CHAPITRE II
HISTOIRE DU 1^^ EtGllIENT DE HUSSARDS, ANCIEN BKaCHRNY
HéorgaoUaUoQ du régiment à 6 escadrons. — Colonel de Turpin.
Nous avons laissé le colonel de Bercheny, avec une partie de ses officiers et 300 de ses hussards, passant la frontière.
Ne lui refusons ni nos regrets, ni notre reco{^naissance ; car de père en fils, depuis cent ans, les Bercheny servaient nos rois. Leur nom est glorieusement inscrit dans nos fastes militaires. Toujours fidèles à leur devise, ils s'éloignent ; cette fidélité est honneur. Quant à la France, les Bercheny avaient trop de magnanimité pour tirer leur épée contre elle. Leur honneur est resté intact et leur bâton de maréchal sans reproche. Nous autres, hussards d'aujourd'hui, leurs derniers enfants, nous pouvons avoir un légitime orgueil de fomiUe.
Nous les retrouverons, dans quelques années, paisibles possesseurs de leur ancien castel, en Hongrie, et nous verrons leurs sabres rouillés et leurs sabretaches nourcies, suspendus aux arceaux de leur manoir décrépi.
Replions-nous à présent sur tes 300 hussards qui nous restent et qui vont devenir le noyau du nouveau régiment. Hâtons-nous de procéder à sa réorganisation, car le bouteselle va sonner, Tennemi n*est pas loin.
D*abord, furent incorporées au régiment, deux compagnies des dragons de la légion du Calvados ; puis, le 20 mars 1794, il reçut 400 autres dragons, 100 hommes du S6® de cavalerie, et, le lendemain, une compagnie der hulans-flanqueurs, corps (le nouvelle formation.
Enfin, pour compléter son effectif sur le pied de guerre, y fut versée, cette même année 4794, la cavalerie de la légion Kellormann (nommée aussi de la Moselle), créée en 4792 et dans laquelle avait été fondue en 1793, la portion de Royal- Allemand, ancien Konigsmarck-Cavalerie , qui n'avait point
émigré.
L'elTectif se trouva ainsi élevé à 4 ,500 hommes ; tel, le nouveau 4^ régiment de hussards, ancien Bercheny ; le coloneh de ïurpin fut mis à sa tête. Son corps d'officiers, tous, vieux de Bercheny ou des autres détachements versés dans ses rangs, se trouva de suite à la hauteur de ce régiment, jeune d'exis^ tence, mais vieux Im-méme par le personnel qui lui était affecté. La nouvelle organisation n'admettait pas de lieutenantcolonel, grade qui cessa d'exister dans l'armée jusqu'en 4844, où il fut rétabfi. Le major venait immédiatement après le colonel.
A partir de cette époque, l'aumônerie militaire fut aussi supprimée. Il ne nous fut plus permis, à nous autres aumôniers,
d'accompagner nos soldats au combat, de partager leur pain bis, de coucher, comme eux, sur la dure, de partager leurs souffrances, de les recevoir expirant dans nos bras, de les réconcilier avec le ciel, en leur montrant la palme de Timmortalité,
à côté de cdle de la victoire, ni méine de planter ia croix sor
leurs cendres ; non, mais puisque nous ne pouvions pas vivre pour le soldât, nous allions subir les rigueurs de Texil, souffrir ou verser, à l'exemple du divin maître sur le calvaire, notre sang pour lui ; nous allions mourir pour le faire vivre, souffrir pour le faire vaincre , toujours prier Dieu de le bénir et de le sauver. Ofiirons donc, en passant, la 4xuironne du martyre et du sacrifiée à nos aumôniers du temps ; c'était bien, du reste, des aumôniers pur sang. Mais avançons, nos chevaux lien* Hissent ; Us sentent la poudre ; nou& sommes en campagne.
