L. VI, ch. xi
On prétend qu'il en avait fait une autre traduction en vers latins qui n'a point été imprimée; mais quand on a lu celle* ci, on reste bien convaincu qu'il n'en pouvait jamais faire un bon ouvrage.
En fait de controverse nous avons de lui : l* Consilium pium de eomponendo religionis dissidio; Parisiis, l'jcp; 2° copie d'une lettre de M. P.-V. Cayet, ci-devant ministre, a présent ferme catholique, à un sien ami, le sieur Dam. (Damour), encore à présent ministre; Paris, Richer, i5q5, in-8; 3° réponse de M. P.-V. Cayet au livre intitulé : Avertissement aux Fidèles, où sont réfutées les calomnies qu'on cuide mettre sur sa vraie et volontaire conversion; Paris, Richer , i5o,5 ; 4° Admonition à MM. du tiers-états de France qui ne sont de la religion romaine; Paris, Ph. Dupré, 1696, in-8; 5° Remontrance chrétienne et très-utile à MM. de la
9* HISTOIRE DE TOURAJNE.
noblesse de France qui ne sont point de la religion catholique; Paris, 1596, in-8; 6° le Vrai Orthodoxe de la foy catholique du sacrement de l'autel , pour réponse au Traité prétendu Orthodoxe anonyme; Paris, Robinot, 1 596, in-8; 7* Àvertissemcns sur les points de la Religion pour composer les difFérens; Paris, Leblanc, 1596, in-8. C'est la traduction du n# i*j 8° Apologie pour le roi Henri IV contre ceux qui le blâment de ce qu'il gratifie plus ses ennemis que ses serviteurs, faite en 1596 par madame la duchesse de Rohan douairière. Cet ouvrage est de Cayet, ainsi qu'on le voit dans la confession de Sancy. 9* Instance de la Réunion en l'église catholique, contenant les causes , raisons et moyens de se réunir tant d'une part que d'autre; Paris, Dupré, 1697 , in-8; 10* Proposition faite aux ministres de la religion P. R. sur une briève et facile résolution du différent de la religion; Paris, Dupré, 1597, in-8; II* la Condamnation de Calvin par lui-même, recueillie de ses écrits; Paris, Chesneau, 1597, in-8; 1 2* la Vraie Église ; Paris, 1597, in-8; 1 3° Suite de la Conclusion de la Conférence tenue à Thonou entre les RR. PP. capucins et les miuistres de Genève ; Paris, Binet, 1599, in-8; i4° les trois cent soixante-cinq fruits divins et salutaires du Saint-Sacrement de la Messe contre les mini strès de la prétendue religion; Paris, Binet, 1699, in-8; i5* la Résolution de ces deux questions proposées à Fontainebleau le jour de l'Ascension 1600 : Quelle est la Vraie Église qu'il faut suivre, et quelle Bible il faut croire? pour la réduction de certains seigneurs de qualité ; Paris , 1600 , in-8; i5° la Discipline Ecclésiastique des Églises P. R. de France , c'est-à-dire l'ordre par lequel elles sont conduites et la réponse d'icelles selon la parole de Dieu; Paris, 1600, in-12; 17° le Purgatoire prouvé par la parole de Dieu; Paris, 1600, in-8; 18° Remontrance et Supplication trèshumble à Madame , sœur unique du roi, princesse de Navarre et dcLorrainc,pour vouloir reconnaître notre mère Sainte Église catholique, etc. ; Paris, Binet, 1601, in-8; 190 Avertissement contre le Monstre de Menterie éclos de Poutrecui-
dancc de l'hérésie sur le prodige prétendu d'Agde en Languedoc ; Paris , Richer, 1602, in-8; 20° de la Venue de l'Anté-Christ , comment et en quel temps il viendra : de la Consommation du Monde et du second avènement de N. S. J.-C. ; Paris, Richer, 1602, in-8. C'est une traduction de Saint-Hippolyte ; 21° Sommaire véritable des questions proposées à l'entrevue entre le docteur P.-V. Cayet et le minis* tre Dumoulin , etc.; Paris, Richer, 1602, in-8; 22* les Actes de l'entrevue dite : Conférence avec le ministre Dumoulin ; Paris, Richer, i6o3, in-8; 23° la Défense et Arrêt de la Vérité contre Archibaud Adair écossais; Paris, Richer, l6o3, in-8; 24° la Victoire de la Vérité contre l'Hérésie, par la réfutation de toutes ses erreurs ; Paris , i6o3 , in-8; 25° l'Approbation du sacrifice de la Messe par syllogismes catholiques et raisons tirées de l'Ecriture Sainte et des Saints Pères; Paris, Richer, i6o3, in-8; 260 la Fournaise Ardente ou le Feu de réverbère pour en évaporer les prétendues eaux de Siloé et pour corroborer le Purgatoire contre les hérésies, calomnies, faussetés et cavi Hâtions ineptes du prétendu ministre Dumoulin , etc.; Paris, l6o3, in-8; 27* la Vraie Intelligence salutaire du sacrifice de la Messe, revue et corrigée et mise en meilleur ordre; Paris, ibo.| . in-8. Réimpression du n° 14.
Les protestans ont attribué à Cayet un ouvrage intitulé r Remède aux dissolutions publiques présenté à messieurs du parlement. Ce remède consiste à permettre les lieux de prostitution : mais d'abord il n'est rien moins que certain que cet ouvrage ait existé , et il est bien moins certain encore que Cayet, si sévère dans ses mœurs, en ait été l'auteur.
CHAHUT (Philippe), jésuite, né à Tours en 1602. Marolles, qui avait étudié avec lui , le nommait Chahu. Il embrassa de bonne heure l'état religieux, et entra dans la compagnie de Jésus en 1620. Il y fit ses quatre vœux, professa les humanités pendant trois ans, la philosophie pendant six et enfin pendant quatre ans la théologie. Il fut ensuite recteur du collège de Tours, puis de la maison professe de Rouen, et
en dernier lieu du collège de Paris où il est mort en 1669, après avoir quitté renseignement pour se livrer à la direction des consciences. Nous n'avons de lui que des ouvrages ascétiques dont le plus estimé est : La Science du Salut; Paris, Craxnoisy, i655, in-4; 2* le Manuel de Dévotion; Rouen, in-8 ; 3" les Moyens de se bien disposer à la Mort; 4* l'Avant* goût du Paradis , ou Moyens de s'entretenir avec Dieu après la communion, i653, in-8; 5° l'excellence de l'Oraison Mentale, i656, in-8; 6° le Secret de la Prédestination , 1659 , in-8 ; 7° le Miroir de la bonne Mort ; 8* de la Simplicité Chrétienne ; 90 les Moyens spirituels de Savonarole , 167a. Ces deux derniers ouvrages sont des traductions des traités de Savonarole, intitulés: de Simplicitate vitae Christian» : Expositio orationis dominicae quadruplex.
I. CH APPUIS (Claude), né à Amboise an commencement du seizième siècle , fut d'abord valet de chambre de François Ier et garde de sa librairie, autrement de sa bibliothèque , et non pas son imprimeur ou libraire comme le dit La Croix du Maine. Il obtint la dignité de grand-chantre de l'église cathédrale de Rouen , et en 1 "> 3 7 le roi le nomma à celle de doyen de la même église; mais il n'en prit point possession, et elle fut maintenue à Bertrand de Marsillac, qui avait été élu par le chapitre. Cependant Salmon Macrin lui en donne le titre dans l'hymne vingt-six de son troisième livre : Ad. Claud. Cappusium Decanum Rothomagensem. Ce qui ferait croire que sa nomination était antérieure à 1 537, c'est que l'édition des hymnes de Macrin chez Rob. Étienne est du mois de février de cette même année.
On croit que Claude Chappuis mourut vers i5?5 ou l574- La résignation de sa dignité de grand-chantre est de 157a.
Il passait pour un des bons poètes de son temps , du moins Clément Marot le met-il au nombre de ceux dont il faisait lé plus de cas, lorsqu'il dit dans l'épître de son valet Fripelipes :
Je ne vois point qu'un Saint-Gelais , XJn Heroet , un Rabelais ,
Un Brode*U , an Sève , un Chappuy Toisent etcri vant comme luy.
On remarque en effet dans ses poésies un tour aisé tt 11 a— turel auquel on reconnaît l'école de Cl. Marot. Cependant ce qui nous en reste est peu recherché maintenant , à l'exception peut-être de son discours eu vers sur la cour de François I"; Roue*, i5£Z9 in-8. Il y décrit ainsi la Fortune j
• \ < ' ' • * - * J'ai apperçu sur une boule ronde
Une déesse en chevelure blonde,
Qui regardoit çà et là, toute nue,
' . ' Couvrant son nez, pour n'est re pas cognue,
Voulant donner ou dévier l'entrée
£ qui lui plaist , quand elle est rencontrée.
Cbaulve est derrière, et devant , $i te veux
L'appréhender , ce ne sont que cheveux.
Je ne sçais pas si c'est illusion ,
Mais je la pris pour dame occasion
Qu'on doit chercher, ainsi que je l'entends,
Selon les lieux, les hommes et le temps.
L'auteur termine ainsi son discours :
Et de la cour tant ne sçaurois escripre Que plus ne sûit ce qui en reste à dire , D'autant que c'est le paradis terrestre, t $ l rç t) il leurs su môrn-lo w est jpâs est i g ■
*• Nous avons encore de lui ; Panégyrique récité au trèschrestien rery François I" à son retour de Provence , Tan 1 538 au mois de juillet, par Claude Chappuis son très— humble libraire et valet de chambre; Paris, André Roftet , i558, in-8 ; 5° l'Aigle qui a fait la Poule devant le Cocq à Landréciesf ou Relation de la fuite de l'empereur Charles V devant Français I"; Paris, Ant. lloffet, i543; 4» le Sacre el Couronnement du très-auguste et très-ckrestien roy Henry H à Rheims l'an i&fr au mois de juillet; Paris, A. Reflet , 1 54g,
in-4 ; 5* Harangue prononcée devant le très-chrestien roy Henry II faisant son entrée à Rouen; Rouen, i55o; 6° le Grand Hercule gai li que qui combat contre deux , par C.-C. (Claude Chappuis); Paris, 1 545, in-4; ? les Blasons de la Main, du Ventre, etc., etc., parmi les Blasons anatomiques du corps féminin, imprimés à Lyon, i535, i537; 8* l'Instruction des Curés , traduite de Jean Gerson ; Paris, 1 557 » 9* la Complainte de Mars sur la venue de l'empereur en France; Rouen, i53g, in-8 , ou Lille, i539, i'1-12; io°Ia réduction du Havre-de-Grace par le roi Charles IX; Rouen, 1 563 , in-4.
II. CHAPPUIS (Gabriel), né à Tours en i546, était neveu de Claude Chappuis , qui lui fit faire à Paris de bonnes études auxquelles il joignit la connaissance des langues italienne et espagnole. Il perdit son oncle à l'âge de vingUsix ou vingt-sept ans et avec lui toute l'aisance qu'il était en état de lui procurer. Obligé de chercher une ressource dans ses talens, il alla à Lyon, où il traita avec quelques libraires de cette ville qui l'employèrent à traduire les ouvrages en tout genre qui jouissaient alors de quelque réputation. Il paraît que sa résidence en cette ville ne remonte pas plus haut que la fin de i573 ou même le commencement de i5?4; car ses premières productions ne datent que de cette même année. Il y séjourna jusqu'en i58i ou i582, époque où il obtint la place de garde des livres de la bibliothèque du roi qu'on venait d'ôter à Belleforest. Il y joignit, en 1596, celle d'interprète du roi pour la langue espagnole. Ces deux emplois lui procurèrent une existence honorable qui lui permit de suivre par goût la carrière qu'il avait commencée par nécessité.
Les ouvrages de son invention sont très-peu nombreux en comparaison de ses traductions , et ceux que nous avons ne font pas regretter qu'il n'y en ait pas davantage. Ils consistent en quelques histoires peu estimées dans leur temps et aujourd'hui tout-à-fait oubliées. Chappuis , dénué d'imagination , ayant d'ailleurs contracté de bonne heure l'habitude
d'écrire à la hâté et en quelque façon de commande, ne put se plier dans la suite à châtier son style et à lui donner cette correction qui, après la fidélité, fait le principal mérite de l'art de traduire. L'abbé de Marolles et lui , tous les deux nés en Touraine , sont peut-être les plus féconds traducteurs qu'on connaisse ; mais ce dernier, quoique antérieur d'un demi-siècle , a sur l'autre l'avantage que quelques-uns de ses ouvrages sont encore estimés et môme recherchés.
Chappuis n'a écrit que très-peu en v«rs, quoiqu'il eût débuté dans la carrière littéraire par un poème sur la venue du roi Henri III. Il faut y joindre ses Stances pour les figures du Vieil et Nouveau Testament, ainsi que sa comédie du Monde des Cornus : car malgré qu'elle soit souscrite des initiales F. C. T. qu'on a interprétées François Chappuis tourangeau, il est plus que probable que l'F est, ou une faute typographique , ou un déguisement volontaire , puisque nous n'avons pas sur les lieux le moindre indice qu'il ait existé un François Chappuis tourangeau.
Cette comédie que l'on trouve aussi intitulée : L'Avare Cornu 7 est en cinq actes et en vers de huit syllabes. Chaque acte est terminé par un dialogue en prose dont les deux interlocuteurs sont l'auteur et un curieux. Les cornes sont la matière de tous ces dialogues. La pièce , quant à l'intrigue , ressemble à toutes celles de ce temps-là. Du reste elle est écrite avec assez de facilité. Le valet dit à la suivante pour l'engager à parler en faveur de son maître :
Mou maistre est un riche vieillard Qui sçaura bien avoir égard Au lot d'une jeune pucelle:
Vous ne serez point macquerclle
Tour cela ; car tout en après v Monsieur l'épouserait exprès, La prenant plutost toute nue Que cesle chose faut cognue.
La pièce finit par ces deux vers adressés aux spectateurs :
98 HISTOIRE DE TOURAINK.
Par quoy , messieurs , afin qu'on sorte, Regardez où c'est qu'est la porte.
