III. BUEIL ( Voyez Racan
BUNEL (Jacob), peintre du roi, né à Tours en 1 558. Tous les biographes le font naître à Blois, sans doute d'après Bernier , qui a écrit l'histoire de cette ville ; mais il était bien certainement né à Tours. Non-seulement l'abbé de Marolles, très-instruit en cette matière, l'indique comme tourangeau, dans son catalogue d'estampes de 1666, mais encore Claude Vignon , qui connaissait particulièrement Buuel , et qui même avait été son élève , le dit d'une manière affirmative. Voici la réponse qu'il fit à Simon François , autre peintre tourangeau , au mois de mai i658 : « J'ai eu l'honneur « de connoître Jacob Bunel, le plus grand peintre qui fût en « Europe , et même je me glorifie d'avoir reçu de sa bonté les » premiers enseignemens de la peinture. Il était natif de « Tours en Touraine. Il vivait à Paris aux galeries du Lou- « vre fort honoré du roi Hcnri-le-Grand, quatrième du nom. « Comme il avait eu l'estime et emploi du roi d'Espagne , « Philippe II , il a fait ce beau cloître à l'Escurial rempli de « quarante admirables tableaux, chacun de trois toises en « hauteur. Je n'ai rien vu en Europe qui les surpasse en ma- « gnifiques inventions, voire ils surpassent tout par leur co- « loris. » Ce témoignage de Claude Vignon , son compatriote et son élève , ne doit pas paraître équivoque.
Henri IV le retira de la ville de Tours, et, l'ayant appelé A Paris , il le chargea avec Dubreuil , après la mort du Primatice , de peindre le côté du Louvre qui est le plus éloigné de l'appartement du roi. Ils peignirent ensemble la voûte de la petite galerie qui fut brûlée en 1660. La bataille desGéans et la reine de Saba aux pieds de Salomon étaient de Bunel.
Par une autre lettre de Simon Françoii , du 26 juin 1670,
nous voyons qu'il y avait de lui aux Grands-Augêstins de Paris, dans la chapelle des chevaliers de l'ordre du Saint- Esprit, un grand tableau représentant la descente du Saint* Esprit sur la Sainte-Vierge et sur les apôtres. Au grand autel des Feuillans , une assomption de la Vierge, et dans le chœur, derrière le grand autel , un Christ priant au jardin des Olives; dans le chœur de l'église de Saint-Severin qu a nui te -quatre figures représentant l'ange annonçant à la Vierge le mystère de l'incarnation, les prophètes, les sibylles et les apôtres. Toutes ces figures, de grandeur naturelle, étaient peintes sur un fond d'or. Il fit aux capucins de Blois, par ordre de la reine Marie de Médicis, le tableau du chœur qu'on estimait être son meilleur ouvrage.
L'abbé de Marolles dit que, quoique ce fût un peintre fameux , on n'a gravé que trçis fois d'après lui. L'une à Peauforte par Henri Oldelen qui n'est pas très-renomme ; la deuxième par Pierre de Jode , dont le burin nous a transmis le portrait de Pierre de Franqueville , architecte et sculpteur du roi. La troisième est un portrait en buste de Henri IV gravé par Thomas de Leu. C'est sans doute à son sujet que Guillaume Dupeyrat a fait ce quatrain :
Bunel ne pouvoit pas d'un prince plus insigne Que ce quatrième Henry peindre au vif le tableau. Henry ne pouvoit pas d'un peintre aussi plus digne Que du rare Bunel élire le pinceau.
Buuel mourut à Paris sans laisser d'enfans. On ignore en quelle année. Mais s'il est vrai, comme le dit Moréri , et comme d'autres l'ont répété* d'après lui, qu'il soit mort sous le règne de Henri IV, il en résulterait qu'il n'aurait pas vécu plus de cinquante ou cinquante-un ans , ce qui me paraît très-peu probable.
CASTELNAU (Michel de), sieur de la Mauvissière, baron de Jonvillc et de Concrcssant , comte de Beaumont-le-Roger,
chevalier des ordres du roi , conseiller en son conseil-d'état et privé, capitaine de cent hommes d'armes de ses ordonnances, prit naissance à la Mauvissière dans la commune de Neuvy en Touraine Tan i5i8. Quoiqu'il semblât ne principalement pour les affaires de cabinet, il n'en était pas moins bon capitaine, et se montra avec honneur dans les batailles les plus mémorables de son temps ; mais il se fit connaître surtout par ses diverses ambassades dans lesquelles il déploya tous les talens d'un négociateur habile. Il fut envoyé en Allemagne, en Italie, dans les Pays-Bas et cinq fois en Angleterre , où sa dernière ambassade se prolongea pendant l'espace de dix ans. Il s'en acquitta avec tant de succès que la reine Élisabeth écrivit au roi qu'il avait dans Castelnau un homme digne d'occuper les premières charges de l'état.