Campagne de Belgique (1792). — Les généraux Kellermann, Dumoujriez ; quartier général à Sietz; 04,000 hommes, dont 79 bataillons et 67 escadrons. — réffiment de liussards aux ordres do colonel de Turpin ; les 6 escadrons.
Quand, soixante -quatre ans plus tard, l'empereur Napo- 4éon lU, rendit les aigles à Tarmée française (iû mai 4852), on inscrivit sur le drapeau de chaque régiment, ses titres de
gloire, ses campagnes. La première inscrite sur notre drapeau était, comme je Tai antérieurement relaté :
Jemmapes, 4792.
Nous allons suivre, dans cette mémorable campagne, chaque étape du \^ hussards. Ce sont autant d'étapes de gloire, à consigner dans les fastes du régiment.
A peine rentrés dans leurs cantonnements, nos 300 vieux hussards sont dirigés sur Tannée dés Ardennes ; c'est là qu'ils reçurent leur premier renfort. Trois cents hommes de cette trempe étaient bien précieux, dans un moment où l'armée désor-
ganisée, se refondait presque en entier. Aussi les Prussiens ne tardèreat-ils pas à apprendre ce que valait la pointe des anciens Bercheny.
A Quiévrain, le 45 juin 47^, le l*>^ régiment de hussards
fournit plusieurs chajqges brillantes, repousse Tennemi et le tient à distance.
A Longwy, à Saint-Jeven, il a et mérite déjà les hosnews de l'avant-garde et des avant-postes.
L'armée française, disséminée sur une immense étendue de terrain, a besoin de se concentrer. Un mouvement rétrograde est ordonné pour rallier les divisions. Le 1*^^ de hussards laisse la téte de colonne pour Tarrière-garde. C'est là le poste d'honneur ; U veut s^y trouver. A Yarennes, à Montmédy, il soutient et protège la retraite avec la plus grande fermeté ; partout, sur le parcours, il s'attache aux pas de l'ennemi, le harcelle nuit et jour et ralentit sa marche.... Un instant, l'armée est engagée, les Prussiens la serrent de très près. Alors, Mûller, ce vieux lieutenant de Bercheny, reçoit l'ordre de prendre l'extrême arrière-garde. « C'est un brevet de courage que l'on me » décerne, dit-il, je saurai m'en rendre digne. » Et MQUer, avec 50 de ses hussards, arrête, pendant quatre heures, le régiment prussien Rietm et sauve l'armée.
La concentration des nôtres a lieu sous Valmy, point de ralliement (20 septembre 1792). C'est la première fois, depuis Fontenoy, que des armées de 400,000 combattants vont se trouver en présence.
Le colonel de Turpin avait bien commencé ; malheureusement, il ne dut pas aller plus loin ; c'est le sort de tant d'autres.
le
L'M9«daM-(éii<nt Geoiger est MMité eoiwei du l" kamuit.
Le combat de Valniy devait être son éuremie ; Jbelle étrenoe, du reste, pour on colonel de hussards.
Xjes Prussiens s'avancent sur trois colonnes d'attaque par échelons. Les Français, groupés par bataillons en niasse, ont ordre de les laisser arriver à distance et de les charger d*importance. L'artillerie, lyui soutient les échelons de l'ennomi, jette le désordre dans notre infanterie ; le premier rang recule; Kellennann répond par Tartillerie, à Tartilierie ; la cavalerie, par d*hettreuses conversions a droite et à gauche, donne à l'infanterie le temps de se reformer. Alors le général, élevant la voix : « Camarades, s^écrie-t-il, le moment de la victoire est > arrivé, chargeons à la baïonnette. » H dit et nos soldats s'élancent au pas de course, comme un torrent dévastateur; surpris de tant d'audace, effrayés de cette masse de fer et d*aeier, les Prussiens font volte-face et s*enfciient. Les hussards, le i^^ en tête, sont à leur trousse et les poursuivent au galop ; l'ennemi est en pleine retraite sur la Belgique ; là aussi, l'ordre du jour est à la poursuite des fuyards; le 1^ hussards se charge de Texécution de la présente.
