes flancs pour y précipiter * Ce contempteur des loix du grand dieu Jupiter ! Sa couronne et son thrône abymant pour ses peines , Et ruant à l'envers les coupables Mycènes.

On se doute bien que le lait des mamelles de la terre n'est point de l'invention de Sénèque : mais d'après ce raor-

(t) Méconnais-tu ce sang? — Je reconnais mon frère.

ceau il sera, je crois, facile de distinguer les défauts du traducteur de ceux qui appartiennes au temps où il vivait.

Il fit encore imprimer à Tours, en i5gi , chez Martin Le Mercier, une traduction de la pastorale de Luigi Grotto , il Petit imento amoroso , sous le titre de Diéromène ou le Repentir d'amour. Elle fut réimprimée en i5g5, in-12, à Paris chez Georges Drébet. Quant à la tragédie d'Andromaque , dont parle Lacroix du Maine, elle n'est autre chose que celle qui est imprimée dans son théâtre sous le titre d'Agameranon. Il a traduit d'Antonio Ongaro : Àlcée , Pêcherie ou Comédie marine, en laquelle, sous le nom de Pécheurs, sont représentées plusieurs naïves passions d'amour, en 5 actes, en prose avec un prologue. Dédiée à mademoiselle Du Gast; Paris, lÔgS, in-12, et Rouen , Claude-lc-Vilain , 1602, in-12.

I. BRODE AU (Victor), sieur de Candé , né à Tours vers i4;0, fut secrétaire et valet de chambre de François Ier et de Marguerite de Valois, reine de Navarre, sa sœur. Il cultitivait la poésie, ainsi qu'on le voit par plusieurs pièces de vers qui se trouvent parmi celles de quelques-uns de ses contemporains: mais il est principalement connu par un poème en vers de dix syllabes , intitulé : Les Louanges de Jésus-Christ notre Sauveur; Lyon, i5$o, in-8. Il a écrit également en vers de dix syllabes une épître du Pécheur à Jésus-Christ, imprimée à Lyon chez Etienne Dolet, qui fut condamnée par la faculté de théologie de Paris après la mort de l'auteur, en i54o.

Dans le même temps vivait un autre Victor Brodeau, avec lequel il ne faut pas le confondre. Celui-ci , issu de la branche aime, fut secrétaire des commandemens du roi de Navarre, Antoine de Bourbon , et épousa , en i528, au mois de mai, Catherine, fiJle de Guillaume de Beaune et de Jeanne Briçonnet, et par conséquent sœur du surintendant Semblançn v, de laquiiUe il eut Victor Brodeau qui fut long-îeinps secrétaire tl'eWl et des commandemens de Henri-le-Grand , alors roi de Navarre.

Cette famille descendait de Jean Brodeau, premier du nom,

tué au siège de Saint-Jean-d'Acrc, et dont le fils Victor, qui

lavait accompagné à la Terre-Sainte fut, dit-on , anobli

par lettres patentes de Philippe-Auguste, données à Paris

en 1191. Mais on est fondé à croire que Jean était déjà de

Tordre de la noblesse lorsqu'il porta les armes dans la

Palestine.

II. BRODE AU (Jean), fils du précédent, cbanoinc de Saint-Martin de Tours, né eu cette ville en i5oo. Sa passion pour les lettres lui fit entreprendre deux voyages en Italie. Dans le premier, il suivit à Venise George de Selve , évêque de Lavaur, et dans le second il accompagna à Rome le cardinal George d'Armagnac. Pendant ces deux voyages il se lia d'amitié avec les hommes les plus savans de l'Italie et particulièrement avec Sadolet, Le Bembe et Baptiste Egnatius, célèbre professeur de Venise. A l'amour des lettres il joignait des connaissances assez étendues en mathématiques, et passait pour très-versé dans les langues hébraïque et chaldéenne. Il était si laborieux qu'il ne passait pas un seul jour sans étudier, même dans ses voyages. Depuis plusieurs années il s'était retiré à Tours où il mourut en i663 sur la fin de la première guerre de religion, âgé de soixante-trois ans. Il fut enterré à Saint-Martin dans la chapelle deslinée à sa famille.