Chappuis mourut à Paris en 161 3 âgé de soixante-sept ans. La liste de ses ouvrages est très-volumineuse , cependant je ne crois pas pouvoir me dispenser de Finsérer ici en entier. i° Heureux Présage sur la bienvenue du très-chrétien roi de France et de Pologne Henri III , en sa très-antique et fameuse ville de Lyoi*. Poème; Lyon, B. Rigault, 1574, in-8 ; 20 Harangue sur la mort de très-illustre et vertueuse princesse Marguerite de Valois, épouse de très-illustre prince Emmanuel Philibert duc de Savoie, traduite du latin de Charles Paschal ; Lyon, Rigault, i5?4; Paris, Poupy, i5?4i 3° les sept derniers volumes de l'Amadis, ou les toro. i5, 16, 17, 18, 19, 20 et 21; Lyon, Paris, Turin et Anvers, 1575—1577 ; 4° les Commentaires hiéroglyphiques ou Images des choses de J. P. Valérian , ès quels comme en un vif tableau est ingénieusement dépeint et représenté l'état de plusieurs choses antiques, etc. ; plus deux livres de Cœlius Cm 10 touchant ce qui est signifié par les diverses images et portraits des Dieux et des hommes; Lyon, Honorât, 1576, in^fol, ; 5° Roland Furieux , par messire Louis Arioste, gentilhomme de Ferrarc, traduit naifvetnent de l'italien en françois; Lyon, Honorât, 1576, in-8. — Cinq chants nouveaux de Loys Arioste, suivant la matière du Furieux, avec quelques nouvelles stances du même auteur, le tout traduit en prose françoise et imprimé avec le Roland Furieux ; Lyon, B. Honorât, 1576, in-8 ; 6° les Colloques de Mathurin Cordier pour le profit et avancement de la Jeunesse, traduits en françois avec le texte latin à côté ; Lyon , Cloqucmin , 1576, 1679, in-8; 70 les tomes 3 et 4 de Primnlcon de Grèce; Lyon, J. Béraud, ^79, in-8; 8° la Civile Conversation divisée en quatre livres, traduite de l'italien du sieur Etienne Guazzo; Lyon, Béraud, 1579, in'^i 90 dix Plaisans Dialogues du sieur Nicolo Franco, etc., traduit de l'italien; Lyon, Béraud , i5yg, in-16; io* Briève Histoire des Guerres
civiles advenues en France, el des causes d'îeelîcs, etc., traduitde l'espagnol deM. Pedro Corncio; Lvon, Bcraud, in-8; ii° Histoire des Amours extrêmes d'un chevalier de Séville dit Luzman, à l'endroit d'une demoiselle appelée Arboléa; Lvon, Rigault, i58o; Paris, 1687; Rouen, 1598, in- 12; 12° les Mondes célestes, terrestres et infernaux; le Monde petit, grand , mêlé , visible , etc. ; tirés des œuvres de Doni. — Le Monde des Cornus, l'Enfer des Ingrats, etc.; Lyon , i58o, 2 vol. in-8, et 1 583 , troisième édition augmentée de l'Enfer des Ignorans; i5° Anacrise ou Parfait Jugement et examen des esprits propres et nés aux sciences, etc., composé en espagnol par Jean Huart ; Lyon , i58o , in-8; l4° le Parfait Courtisan du comte Ballhasar Castiglione es deux langues italienne et française, répondant par deux colonues l'une à l'autre ; Lyon , Cloquemin , i58o , in-8 ; 1 5° Manuel du Catéchisme catholique, extrait et abrégé par George Edere, traduit du latin en françois; Lyon , J. Patrasson , i58o, in-8; l6° Additions au Promptuuire des Médailles de Guill. Rouillé; Lyon, G. Rouillé, i58i, in-8; iy° les tom. 2 et 3 de la Diane de Montemajor ; Lyon , Cloquemin, 1082, in-16; 18' la suite de Roland Furieux, ou la Mort de Roffer, Ira— duitede l'italien de J. Batiste Pescatore ; Lvon, i582, in-8; 190 Examéron ou Six Journées, traduit de l'espagnol d'Antoine de ïorquemada ; Lyon , de Harsy , i582, in-8 ; Rouen, 1610, in-12; 20° Stances françoises pour la déclaration des figures du Vieil et Nouveau Testament; Lyon , B. Honorât, i582, in-8; 210 Leçons Catholiques de Panigarole, etc., tiaduites de l'italien ; Lyon , J. Stratius, i583, in-8; 22° les Cent Nouvelles de Baptiste Giraldi Cinlhio, traduites de l'italien; Paris, Perrier, 1 534 ? et le deuxième vol. chez Abel Langelier ; 23° les Facétieuses Journées contenant cent certaines et agréables nouvelles, la plus part advenues de noire temps , les autres recueillies et choisies de tous les plus excellens auteurs étrangers qui en ont écrit; Paris, Jean Houzé , 1 584 , in-8 ; 2-4° le Sommaire de toutes les sciences , auteur Dominique Dauîphin , mis d'italien en françois;
Lyon, Ant. Tardif, i584, i"-8; 25° Sermons de Corneille Musso, évêqne de Bitonto, traduits de l'italien ; Paris, Guill. Chaudière et Malot, i584, in-8, 4 vol. ; 260 Miroir Universel des Sciences , traduit de l'italien de Léonard Fioravanti; Paris, P. Cavellat, i584, in-8 ; 270 Lettres Facétieuses et Subtiles de César Rao d'Alexan, ville du pays d'Otrante, non moins plaisantes et récréatives que morales , traduites en francois; Lyon, Ant. Tardif, i584, in-16; 28" les trois Dialogues de Baptiste Giraldi Cinthio ; Paris , Ab. Langelier, 1 584 ? in-8 ; 290 Lettres et Missives amoureuses de Pasqualigo, traduites de l'italien; Paris, Ab. Langelier, i584, in-8; 3o° Annales de Nicole Gilles et de Belleforest, continuées jusqu'en i585; Paris, i585, in-fol., et 1617, 2 vol. in-fol.; 3 1° l'État, description et gouvernement des royaumes et républiques du monde, tant anciennes que modernes, etc.; Paris, P. Cavellat, i585, in-fol. ; 32°leMisaule ou Haineux de cour; Paris, i585, in-8; 33° la Fiammette Amoureuse, traduite de l'italien de Jean Boccace j Paris, i585, in-8; 34* Théâtre de divers Cerveaux du Monde, traduit en francois; Paris, i586, in-16; 35° Harangue de l'ancienne Institution et Coutume des saintes Stations prononcées en latin par Franc. Panigarole ; Paris, i58?, in-8; 36° Dialogue de la Philosophie phantastique, traduit de l'espagnol; Paris, 1587, in-12; 3?° Discours Politiques et Militaires, traduits de différer. s auteurs; Paris, i5g3, in-8; 38° Histoire du royaume de Navarre, contenant, de roy en roy , tout ce qui est advenu de remarquable dès son origine; Paris, in-8; 390 les six doctes livres de Marins Equicola de la Nature d'Amour, traduits de l'italien; Lyon-, Veyrat, i5g8, in-12; 4°° Histoire de ce qui s'est passé sous les règnes de Henri III et de Henri IV jusqu'en 1600 ; Paris, Métayer , 1600, in-8; 41" la Toscane fnmeoise et italienne; Paris, 1601 , in-8 ; 420 les Sermons de Pierre Valderama Augustin, traduits de l'espagnol en francois; Paris, 1610 , in-8 , 3 vol.; 43° l'Art de Prêcher et de bien faire un Sermon, traduit de l'ital ien de Fr. Panigarole; Lyon, i6i5, in-12; 44* Histoire
BIOGRAPHIE. IOI
de la guerre de Flandres depuis 1 559 jusqu'à présent; Paris, Fouet, i653, 2 tom. en 1 vol. in-fol. ; 45° les Secrets de la Nature; Lyon, Barthélémy Honorât, i584, io-12; 46° la Vie de Jésus-Christ écrite par saint Bonaventure , traduite du latin en françois ; Lyon, Jean Stratius, i584, in-8; 4*5° Méthode de se bien Confesser, traduite de l'italien; Lyon, Rigault , in-8; 4$° ^c Roman de Palladien, fils de Milanor, roy de la Grande-Bretagne; 49° Commentaires, ou Scholies sur Sénèque , traduites de l'espagnol en françois; 5o° Suite des Mémoires et Histoire de l'origine, invention et autres choses et sciences à l'imitation de Polydore Virgile , compose en latin par Alexandre Sardi; Lyon , Jean Stratius, i58{, in-8; 5l° Considérations civiles sur plusieurs histoires, principalement sur celles de Guichardin , traduites du sieur Rémi Florentin ; Paris, i585, in-8; 52° Dialogues du vrai honneur militaire, traitant contre l'abus delà plupart de la noblesse, comme J'honneur se doit conformer à la conscience, mis d'espagnol en françois; Paris, Th. Perrier, i585, in-8; 53° cent Sermons sur la Passion de N. S. prononcés à Milan par le R. P. Fr. Panigarole, traduits de l'italien; Paris, i586, in-8, et îSg-y , in-8, 4 vol.; 54° l'OEuvre entier et parfait de la vanité du monde, composé en espagnol par le R. P. Fr. Diego de Estella ; Paris, Gervais Mallot , i58j , 88,89, 3 vol. in-12; 55° Conseils militaires, traduits de l'italien du comte Bartholi, Paris, i586, in-8; 56° les Épîtres Spirituelles du R. P. J. de Àvila , fidellcment traduites et mises en meilleur ordre qu'elles ne sont en l'exemplaire espagnol; Paris, P. Cavcllat , l582, in-12 , 2 vol.; 570 le Commentaire du comte Jean Picus Mirandulus sur une chanson d'amour composée par Jérôme Benivicni , citoien florentin selon l'opinion du platonicien; Paris, Abel Langclier, i588, in-8; 58° les Fleurs de méditations divines pour tous les jours de la semaine; dévotes prières et examen spirituel de R. P. F. Louis du Grenade, traduit de l'espagnol en françois ; Paris, i5y8, Rouen, 162.7, in— 12; 59* Méthode de servir Dieu , traduit de l'espagnol de Fran-
lOl HISTOIRE DE TOURAJNE.
cois Alphonse de Madrit; Douay , 1698, in-12; 6o* Raison et gouvernement d'Etat, en dix livres, du seigneur Gioraui Botero Benese, traduit sur la quatrième impression italienne plus ample que les autres premières, la version répondant à l'original, colonne pour colonne ; Paris, Guillaume Chaudière, 1599, in-8; 6i° Harangues du cavalier Philippe Cauriana , faite à la reine Marie de Médias à son départ de Toscane pour passer en France; Paris, Cl. Morel , 1600, in-8; 620 la Citadelle de Royauté; Paris, i6o3, in-8; 63° livre second du Catéchisme de Grenade, faisant la cinquième partie de sou Introduction au Symbole de la Foy ; plus un Traité de la manière et méthode d'enseigner les mystères de notre foy aux infidelles , traduit de l'espagnol ; Paris, Robert Foiict, i6o5 et 1627, in-4; 64° le Miroir du prince, au dauphin; Paris, 1610, in-8; 65° Discours de Jules Ma— zarin , traduits de l'italien; Paris, 1C11, in-12, 2 vol.; 66° Manuel du Catholique, contenant la vraie manière de prier Dieu; Anvers, 1 6Z§ 1 , in-8, lig. : probablement il yen a eu quelque édition antérieure à celle-ci ; 67° la suite du Roland Furieux, contenant la mort du très-magnanime et vaillaut Roger, fleur des paladins de France, et tous les grands succès et hautes entreprises proposées et non fournies par le divin Arioste , avec les sommaires allégoriques sur chacun discours, traduit de l'italien de Jean Baptiste Pescatore; Lyon, Barth. Honorât, i582, in- 16.
Lps traductions de Chappuis qui sont encore recherchées aujourd'hui sont celles indiquées sous les numéros 11, 12, i3 et 39, ainsi que ses volumes des Amadis.
CI1APTARD ou CHATARD (Jean), chanoine de Saint- Martin et prieur de Tauxigny , né à Tours en 1567. Il était très-savant dans l'histoire ecclésiastique et très-versé dans la lecture îles pères grecs et latins. Il n'est cependant connu que par un éloge de Jacques de Billy (et non de Jean de Billy , ainsi qu'on l'a imprimé plusieurs lois), abbé de Sainl- Michel en l'Hcriu et son prédécesseur dans le prieuré de Tauxigny. Il a pour titre : Eloçium Jacobi Billii Prunœî,
abbalis sancti Michaeîis in Eremo , a Joanne Chatardo priore lossiniaco ; Paris iis f Pet rus Lhuillier, i582, in-4- Jacques de Billy ayant laissé imparfait en mourant son travail sur les œuvres de saint Grégoire de Naziauce, Chaptard et Géncbrardy mirent la dernière main, et en publièrent, en i5S3, une seconde édition bien plus complète, réimprimée en 1609 et 161 1 , 2 vol. in-fol.
Chaptard mourut à Tours le 24 janvier 1649, et in<* humé dans l'église de Saint-Martin où il avait cette épilaphe : m Hic jacet D. Joanues Chaptard, prior de Tauxiniaco, « hujusce ecclesiae canon icus qui , post vitam honorifice « aclam in singulos munifice erga Deum et proximos, om- « nesque laudatissimi sacerdotis numéros expletos, octuage- « nario major migravit ad Dominum die 24 januarii 1649. n
L'éloge de Billy pur Chatard , a été réimprimé à la fin des OEuvres de saint Grégoire de Naziance, de l'édition de 1 583.
h CHARLES D'ANJOU, premier du nom, comte du Maine, de Guise, dcGien, de Mortain, vicomte de Chatcl— lerault, pair de France, naquit au château des Montils— lès- Tours, autrement le Plcssis , le 14 octobre 1 4 > 4 • H était le troisième fils de Louis d'Anjou, deuxième du nom, roi de Naples et de Sicile, et d'Ioland d'Aragon.
Ce prince se distingua dans toutes les guerres que Charles VII eut à soutenir contre les Bourguignons et les Anglais, et partout il donna des preuves de son courage et de sa prudence. Pour récompenser les nombreux services qu'il lui avait rendus, le roi lui donna, en i434> le comté de Mortain, et le nomma gouverneur de la ville de Paris, par lettres patentes données à Chinon le 9 janvier i435. En 1 44 1 il fut fait gouverneur lieutenant-général du Languedoc.
Il épousa, en janvier 1 h"n Isabelle de Luxembourg, dont il eut, entre autres enfans, Charles d'Anjou, quatrième du nom, roi de Sicile après René d'Anjou son cousin, et qui, étant mort sans enfans, institua Louis XI son héritier universel.
lo4 HISTOIRE DE TOUR A. ï NE.
Charles mourut le lo avril 1472, et fut enterré dans l'église de Saint-Julien du Mans.
II. CHARLES VIII, roi de France, dit l'Affable et le Courtois , né au château d'Amboise le 3o juin 1470 , succéda à Louis XI son père, en i483, âgé de treize ans et deux mois. Un cœur droit , un esprit juste , une nme douce et sensible , remplacèrent en lui les avantages de l'éducation et de l'instruction dont son père l'avait privé, dans la crainte qu'à son exemple il ne se révoltât contre l'autorité royale et paternelle, comme si l'instruction bien dirigée n'était pas au contraire le plus sûr moyen de faire connaître aux hommes et aux princes surtout les limites de leurs droits et l'étendue de leurs devoirs. Louis XI plus ignorant en eût-il été moins rebelle étant prince, moins cruel étant roi? c'est ce que l'on n'oserait pas affirmer.
Après avoir heureusement terminé les troubles intérieurs que le duc d'Orléans et d'autres mécontens avaient fait naître, Charles épousa à Langeais, le 6 décembre 1491 , la duchesse Anne de Bretagne, ce qui consolida la paix qui venait d'être signée entre cet état et la France ; mais il en résulta une autre guerre suscitée par Maximilien, roi des Romains, qui auparavant avait épousé cette princesse par procuration. Le roi d'Angleterre , qui avait pris les armes pour l'archiduc, fit une descente à Calais, assiégea inutilement Boulogne, et se rembarqua enfin au moyen d'une somme d'argent qui lui fut donnée.