Le 23 septembre, deux escadrons de chez nous chargent trois escadrons ennemis, les battent et font plusieurs prisonniers avec armes et bagages; le 24, un autre escadron du i hussards part en reconnaissance , rencontre un fourrage prussien, le sabre et le fait prisonnier. Quelques jours après, Tannée française entrait en Belgique, à la suite de l'autre qui fuyait.
Pendant que les â®, 3*, 4®, 5* et 6* escadrons du 4^ de hussards s'acquittaient si bien de leur affaire, le escadron
du régiment, fort de 3Slâl hommes, était, avec 4,400 fantassins et 43â artiDears, renfermé dans Ltlle^ assiégée par 25,000 autrichiens, conduits par le prince Albert. Cette héroï(}ue troupe ne rompt pas d*une semelle, malgré une pluie continuelle, une grêle épouvantable de feu, de fer, de bombes, d*obus et de boulets rouges, jusqu'à ce que, après douze jours de siège, le général autrichien craignant d'être cerné par nos armées, le lève, sans coup férir, à leur approche et court se joindre aux Prussiens.
Du 5 octobre au i^^ novembre, on pousse vigoureusement l'ennemi. A cette époque, Tannée française se trouve en face
des deux armées réunies de Prusse et d'Autriche ; c'est dire qu'on allait avoir fort à faire.
Le & novembre, on se bat à Frémery, pràs lions, c'était la veille d*un grand jour ; le lendemain eut lieu la bataille de Jemmapes (6 novembre 1792). '
Les forces combinées de Prusse et d'Autriche présentent un front formidable de bataille ; c'est une ligne hérissée de redoutes et de canons, bastionnée de mamelons, palissadée de forêts^ ^tourée de marais, de canaux et de rivières.
La nôtre est formée de trois corps d'armée ; nombre à peu près égal de combattants, mais 41 bataillons de conscrits; n'importe, ce sont des français, la partie est toujours égale.
Dumouriez est général en chef. — Le l^r régiment de hussards s'y trouve sous le coiomaDderoeDldu colonel Nordmaiin, qui vient de remplacer le coloBBl Georger*
faction commence. Notre gauche se précipite au pas de
course ; nos cavaliers, au galop de leurs chevaux, sur les re-
doutes et les lignes ennemies ; le feu de 450 pièces de canons
ne les arrête pas; tout est enlevé à larme blanche ; on couronne ie plateau.
La droite s'élance avec la môme impétuosité ; une charge de
la cavalerie autrichioiine l'arrête un instant ; ces cavaliers sont reçus par une décharge à bout portant; ils fout demi -tour; l'infanterie française reprend sa course. En même temps, le 2« de hussards, appuyé d'un ré<<iinent de chasseurs, converge à droite sur i'extrèiue gauche de renneiui, tourne la ligue et la rompt, tandis que le 1^' de hussards» opérant son mouvement au galop, entre à cheval dans les redoutes. Hommes, chevaux, canons et caissons, tout cède à l'impétuosité de nos soldats.
Pendant que la cavalerie envahit les positions qu'elle enlève, le centre, qui devait agir le dernier, reçoit Tordre de se porter en avant. Il obéit au jeune duc de Chartres, alors général de division. Il part au pas de course, par bataillon en masses, formant trois colonnes. Tout à coup la 2* colonne est assaUlie par huit escadrons autrichiens, qui y jettent le désordre. Le général ennemi, du haut de sa [)osiiion, voit, la brigade sabrée, dispersée. Ën praticien habile, il y jette toute sa cavalerie. Ce choc terrible pour des bataillons novices les coupe de nouveau et les fait flotter en tronçons épars.