Il est connu principalement par ses Miscellanea qui renferment un grand nombre de corrections et d'observations sur difFérens auteurs anciens. Ils sont imprimés à Francfort en 1604, dans le Thésaurus Cri tiens de J. Grutcr; savoir: les six premiers livres dans le tome second et les quatre derniers livres au commencement du quatrième. Les six premiers seulement avaient déjà été imprimés séparément à Baie en 1 555 in-8. Ce volume est extrêmement rare. Partout on y reconnaît un excellent critique et un homme profondément verse dans les matières qu'il traite. 2° Ses notes sur l'Aulhologic , dont les savans font un très-grand cas , lurent imjWnées séparément sous ce titre : Epigrammala graecorum libri VII cum annotationibusJoannis BrodasiTuronens. ; Basile» ,'Fro-

benius , 15^9, in-fol. Mais on préfère l'édition qui parut ensuite et à laquelle on ajouta les notes de Vincent Obsopaeus et de Henri Etienne. Elle a pour titre : Anlhologia graeca cum annotationibus J. Brodaei , V. Obsopaei, nec non H: Stephani, etc., Francofurti, Wechelius, 1600, in-fol.; 3° on lui doit aussi une fort bonne édition de Xénophon : Joannis Broda?! annotationes in Xenophonlis opéra , Basilese , Froben , i559, in-fol. Son commentaire sur le Cynegetieon ou Traité de la Chasse d'Oppicn, n'est pas moins estimé. Ce sont ses corrections qui nous l'ont rendu intelligible. Ces différentes remarques, ainsi que celles sur Qui 11 tu s de Smyrne, ont été imprimées sous ce titre : Annotationes in Oppianum, Quintum calabrum et Coluthum ; Basilece, 1 552 , jn— 8. 4° Nous avons encore de ce savant et laborieux critique des Notes sur Martial; Baie, 1619, iu-S; 5° un Commentaire sur Euripide, publié par Jean Sapin son ami; Paris, 1 56 1 ; Bâle, i56î et 1602; 6° enfin Jean Bongars, dans une de ses lettres à Scaliger, dit avoir eu de lui en manuscrit un commentaire sur Simplicius; et suivant le témoignage d'Ant. Teissier, il en avait pareillement fait un sur Dioscoride. Tous les savans de son temps, Scaliger, Juste Lipse , Conrard, etc., l'ont comblé d'éloges et il les méritait. On doit le mettre au nombre de ces érudits qui , par un travail ingrat et pénible, ont rendu aux lettres d'importans services en écartant les épines dont avant eux la lecture des auteurs anciens était hérissée.

III. BRODE AU (Jean) , seigneur de Candé , marquis de Châtre, né à Candé en Touraine, fut grand-maître des eaux et forêts de l'Ile-de-France et capitaine général des ebasses de la Touraine. Ce fut en sa faveur que le roi érigea la terre de Châtre en marquisat. Il est auteur d'un ouvrage intitulé : Les Jeux d'Esprit et de Mémoire, imprimé à Paris en i6g4, in-8. C'est un dialogue dont les interlocuteurs passent sans suite et sans liaison d'un sujet à un autre, pour amener des citations et des anecdotes, ainsi que l'a fait Verville dans son Moyen de Parvenir ; mais dans un genre et dans un style que Brodeau s'est bien gardé d'imiter.

Il est mort dans son château de Candé le 2 1 décembre 1 7 1 2.

IV. BRODEAU (Jumex), avocat au parlement de Paris, ne à Tours vers i585. Il était de Tune des branches cadettes de cette ancienne et nombreuse famille dans laquelle le mérite semblait héréditaire. Il a laissé : i° Un commentaire sur la Coutume de Paris ; Paris, Foucault, 2 vol. in-fol., 1669; 2° il a publié aussi les Arrêts de Louet avec ses observations et ses notes, dont la meilleure édition.cst celle de Paris , 1 742, 2 vol. in-fol. C'est de lui que Boileau parle dans sa première satire lorsqu'il dit :

Dois-je , las d'Apollon, recourir à Barthole, Et feuilletant Loùet allongé par Brodeau , D'une robe à longs plis balayer le barreau ?

5° Il est encore auteur d'une vie du célèbre jurisconsulte Charles Dumoulin ; Paris, i654,in-/{.

Il mourut à Paris en 1 653. Son fils, Julien Brodeau de Moncharville, fut conseiller en la grande chambre du parlement de Paris, où il mourut le 26 mars 1702, âgé de soixantequinze ans.