Charles, plein de courage, mais jeune encore, et facilement ébloui par le prestige de la gloire, entreprit, en i4q4? à l'instigation de ses deux favoris, Guillaume Briconnet et Etienne de Vere , la conquête du royaume de Naples, sous le prétexte plus spécieux que solide des droits de la maison d'Anjou qui avaient été cédés à son père. Il partit avec une armée d'environ trente mille hommes, sans argent et sans munitions de guerre, comme s'il n'eût dû rencontrer aucun obstacle, ou comme s'il fût allé en pays allie. Le succès couronna cette
BIOGRAPHIE. Ip5
audace. Il parcourut l'Italie en maître, et entra en vainqueur dans Naples le 27 janvier i4c)5. Mais jamais peut-être royaume ne fut plus rapidement et conquis et perdu. Après trois mois de séjour à Naples, instruit que le pape, l'empereur Maximilien, les Vénitiens et le duc de Milan avaient formé une ligue contre lui, il se décida à repasser en France. Son armée, réduite à neuf ou dix mille homme, fut attaquée à Fornoue par celle des princes confédérés, forte de plus de quarante mille nommes. Le 6 juillet il la battit complètement ,tua à l'ennemi environ quatre mille hommes, et n'en perdit pas plus de deux cents. Cette victoire si brillante fut le seul fruit qu'il relira de l'imprudente expédition que Briçonnet n'avait , dit-on , conseillée que dans l'espoir qu'elle lui procurerait le chapeau , qu'il reçut en effet à Rome pour récompense de s'être montré contraire à ceux des cardinaux qui sollicitaient du roi la déposition d'Alexandre VI.
Ce jeune roi, désabusé des séductions d'une fausse gloire, sougeait à en acquérir une plus solide, en s'occupant de la prospérité intérieure de la France, lorsqu'il mourut au lieu même où il était né. Une attaque d'apoplexie l'enleva le 7 avril 1498 , âgé de vingt-sept ans , véritablement regretté de son peuple ; « car , dit Philippe de Commines, il était si bon « prince, qu'il n'était pas possible de voir meilleure créa— « ture. »
Il eut d'Anne de Bretagne quatre enfans morts avant lui , et qui tous quatre eurent leur sépulture dans l'église de Saint- Martin. Charles-Orland , dauphin de Viennois, né le 10 octobre 1492, mort le 16 décembre 1 40^ > Charles, aussi dauphin de Viennois, né le 8 septembre 1496 » mort le 2 octobre suivant. Us ont leur tombeau en marbre bhme placé d'abord dans le chœur de l'église de Saint-Martin , et, depuis la instruction de cette collégiale , transféré dans une des chapelles delà cathédrale; François et Anne, morts peu de temps après leur naissance, furent déposés dans le même tombeau.
CHASTELIEK (Guillaume), en latin Castcllus ou Casta- Jius, ce qui lui a fait donner par quelques-uns le nom de
Castel. Mann le désigne ainsi dans la liste des archidiacres, et le P. Martin Marteau, le nomme tantôt Castel tantôt Chastelicr.
Il naquit à Tours de Chrétien Chastelier , médecin du roi, l'an 1468 , et commença au collège de cette ville ses études qu'il acheva à l'université de Paris, où il obtint les plus grands succès. Il avait succédé à Jean Langlois, son frère maternel, dans une bourse au collège de Navarre. Après avoir professé dans le collège de Bourgogne , il revint dans la maison de Navarre où il prit le bonnet de docteur en i5oi , ensuite il se retira dans sa patrie où, sa réputation l'ayant précédé, il ne tarda pas à être pourvu d'un canon ient dans l'église de Sâint- Gaticn, et en i5io il fut élevé à la dignité d'archidiacre d'outre Loire.
Trilhême eu fait un très-grand éloge dans son Appendice des écrivains ecclésiastiques, chap. 17; mais il va un peu trop loin lorsqu'il dit de lui : Super œthcra notus. Launoj, dans son Histoire de la maison de Navarre, tom. 2, p. 645, n'a fait que répéter les mêmes éloges.
Chastelier paraît avoir cultivé exclusivement la poésie latine, car nous ne connaissons de lui aucun ouvrage théologique, quoique depuis sa retraite à Tours il se fût livré avec beaucoup de zèle et de talent à la prédication.
Il publia , à l'âge de vingt ans, un traité de la poésie latine, imprimé à Paris en 1488. Ses poésies sont: i° Elegiarum liber unus ; Parisiis, i5o6, in^4î 2° de Stultis mulierum Votis , carmen ; 3* Sybillinum de extremo judicio carmen; 4° Ecloga cui nomen Euphormus; 5* Epigrammatum liber unus; 6" Dialogus in Jacobi Fabri Stapulcnsîs lau^em. On a encore de lui un recueil d'épîtres intitulé : Epistola? ad diversos mu] tac et varia?. Il est dit à la (in de l'article de Trithême : Exspectantur longe majora; mais il ne paraît pas qu'il ait publié d'autres ouvrages que ceux dont il vient d'être parlé.
Guillaume Chastelicr mourut à Tours en i5ao, âgé de soixante-deux an* .
I. CHATEIGNER ou CHASTEIGNIER (René), protonotaire du Saint-Siège, abbé de la Merci-Dicu de Nanlcuil en Vallée, naquit au château de la Roche-Posay en 1498, de Guy Chatcignier, seigneur de la Roche-Posay , échanson des rois Louis XI et Charles VIII. 11 fit imprimer les Commentaires de saint Anselme sur les épîtres de saint Paul; commentaires anciens qu'il avait découverts, auxquels il ajouta des notes et qu'il dédia à Gabriel de Grandmont, cardinalévèque de Poitiers; Paris, Poncel Lépreux, i533, in-12. Conrard Lycosthène assure qu'il y fit beaucoup de corrections, et qu'il v ajouta des notes. En i54$, il fit aussi imprimer un discours latin qu'il dédia à Anne de Monlmorenci , connétable de France. I) mourut en 1 565, et fut enterré à la Merei-Dieu.
IL CHATEIGMER (Antoine), neveu du précédent, né à la Rocbc-Posay le 2 janvier i53o. Destiné à l'état ecclésiastique par Jean III, son père, qui avait neuf enfans, il fut pourvu de l'abbaye de Nanteuil et du prieuré de Marignac. En l55o il fut envoyé à l'université de Padoue; mais il ne tarda pas à se dégoûter de son premier état et à embrasser celui des armes. II alla à la Mirandole offrir ses services à d'Andelot, frère du célèbre Gaspard de Coligny , et fut fait * prisonnier avec lui et plusieurs autres officiers français en allant à Parme pour visiter les places des environs. Lorsqu'il fut rendu à la liberté , il revint en France, et résigna tous ses bénéfices a 1 un de ses frères pour suivre librement sa nouvelle carrière sous le nom du chevalier de l'Ue-Bapaume. Le connétable de Montmorenci, qui l'aimait, l'envoya, en i552, au camp dHcsdin , où il fut nommé enseigne de la compagnie d'André de Montalambei t qui commandait dans ïhérouène. Décidé à bien défendre celte place, il s'y enferma avec Montalambert; mais il y fut tué le 25 juin i555, âgé de vingtdeux ans.
Il s'est fait connaître dans la république des lettres par un recueil jde poésies françaises, par un éloge des guerriers qui portaient alors les armes en Italie, et par trois odes adressées au poète Ronsard.
III. CHATEIGNIER (Louis), frère du précédent, septième fils de Jean III , né à la Roche-Posay le i5 février i535. Il fut seigneur d'Abain , de la Roche-Posay, baron de Preuilly, chevalier des ordres du roi et gouverneur de la Haute et Basse-Marche. Envoyé dans sa jeunesse à l'université de Paris, il y étudia les lettres et les langues sous Adrien Tur— nèbe et Jean Dorât. Celui-ci même le suivit à la Roche Posay pour continuer son éducation qui fut ensuite perfectionnée par Joseph Scaliger. Chateignier se montra le digne élève de pareils maîtres , et fit des progrès rapides dans les langues grecque et latine , dans la philosophie , l'histoire, la politique et les beaux-arts. En i556 il voyagea en Italie, et forma le projet d'entrer dans l'ordre de Malte ; mais il fut contraint d'y renoncer parce que la mer était trop contraire à sa santé. Alors il embrassa l'état ecclésiastique au moyen de la cession que lui fit Antoine son frère de l'abbaye de Nanteuil : mais François Chateignier de Toufîou étant mort , Louis quitta la carrière ecclésiastique pour reprendre celle des armes. Henri III l'envoya ambassadeur à Rome où il déjoua avec beaucoup de talent les plus adroits politiques de la cour d'Espagne. Comme militaire, il s'était signalé aux batailles de Saint-Denis , de Jarnac, de Moncontour , ainsi qu'au siège de la Rochelle. Après la bataille de Fontaine- Française, en i595 , comme il revenait à la Roche-Posay, il tomba malade à Moulins, où il mourut, le 29 septembre de la même année, regretté de tous les savans dont il était le protecteur et l'ami. Son corps fut apporté à la Roche-Posay. Son oraison funèbre a été écrite par Jacques Dubois, cordelier, docteur de Sorbonne, né à Anglures auprès de Loudun.
IV. CHATEIGNIER (Roch), seigneur de Touffou, chambellan des rois Henri II, François II et Charles IX, frère des deux précédens, né à la Roche-Posay en 1527. Il avait déjà donné des preuves de son courage devant Boulogne, lorsqu'on i55a il fut envoyé en Italie. A la faveur d'un déguisement il entra dans la Mirandole à In tète de deux cents fantassins et au milieu des ennemis qui bloquaient la place.
Il n'en eut pas plus tôt pris le commandement, qu'il harcela
l'ennemi par des sorties vigoureuses. Dans la dernière surtout il prit d'assaut un de leurs forts, enleva leur artillerie., et fit un grand nombre de prisonuiers. En i555 Henri II l'envoya en Piémont, où, avec quarante chevaux seulement, il mit en déroute les renforts que les Espagnols envoyaient à leur général ; l'anné suivante il passa avec l'année française dans le royaume de Naples, où il se signala à la bataille de Julia Nova. Il défendit Ascoli contre l'armée du duc d'Albe; mais avant été pris dans un combat , il resta trois ans prisonnier. Ce fut pour charmer sa captivité qu'il composa différentes poésies en français et en espagnol dont il a laissé un recueil. De retour en France il concourut à la défaite de l'armée des huguenots, en i56o, près Sain t-Gen est, et leur enleva trois enseignes. Enfin il fut tué au siège de Bourges, en i562 , âgé de trente-cinq ans , ayant dignement soutenu la réputation que sa famille s'était acquise dans les lettres et dans les
CH ERRE AU ( Olivier ) , né à Tours ou il exerçait la profession de maître sergetier un peu avant le milieu du dix-septième siècle. Quoiqu'il n'eût fait aucune étude , il parait cependant qu'il avait acquis par la lecture une sorte d'instruction. Ayant entendu vanter les poésies d'Adam Billault, il voulut les lire , et bientôt il s'imagina que le sergetier de Tours pouvait aspirer à la réputation du menuisier de Nevers. Il choisit un genre plus sérieux, et mit en vers l'histoire des archevêques de Tours, qui paraît puisée dans la prose de Martin Marteau, quoique l'ouvrage de celui-ci n'ait paru que cinq ou six ans après. En voici le titre : « Histoire des « illustrissimes archevêques de Tours , avec les nom3 et le « nombre des papes , empereurs et rois de France en chaque « siècle; les saints et hommes de lettres qui ont fleuri , etc. ; « dédié au bienheureux saint Martin par Ollivier Cherreau, « Tourangeau ; Tours, Jac. Poinsot, i654, in-4 de 90 pag.,» avec cette devise sur le fleuron du titre : Hos Oleaster edidit
fructus. Pour donner un échantillon de sa poésie % je choisirai l'article de l'historien Grégoire :
C'est le rang , c'est le tour de Grégoire de Tours : Un langage subtil, de ravissans discours Seroient ici requis, et non pas mon ramage, Pour chanter les vertus d'un si grand personnage. Élégant, éloquent, poète, historien, Orateur, un docteur, grand théologien, Pour parler dignement de ce Grégoire en somme , Il ne faudruit rien moins qu'un Grégoire de Rome. D'écrire de ce saint prélat tant mérité Je n'aurois entrepris cette témérité ; Mais le bon saint Martin m'en donne le courage, Et pour l'amour de lui je poursuis mon ouvrage.
Il a fait imprimer en outre le Langage de l'Argot ou Dictionnaire des mots les plus essentiels des argotiers; leurs mœurs , leurs réglemens et leurs prières. Je n'ai rencontré aucun exemplaire de cet ouvrage, à moins que ce ne soit le même que le livre d'argot qui fait aujourd'hui partie de la bibliothèque bleue.
CHEVALIER (Louis), célèbre avocat au parlement de Paris, né à Sainte-Maure en Touraine, en 1664. Orphelin dès son bas âge, il fut élevé au petit séminaire de Tours, dont son grand oncle avait la direction en qualité de grandvicaire. Avant fini sa rhétorique à treize ans, il fut envoyé à Paris, où, après sa philosophie, il embrassa l'état ecclésiastique. Il avait résolu de s'ensevelir à La Trappe , mais le régime austère de cette retraite et les maladies qui en furent la suite, ne lui permirent pas d'y rester plus de neuf mois. Rentré dans le monde, il fut d'abord intendant de M. de Coligny,qui mourut peu de temps après. Alors il se consacra au barreau, et plaida au grand conseil où il ne tarda pas à acquérir la plus brillante réputation. Le premier président de Harlay le décida à s'attacher au parlement, où il obtint les
mêmes succès. Il se fit particulièrement connaître par son plaidoyer pour les chanoines de Reims, imprimé en 1716, in- 13. Nous avons aussi de lui de savans mémoires en faveur des privilèges de l'église de Saint-Martin ; Tours, Paul. Duménil, 171a et IplS, in-fol. Il avait été marié, et mourut à Paris, le 3l janvier 1744» de près de quatre-vingt-un ans.
CHICOISNEAU (François), né à Tours en 1678, curé de Suint-Symphoricn de la même ville, s'est fait connaître par un ouvrage intitulé : Dissertation théologique sur la célèbre Dispute entre le pape saint Étienne et saint Cyprien, évêque de Carthage , où est expliquée la véritable pensée de saint Augustin touchant la même dispute; Tours, i?a5, in-ia. U mourut à Tours en 1747»
CHRISTOPHE (M satin), jésuite, né k Tours en i566. Après avoir professé avec succès les humanités et la philosophie, il embrassa la carrière de la prédication à laquelle ses talens et sa ferveur semblaient le destiner plus particulièrement. Envoyé par ses supérieurs dans la Flandre, il y établit des missions avec tant de succès qu'il fut surnommé l'apôtre des Pays-Bas. Le zèle avec lequel il se livra à cet exercice pénible contribua beaucoup à abréger ses jours. Il mourut à Cambray, eu 161 5, âgé de quarante-neuf ans. Indépendamment d'un ouvrage de controverse, il fit imprimer pareillement à Douay , en 1610, une traduction de la consultation de Léonard Lessius, sur la foy et la religion , laquelle a pour titre : Qua? fuies et Relligio sit capessenda, cum appendice quà questionibus quibusdam quae ad ipsam consultationem spectant, respondetur. V ojr, pag. 407 de ses Opuscula Theolog. ; Paris, 1637, in-fol.