« Cen était fait du centre, dit l'Histoire de V Armée, quand le » duc de Chartres, qui combattait en avant, se tourne et voit, à » sa gauche, la dispersion de ses bataillons. A l'iust^mt, tour- » nant la tète de son cheval déjà blessé, il s'élance, Tépée à la »main, suivi de son frère, le duc de Montpensier et d'un » groupe de ses aides de camp, à travers les hussards ennemis, » il se fait jour à coups de pistolet et arrive au plus épais de la » mêlée.... Il rallie à la hâte nos soldats qui fuyaient, leç en- » courage, les entraine : « Vous vous appellerez, leur dit-il, le
» bataillon de Jemmapes et demaia le iiataillon de la Victoire ; » car c!est vous qui la tenez dans vos rangs. » Il fait placer, au milieu d'eux, les cinq drapeaux des bataillons rompus, et les enlève au pas de course, tandis que la cavalerie du centre (I) appuie le mouvement an galop, repousse les cavaliers antri* chiens et les rejette sur les l^*" et 2* de hussards qui se précipitent des hauteurs de droite, pour les sabrer à merci.
Alors, un cri de victoire se fait entendre sur toute la ligne de l'armée française ; elle est complète sur tous les points. Le ' duc de Chartres, qui s'était déjà vaillamment conduit à YaUny, peut revendiquer la plus grande part de ses lauriers. Le général en chef Dumouriez accourt au centre, pour lui serrer la main.
Dans cette mémorable journée, le régiment de hussards a une centaine de soldats et plusieurs officiers hors de combat.
Il charge sur trois redoutes, les prend, les perd, les enlève encore; le colonel Nordmann entre le premier dans l'une d'elles. Les artilleurs sont tués sur leurs pièces ; il reste maître de huit cauous et d'un obusier.
Les sous-lieutenants Mollet et Didiot sont grièvement blessés
dans les retranchements qu'ils ont escaladés ; le sous-lieutenant Roy y trouve une mort glorieuse ; le lieutenant Haas s'empare d'une pièce de canon et de ses accessoûres ; le hussard Doublet se précipite à cbev{il sur les canonniers, tue les uns et fait rendre les autres.
Ce beau début couvre de gloire le 4 régiment de hussards.
Toujours en action, en avant-garde, en escarmouche, il entre à Mons, le 7 novembre, avec le général Dumouriez.
(1) Les régiments de csYalerie présents k la bataille de lemmapes, étaient les 2«, 5« et 6* bossards ; Z*, 6', ll« et I2« cbsssevrs;
e«, 7c cl 12e dragous; i^^*, 4^ et 7e cairassiers, etc., etc.
Le 44 novembre, il arrive à BnuLeUes» pousse jusqu'à Louvain, rencontre un parti ennemi et lui met le sabre aux reini>, près la Montagnc-de-Fer.
Le 29 novembre, il est à la prise de Liège. Un simple soldat, le hussard Didiot, est aux avant-postes ; il aperçoit quelque» artilleurs, les charge, en fait 4 prisonniers, et prend 1 obusier et 4 caissons qu'ils conduisaient.
Enfin, rintrépide MûUer, ce lieutenant déjà connu et cité, ^ qui avait eu les premiers lauriers de la campagne, en veut aussi les derniers. Dans une reconnaissance qu'il dirige avec 25 hussards, U tombe sur un gros de cavalerie et d'infanterie ennemie, les 'disperse et prend 25 hommes, dont 5 cavaliers et 20 fantassins.
C'était bien couronner la campagne et l'année.
Campagne de 1793. — Armée du Nord, général Damouriez. — i^r régiment de hussards, colonel Nordmaon ; '4 escadrons.
Fière de sa victoire de Jemmapes, l'armée française continue
sa marche triomphale à travers la Belgique.
Le 47 février 4793, mouvement en avant.
Un escadron du 4^ de hussards est chargé d'éclairer la marche; il se présente sur les Lords de la Roër ; trois escadrons ennemis sont là pojor lui barrer le passage ; notre escadron les charge résolûment et les met en fuite.
Le 4" mars, le régiment assiste au combat d'Aix-la-Chapelle.