BROSSE (Pierre de la), ou plus correctement de Broce, Petrus de Brociii, naquit en Tourainc de Pierre de Broce, sergent à masse du roi saint Louis. II paraît qu'il étudia l'art de la chirurgie, et que, l'emploi de son père lui ayant donné quelque accès à la cour, il y devint le barbier, autrement le chirurgien de Philippe, fils aîné de saint Louis, et qu'il capta tellement la faveur de ce jeune prince, que quand il fui parvenu à la couronne il le nomma son graud-ehambellan, et lui confia le maniement des affaires les plus importantes de l'état. • 'U K+i

Pendant sa prospérité il acheta d'Alphonse de France, comte de Poitiers et de Toulouse , oncle du roi , la seigneurie de Langeais, et de Maurice de Craon, sénéchal des trois provinces, tous les droits qu'il pouvait avoir sur ce domaine. Il

acquit pareillement la terre de Dan ville de Robert de Courtenay , le lundi avant les Brandons, Van 1 2?4 •

Sa fortune, son crédit tout puissant sur l'esprit de Philippele-Hardi, et surtout le peu de réserve qu'il garda pendant sa plus haute élévation, lui attirèrent de nombreux et puissans ennemis, parmi lesquels se trouvaient Robert, comte d'Artois, oncle du roi , Jean I'r duc de Brabant , son beau-frère , et Robert II, duc de Bourgogne.

Louis de France , fils aîné de Philippe et d'Isabelle d'Aragon, sa première femme , mourut en si peu de temps qu'on ne douta point qu'il eût été empoisonné. Broce , à ce qu'il paraît, insinua dans l'esprit du roi des soupçons contre Marie de Brabant, sa seconde femme, lui laissant entrevoir que la reine aspirait à procurer la couronne à ses propres enfans, en faisant disparaître ceux du premier lit. Le roi, pour dissiper ses doutes, usa d'un moyen assez étrange , mais assez en usage dans des temps même moins reculés. Sachant qu'il y avait à Nivelles en Brabant une béguine à qui l'on accordait le don de deviner, il envoya vers elle ses deux conseillers les plus intimes , Pierre de Benais, évêque de Bayeux , beaufrère de Broce, et Mathieu, abbé de Saint-Denis. S'étant mis en route pour ex.écnter les volontés du roi , l'évèque devança l'abbé, et conféra seul avec la religieuse. Mathieu tenta vainement ensuite de tirer d'elle quelques paroles , elle se contenta de lui répondre que tout ce qu'elle savait elle l'avait dit à l'évèque. Celui-ci éluda par tous les moyens qu'il put imaginer d'instruire le roi des révélations de la béguine, objectant que les motifs les plus puissans lui commandaient le silence. Cette réserve vraie ou calculée ne fit qu'irriter davantage la curiosité et les soupçons du prince, qui envoya une second*» fois consulter la béguine. Ce fut Thibaut, évèque deDol,quifut chargé du message, et qui rapporta au roi que cette femme l'avertissait de ne point croire aux calomnies qu'on répandait sur le compte de la reine, qui était bonne, pure, et fidèle au roi ainsi qu'à tout ee qui lui appartenait. Philippe dissimula, et se contint pendant quelque temps; mais

8û HISTOIRE DE TOUR AINE.

bientôt un incident étranger à celui-ci amena la chute de Pierre de Broce. On surprit des lettres par lesquelles il instruisait le roi de Castille des secrets de la cour de France dont il était l'ennemi. Le roi le fit arrêter; on instruisit son procès à Vinccnnes et il fut condamné à être pendu , ce qui fut exécuté en 1278. Ses biens furent confisqués, et des ce moment la châtellenie de Langeais fut réunie à la couronne.

Cependant , si Ton en croit un ancien auteur , celui des Chroniques de Saint-Magloire, il paraîtrait que la jalousie des barons, humiliés par le grand crédit de Pierre de la Brosse , fut son premier erlon plus grand crime.

L'an mil et deux cent septante huit , S'accordèrent li barons tuit . .

A Pierre de la Brosse pendre :

Pendu fu sans reançon prendre.

Contre la volonté li roy , Fu il pendu , si com je croy.

Mien encient qu'il fu desfet

Plus par envie que par fet.

Il paraît qu'il eut deux femmes; la première était sœur de Pierre de Benais, et la seconde, nommée Philippe, était fille de Mathieu de Saint-Venant. Il laissa quatre enfans : 1° Pierre, qui avait été accordé avec Jeanue de Parthenay , mais dont le mariage fut rompu par le supplice de son père ; 2° Renée , femme de Simon de Baugency ; 3° Isabeau , mariée à Mathieu de Vatebois ; 4° Perrenelle, femme d'Étienne deSavary. .

On trouve l'histoire de Pierre de Broce dans celle des favoris, par Pierre Dupuy; Leyde, 1660, in-12, et dans les hommes illustres de la France par d'Auvigny, tom. 1,

pag. 100. %sJ^A,,T

BRULàRT DE SILLÈRY (Fabio), évêque de Sm'ssons, né au chûteaVde Pressigny en Touraine, le 25 octobre 160 5, de Loùîi Bïûlatt'mirquis aè Sillery et de Catherine.; Élisa-

BIOGRAPHIE. 8l

betb de La Rochefoucault , qui se trouvaient alors dans cette terre appartenant à l'oncle de son mari , Claude-Charles Brulart, baron de Pressigny.