CLAMECY (Guillaume Vincent de), poète français, né à Tours vers i5io. Tout ce qu'on sait de kii , c'est qu'il est auteur d'une espèce de poème intitulé : Le Convys de Pallas, déesse de science , au très-chrestien roy de France Henri II, pour faire son entrée en sa noble ville de Tours, avec la
description des triomphes de l'entrée en icelle ville et figures de la dite entrée qui fut faite le 5 may i552; Tours , Jean K on -set, i552, in— 4»
Ou ignore l'époque de sa mort.
CLAUDIN de Touraine , né vers la fin du seizième siècle, n'est connu que par une traduction en vers français des vers qu'Étienne Dolet son ami, avait faits sur la naissance de son fils, intitulés : Genethliacon Claudii Doleti. L'ouvrage de Glaudin a pour titre : L'Avant-naissance de Claude Dolet, fils d'Étienne, premièrement composée en latin par le père, oeuvre très-utile à la vie commune , contenant comme l'homme se doit gouverner en ce monde; Lyon, Étienne Dolet, i539 , in-4«
On sait que ce même Étienne Dolet, aussi savant qu'habile imprimeur, fut brûlé à Paris, en i546, par des fanatiques qui l'accusèrent d'athéisme , ne pouvant pas le convaincre d'hérésie.
CLAVIER (Guillaume), avocat au parlement, né à Tours en 1 579. Nous avons de lui un recueil de poésies françaises contenant : Les heureux Amours du roi Louis XIII avec la reine , quelques odes et des motets qu'il fit imprimer à Paris, en 16 16, 1 vol. in-12.
CLOUET ( François), connu sous le nom du Petit Jeannet, valet de chambre de François l,r, était né à Tours vers Félibien , dans ses Entretiens sur la vie des peintres , parle de son talent pour le portrait, dont on peut juger par ceux de François I" et de François II , qui sont dans la galerie de Fontainebleau. Le président de Thou avait réuni dans sa bibliothèque une partie des portraits queCloiiet avait faits des hommes les plus célèbres , et des principaux seigneurs de son temps , mais il paraît qu'il excellait surtout dans la miniature. Le même auteur assure avoir vu vendre cinquante louis une seule miniature sur vélin, détachée d'une paire d'heures qui en contenait plusieurs autres du môme artiste.
Il vivait encore en i54o.
BIOGRAPHIE. Il3
I. COEFFIER ouCOYFFIER (Gilbert), deuxième du nom, seigneur d'Effiat, né à Tours en 1 53 1 , était fils de Gilbert Cocflîcr, premier du nom, seigneur de la Bussière et d'Effiat, maire de Tours en i55a et de Bonne Ruzé. La Croix du Maine dit qu'il avait composé plusieurs ouvrages en français et en latin, dont il ne cite que celui qui a pour litre: Le Palais- Royal , pour l'instruction des princes et des courtisans. La Bibliothèque de La Croix du Maine ayant paru en 1 584 , il ne pouvait y être fait mention d'un ouvrage de controverse que Gilbert Coeflier ne publia que deux ans après. C'est un in-fol. de 267 feuillets de texte intitulé : Défense de la Vérité de la foi catholique contre les erreurs de Calvin , par Gilbert de Coyffier , sieur d'Effiat et de Mesnil-Molé , gentilhomme ordinaire de la chambre de feu M. le duc d'Anjou , frère du roi ; Paris, Guil. Chaudière , i586, in-fol. L'ouvrage est dédié à Henri III par une longue épître signée G. de Coyfficr. Il paraît par là que c'est ainsi qu'il écrivait son nom. Cette épître est assez curieuse, en ce qu'elle fait connaître le caractère et la trempe d'esprit de son auteur, qui prévoit qu'on pourra s'étonner de lui voir traiter une pareille matière. « On pourra, dit-il, trouver estrange, « comme ayant employé les premiers ans de ma jeunesse à « la suite des princes, à la cour et à la guerre, et les autres « en des voyages, et depuis que je suis de séjour en ma « maison en exercices plus dignes d'un gentilhomme ama— « teur des armes que des lettres, j'ay osé escrire en ce livre « des plus hauts points de la théologie.... Quelque profes- « sion que je fasse , je n'ai point escrit de la théologie sans « ra'ètre auparavant longues années exercé et par étude et « par conférences de vive voix avec plusieurs doctes hommes « de l'une et de l'autre religion, y ayant déjà quatre ou cinq « ans que je fais de mon œuvre comme l'ours fait de ses pc- « tits, qui les forme en les léchant. »
Il s'était trouvé à la bataille de Saint-Denis en i56^ , et en i588, il fut député par la province d'Anjou pour assister
tl4 HISTOIltfi Ï>E TOÛRA.INE.
aux états deBldis. Il virait encore en i5g7 ldrs dit mariage d'Anne sa fille avec Jean Legroing, seigneur de Villebouche. Il eut en outre de Charlotte Gaultier , sa femme, le maréchal d'Èffiat qui suit.
II. COEFFIER ( Antoine ) , dit Ruzc, marquis d'Effiat , baron de Massy , seigneur de Chilly , de Longjumeau et d» Cinq-Maars , chevalier des ordres du roi , surintendant des financés, grand-maître des* milles et minières, gouverneur et grand-bailli de Tottraine, maréchal de France, né k Tours en i5«Ji de Gilbert Coeffier, deuxième du nom.
Son àïeUl, Gilbert !•», avait épousé Bonne Rttzé, et cette alliance fut une des principales causes de la fortune du mâi réchal d'Effiat} car Martin Ruzé, son grand-otfele maternel, l'ayant pris en afFection , l'institoa son héritier universel à la condition qu'il prendrait le nom et les armes de Ruzé. Martin, secrétaire d'état, grand-trésorier des ordres du roi, Secrétaire de ses eommandemens , possédait de grands biens, et entre antres les seigneuries de Chilly , de Longjumeau , de Beaulien en Touraine, etc. , dont Antoine ne tarda pas a se voir possesseur.
Il suivit de bonne heure la profession des armes, et il f parvint au poste le plus éminent, quoique sa carrière mrli^ taire n'eut été signalée par aucunes actions éclatantes. Nommé gentilhomme de la chambre dn roi par brevet de retenue du 27 octobre 1099, il fut fait, en 161 o, capitaine d'une ctifafcpagnie de chevaux-légers de la garde, et obtint ensuite la charge de grand-écuyer , ce qui le mit à même de se concilier la faveur de Louis XIII. Ce prince l'envoya ambassadeur extraordinaire en Flandre, et pc* après en Angleterre pour y conclure le mariage d'Henriette de France , sa soeur, avec le prince de Galles, depuis Charles P». Cette mission lui valut le collier de l'ordre du Saint-Esprit, qui lui fut apporté le 20 juin 1623 parle duc de Chevfcuse. En 1626 , le roi le nomma surintendant des finances , et, en 1627, conseiller honoraire en la cour des pairs, gouverneur et grùnt*-
BIOCRAPÔIE. flS
bailli de Tourainc. Il se démit, en i63o, de ce gouvernement pour celui d'Anjou qu'il quitta également pour ceux d'Au*vergne et de Bourbonnais.
11 commanda en Piémonbavec le due de Montmorenei, ôt donna une preuve de, bravoure dans une occasion où, avec quarante de ses chevaux-légers, il culbuta deux cents nommes de cavalerie commandés par le prince Doria qti'il fit prisoû-*nier. Son mérite personnel , secondé d'ailleurs de la prOtfection du cardinal de Richelieu , l'éleva au grade de maréchal dé France , dont il reçut le bâton le 5 décembre i63t. En.voyé en Allemagne pour commander l'armée en qualité de lieutertant-général, il tomba malade a Luzzelsteiii , près Trêves, où il mourut le 22 juillet i632.
Ses traits nous ont été conservés par une très-bellè mé*daillé en bronze de deux pouces huit lignes de diamètre. D'un côté est'son buste avec ces mots : A. Ruzé, m. d'Effiat et d. Longjumeau , sur. des finances. Sur le revers On voit un globe supporté par Hercule revêtu de sa peau de lion et ayant sa massue à ses pieds. A côté est Atlas aidant Hércule à soutenir son fardeau. Autour on lit: Quidqitid est jussum levé est ; et au bas, 1620.
Le 3o septembre 1610, il avait épousé Marie de Fburcy , dont il eut, entre autres enfans, Henri, marquis de Cinq- Maars, grand-écuyer, dont j'ai parlé à l'article des lieutenantgénéraux au gouvernement de Touraine.
COLOMBEAU (Michel), appelé par quelques-uni Colomb ou Colombe , sculpteur , né en Tourainc. Jean Brèche nous apprend qu'il n'excellait pas seulement dans la sculpture, mais encore dans l'art de modeler des figures en terre, art qu'il porta beaucoup plus loin qu'on ne l'avait fait jus-*qu'à lui. On avait conservé en ce genre, dans la sacristie de la chapelle de Saint-Martin , une très-belle statue de Saint- Maur, abbé, qui était son ouvrage. Le tableau en martre, représentant la mort de la Vierge, que l'on voyait à Saint- Saturnin était également de lui. Enfin, les sculptures du tombeau de François II, duc de Bretagne, placé dans Té-
n6 histoire: de tour aine.
glise des Carmes de Nantes, sont de Michel Colombeau. Il vivait encore dans les premières années du seizième siècle.
COMMIRE (Jean), jésuite, né à Amboise le 25 mars i625, mort à Paris le a5 décembre 1702. Il est du petit nombre de ces poètes qui font presque oublier en les lisant qu'un intervalle de seize cents ans est placé entre eux et les chefs-d'œuvre du siècle d'Auguste. Il ne lui manqua peut-être, pour être au rang des meilleurs modèles, que ce feu, cette verve, cet estro poelico sans lesquels on ne peut guère acquérir que le renom d'un grand versificateur. Cependant il montre quelquefois de l'élévation ; mais en géné- » ral son vol n'est pas celui de J'aigle. 11 tient beaucoup plus de celui de la colombe dont il a toute la douceur. Son talent est d'embellir les plus petits sujets ; dans les grands il se borne à être élégant el fleuri ; mais un coloris grafcieux , un style pur et facile, une élégance toujours soutenue, telles sont les qualités qui le distinguent éminemment et qui le placent à côté des Sannazar, des Vida, des Politien, des Fracastor et de tout ce que l'Italie a de plus parfait en poètes latins modernes.
Commire s'est exercé en plusieurs genres et l'on doit regretter qu'il ne se soit pas élevé jusqu'à un sujet didactique, réunissant toutes les qualités qui pouvaient lui garantir le succès d'une pareille entreprise. Ses poésies recueillies en deux volumes se composent , iQ de Paraphrases sur Jonas, Daniel , Élie et sur quatre psaumes. Elles sont purement écrites, mais on ne peut se dissimuler qu'elles manquent de chaleur, et que , quoiqu'elles soient dans une langue plus souple et plus énergique , elles sont loin d'atteindre ce ton prophétique et sublime que l'on admire dans celles de Rousseau ; 2° si ses Idylles sacrées et profanes renfermaient autant de sentiment qu'on y remarque d'esprit et de délicatesse, on pourrait les considérer comme des chefs-d'œuvre en ce genre ; 3° ses Epîtrcs, au nombre de vingt-six, sont peut-être la partie la plus faible; il faut cependant en excepter la deuxième; 4° viennent ensuite les Carmina Varia, composés
de divers petits poèmes dont quelques-uns sont d'une per~ fection achevée. Telle est, par exemple , la Métamorphose de Luscinius en rossignol ; 5° ses Odes et ses Hymnes, avec plus de verve, lui auraient assigné un rang très-distingué parmi les poètes lyriques. On pourrait cependant lui reprocher de n'en pas varier assez le rhythme ; 6° ses Fables sont d'une élégance qui approche beaucoup de celles de Phèdre; elles sont écrites dans le même mètre et ont souvent sur leur modèle le mérite de l'invention; on y remarque moins de sécheresse, et les images les plus riantes y sont répandues avec choix. Dans la troisième , intitulée le Papillou et l'Abeille, se trouvent ces vers charmans en parlant du vol du papillon ;
Flore ni pu tares nare per liquidum œthera , Usque adeo par est œmulis coloribus , etc.
7° Les épigrammes sacrées ont le caractère qui leur est propre. Les épigrammes qu'il nomme profanes, sont en général assez médiocres. La fidélité et la précision distinguent celles qu'il a traduites de l'Anthologie. On eût pu se dispenser d'insérer dans ses œuvres quelques poésies françaises qui ne servent qu'à prouver que Gommire n'a point méconnu son véritable talent en cultivant exclusivement les muses latines. Nourri de la lecture des grands modèles , il s'identifia si bien avec eux qu'il sut faire passer dans ses vers une partie de ces beautés sans nombre qu'on admire dans leurs ouvrages.
L'amour des lettres ne le détourna point d'occupations plus sérieuses dont son état semblait lui faire une obligation. Sévère observateur de ses devoirs , il professa la théologie pendant plusieurs années, et se livra également ù la direction des consciences.
L'aménité de son caractère , la douceur et la pureté de ses mœurs, non moins que son talent poétique, lui avaient fait d'illustres amis, au nombre desquels on peut mettre le président Lamoignon de Baville et le savant évêque d'Avranches, Daniel Huet.
Nous n'avons de lui aucun ouvrage en français. Il avait écrit, dit-on, une histoire des guerres des Anglais que Huct l'engagea à publier : mais elle n'a jamais paru , soit qu'elle ait été perdue après sa mort, soit que lui-même ne l'eût pas jugée digue de voir le jour.
On a dit, je ne sais sur quel fondement, que son vrai nom était Commeire , et qu'il le changea en celui de Commire lorsqu'il entra chez les jésuites, pour n'être pas appelé le père Commeire. Mais je puis garantir que cette anecdote n'est qu'un conte fait à plaisir.
Au surplus Commire et son confrère René Rapin , sont les deux poètes qui font le plus d'honneur à la Touraine, et Ton peut regretter que Barbou n'ait pas, dans sa belle collection, accordé au premier une place semblable à celle qu'il a donnée au second. 11 reste encore à désirer une édition des poésies de Commire, plus belle, mieux soignée que celle de Martial Barbou, et dégagée surtout des mauvaises traductions françaises qui grossissent inutilement celle-ci.
Commire avait pris pour devise un cygne avec ces mots : Candorque, canorque. Sa vie et ses écrits l'ont parfaitement justifiée.
CONIGHAN (Hei\cule de), connu sous le nom de chevalier de Cangé, né au château de Cangé, près Tours , en i5g4* d'Antoine de Coriighau, capitaine de cinquante hommes d'armes, bailli d'Amiens , gouverneur de Fougères et lieutenant au gouvernement de la ville et château de Nantes.
Hercule, entré de bonne heure dans l'ordre de Malte, suivit la carrière de la marine et se signala surtout au siège de la Rochelle en 1628, où avec son compatriote, le chevalier de Bazilly, il sut réduire à l'inaction les flottes de l'Angleterre.