Le 7 mars, à ceux de Tongres et de Saint-Tron. il a sa belle et bonne part partout.
Le 48 mars, grande bataille de Nerwînde.
« L'action fut longue, acharnée, meurtrièrei dit V Histoire de
» V Armée ; nos colonnes, à droite et à gauche, accom(rtîrent
» victoriousemont leur mouvement. La cavalerie française, com- » mandée par le général Valence et ensuite par le duc de T> Chartres, avait énergiquement repoussé la cavalerie autri- » chi<?nne. L'infanterie avait montré une rare intrépidité, mais » la gauche ayant été battue sur tous les points et rejetée au- » delà de la Gette, force fut de songer à la retraite. »
Elle s'opéra avec un ordre admirable, sous le haut commandement du duc de Chartres, qui sauva Tarmée, en déployant un grand, courage et un vrai talent militaire.
Dans cette journée du 48 mars, Faide de camp Grandmaison du général Stengel, fut sauvé par le brigadier Janin, du 1^^ de hussards.
Et le surlendemain, 23, par un mouvement habilement combiné, le colonel Nordinann empêcha l'ennemi de tourner la droite de Tarmée française, c'était encore presque la sauver.
J'ai dît que le duc de Chartres venait de sauver l'armée. Hélas 1 c'était bien fmir, que de ûnir ainsi ; c'était en eilel la dernière fois pour l'époque, que le jeune prince paraissait dans les rangs des soldats français.
La révolution avait inauguré la terreur ; il était frappé d'ostracisme. Obligé d'aller chercher ailleurs une sécurité qu'il ne trouve pas sous le despotisme nouveau, 6 vicissitude des choses humaines ! il part pour l'exil. Une très forte escorte dos vieux hussards Bercheny, l'honneur du de l'arme, l'accompagne et lui sert de garde d'honneur et de sauf-conduit.
Ce dut être un brise cœur [xHir tous, quand loin des frontières de France , son trompette d'ordonnance , sonnant aux champs, le jeune général passa devant le front de ses hussards qui pleuraient, en lui présentant les armes et que lui-même, en leur faisant ses adieux, remettait son sabre au fourreau.
— Gi —
C*en était liait. U devait rester vingt -deux ans dans Texil. n revint en 4845, comme duc d'Orléans, et fut nonrnié
colonel-général tles 1 ni ssard s.
Ce fut son fils aîné, le jeune duc de Chartres, qui fut colonel de notre régiment, toujours 4*^ de Tarme, de 4824 à 4834 .
Mais J'entends les échos des Alpes et des Pv rén/'os réporcuter des sons de trompettes; ce sont les sonneries du \ hussards, je les connais.
Deux escadrons du ro^'imcnt, on effet, venaient dVHre dirij^^és de l'armée du Nord sur celles des Alpes et des Pyrénées ; la France alors avait partout affaire.
C'est un immense triangle que forme le 4" de hussards sur trois puints opposés de la patrie ; un angle au nord, deux au midi ; son début est magnifique à ces nouveaux postes d'honneur.
Chaque escadron compte à pou près 280 hommes, G trompettes, son nombre réglementaire d'ofliciers et de chevaux, etc.
Armée des Alpes (1793). — Un escadron du l^f régiment de hussards, commandant Blessy; capitaine de Juniac de Bégougne, futur colonel da régiment.
Les prémices de Tescadron sont pour les villes de Cluse,
Salauche et Bonneville; elles sont assiégées et prises avec sa glorieuse coopération.
Son premier trophée spécial, le premier fleuron de la sabretache de nos hussards en Italie, se compose de 7 canons et 500 fantassins pris à rennemi.
Le second, au petit Saintr-Bemard, c*est une redoute de 3 canons et 200 prisonniers; nous avons vu que le 1^ hussards
étail accoutumé à entrer à cheval dans les redoutes; c'est la continuation.
Armée des Pyrénées-Orientales (1793). — Un escadron du i^' hussards,
capitaine Lamolhe.