Destiné à l'état ecc lésiastique , il dirigea ses études vers ce but, reçut le bonnet de docteur à vingt-six ans, et s'appliqua particulièrement à apprendre le grec et l'hébreu pour mieux entendre l'Ecriture sainte et les pères. Il se livra d'abord à l'éloquence de la chaire; mais la faiblesse de son tempérament ne lui permit pas de suivre long-temps cette carrière Le roi le nomma premièrement à l'évèché d'Avranches et ite à celui de Soissons. Il venait de se former dans cette une académie dont il se chargea de régler les travaux en leur donnant, à l'instar de l'académie française, une direction vers le perfectionnement de la langue. Il se délassait lui-môme d'études plus sérieuses par la culture de la poésie. Un recueil imprimé à La Haye en i 71 1 contient son ode sur l'amitié, et celui du P. Bouhours renferme aussi deux autres pièces de lui. Il a laissé beaucoup d'autres poésies latines et françaises qui n'ont jamais été imprimées : mais c'est là son moindre mérite , et ses talens se sont développés arec plus d'éclat dans quelques écrits qui prouvent des connaissances plus solides. Ses réflexions sur l'éloquence, divisées en deux lettres au P. Lamy, ont été imprimées en 1 700, et une seconde fois, en i73o, par Bruzen de la Martinière dans son recueil de divers traités sur l'éloquence et la poésie. La collection de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dont il était membre honoraire, contient plusieurs dissertations de lui sur des objets d'antiquité. Enfin il a laissé quelques traités de morale, ainsi qu'un commentaire sur des épîtres de saint Paul, et sur celle de saintClément, pape, aux Corinthiens.

On peut ajouter à son éloge que la plus grande partie de son revenu était le patrimoine des pauvres, et que dans des années de disette il contracta même des dettes pour les secourir.

Il est mort, le 20 octobre 1 7 14, âgé de soixante-un ans. L'académie Française, en 1 705, l'avait admis au nombrede ses 4. 6

8 3 HISTOIR* XWB TOURAINE.

membres. Son éloge se trouve dans le tome 3 des mémoires de celle des Inscriptions et Belles-Lettres.

BRUN DE LA POMPERA YE ( Guillaume) , gentilhomme tourangeau, connu sous le nom du capitaine Silly. On a de lui un ouvrage intitulé : V Armée chrétienne , et non V Année chrétienne, ainsi que quelques-uns l'ont écrit, qui fut imprimé en latin à Paris et à Poitiers sous le nom latinisé de Bruno Pomperanus. Lui-même le traduisit ensuite en fraa^ çais en i 5 .[f>.

On ignore l'époque de sa naissance et celle de sa mort.

BRUN EAU ou, comme l'écrit Fauchet, BRUKIAUX de Tours. C'est le plus ancien poète frauçais de notre province dont on ait connaissance. Nous la devons au président Fau~ chet , qui cependant ne lui consacre qu'une très-courte notice. Voici ce qu'il en dit dans son second livre de la langue et poésie française.

« Bruniaux de Tours fut bon poète. Il dit que ses soupiré « lui apportent nuit et jour salut et amitié. »

p D'ua biau désir qui vient de ma folour» (ardeur).

Il florissait vers l'an i25o. Ses chansons n'ont point été imprimées. Fauchet, qui les connaissait, le considérant comme un bon poète , il est à regretter qu'il n'en ait pas cité quelques passages comme il l'a fait à l'égard de beaucoup d'autres.

I. ^UEIL (Jean sire de) , quatrième du nom, seigneur de Montrésor et de Château-Fourmont , grand-maître des arbalétriers de France , charge qui répondait alors à celle de grand-maître de l'artillerie et de colonel général de l'infanterie, naquit en Touraine l'an i346. Il fut d'abord chambellan de Charles VI, ensuite capitaine de cent hommes d'armes de ses ordonnances et capitaine des gardes-du-corps , sénéchal de Beaucaire, puis de Toulouse et gouverneur de Guicnne en i3^^. Son frère , Pierre de Bueil , aussi renommé que lui par sa bravoure, était également chambellan de Charles VI et bailli-gouverneur de Touraine.

'biographie* 83

Ces deux frères signalèrent leur valeur contre les Anglais dans la Guiennè et leur enlevèrent les villes de Bergerac , d'Ayne et dc'Sauvenac, et défirent au combat de la Réole le général anglais Felton , gouverneur de Bordeaux, qu'ils firent prisonnier avec une partie de sa troupe.