En 1642, il commandait un vaisseau sur les côtes de Catalogne. Le marquis de Brézé, qui conduisait la flotte française, fit en vain tous ses efforts pour attaquer celle d'Espagne; les vents furent si constamment contraires qu'il lui fut impossible de l'atteindre. Il n'y eut que le^ vaisseau du cheva-
lier de Cangé qui , probablement bon voilier, au plus près, manœuvra si habilement qu'il parvint, à aborder un de* grands vaisseaux ennemis nommé la Madalena de soixante* six pièces de canon. Il l'avait réduit à amener son pavillon quand un brûlot vint s'attacher à son bâtiment , qui avait dé jà jeté ses grapins sur la Madeleine , de sorte que tous les jleux furent la proie des flammes. Le chevalier de Caugé, qui avait eu le bras percé d'un coup de feu, fit sauver tout son équipage dans les embarcatiops , et, fidèle aux lois de l'honneur et du devoir qui lui prescrivaient de ne sortir que le dernier, il c'en eut pas le loisir, et sauta avec le vaisseau victorieux et le vaisseau vaincu. Sa mort fut célébrée par ce distique latin :
Monstrorum domilor, raediis exarsit in undis. H vi e ulis tmic nomeo , vitaque , morsque fuit.
Ou en fit dans le temps cette traduction française :
Si les feux , dans la mer , ont son ame ravie , Qu'on n'en accuse point la malice du sort. Un Hercule en son nom , un Hercule en sa vie Ne pouvait pas manquer d'être Hercule en sa mort.
Le chevalier de Cangé avait rassemblé une bibliothèque très-précieuse et très-riche en manuscrits, qui tous sont passés à la bibliothèque royale à Paris.
Cette famille descendait de Robert de Conighan , capitaine des troupes écossaises qu'Archibald Douglas avait amenées à Charles VI Iï , qui les retint à son service. C'est depuis cette époque que , parmi les quatres compagnies des gardesdu-corps, il y en avait une qui portait le nom de compagnie écossaise.
I. COTERfS AU (Claude) , chanoine de Notre-Dame de Paris, prieur de Moustiers, camerlingue du cardinal du Bellay son parent, né à Tours en i499» <*c Guillaume Co-
120 HISTOJttE DE TOUR AINE.
tercau et de Marie Quêtier. Il avait commencé par être chanoine et archiprêtre de l'église de Tours \ mais ses liaisons avec les hommes les plus doctes de son temps, lui firent désirer le séjour de la capitale , où il se fixa en effet après avoir permuté ses bénéfices. Il se fit avantageusement connaître par son traité : de Jure et Privilegiismilitum, libri III, ad haec de ofticio imperatoris liber. Lugd. Steph. , Dolet, i53(), in-fol., min. de 25o pag. ; Venise, i584 et Trêves 1610. Étienne Dolet , dans la préface de son édition, compare l'auteur, pour son savoir, à Budée, Alciat, Ferrarius, Hugendorp et Cantiuncula. On fit de ce traité une traduction française imprimée sous ce titre i du Devoir d'un capitaine et chef de guerre et de combat en champ clos ou duel , traduit du latin de Claude Cotereau , par Gabriel du Préau ; Poitiers, i5 [g, in-4«
Sa traduction de Columelle de Re Rustica ne parut qu'après sa mort; Paris, Jean Thierry, i552 et i557, chez Jacques Kerver , in-4- Elle est loin d'être sans mérite , et on pourrait la lire encore avec quelque plaisir. Elle fat publiée par son confrère N. de Vertus, conseiller au parlement et son exécuteur testamentaire. Il est à remarquer que la traduction du dixième livre est en vers français aujourd'hui moins supportables que la prose.
Claude Cotereau , dans sa jeunesse , avait cultivé les muses latines. Selon le témoignage du président de Chasseneùx, il avait composé des épigrammes en l'honneur des savans de son siècle. On avait aussi de lui des poésies latines dédiées à Mathieu Gaultier , évèque de Négrepont et abbé de Marmoutier, parmi lesquelles se trouvait la description du château de Mainteaon, qui appartenait à Jtau Cotereau, son oncle. Le manuscrit en est resté long-temps à Tours, dans la famille de Pierre Mesnard d'Isernay. Il avait aussi écrit en latin une histoire des événemens les plus mémorables de son temps : mais elle ne fut point imprimée, et le manuscrit en existe encore dans la bibliothèque du roi.
Rigoley de Juvigny, dans ses notes sur Duverdier, le fait
auteur d'une traductiou en vers français de la Pandore de J. Olivier de Leuville, évêque d'Angers : mais Rigoley, qui n'est pas un très- habile pbilalogue, aura probablement confondu Cotereau avec Michel de Tours , qui publia cette traduction en i542. V oy. son article.
Cotereau mourut à Paris, le 3 décembre- i55o , et fut inhumé dans l'église de Notre-Dame. On grava ces vers sur sa tombe :
; ■ Claudius ante diem jacet hic Coterœus , et isto
Fata modo doctis eripuere decus.
Tanta ruina potest tumulo consistere? mirum
Condere tam magnum quod brevis nrna queat.
En dépit des talens, en dépit du mérite, Ici de Cotereau le corps est inhumé.
Dans une tombe si petite Comment si grand renom peut-il être enfermé?
Ce fut Jean , son père , qui fit bâtir le château de Maintenon. Guillaume, Claude, César, Gilles et Gilles -Bertrand , ses descendans , furent maires de Tours à différentes époques.
II. COTTEREAU DU COUDRAY ( Jean- Baptiste - Armand ), curé de Donne-Marie , en Montois , président des conférences ecclésiastiques de ladite ville , et membre de l'académie de Ville-Franche, né à Tours , le a5 janvier 1697, mort en 1770. Il n'était pas de la même famille que le précédent, dontlenom prend un T de moins; il estauteur d'un éloge funèbre du Dauphin Louis VIII , d'un livre intitulé : Sentimens d'un Chrétien à l'heure de sa mort; et d'une Lettre sur la mort de Jean-Joseph Languet , archevêque de Sens , 1753, in-4- Il cultiva aussi la poésie,
Si l'on peut nommer verve une démangeaison Qui fait honte à la rime ainsi qu'à la raison.
L'un de ses neveux a rendu un mauvais service à sa mé-
laa HISTOIRE DE TOUR AINE.
mon c , en faisant imprimer chez Cailleau , en 1750, sous le titre de Poésies Fugitives , un volume qui ne donne pas une idée bien avantageuse du talent poétique de Fauteur. En général , ses productions , tant en vers qu'en prose , sont audessous du médiocre. Son recueil de vers de quatre-vingthuit pages est allongé d'un discours en huit pages sur l'amitié. Voici le début d'une de ses épi très :
Oui , j'ose , ami , vous plaindre , et votre aveuglement Me cause de la peur e t d e l'étonnemen t , 4*
Le reste est de ]a même force. Il termine ainsi une pièce à laquelle il dPPpe le nom d'épigramme.
Ce père infortuné sut si bien se contraindre
Qu'il étonna tous les esprits.
Il dit à ses soldats : graves cens, mes amis,
Aujourd'hui ne songeons qu'à vaincre,
Demain nous pleurerons mon fils.
Il serait superflu de s'étendre plus long-temps sur un versificateur qui fait rimer vaincre avec contraindre.
III. CQTTEr\rUU ( Thomas-Jules-Mmaîîp ), avocat, né à Tours ? le 21 août 17 33 , de la même famille que le précédent ; la réputation que son père, l'un des jurisconsultes les plus distingués de la province, s'était acquise au barreau de Tours, alors peuplé d'hommes savans et studieux, Je détermina à suivre la même carrière : mais , soit qu'il se défiâ$ île ses talens pour la plaidoirie, soit que par goût il préférât le travail du cabinet , il se borna au rôle d'avocatcpnsultant, et ne se fit jamais inscrire sur le tableau des avocats du siège. Ce fut donc dans le silence du cabinet qu'il conçut le projet d'un ouvrage important sur le droit Français, ouvrage auquel il consacra trente aunées de recherches et de méditations. Le premier volume parut en 1778, et les deux autres en 1781 et 1788. Malgré tous les changement survenus dans la législation , les jurisconsultes in-
struits en font encore beaucoup de cas, et Merlin lui-même, dans le Répertoire universel de Jurisprudence, en porte un jugement assez llatteur, quand il dit que c est un ouvrage aussi estimé que digne de l'être. Il est intitulé : le Droit général de la France , et le Droit particulier de la Touraine et du Loudunois, etc. ; Tours, Yauquer- Lambert , 1778, 1788, in-4 , 3 vol.
On est affligé de trouver chez cet auteur, presque toujours très-judicieux en matière de jurisprudence , des passages qui décèlent la crédulité jointe à l'intolérance , sentimens que tous les hommes un peu sages condamnaient déjà à l'époque où Fauteur écrivait. Après avoir fait en quelque sorte l'apologie des lois sanguinaires rendues contre les protestans , voici ce qu'il ajoute , tome premier , article 2463 : « Les apôtres du tolérantisme s'élèvent contre la conduite « qu'on a tenue en France à l'égard des protestans, pour « assurer la tranquillité publique toujours sujette à être « troublée par la différence des religions qui divise les
u esprits Ce sont principalement ces sortes de gens qui,
« 6e faisant une loi, même une gloire de ne rien croire, « nient qu'il puisse y avoir des magiciens et des sorciers!. « Tout dépose contre leur système. » Que doit— on espérer, en matière de religion , de celui qui avoue qu'il croit aux sorciers et à la magie; il ne lui manque plus que d'y ajouter les revenans. Ces opinions ne seraient que puériles et ridicules si elle* n'avaient pas allumé tant de bûchers. Malgré ses principes très-peu philosophiques, l'auteur n'en était pas moins un homme cle mœurs très-douces, plein de candeur et de probité; et j'ai peine à croire qu'il eût donné sa voix pour condamner aux flammes la maréchale d'Ancre et Urbain Grandicr.
Il est mort à Tours, le 28 novembre 1809, âgé de soixante-seize ans.
COUÉ , ou plus correctement COUHÉ (Christophe de), seigneur châtelain de Fon tenailles, né au château de ce nom, en i5ay , de François de Couhé , et d'Antoinette de
Rochechoûart. Celte ancienne famille de Toirraine était issue d'une branche cadette de celle de Luzignhem. La Croix du Maine, qui, suivant sa vieille orthographe , le nommé Crestofe de Cove, dit qu'il a écrit quelques poèmes français, et qu'il florissait vers l'an l55g ; mais il ne désigne point ces poèmes et poésies , et n'indique pas même s'ils ont été imprimés. Quant à moi je n'ai pu en rencontrer nulles traces ; Duverdier ne fait aucune mention de lui.
COURCELLES ( Pierre-Leclerc de ) , guidon des gendarmes du comte de Sancerre , né à Candes , en Touraine , au commencement du seizième siècle. Suivant le témoignage de Paul Colomiés , il était très-savant , surtout dans les langues orientales. Cependant il ne nous a laissé aucunes traces de son érudition en ce genre. En i557 , il publia une rhétorique française divisée en onze chapitres, et qui eut beaucoup de réputation, parce qu'elle était moins mauvaise que celles qui l'avaient précédée. Quoique mal écrite , quoique généralement les exemples en soient mal choisis, elle peut donner une idée de ce qu'était l'éloquence française, à l'époque où Courcelles écrivait. L'ouvrage est dédié à Louise de Givrj , abbesse de Jouare. On a remarqué que l'auteur la traite de très-illustre princesse, et qu'il lui parle de Vinvincible puissance de sa crosse : mais il n'y a en cela qu'une de ces exagérations si communes dans les dédicaces.
Outre sa Rhétorique imprimée à Paris, chez Guillaume Lenoir, i557, in-4, il a laissé quelques ouvrages en vers, savoir : i° le Cantique des Cantiques de Salomon, et les Lamentations de Jérémie , paraphrasées en vers français , Paris, Robert Etienne, i564, in-16 ; 2° la Calomaehie, poème dans lequel se voit un combat entre les quatre gouvernemens du monde. Quoique Courcelles parle de ce poème dans quelques-uns de ses ouvrages comme s'il était connu, on n'est pas bien certain qu'il ait été imprimé.
On ignore l'époque de sa mort. Il était fils de Guillaume Leclerc , seigneur de Courcelles, et de Jeanne de Mathcfelon. Sou neveu Nicole de Courcelles ; deuxième du nom , lieute-
BIOGRAPHIE. Ià5
nant particulier au bailliage de Tours, épousa Michelle d'Àlesso , nièce de Saint-François-de-Sales.
CRAON (Claude de), né en Touraine dans la commune de Coulai nés, en i556, mort en 162 \ , âgé de soixante-huit ans. On prétend, mais sans beaucoup de fondement, qu'il était de l'ancienne et illustre maison de Craon; c'est du moins ce que donne à entendre l'auteur des vers placés en tête de l'ouvrage dont nous allons parler, où il est dit : a in claris- « simuin virum Claudium Credonium , vulgo de Craon , v Clarium, Colenœum , illustrissime Credonum familiae in « andegavia nobiliss. Ramulum.
« Heroum effigies Credoniœ domus ,
« Illustré génère et nooiine Credoni, etc. »
Son père Henri , seigneur de Coulai nés , était fils de Jacques , qui le premier vint s'établir en Touraine : mais l'opinion de Ménage est que ceux-ci étaient tout-à-fait étrangers aux Craon d'Anjou , et qu'ils descendaient d'un Michel , aïeul de Charles, qui était au service des ducs de Savoie.
Claude de Craon passait pour être très-savant helléniste : mais on ne connaît de lui , en ce genre , qu'un livre de remarques sur les épîtres grecques de Guillaume Budée ; il est intitulé : Credonii Colenaei in grœcas Budaîi epistolas annotationcs familiares imprimis et juventuti graecarum litterarum studio flagranti , non inutiles futurs. Parisiis, Mich. Gadolœus, 1579, *n~4 de 7° feuillets. Ces remarques purement grammaticales sont dédiées à Jean de Larochefoucauld, abbé de Marmoutier, où l'auteur avait pris l'habit de Saint-Benoît.
Il avait publié précédemment un Traité sur le Style épistolaire, où son nom est latinisé d'une manière différente : Libellus de conscribendis epistolis, Claudio Craneo benedictino majoretano autore; Parisiis, Joan Hulpeau, 1576, in -8. C'est un petit volume de /\8 Pa&- seulement. Cet
!a6 HISTOIRE DE TOUItAINE.
ouvrage fit naître le suivant dont l'auteur ne s'est pas nommé : Epistohe du» elegantissima» de Libello de con- «cribendis epistolis facientissimi epistoliîantissimique adolescentis vigenti non amplius annos nati Claudii Cranei benedictini majoretani; Vitriaci, Hubaldus Bididaldus, 1576, in-8 de 20 pag.
- Nous avons encore de Claude de Craon un autre opuscule sous îe pseudonyme de Cieadaeus, dont voici le titre: Gicadxi ( id est Cl. Crancei ) , apologia Boismeraeo rescripta ; Parisiis , 1 579 ; in-8 de 28 pag. Il parait que depuis ce moment il n'a plus rien écrit , et que probables ment les devoirs de son état l'auront arrêté dès l'âge de vingt-trois ans dans sa carrière littéraire. Deux de ses sœurs étaient religieuses à l'abbaye de Moncé.