A l*armée des Pyrénées, le capitaine Lamothe n*est pas moins heureux.
Uannée était déjà bien avancée, quand cet escadron et celui des Alpes arrivèrent à destination. Du nord an midi, la distance' est longue.
Le 48 décembre, il passe le Tech, prend de Tinfanterie en croupe de ses chevaux, la dépose à portée de la redoute de Villelongue et avec son concours au pas de course, charge au galop la redoute et la prend avec 46 canons, ^ obusiers et 4 mortier.
Tel fut le premier coup de main de rescadron, en Espagne. Le 24 décembre, il se montre, au combat de Boulon, par son énergie et son audace, digne d'appartenir an 4^ régiment de
hussards.
C'était ce qui s'appelle bien préparer les voies an régiment tout entier, qui, l'année suivante, devait, saaf l'escadron des
Alpes, faire partie de l'armée d'Espagne.
Campagne d'Espagne (1794). — Armée des Pyrénées -Orientales; général Dugommier, 25,000 hommes. — régiment de hussards, entier, moins un escadron en Ilalie; colooel Glad.
Les armées réunies du Nord et de Sambre-et-Meuse avaient
envahi la Hollande en on din d'eu! ; notre avanl-garde de hussards avait chargé sur la f;1ace et s*ëtait emparée d'une
flotte entière; ils avaieut pris plus de canons qu'ils n'étaient d*hommes. C'était Timpossibie réalisé; jamais fait semblable ne s'était vu dans l'antiquité grecque ou romaine.
Laissons le régiment de hussards recueillir sa part dans les palmes de la conquête ; elle est d'autant plus précieuse,
ijue c'est, pour lui, la dernière de l'armée du Nord.
Le boute-selle a donc sonné. L'armée des Pyrénées-Orientales, forte en chevaux de quinze régiments de dragons, n'en a pas un seul de cavalerie légère. Le 4" régiment de hussards re^it l'ordre de partir pour TEspagne, où Ta déjà précédé l'escadron du capitaine Lamothe. Il laisse, aux différents champs d'honneur du nurd, 200 morts.
En passant, jetons sur leurs cendres une couronne de lauriers. Ceux qui sont morts pour la patrie doivent survivre à Toubli. Ce sacriiice est un martyre digne de rimmortalité.
Suivons le régiment dans cette longue traversée de la France entière, où chaque pas t'st une ovation; car la France devait être iîère de pareils soldats.... Deux mois de marche, puis, voici les Pyrénées; voilà l'Espagne; voilà le nouveau théâtre de sa gloire; là aussi, les lauriers vont naître sous ses pas.
A peine est-il arrivé, que les avant-postes lui sont dévolus; c'est la spécialité de l'arme; c'est son droit.
A la fin de février 1794, le régiment a pris position au-delà du Tech.
Le 40 avril, les Espagnols essuient une défeite à Monteilla; une autre, à Urgel ; ils tombent sous le sabre du 1 hussards, qui les aborde à l'arme blanche et les poursuit à outrance.
Le %i f même succès au combat de Nils.
Le 25, on se bat devant Irameiiaca ; le lieutenant Leisteinscheider est à la téte de son peloton, 25 hussards; il fond, comme l'éclair, sur un poste nombreux de cavalerie, le met en fuite et fait 40 prisonniers.
Le 27 et le 29, 40,000 espagnols sont chassés du village du 0ms par les Français, qui occupent les gorges et le pont de Céret; le 1" hussards est partout.