Le soin des affaires ne l'empêcha point de cultiver les lettres. II écrivit ses mémoires contenant les affaires de France depuis i55o jusqu'à 1570, et sans les malheurs qui naissent des guerres civiles , son projet était de les continuer jusqu'à la mort de Henri III. Ils furent pour la première fois imprimés en 1621 in-4, et en 1660 en 2 vol. in-fol. , avec des remarques de Jean Le Laboureur; mais la meilleure édition est celle qui parut à Bruxelles en' 1 -;3i , 3 vol. in-fol. , avec les augmentations de Godefroi.
Il a traduit en outre le livre de Ramus , de Moribus veterum Gallorum , dont il a été' fait trois éditions en i55g, 1 564 et i58i.
Le Laboureur, qui a écrit la vie de Castelnau, dit qu'il avait une mémoire si étonnante qu'il assurait lui-même n'avoir jamais rien oublié de ce qu'il avait lu ou entendu de beau. Le cardinal de Lorraine ayant témoigné un jour en sa présence ses regrets de n'avoir pu entendre le sermon que Jean à% Montluc , évêque de Vcnce , le plus éloquent des prélats de son temps , avait prêché devant le roi François I", le jour de Pâques , Castelnau , qui n'avait alors que quinze ans, le récita tout entier en sa présence. Ses mémoires sont très-estimés , non-seulement sous le rapport de la franchise,
de l'exactitude et de l'impartialité de l'auteur, mais encore comme écrits d'un style clair, pur et concis, ce qui a fait dire d'eux que leur seul défaut était d'être trop courts, reproche qu'on mit rarement à ces sortes d'ouvrages.
Il mourut en 1592, âgé de soixante-quatorze ans, laissant de Marie Bochetel son épouse , un fils qui fut père du maréchal de France Jacques de Gastelnau.
CAYET ( Pierre-Victor-Palma ) , docteur en théologie et professeur pour les langues orientales au collège royal de Paris, né à Montrichard en Touraine en 1 545 et non i5a5; comme le dit le Nouveau Dictionnaire historique. Il fit ses études à Paris sous le célèbre et infortuné Ramus , qui l'instruisit dans les principes de la religion prétendue réformée. Lorsqu'elles furent finies, il se rendit à Genève auprès de Calvin, dont il devint bientôt l'un des meilleurs disciples. Il alla ensuite visiter les plus célèbres universités d'Allemagne, où il parut avec beaucoup d'éclat. De retour en France , il fut envoyé ministre à Poitiers ; mais il n'y resta pas longtemps , la duchesse de Bar , sœur unique du roi , l'en ayant retiré pour en faire un de ses ministres. Ce fut là qu'il commença à faire connaître son talent pour la prédication , principalement dans les sujets improvisés.
Cayet, ayant accompagné la duchesse à la cour, eut occasion d'y connaître le cardinal Du Perron, qui ne tarda pas à le ramener à la religion catholique. Il fit publiquement son abjuration, et cette démarche lui suscita la haine de tout le parti protestant qui bientôt l'accabla d'injures et de calomnies. On alla même jusqu'à l'accuser de magie, et l'absurdité fut portée si loin, qu'on assura qu'il avait fait un pacte avec un diable nommé Terrier, prince des esprits souterrains, auquel il s'était livré par un écrit signé de son sang, à la condition d'avoir le don des langues et d'être toujours victorieux de ses ennemis. D'un autre côté le parti catholique fit éclater sa joie. Le pape Clément VIII l'en félicita par un bref daté du 20 mars 1596; le clergé le combla de présens , et l'évêque de Boulogne lui donna une retraite dans son
prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Il voulut ensuite être reçu dans le collège de Sorbonne où il eut le bonnet de docteur à l'âge de cinquante-un ans. Enfin , étant entre dans les ordres, il prêcha avec le plus grand succès dans les chaires les plus célèbres de Paris.
La connaissance qu'il avait des langues hébraïque , syriaque et arabe , lui en fit obtenir la chaire au collège royal en i55g. Il les parlait avec une telle facilité qu'on le nommait l'oracle des langues, et il n'était aucun des savans étrangers auxquels elles étaient familières qui ne voulût être en commerce avec lui. Ce fut là sans doute la cause de l'accusation ridicule de sorcellerie que les protestans avaient répandue contre lui. Cayet n'était pas seulement recommandable par son érudition , il l'était encore par sa grande modestie et par ses vertus privées. Sans aucune ambition j il faisait aussi peu de cas des honneurs que des richesses, et prenait pour devise : Satis moriluro. Cependant Henri IV , par le don d'un petit domaine, le mit au-dessus du besoin qu'il n'aurait pas songé à prévenir. Il eut le malheur de naître dans des circonstances où ses talens , comme beaucoup d'autres , furent ensevelis dans de misérables ouvrages de controverse condamnés de bonne heure à un éternel oubli , et sans ses chronologies septennaire et novennaire, son nom serait à peine prononcé aujourd'hui, quoique ses productions soient assez nombreuses. Il paya cependant son tribut à la faiblesse humaine en se livrant de bonne foi à la recherche de la pierre philo— sophale.