Les Épîtres Grecques de Budée ont été traduites en latin, par Antoine Pichon , professeur de grec au collège de Tours, et dédiées par lui au clergé et aux habitans de cette ville. Suivant David Clément , tome 5, cette édition est rare et la plus estimée des épîtres de Budée. Nous relèverons a ce sujet une erreur de l'almanacb historique de Touraine , qui fait naître à Tours Antoine Pichon , dont la patrie était La Châtre dans le Maine. On ne s'y serait pas mépris si l'on eût lu seulement le titre de sa traduction : « Budcei epistola? grjecâe, per « Ant. Pichonium Chartensem latin» faetse » ; Paris , Joan Bencnatus , 1674, in-/}.
CRENIER ( Pierre) , en latin Petrus Creuarius, né en Touraine , probablement vers le Commencement du seisième siècle ; mais nous ignorons en quelle année, les anciens biographes n'ayant fait aucune mention de lui. A là vérité , il n'est connu jusqu'ici que par un petit recueil de poésies latines, intitulé : Étrennes à ses Amis, recueil qui doit être extrêmement rare , n'ayant pu le trouver qu'à la bibliothèque du roi. Il est dédié à Charles d'Angennes, cardinal de Rambouillet et évèque du Mans. Voici le titre de l'ouvrage: Pro xeniis ad amicos, épigrammatum libellus, ad illustrissimum Carolum Agenerum , cardinalem Ram-
bnlaetïm, episcopum icnomaDensem, amplissimo scientiarum cumulo decoratnm , autore Petro Crenario Turonensî ; Parrsiis , Blottis a Prato, 1573 , int-16. On vdit à la lecture de quelo^es-uties de ces pièces que l'auteur habitait Le Mâitf; jé ne sois même fias éloigné de croire qu'il occupait une placé de professeur ail collège de cette ville. An reste , soft recueil 11e se compose que dè quarante morceaux derit lé plus long n'excède pat mise fers. Le style err est assez pur , mais le titre d'Etrennes indique assez que te fond na peut eh #tre bien piquant , et l'auteur n'a pas eu le secret de tempérer ftKdlté du sojet; je me borner ai à une seule* citation.
Fhœbus equos agitât dura flavos carmina ftmdens ,
Quid vebis Jaai temporfe musa feret?
Quid ? versus petitis ? careat cum nostra Iepore
Castalio , vatis venaque nostra pede.
Quid Cereris segetes ? Arabum quid rhunera? ditis ,
Quidvé senis miseras quaerere vultis opesr* fias non quisque notât , renueht cunfi inufi erà Musé ,
rftœui cumque modos casnt Mmerva petat.
Hoé igitor frlaeido fnro strenis sumite vtriW,
Natu quos Majae nostra Thatix dédit.
L'auteur a , je crois , attaché à cet opuscule plus d'importance qu'il n'en mérite, en paraissant craindre qu'il ne devînt la proie de la critique : c'est ce que semble dire le distique par lequel il se termine.
Quid ? domini , similis Philomela? , scrima rupi. Nuiie ego falcUni prada pereuais ero.
Au saut du nid ainsi quand Philomèle Prend son essor sans réfléchir, tllé s'expose à détenir Victime du faucon à la serre erudle.
On ne connaît pas plus l'époque de la mort de Crénier que celle de sa naissance.
ia8 HISTOIRE DE TOURÀIffE.
CREVANT ( Louis de ) , d'abord marquis , puft duc d'Humières, vicomte de Brigueil , baron de Preuilly, pair et maréchal de France, chevalier des ordres du roi , grandmaître de l'artillerie, gouverneur du Bourbonnais, de Flandres, du Hainaut, etc. , capitaine de cent gentilshommes de la maison du roi; naquit en mai 1628, au château d'Azayle-Féron, cnTouraine, de Louis, troisième du nom, marquis d'Humières et d'Isabelle Phélipeaux. Il porta les armes de bonne heure, et se distingua dans plusieurs circonstances, et particulièrement au siège de Courtray , de Dixmude , de Bitche, de Hombourg, et a la bataille de Cassel. Il fut fait lieutenant-général des armées, en 1657, à l'âge de vingtneuf ans, et maréchal de France, en 1668, étant à peine dans sa quarantième année. A la vérité, indépendamment de ses services , la faveur du célèbre maréchal de Turenne ne contribua pas pour peu à son avancement, excité à cette démarche par l'esprit et les grâces de madame d'Humières , qui ne lui était pas indifférente. On rapporte à ce sujet que le jour de la promotion Louis XIV dit au chevalier de Grammont t Savez-vous qui je viens de faire maréchal de France ? — Oui , sire, répondit le spirituel chevalier , c'est madame d'Humières.
Quoique maréchal de France, et malgré la charge de grand— maître de l'artillerie dont il avait été pourvu dès i685, il n'obtint le collier de l'ordre qu'en 1688.
Il mourut à Versailles en i( iij.j, ne laissant de Louise— Antoinette-Thérèse de La Châtre que trois filles , ses deux garçons étant morts avant lui sans avoir été mariés.
La maison d'Humières, originaire de Picardie, avait été fondue dans celle de Crevant, l'une des plus anciennes de la Touraine , par le mariage de Jacqueline , fille et unique héritière de Jacques d'Humières de Mouehy, marquis d'Ancre , avec Louis de Crevant, premier du nom, vicomte de Brigueil et seigneur d'Azay-le-Féron.
DALVIN ou D' AL VIN ( Étie?tne) , minime, né à Cormery en i565. Ayant achevé à Paris ses études qu'il avait commencées à Tours, il entra à dix-sept ans dans l'ordre des minimes et fit profession au couvent de Nigeon , appelé depuis les Bonshommes de Ghaillot. Envoyé de là en Lorraine, il assista , lors de sa mort , Charlotte de Lénoncourt, abbesse de Juvigny , et, après son décès, il se vit chargé de la conduite spirituelle de cette abbaye, dans laquelle, à force de persévérance, il parvint, dit-il, à rétablir la discipline et à faire revivre l'esprit de Saint-Benoît. Ce fut cette circonstance qui lui fit naître l'idée du seul ouvrage que nous connaissions de lui. Il est intitulé : « De Potestate episcoporum, « abbatum aliorumque pralatorum regularium ac abbatissa- « rum. Autore Stepn. Dalvin ordinis minimorum Sancti « Francisci de Paula ,~'T%ronensi; Parisiis, Franc. Huby, « 1607, in-8 de 238 pag. de texte. »
Aucun biographe, que je sache, n'a parlé de cet auteur ni de sonouvrage , et le peu de particularités que nous avons <ur ce qui le concerne se trouve daus son épître dédicatoire vde 17 pages), au R. P. Etienne Auger, supérieur général des minimes.
Il paraît, par la permission du père général, que ce traité avait d'abord été composé en français et qu'il fut ensuite mis en latin par l'auteur lui-même, avec des augmentations. « Intelleximuspaternitafc vestram composuisse tractatum « quemdam de potestate abbatum et abbatissarum idiomatc « gallico, eumdem ctiam lati no sermone reddidisse , etc. » Je ne crois pas cependant qu'il ait jamais été imprimé en français , du moins n'en ai-je vu nulle part l'indication.
DARLY ( Je>n-Baptiste), peintre tourangeau , fleurissait au commencement du seizième siècle. Il paraît qu'il s'était
v r au georc du portrait, dans lequel il
lâo HJSTOIRF. DK TOUR AINE,
s'était acquis une telle réputation que les plus grands seigneurs yenaicut exprès à Tours pour se faire peindre par lui. Mais quelque brillans que soient les succès en ce genre , ils sont presque toujours passagers et ne procurent pas une gloire bien solide, à moins d'atteindre à la perfection d'un Rigaud ou d'un Largillière. Quelques familles de Tours ont long-temps conservé des portraits de Darly , mais il est à croire qu'on n'en trouverait pas un seul aujourd'hui..
1. DELAUNA Y (Pierre-Louis- Athanase Veau), avocat, né à Tours le 28 octobre 1 75i , fut pourvu, en 1776, de la commission de procureur du roi des eaux et forets.
Comme avocat au présidial de Tours, il a fait imprimer plusieurs mémoires et plaidoyers qui prouvent qu'il eût pu facilement se faire une réputation au barreau en s'y livrant exclusivement, et en tempérant un peu la causticité qui caractérise quelquefois ses écrits en ce genre.
En 1787, élu membre de l'assemblée provinciale , il fut choisi pour faire partie de la commission intermédiaire. Par là, à l'époque de la révolution, il se trouva naturellement porté dans la carrière administrative, et il était l'un des administrateurs du département lorsque, en 1792, il fut appelé à la Convention nationale, où il se fit connaître par plusieurs rapports sur l'instruction publique.
De retour dans ses foyers , en l'an IV , il fut nommé professeur d'histoire naturelle à l'école centrale de Tours, et quoiqu'il n'eût jamais fait une étude particulière de cette science, son aptitude à traiter toutes sortes de matières était telle qu'il eût été difficile de s'apercevoir qu'il était entré dans la carrière peu de temps avant ses élèves. Il eût rempli toute autre chaire avec un égal succès; mais cette prodigieuse facilité, l'habitude de tout effleurer sans rien approfondir, et de quitter un sujet pour en traiter un autre, bientôt abandonné à son tour, nuisirent beaucoup sans doute à la réputation littéraire à laquelle il avait droit de prétendre, ainsi qu'on en peut juger par son discours que la classe de litte-
BIOGR APHIK. i 3 1
rature et beaux-arts de l'Institut couronna dans sa séance du i5 messidor an VTII. Le sujet du prix était : « Rechercher « les moyens de donner parmi nous une nouvelle activité à « Pétude de la langue grecque et de la langue latine. » L'auteur a divisé son mémoire en trois parties. La première traite de la nécessité de l'étude de ces langues; la seconde, qui était le point principal , des moyens à employer pour ranimer cette étude; et enfin la troisième, de la manière d'enseigner et d'étudier ces langues. L'Institut, sans se prononcer sur ce dernier peint , témoigna que dans la discussion des deux premiers l'auteur avait complètement rempli ses vues, et lui adjugea le prix.
Il cultivait aussi la poésie. On trouve dans le recueil des séances de la société littéraire de Tours dont il était secrétaire perpétuel , une épître d'un père à son fils et quelques autres pièces de lui , de moins longue haleine. Mais c'est principalement dans les comptes qu'il rendait des travaux et de la correspondance de cette société que l'on pouvait connaître avec quelle souplesse de talent il savait se plier à tous les tons et à tous les genres , soit littéraires, soit scientifiques.
En 1780 il fit imprimer un petit recueil intitulé : Voltaire, ode, et autres poésies, sans nom d'auteur; Londres (Tours), JeanNours, 1780, in-8. Toutes ces pièces de société , à l'exception de la première , étaient peu dignes d'être recueillies. Il a fait représenter à Tours : i° Stéphaninn ou le Mari supposé, opéra comique en un acte; Tours, Vauquer-Lambert, an VI; 20 l'Heureuse Journée , opéra-vaudeville en un acte pour la fète donnée à Tours lors du passage du comte de Livourne; Tours, Marne, an IX.
lia laissé en outre beaucoup de manuscrits qui sont entre les mains de sa famille. Je ne doute point que d'un choix fait avec discernement, dans lequel ou comprendrait son discours couronné non encore imprimé, on ne parvînt à foimer un recueil de vers et de prose propre à donner une vé-
lia HISTOIRE DE TOURAINE.
ritable idée des talens de l'auteur et à lui assigner un rang plus prononcé parmi les hommes de lettres.
Il est mort à Tours le 3 janvier i8i4-
II. DELAUNAY (Claude-Jean Veau), frère du précédent, médecin , né à Tours le premier avril i^55. Destiuc au barreau par son père, avocat distingué à Tours , il commença par étudier le droit à Paris ; mais un goût plus prononcé le portant vers l'étude des sciences naturelles, il revint après ses trois années plus imbu des cours de l'illustre d'Aubenton qu'il avait assiduement suivis, que de ceux de son savant professeur Clément de Malleran , et plus familier avec Linnée et Jussieu qu'avec les Pandectes et le Digeste. Alors décidé à suivre la carrière médicale, il retourna à Paris où il se livra avec ardeur aux études préparatoires et surtout à la chimie sous le ce'lèbre Darcct, qui depuis l'honora toujours d'une amitié particulière. Reçu docteur à Montpellier, mais jaloux d'acquérir de nouvelles connaissances physiologiques, il fit un voyage en Italie. A son retour il se proposait de se fixer dans la capitale , lorsque les événemens de 1 78g le reportèrent vers le lieu de sa naissance. Il y fut successivement nommé médecin des hôpitaux militaires , professeur de philosophie naturelle, et des sciences physiques, et, comme chimiste, essayeur des matières d'or et d'argent. Il abandonna ces fonctions pour aller de nouveau se fixer à Paris où la société philotechnique, l'académie celtique et celle de médecine le comptèrent au nombre de leurs membres. Nommé professeur des sciences physiques au collège royal de Reims en 1809, ce fut en cette même année qu'il publia le seul ouvrage par lequel il se soit plus particulièrement fait connaître, il a pour titre : Manuel de l'Électricité, comprenant les principes élémentaires, l'exposition des systèmes, la description et l'usage des différens appareils électriques , un exposé des méthodes employées dans l'électricité médicale, avec i3 planches; Paris, Duprat-Duverger, 1809, in-8.
En 1824, sa santé, naturellement délicate , se trouvant
BIOGRAPHIE. l33
encore affaiblie par l'étude, il ue décida à chercher du repos dans une campagne auprès de Paris ; mais, malgré les secours de l'art et les soins empressés de son épouse et de son fils, ii y termina ses jours le 2 avril 1826.
DENIS (Nicolas), né à Tours vers le commencement du dix-septième siècle. Ayant été nommé gouverneur et lieutenant-général pour le roi de la Nouvelle-France ou Canada méridional, que les Français avaient découvert depuis quelques années, il s'attacha particulièrement à en reconnaître les côtes, à en décrire les productions et ù étudier les mœurs et les usages de ces peuples alors nouveaux pour nous. On avait déjà publié dans le cours de ce siècle , et à la fin du précédent, un assez grand nombre d'ouvrages sur la Nouvelle-France. Mais celui de Denis eut sur ceux-ci l'avantage' des détails géographiques, et surtout de faire connaître les procédés pour la pêche de la morue , branche de commerce si importante pour la France , avant qu'elle en eût été déshéritée par l'ambition toujours croissante de l'Angleterre. Son ouvrage est peut-être ce que nous avons eu jusqu'ici de meilleur sur ces pays.
De retour en France, Denis fit imprimer le résultat de ses observations sous ce titre.: Description géographique et historique des côtes de l'Amérique septentrionale, avec l'histoire naturelle des peuples , des animaux, des arbres et plantes du pays et de ses divers climats, ensemble la description de la pêche desMolucs; Paris, Louis Billaine, 1692,2 vol. in- 12.
Nicolas Denis était devenu propriétaire de toutes les terres et îles qui s'étendent depuis le cap des Carouseaux jusqu'au cap des Rosiers , possessions plus vastes que productives , à une époque où la culture était presque inconnue dans cette partie du Nouveau-Monde.