Le 30 avril et le 1" mai, le régiment est en tirailleurs ; l'infanterie Fappuie; la charge sonne et il s'empare de la redoute de Montesquieu et de tous ses canons. — 200 prisonniers faits par 45 hussards, la prise du camp de Boulou, celle de 4 04 pièces d'artillerie, la vigoureuse poursuite de l'ennemi et un grand nombre d'autres prisonniers, tels sont les trophées généraux du 4^^ hussards, faits, avec le concours de leurs frères d'armes, dans ces mémorables journées; quant aux trophées particuliers à ses détachements ou à ses hommes, les voici : une redoute, 1 ofticicr de génie, 50 hommes, 4 pièces de canons, à l'acquit des hussards Ochor, Didelot et Michel; 4 0 prisonniers au compte du maréchal des logis Decker et du hussard Gros; 1 canon, 2 ariilh iiis tués, dont Tun-mettait le feu à la pièce, sont le fleuron du soldat Tritz; tandis qu'une déroute complète d'un escadron ennemi est la fleur de 25 hussards du régiment.
On le voit, il n'y a pas que les Arabes de nos jours, qui entendent le travail individuel. Notre vieux Bercheny a su le prouver, comme nos hussards du 4®', ses dignes enfants, le font
aujourd'hui.
Les autres trophées, à l'appoint du 4^^ régiment de hussards, sont, selon l'ordre des dates :
Le 45 mai 1794, d'avoir repoussé une sortie de la garnison de Collioure;
Le 48, d'avoir contribué à ia déroute des Espagnols , près Piguières;
Le 28, prise de Collioure et combat de Canleloup ; engagement très vif avec Tennemi ;
Le lieutenant Mesmer, avec 50 hussards, se trouve en foce d^nne colonne de 4,000 hommes et Tarréte; un seul hussard, Vallon, fait un officier prisonnier et mordre la poussière à six espagnols. Un autre, Ackel, simple soldat, surprend un poste, le désarme et l'enlève.
Le 14 août, toujours mùniG année, deux nouveaux triomphes à consigner dans nos fastes : combats de Saint-Laurent-de-la- Mottza et de Rocaseins ;
Le 22, prise du camp de Costogne et de la redoute qui le défendait; le sous-officier Garnier se fait jour à travers un gros d'ennemis qui le cernent; il frappe d'estoc, de taille et-de pointe ; il échappe à leurs coups ;
Le 26, nouveaux lauriers; Tennemi est en déroute à UUia et Monteilla;
Le 23 octobre, poursuite des Espagnols jusqu'à Bagha ; prise des postes de Dori et de Tozas, ainsi que des fortiUcutious de Gastrillan ;
Le 4^ novembre; les Espagnols en pleine déroute, cherchent
leur salut sur les versants de la montagne Noire ;
Le 47, combat dudit lieu; tous les versants de la montagne Noire sont emportés; tout tombe entre nos mains, les fusils, les bouches à feu, les redoutes, le camp tout entier; le 1*"" de hussards se précipite à l'arme blanche ; il prend deux drapeaux.
De nos jours, son étendard eût été décoré. Le hussard Garnier, avec une témérité incroyable, entrait dans les redoutes et sabrait les canonniers sur leurs pièces.
Mais tous ces trophées n'étaient pas comparables à la perte
que fit, ilans ce jour, Tarmée française dans la personne du général Dugommier.
« Atteint, dit VHistoire de VArmée, par un éclat d'obns, il » tomba , la téte sanglante et fracassée , près de ses deux ûls et » de quelques officiers d'état-major, qui s^empressèrent de le » relever. Cachez ma mort à mes soldats, dit ce brave général, » en expirant, alin qu'ils achèvent de remporter la victoire, » seule consolation de mes derniers moments. »
Dugommier avait cinquante-huit ans; il était l'idole des troupes, qui avaient pour lui un dévouement sans bornes. Avare de leur sang, on le vit souvent lui-même s'exposer avec la plus rare intrépidité. La nouvelle de sa mort courut bientôt de rang en rang et comme autrefois à la mort de Turenne, un cri unanime se fit entendre : € Nous avons perdu notre père! »
Le g«Miéral Pcrrignou, qui le remplaça, se montra digne de lui succéder.
Le 20, le combat recommença avec le plus grand acharnement. La victoiro «les Français fut complète; le général en chef de l'armée ennemie, La-Union, fut, aussi lui, tué; celle-ci laissa sur le champ de bataille 40,000 hommes tués ou blessés (I).