Il mourut au collège de Navarre , ûgé de soixante-cinq ans, le 8 mars 1610 et fut porté dans l'église de Saint-Victor où il avait désiré d'être enterré, devant le crucifix , auprès de l'image de saint Victor. On fit son oraison funèbre qui fut imprimée dans cette même année 1610. J'y ai puisé une partie des détails qu'on vient de lire.
Indépendamment de ses livres de controverse dont je donnerai la liste, quelque peu importante qu'elle puisse être aujourd'hui , nous avons de lui plusieurs ouvrages d'histoire
gô HISTOIRE DE TOUR AI NE.
et de littérature. Il ne paraît pas, d'après leurs date» , qu'il eût rien publié avant Tannée i5g5, époque où il était déjà âgé de cinquante ans.
r Pétri Victoris Cajetani Palmae paradi gmata de quatuor linguis orieutalibus praecipuis, arabica, armena , syria et pthiepica, etc.; Parisiis, 1696, in-4i a° de SepuHurâ et jure Sepulchri , 16971 in-8; 3e la Vraie Narration dt la guerre entre les Turcs et les Chrétiens de Hongrie, depuis le mois de septembre 1697 jusqu'au printemps de Tannée 1598 ; Paris, 1598 , in-8; 4* Appendix ad Chronologiam Giiberti Genebrardi , etc. ; Paris , 1 600 , in-fol . ; 5a Jubilé Mosaïque de cinquante quatrains sur l'heureuse bienvenue de Marie de Médicis en France , Tan jubile de grâce 1600 ; Pari*, 1601 , in-8; 6* THeptaméron de la Navarride, ou Histoire entière du royaume de Navarre depuis le commencement du monde, poëme tiré de l'espagnol de D. Charles, infant de Navarre , et traduit par le sieur de La Palmé lecteur du roi ; Paris, 1602, in-ia; 7" Histoire prodigieuse et lamentable du docteur Faust, grand magicien , traduite de l'allemand en françeis; Paris, i6o3 , in-ia ; 8* Chronologie septennaire ou Histoire de la paix depuis 1698 jusqu'à i6o4; Paris, i6e5— 1613 , ia-8 ; 9" Chronologie novennarre depuis 1689 jusqu'à la paix de Vervins en 1598; Paris, ï6o8, in-8 , 3 vol. Ces . deux derniers ouvrages , toujours t rès-es timés, don non t seuls du prix à la collection du Meraire franco i* en vingt-cinq volumes ; 1 o° Oraison Funèbre do René Benoist curé de Saint» Eustache, etc.; Paris, 1608, in-8; n° Oraison Funèbre de messire Jacques de fiéthune, archevêque de Glascow, in-8, i6o3 ; la- Histoire comment Tamc do Trajan a été tirée de TEufcr par les prières de Saint-Grégoire , traduite d'Alphonse Ciaconius; Paris, 1607, in-8. C'est un extrait de l'ouvrage de Chacun , intitulé : Historia utriusque belli Dacici. 1 3° Liber Rab. Abraham Pcritzol , inscriptus corn pendiu m viarum seculi, id est mundi , latine ab hebraeo versus; i4° Défense pour M. P.-V. Cayet contre la prétendue censure de la chronologie septennaire ; Paris , 1610 , in-8.
Le poëme traduit par Cayet , dont il est parlé sous le n- 6 , n'est qu'une gazette rimée. Il est divisé en sept livres d'où il prend le nom d'Heptaméron, et contient quarante-neuf chants. On aura une idée du talent poétique de l'auteur par le passage suivant :
Le duc de Mayenne estoit lors à Lyon 'Fort estonné ; mais en cœur de lion Il se roidît encontre la fortune , t • De plus qu'elle est plus rude et importune, Et repassant par Bourgogne à Paris , Se résolut, avec tous leurs avis, D'en rechercher la raison et vengeance , D'un tel effet de telle outrecuidance D'avoir le roi dans Tours qu'il assaillit . Comme il disoit ; et à peu il faillit A l'improviste en une matinée ,
Tant est à craindre en tout la destinée j
Mais le Navarre y envoyé Chas til Ion ,
Qui soutint ^rt auprès du bas ti lion. %