DESCARTES (René) , sieur du Perron , né à La Haye en Tou raine le 3i mars 1596, de Joachim Descartes, conseiller au parlement de Rennes , et de Jeanne de Brochard , native également de La Haye, d'une famille noble et ancienne de la Touraine. Il fut baptisé le premier avril dans l'église parois*
siale de Saint-George. Ayant perdu en bas âge se* père et mère, il vécut quelque temps à Châtellerault ; sous la tutelle de N. Ferrand, frère de son aïeule et lieutenant-général de cette ville. Il ne tint dans la suiiequ'à Descartesde succéder dans cette charge à son grand-oncle ; mais la répugnance qu'il montra fit évanouir ce projet. A*
Envoyé au collège de La Flèche, il y fit ses humanités, sa philosophie et une année de mathématiques qu'il nuit au mois d'août 161 '. , à l'âge de seize ans. Son penchant précoce vers la méditatiou fit déjà entrevoir ce qu'il devait être un jour, et cette même habitude de réfléchir profondémeut sur tous les objets, le conduisit insensiblement à ces productions célèbres qui causèrent une véritable révolution dans les sciences.
En qualité de gentilhomme, se croyant obligé de porter les armes, il le fit par devoir plutôt que par inclination, étant d'ailleurs d'une constitution faible et peu propre à ce métier. En 1617, il s'enrôla sous les drapeaux du prince d'Orange en qualité de volontaire; et il était en garnison à Bréda lorsqu'il donna la solution du fameux problème de Beeckmann. Il servit ensuite , en 1619, sous le duc de Bavière, qu'il quitta en 1621 pour passer dans l'armée que le comte de Buquoy commandait pour l'empereur en Bohème et en Hongrie. De là il parcourut les différentes cours des princes du nord, voyagea en Italie en 1623, revint en France , resta quelques années dans la capitale, et se trouva, en 1628, au siège de La Rochelle. Mais enfin, cédant à l'impulsion de son génie , il abandonna le métier des armes pour se livrer sans contrainte à ses méditations. Résolu de porter la réforme dans la philosophie de l'école, il conçut qu'il ne pourrait sans dauger attaquer la doctrine d'Aristote : il quitta donc Paris, théâtre où il eût été trop en évidence, et se retira en Hollande où souvent même il changeait de demeure lorsqu'il commençait à être trop connu, suivant en cela cet axiome d'un sage: Cache ta vie. Pendant un séjour de vingt-quatre ans, il s'y fit beaucoup d'amis et d'admirateurs : mais refonne-t-on impunément les vieilles opinions? ii eut
nioGUAiMiir. . 1 35
cependant le courage de le tenter, et osa le premier entrer dans la carrière que l'illustre Bacon avait à peine indiquée dans son No vu m Organum. Il douta , et de la certitude de ce doute il déduisit la conséquence de la pensée, et de la pensée celle de l'existence. C'est ainsi qu'il jeta les premiers fonde— mens de la science de l'entendement humain. A la vérité ses idées innées , dont le but était de prouver que l'amc pensait toujours, et indépendamment de nos sensations, l'ont singulièrement écarté de la véritable route que lui-même avait frayée. C'est ainsi qu'il a gâté sa physique lorsqu'il a soutenu que, l'étendue ne pouvant exister sans la matière, de même le vide ne pouvait exister dans la nature. Mais ces erreurs d'un grand homme n'ont pas été' inutiles à la science; car c'est incontestablement à elles que nous devons les belles conceptions de Locke sur l'origine de nos idées dans nos sensations, et de Newton sur la possibilité, ou pour mieux dire sur l'existence du vide.
C'est dans ces méditations et mieux encore dans sa méthode que l'on peut puiser une connaissance exacte de la philosophie de Descartes et de l'étendue de son génie. Lorsque ces deux ouvrages parurent, ils répandirent trop d'éclat sur leur auteur pour qu'il n'eût pas des partisans enthousiastes et des détracteurs outrés, également déraisonnables comme tout ce qui porte l'empieiute de l'esprit de parti. Il ne dépendit pas d'un Yoëtius qu'il n'éprouvât le sort de Galilée, que l'inquisition venait démettre dans les fers. Tel est à peu près le sort de tous les grands hommes qui sont au-dessus de leur siècle. Descartes cependant ne dédaigna pas d'employer l'adresse pour combattre l'erreur. Il dédia à la Sorbonne sa méthode et ses traités de géométrie, parce que, dit-il dans l'une de ses lettres, la vérité est si peu de chose par elle-même quelle a besoin du secours de l'autorité pour la soutenir. L'autorité, malheureusement, a bien plus souvent été l'appui de l'erreur que de la vérité. Elle fit cette fois une exception en faveur de Descartes.
1 36 HISTOIRE DE TOUKA1XK.
On concevrait à peine l'espèce d'oubli auquel ses ouvrages semblent condamnés en France, si Ton ne savait que les matières philosophiques y sont plus que jamais un langîge presque étranger. Aussi ne doit-on pas s'étonner si personne ne s'est occupé de donner une édition complète de ses œuvres plus belle et mieux disposée que les volumes épars que nous en avons. C'est un tribut que son pays devait au moins à l'éclat de son nom , et qui ne lui a été payé que par des étrangers.
Le premier ouvrage qu'il publia fut sa Méthode ou Essais de philosophie, imprimée à Leyde en i63^, et mise eu latin par François Schooten, qui y ajouta un commentaire ; Leyde, 1649, et Amsterdam, l^9- »
Le second parut en 1641 sous le titre de Meditationes de primâ Philosophiâ; Paris., Mich. Jolly. Il y traite de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'ame. Hobbes, Gassendi, le P. Bourdin, jésuite, et quelques autres y firent des objections qui, avec les réponses dé Descartes, se trouvent dans l'édition d'Amsterdam de 1642. Les méditations furent traduites en français par le duc de Lui nés, et les objections ajnsi que les réponses le furent par Claude Clerselier. Descartes prit soin de revoir lui-même ces traductions, de sorte qu'elles sont aujourd'hui préférées et préférables aux originaux latins.
En i643, Descartes publia son épître latine à Voëtius. Le Traité des Principes de la philosophie qui parut en latin Amsterdam, chez L. Elzevier, en 1 644 > ^ut ^a troisième de ses productions. Il la dédia à son illustre disciple la princesse Élisabeth, l'aînée des filles de Frédéric V, électeur palatin , élu roi de Bohême. Il fut réimprimé en i656, i663, 1670 et 1677. L'abbé Picot le traduisit en français, et Descartes voulut bien également retoucher cette traduction, qui par là éprouva le même sort que les Méditations. 11 y ajouta même une préface, et ce traité fut ainsi pnblic en 1647, 1660 et 1667.
BIOGRAPHIE. l37 Son Traité des Passions est le dernier qu'il ait foitimprimei ; Amsterdam, Elzevier, 1648. Il parut également dans la même ville en latin en i65o et i656.
Ses antres ouvrages ne furent publiés qu'après sa mort. Son Traité de la Musique avait été écrit en latin lorsqu'il était en garnison à Bréda. On l'imprima à Utrecht eu i65o, puis à Amsterdam en i656. Le P. Poisson de l'Oratoire en donna , en 1668, une traduction avec quelques éclaircissemens qu'il mit en latin pour faire suite à l'original. Il n été pareillement traduit en anglais. Son Traite de l'Homme fut mis eu latin par M. Schuyl et imprimé en 1662 et 1672. On le réimprima en 1677 en y ajoutant le Traité de la Lumière et du Monde qui paraissait pour la première fois. Enfin , en 1668 , le P. Poisson mit au jour le traité de mécanique.
Toutes les œuvres de Descartes, en français, ont été imprimées à Paris de format in-12; mais par parties séparées, ce qui expose souvent cette collection à se trouver incomplète. Il faut donc réunir : i° Discours de la Méthode contenant la Méthode, la Méchanique, la Dioptrique et la Physique ; Paris , libraires associés , 1724» 2 vol. in-12, fig. ; 2° les Méditations Métaphysiques; Paris, André Morin , 1724, 2 vol. in-12; 3" les Principes de la Philosophie; Paris, Charles Leclerc, 1724» in-12, fig. ; 4° ks Passions de l'arae, le Monde ou Traité de la Lumière et la Géométrie; Paris , libraires associés, 1724, in-12; 5° l'Homme et la formation du Fœtus; Paris, libraires associés, 1729, in-12, fig. ; 6° Lettres de Descartes ; Paris, libraires associés, 1724, 6 vol. in-12, fig. ; en tout i3 volumes. Nous avons en outre deux collections latines de ses œuvres : i° Celle de Francfort-sur-le- Mein, 1692 — 1695, 7 vol. in-4; 20 celle d'Amsterdam, 1701 ou 1713,9 vol. in-4- Baillet, dans la vie de notre philosophe parle de plusieurs autres ouvrages qu'il avait commencés sur la science des nombres ainsi que sur diverses parties de la physique et des mathématiques.
On assure qu'il avait cultivé la poésie et qu'il avait même composé une comédie mêlée de vers. Ce qu'il y a de certain ,
c'est qu'il n'était point étranger aux belles-lettres et qu'il /tait en ce genre d'un goût très-épurc , ainsi (fil'on en peut juger par la trente-unième lettre du deuxième volume, dont je me permettrai de citer ce passage : « Transmisit enim ad « vulgares homines qui , cura aperto marte , et solius veri- « tatis copiis auditorum animos vincere desperarent, confu- « giebant ad sophisinata et inanes verborum insidias, quibus « etsi non rarô incautos fallerent, non meliori tamen jure « cum prioribus de oratoriâ laude contcndebant, quam pro- « ditores de verâ fortitudine cum animosis militibus. Et « quamvis fucatas suas rationes aliquando etiam ad veritatis « patrocinium adbiberent, cum tamen prxcipuam artis glo- «t liam ponerent in deterioribus causis sustinendis , in hoc « illos fuisse miserrimos puto, quod optimi oratores esse non « potuerint, quin mali boraines viderentur. » Pag. 486-
Au reste, la postérité n'oubliera point que ce fut à lui que les sciences furent redevables de l'application de l'algèbre à la géométrie, idée neuve e{ sublime qui seule suffirait pour immortaliser son nom.
Le cardinal de Richelieu avait inutilement tenté de le fixer à Paris. Une pension de mille écus qui lui fut accordée, mais dont il ne toucha jamais rien, ne put le déterminer à préférer à ce prix un séjour où tout eût contrarié ses habitudes. Christine , reine de Suède , le pressait depuis longtemps de venir à Stockholm. L'ambassadeur de France Chanut échoua plusieurs fois dans les propositions qu'elle l'avait chargé de lui faire , et ce fut à cette occasion qu'il dit dans une de ses lettres : a Je mets ma liberté à si haut prix que « tous les rois du monde ne pourraient me l'acheter. » Mai» enfin, après une longue résistance , il céda aux vœux de la reine qui le logea dans son propre palais. C'était là qu'il l'entretenait tous les matins dans sa bibliothèque, et qu'avec elle il jeta les premiers fondemens d'une académie des sciences dont il devait être directeur : mais quoique cette princesse l'eût dispensé de toutes ces bienséances minutieuses qui composent l'étiquette des cours , un nouveau genre de
BIOGRAPHIE. i3q
vie, un climat plus rude, celte espèce de gène et de contrainte qu'éprouve une amc indépendante qui , de son toit paisible et solitaire, passe dans le palais des rois, furent autant de causes qui ne tardèrent pas à altérer sa santé. Une fièvre lente et continue suivie d'une inflammation de poumon l'emporta le n février i65o. Christine voulut le faire enterrer avec les rois de Suède et lui l'aire ériger un mausolée ; mais l'ambassadeur Chanut obtint qu'il lut inhumé sans pompe et suivant Je rit catholique. Ce ne fut que seize ans après que son corps fut enlevé de Stockholm par les soins du trésorier de France Dalibat, et transféré à Paris, où il fut solennellement déposé dans l'église de Sainte-Geneviève le 24 juin 1667. Son buste fut placé dans cette même église avec cette épitaphe par Gaspard de Fieubet , chancelier de la reine Ma rie-T hé r èse d' A utrichc.
Descartes, demi tu vois ici la sépullure, A dessillé les yçtlX des aveugles mortels , Et gardant le respect que Ton doit aux autels , Leur a du moude entier dévoilé la structure. Son nom, par mille écrits, se rendit glorieux: Son esprit, mesurant et la terre et les cieux , En pénétra l'abîme , en perça les nuages. Cependant comme un autre il cède aux lois du sort, Lui qui vivrait autant que ses divins ouvrages , Si le sage pouvait s'affranchir de la mort.
La philosophie de Descartes n'était pas seulement dans ses écrits; on la retrouve encore dans les principes de morale qui furent la règle de sa vie privée 9 au point qu'il serait difficile de dire s'il était plus recommanduble par ses talens que par ses vertus. L'indépendance lui était si chère, et le cercle de ses besoins si étroit, que son séjour en Suède sera toujours un objet d'étonnement pour les philosophes; car quoiqu'il ne possédât, comme puîné, que sept mille livres de bien, il n'avait jamais conseuti à recevoir de secours de personne. Le comte de Vaux lui ayant envoyé en Hollande une somme
l4o HISTOIRE DE TOURAINE.
assez considérable, il ne voulut pas l'accepter , et ce ne fut pas le seul refus de cette espèce. Son patrimoine suffisait à la simplicité de ses habits et à la frugalité de sa table. Sa complexion était faible, mais le soin qu'il prenait de* a santé n'allait pas au-delà des précautions d'un bomme qui sait apprécier le néant de la vie. « Au lieu de trouver le moyen de « conserver la vie, écrivait-il à un ami, j'en ai trouve un a plus sûr, c'est celui de ne pas craindre la mort. »» Il disait comme Ovide : « Vivre caché c'est vivre heureux. » Avec Sénèque il pensait « qu'il est malheureux de mourir trop «connu des autres sans s'être connu soi-même. » Toujours maître de ses passions il disait ces paroles sublimes : « Quand « on me fait une offense je tâche d'élever mon ame si haut « que l'offense ne parvienne pas jusqu'à elle. >»
Les Hollandais , parmi lesquels il avait long-temps vécu , firent frapper en son honneur une médaille où l'on voit d'un côté son buste et dans l'exergue : Renatus Descartes natus Uay. Turon., i5c)6, mort. insuec.y i65o. Au revers est « un soleil qui illumine un globe, ayant pour devise : Sœculi Lumen.
En 1.777 , Louis XVI acquitta la dette de la patrie, et fit faire sa statue en marbre blanc par Augustin Pajou.
Son portrait a été peint par le célèbre Fr. Hais et gravé d'après lui par Edelinck.
Baillet a écrit sa vie en 3 vol. in-4; Paris, 1691 , auxquels on doit préférer l'abrégé qu'il en publia l'année suivante en 1 vol. in- 12. Tout le monde connaît son éloge par Thomas, qui remporta, en 1765, le prix de l'académie française. Le Voyage au monde de Descartes par le P. Daniel , et la conjuration contre Descartes sont deux critiques de quelques-unes de ses opinions , mais qui ne passent point les bornes de la plaisanterie.