Louis duc d'Anjou , roi de Naples et de Sicile, les nomma tous les deux ses exécuteurs testamentaires avec Pierre d'A- >oir leur oncle maternel» Ils avaient accompagné ce prince dans îa conquête de ces deux royaumes et avaient réduit sous son obéissance plus de cent vingt villes, forts ou châteaux.

Jean gagna la bataille de Luzignan et fit lever le siège de Château-Gonthier. Sa réputation militaire était telle que le célèbre Bertrand Duguesclin , Tétant venu joindre avec ses troupes pour chasser de la Touraine les Anglais qui s'y étaient fortifiés dans le château de Preuilly , refusa l'honneur du commandement qui lui était déféré par l'armée , et, modeste autant que brave , voulut combattre sous la bannière de Jean de Bueil : ils enlevèrent les châteaux de Preuilly , La Roche-Posay , Pouilly, et chassèrent les Anglais de tous les postes où ils s'étaient fortifiés.

Le duc de Bretagne ayant fait arrêter le connétable Olivier de Clissou , le roi, offensé de cet outrage, choisit Jean de Bueil et l'évêque de Beauvais pour aller en demander satisfaction au duc. »

Il fut récompensé de ses services, en 1 396, par la charge de grand-maître des arbalétriers de France, et fut tué en 1 \ 1 5 k la bataille d'Azincourt , dans laquelle seize combattans du nom de Bueil périrent ou furent faits prisonniers.

Il avait épousé Marguerite de Clermont, dame de Marmande, dauphine d'Auvergne, dont il eut, entre autres enfans, Jean qui suit et Pierre, seigneur de La Motte-Sonzny , qui a formé la ligne des seigneurs de Racan et de Fontaines.

II. BUEIL ( Jea.v sire de), cinquième du nom , comte de Sancerre, grand-amiral de France, surnommé le Fléau des Anglais. Il fut héritier par sa mère du comté de Sancerre , l'un des plus grands et des plus beaux du rovaume , et il en

84 HISTOIRE DE TOURAINF.

obtint la propriété par arrêt rendu en contre Guillaume de Vienne, sort cousin-germain, qui la lui disputait, de manière qu'il devint l'un des plus riches gentilshommes de la France. A la vérité une grande partie de son bien fut employée au service du roi, qui dut à son intelligence et à sa valeur une partie de ses succès.

Il se jeta, en 1^28, dans la ville d'Orléans assiégée par les Anglais, et concourut puissamment à sa défense. C'estlui qui commandait, en i;j3 1, les gens d'armes de Charles d'Anjou, comte du Maine, à l'affaire qui eut lieu près Beauraont-le- Vicomte, où trois mille Anglais furent défaits par deux cents Français. Il se trouva, en 1 4 3 5 , au combat de Saint-Denis, et, secondé par Ambroise de Lorré, il y battit trois mille Anglais que commandait Thomas Kyriel. En l43g il les débusqua du château de Sainte-Suzanne qui passait pour la plus forte place du pays, assista, en l44r> au s^ge de Pontoise, suivit le roi à celui de Metz en i444> accompagna le dauphin Louis dans la guerre contre les Suisses, se trouva aux sièges de Rouen en 1 449 > de Bayeux , de Caen , et à toutes les autres conquêtes que Charles VII fit en Normandie en i45o. H se trouva, la même année, au siège de Cherbourg, où il fut fait grand-amiral de France , après la mort de Jean Prégent de Coëtivy , qui fut tué à ce siège ; et lorsque Cherbourg fut soumis , le roi lui en donna le commaudement.

Il eut une grande part à la conquête des villes de la Guienne en i45i et i453, et se signala surtout au combat de Castillon en Périgord. Enfin il fut créé chevalier de l'ordre de Saint-Michel le premier août i4^9«

Louis XI, à son avènement au trône en 1461 , lui avait ôté sa charge de grand-amiral; mais il n'en continua pas moins de le servir avec la même fidélité et la même bravoure dont il avait donné tant de preuves sous le règne précédent ; en un mot, il tient un rang distingué parmi les guerriers célèbres qui illustrèrent le règne de Charles VII et à qui la France eut l'obligation de voir cesser les malheurs que les Anglais venaient sur elle.

Il était né en Tonraine. On croit qu'il y mourut vers Il avait épousé en premières noces Jeanne de Monlejean, dont il eut un fils , nommé Antoine, qui fit la tige des comtes de Sanccrre de la maison de Bueil. De sa seconde femme, Marguerite de Turpin-Crissé, il eut Edmond de Bueil, baron de Marmande en Tourainc.

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