Le conseil général du département d'Indre-et-Loire, jaloux de faire ériger un monument à Descartes , avait sollicité ses restes auprès du ministre de l'intérieur, qui répondit avec raison que ce grand homme appartenait à la France entière ,
biogu\phik. 1 4 1
et qu'à ce titre ses cendres étaient plus convenablement placées au musée des monumens français : mais le buste que ce ministre envoya au propriétaire de la maison qu'avait habitée le père de Descartes, fut par les soins du général Pommereul, alors préfet du département, inauguré avec pompe le to vendémiaire an XI , et placé dans la chambre même où notre philosophe était né. Il y eut à ce sujet une fetc patriotique à laquelle assistèrent les principaux fonctionnaires publics, ainsi que la famille de Marcé, qui descend en huitième ligue de René Brochard, père de Jeanne, mère de Descartes.
Gilles Descartes, bisaïeul du philosophe, fut maire de Tours en i522, et mourut dans la même année après trentesept jours seulement de fonctions. Un autre Gilles Descartes était à cette même époque trésorier de l'église de Tours. Il y avait une branche de cette famille établie à Amboise et une autre à Vernou près Tours , où elle possédait le fief de La Marie.
Catherine Descartes, connue par son esprit, n'était pas née en Touraine, mais à Rennes en 1627. Elle était fille de Pierre Descartes , frère aîné du philosophe, et mourut en 1706. Les descendans de Pierre, petits-neveux de notre philosophe, existent encore en Bretagne, dans la famille Le PrestredeChateau-Giron, par alliance avec Marguerite-Siivie Descartes , son arrière-petite-tille.
DESTOUCHES (Philippe Néricadlt), né à Tours le 22 avril 1680, de François Néricault Destouphcs et de Marie Binet , d'une ancienne famille de Touraine dont j'ai parlé à l'article de François Binet. Il commença ses études au collège des jésuites de Tours , et les acheva à celui des Quatre- Nations à Paris. Il importe peu de savoir aujourd'hui si t lorsqu'il les eut terminées , il embrassa la profession de comédien ou le métier des armes. Le même penchant qui le porta de bonne heure dans la carrière dramatique pourrait donner quelque fondement à la première opinion. Sa qualité de gentilhomme, d'un autre côté f rend assez probable ce que son fils a publié de lui relativement à ses services mili-
l4'i HISTOIRE DK TOURAIfiE.
ta ires. Ainsi donc il aurait fait les campagnes de 1701 et 1702 dans la guerre de la succession ; se serait trouvé ensuite au siège de Landau et à la bataille de Friedlingheu où il au- rait été blessé.
Quoiqu'il en soit, il était en Suisse à l'époque où le marquis de Puysieux y résidait en qualité d'ambassadeur et de gouverneur de Huninguc. Sa sœur, la marquise de liber-* geau, femme de beaucoup d'esprit et qui avait des possessions auprès de Tours, l'avait suivi dans cette ambassade. Destouches avait lu dans quelques sociétés sa comédie du Curieux Impertinent, puisée dans la nouvelle du roman de Don Quichotte , qui porte le même titre. La marquise en ayant entendu faire l'éloge, Destouches lui fut présenté en sa double qualité de poète et de gentilhomme tourangeau. La comédie, après quelques corrections duesaux avis de cette dame, fut représentée chez elle avec succès, et fut la cause première de la fortune de l'auteur. Le marquis se l'attacha d'abord en qualité de secrétaire, et lui procura par la suite celle de secrétaire d'ambassade pour la Suisse.
Destouches, de retour à Paris avec son patron, y fit jouer, en 17 10, son Curieux Impertinent qui fut accueilli favorablement. A cette pièce succéda l'Ingrat, représenté en .1712, comédie du genre mixte, et dont le priucipal personnage est trop odieux pour être théâtral. Destouches, quoique dans la vigueur de l'âge, n'avait point encore atteint celle du talent, et n'avait pas encore assez approfondi les secrets de l'art dramatique. Tartuffe est sans contredit un personnage odieux; mais le sentiment qu'il inspire est constamment tempéré par toutes les nuances comiques dont l'auteur a su l'entourer.
En 17 13, l'Irrésolu, accueilli d'abord froidement, reparut ensuite avec plus de succès : mais un vers heureux ne suffit pas pour soutenir une comédie. Les Fêtes de l'Inconnu et le Mariage de Ragonde , jouées à Sceaux chez madame la duchesse du Maine, en 1714» ouvrirent à l'auteur l'entrée de cette cour aimable et brillante , réunion de tous les beauxesprits du temps. Le Mariage de Ragonde et de Colin, ha-
EIOG1ÎAPHIE. l43
gatelle ingénieuse , fut depuis joué sur le théâtre du grand opéra. Le Médisant , qui parut en i^i5 , commença à donner une idée plus favorable du talent de l'auteur, qui jusque-là ne s'était guère élevé au-dessus de la médiocrité. Cependant l'intrigue , quoique faible , est pénible et embarrassée : mais un comique de bon goût semble compenser ce défaut.
Destcuches, comme on le voit, n'avait encore rien produit qui pût le placer au rang des maîtres de la scène. Cependant le Régent, à qui le marquis de Puysieux en avait fait l'éloge comme littérateur et comme diplomate, instruit d'ailleurs des qualités estimables que Destouches réunissait à son habileté dans les affaires, le choisit, en 17 i5, pour accompagner l'abbé Du Bois qu'il envoyait ambassadeur en Angleterre. Le Régent avait trop d'esprit pour qu'on ne soit pas tenté de croire qu'il trouva dans ce choix une espèce de correctif à l'immoralité trop connue de son ministre. Dubois ne resta que très-peu de temps auprès de George I", et se hâta de repasser en France où son ambition l'appelait. Ainsi Destouches demeura seul à Londres avec le titre et les pouvoirs de plénipotentiaire. En 1720, l'archevêché de Cambray étant venu à vaquer, Dubois chargea Destouches de le faire demander pour lui au Régent par Georges l'r. Deslouches, en effet, en fit la proposition au roi, qui lui dit : « Comment «« voulez-vous qu'un prince protestant se mêle de faire un « évêque catholique? le Régent en rira et n*en fera rien. — « Sire , répondit Destouches, le Régent £n rira, et fera ce que « vous demanderez. » La lettre était foute préparée ; le roi signa, et Dubois fut placé sur ce même siège que l'illustre Fénélon, cinq ans auparavant, honorait encore par tant de douces et d'aimables vertus.
La position forcée dans laquelle se trouvait. Destouches , ui fit une nécessité de cette démarche qui répugnait sans doute à son ame honnête , et qu'il expia en quelque sorte en faisant passer à son père, sur ses épargnes, une somme de quarante mille livres, n'ayant point oublié dans sa prospé-
lu
l44 HISTOIRE DE TOUJUUNK.
rite que ce père, dont la fortune était médiocre, avait eu douze^nfans de ses deux mariages.
L'inclination qu'il avait conçue à Londres pour miss Dorothée Johnston, le mariage qui en fut la suite, et que , par des raisons de politique, il se crut obligé de tenir secret jusqu'à son retour en France, enfin l'humeur vive et capricieuse de sa belle-soeur, lui fournirent le sujet de la plus parfaite de ses comédies, le Philosophe Marié , qui fut joué en 1727 avec tout le succès qu'il méritait.
Dans l'intervalle du Médisant au Philosophe Marié, il avait donné le Triple Mariage et l'Obstacle Imprévu, qui furent représentés, l'un en 1716 et l'autre en 1717. De ces deux pièces en un acte et en prose, et toutes deux restées au théâtre , la première, fondée sur l'aventure de Saint-Aulaire et de ses enfans, plaira toujours par la gaieté un peu folle qui y règne; la seconde lui est inférieure de beaucoup.
A son retour en France, en 1722, Destouches, indépendamment des promesses du régent, qui ne furent point réalisées, fut gratifié par le roi d'une somme de cent mille livres, comme récompense de ses services, et, en 1723, l'académie française le traita non moins libéralement en l'admettant au nombre de ses membres. Cette faveur prématurée ne fut
point pour lui le lit nuptial , car ce ne fut que depuis sa réception qu'il publia les pièces qui fixèrent sa réputation. A la vérité les Philosophes Amoureux durent paraître iudignes de l'auteur du Philosophe Marié; mais le Glorieux, qui parut en 1782, justrna toutes les espérances que son talent avait fait concevoir. L'Ambitieux et l'Indiscrète, que nous classerions aujourd'hui parmi les drames, n'eut que très-peu de succès en 1737. La Belle Orgueilleuse et l'Amour Usé, comédies en un acte et en prose , n'ont aucune espèce de mérite. Je ne crois pas qu'elles aient reparu au théâtre depuis qu'elles y furent mises, en 174*. Le Trésor Caché est une imitation du Trinummus dePlaute; il fut joué sans succès en 1745. Il en fut de même de la Force du Naturel, qui
BIOGRAPHIE. l45
n'eut que quelques représentations en 1^50. Quant au Dissipateur , la meilleure des pièces de Destouches, après ses deux chefs-d'œuvre , refusée d'abord par les comédiens français , elle fut imprimée dès i*j36 et jouée alors en province ; mais elle ne fut admise au théâtre de la capitale qu'en 1753. Malgré des défauts essentiels on l'y revoit encore avec plaisir. La Fausse Agnès , le Tambour Nocturne et l'Homme Singulier, ne furent représentes qu'après la mort de l'auteur. On a dit avec raison de l'Homme Singulier qu'il n'était qu'ennuyeux. La Fausse Agnès fait rire , et l'on oublie ses fautes contre les convenances; mais à l'égard du Tambour Nocturne, imitation de la pièce d'Addisson , intitulée The Dntmmer, l'ennui que l'on éprouve pendant cinq mortels actes ne peut être racheté par deux ou trois scènes plaisantes , et M. Pincé lui-même finit par être fatigant. Le Mari Confident , le Dépôt, le Jeune Homme ù l'Épreuve, l'Archimenteur, ouvrages posthumes, n'ont point été joués, et l'on pouvait même se dispenser d'en grossir le recueil de ses oeuvres , à la fin desquelles on trouve quelques fragmens de pièces qui n'ont point été achevées.
Destouches, ne pouvant s'élever à la hauteur des deux grands maîtres qui l'avaient précédé dans la même carrière , a su cependant se placer honorablement au-dessous d'eux. Bien loin de Molière pour celte connaissance profonde du cœur humain , pour ce comique si vrai , si naturel , qui sort comme de lui-même de toutes les situations ; bien loin également de Regnard pour son intarissable gaieté, dont le comique pourtant est assez souvent dans l'expression plus que dans le fonds , Destouches , par un style élégant et correct , par des tableaux intéressai)* où les mœurs et la vertu sont présentées sous leurs formes aimables , a porté sur la scène un caractère de décence qui lui a mérité le titre de Térence français. Il est vrai que c'est presque toujours aux dépens de la gaieté, et qu'il n'a pas su éviter l'écueil que ce genre devait lui présenter, c'est-à-dire la froideur, celui de tous les défauts qu'on pardonne le moins au théâtre et dont on ne peut se
l46 HISTOIRE DE TOUHàlNE.
dissimuler que la plus grande partie de ses pièces porte l'empreinte. Aussi a-t-on observé avec raison que sans quatre ou cinq d'entre elles où ce vice ne se laisse apercevoir que faiblement , il eût pu être considéré comme l'un des auteurs de la décadence de la bonne comédie. Ses sujets en général ne sont pas heureusement choisis, et cepeudant le parti qu'il a su tirer de celui du Philosophe Marié , prouve qu'avec plus de maturité et de travail il eût pu donner à plusieurs d'entre eux le même degré de perfection. Ainsi que beaucoup d'au*très auteurs dramatiques, il a eu le tort de trop écrire et de n'avoir pas su s'arrêter lorsqu'il ne pouvait plus s'élever. La Métromanie et le Méchant sont des preuves non équivoques qu'une seule bonne pièce suffit pour faire une réputation durable, et que ce n'est point, suivant l'expression de Voltaire , avec un gros bagage qu'on arrive à la postérité. Il eût suffi à Destouches d'avoir fait le Philosophe Marié et le Glosrieux qui lui valut cette invitation de la part de l'auteur d'OEdipe et de Mérope :
Auteur solide, ingénieux, Qui du théâtre êtes le maître, Tous qui fîtes le Glorieux, Il ne tiendrait qu'à vous de l'être.
Je le serai, j'en suis tenté.
Si demain ma table s'honore D'un convive aussi souhaité; Mais j'en sentirai plus encore De plaisir que de vanité.
Destouches se retira de bonne heure de la carrière diplomatique, et eut assez de philosophie pour refuser l'ambassade de Russie que lui offrait le cardinal de Fleury. Sans autre ambition que celle de se faire un nom au théâtre, jouissant d'une fortune honnête , fruit de son économie et de la gratification qu'il avait obtenue, il vécut heureux et tranquille dans la terre de Fortoiseau qu'il avait achetée auprès de Mclun , petite ville dont on lui avait donné le gouvernement.
Il s'était , dit-on , occupé long-temps d'une histoire du théâtre de toutes les nations anciennes et modernes; mais peut-être n'en avait-il conçu et dessiné que le plan , autrement il serait assez étonnant qu'on n'en eût pas même trouvé un fragment parmi ses manuscrits.
Ce que j'ai lu de ses vers sur les Incrédules ne m'a point inspiré le désir de connaître les morceaux de prose qu'il avait insérés dans le Mercure Galant ; car sur sept à huit cents épigrammes, à peine s'en trouve-t-il quatre de passables; encore est-on un peu surpris d'y rencontrer ce conte assez libre : Un Fort fut emporté d'emblée , qui , très-innocent partout ailleurs , le paraît moins parmi des sermons sur l'indévotion.
Destouches monrut dans sa terre deFortoiseau le 4 juillet 1754, âgé de soixante-quatorze ans. Son théâtre avait été imprimé en i-.j > en 5 vol. in- 12. C'est la seule édition qui ait paru de son vivant. Le roi en fit faire une au Louvre en 1767, en 4 vol. in-4> imprimée sous les yeux du fils de l'auteur, qui y fit insérer ses ouvrages posthumes. Le libraire Prault, en 1768, en donna une édition en 10 vol. petit in-12, qui fut réimprimée en 1772. La dernière , de l'imprimerie de Crapelet, a paru chez Lefèvre , i8n, 6 vol. in-8 , fig. On a rassemblé en un vol. in-12 , sous le titre de chefsd'œuvre , le Glorieux, le Philosophe Marié, le Dissipateur çt le Curieux Impertinent. Enfin Didot a stéréotypé en 2 vol. }n-l6 les OEuvres choisies qui contiennent les trois premières pièces précédentes et de plus le Triple Mariage , la Fausse Agnès et le Tambour Nocturne.
En 1781, le sculpteur Berruer a fait pour le foyer du Théâtre Fi ançais le buste de Destouches en marbre blanc , d'après le beau portrait peint par Largillière et gravé par Petit. C'est au bas de cette gravure que l'on trouve ces vers assez faibles d'un anonyme.
Tel* sont les traits du moderne Téreace , Qu'Athènes et que Rome ont formé pour la France.