(1) Le général Espagnol comte de La-Union flt, pendant cette Journée, des prodiges de valeur. Blessé grièvement d'abord par Téclat d'une grenade, il mourut sur le champ de halaillc. Le général français iit ciiercher son corps, au milieu des cadavres, lui fil couper les cheveux et les di&iri!)ua parmi ses officiers, coimne un témoignage de haute estime rendu à son adversaire. C^était, quant au générai Perrignon, une preuve irrécusable de Pesprit mililaira dont U était animé. Il est beau en effet de savoir rendre Justice à ses ennemis.
Du reste, à coié de la noblesse du cœur, Perrignon avait la noblesse du sang ; il était lui-même marquis et fut ensuite pair et maréclial Ue Fiaoce.
La campagne fini magnifiquement eooronnëe par h prise de
Figuières.
Qu*il soit permis ici à mon cœur d'aumônier et d'ami du soldat, de déplorer, une fois de plus, l'absence du prêtre au champ d'honneur; après tout, le soldat, même dans ces temps, avait la foi; et quand le ministre de Dieu est la pour en soulever le voile, le guerrier sait aussi bien mourir en chrétien qa*en héros. Espérons que le Dieu des armées, si bon, si compatissant, aura des. grâces spéciales pour celui qui meurt au combat, après avoir fait nobiemeut son devoir; car, aussi bien, les soldats sont ses enfonts.
Pendant ce temps et dans le cours de cette même année 1794, les trophées de Tescadroa des Alpes n'étaient ni moins beaux, ni moins éclatants que ceux du régiment en Ëspagne. C'était de véritables faisceaux de gloire.
Armée des Alpes (17M). — Escadron do commandaDl Blesqr, du l«r bnssards; capitaine de luniac de négongne.
Au petit Saînt-Bemard, Tenlèvement de trois redoutes et de
leurs canons, au pied de la montagne, appartient au capitaine de Juniac de Bégougne, qui, le premier, saute dans la redoute, tue le capitaine qui la commande, fait les soldats prisonniers et suivi des hussards de sa compagnie, aussi audacieux (jue lui, s'empare, avec le même succès, de deux autres positions.
Ce fait, passé sous les yeux du représentant Albitte, valut, au capitaine de Juniac, l'offre du grade d'adjudant-général. Ce digne officier le refusa, en disant qu'il ne l'avait point mérité.
Sublime exemple d'abnégation militaire I Nous devons être €ers de Tavoir eu pour colonel 1 •
Campagne d'Espagne (1705). — Général Perrignon ; 25,000 hoiiiiiies. — 1er régiment de hussards, culonel Glad; eoiier, moins un escadron en Italie.
Le général Perrignon commence par le siège de Rose$; on lai Dbjecte qu*U demande l'impossible ; il prouve, une fois de
plus, que rien n'est impossible au soldat français.
Le 3 février, prise de Roses; Ip sous-lieutenant Marter &ii cité dans le l*' hussards.
Le régiment attarlje le glorieux cachet de son nom, à ce siège d'abord; puis, le i^^ mai, à l'affaire dç Boscara; deux pièces de canon y sont enlevées par le maréchal des logis Gordier,
aid«î d'un de ses soldats;
Le 5 mai, à la belle défense du camp de Qstella, d'où les Espagnols sont repoussés avec de grandes pertes ;
Le 6, à une reconnaissance poussée par la cavalerie et une partie de l'infanterie, sur les monts Crespia, sur les hauteurs de Boscara et aux abords du Fluvia ;
Le 9, à Tattaque et à la prise d'un camp ennemi, de tout son
matériel de guerre, de campement, etc., etc., ainsi que d*nn
grand nombre de prisonniers ;
Le 26, à la pleine déroute des Espagnols, qui avaient essayé en vain d*enlever nos avant-postes et un fort, parti de françiais
envoyés en reconnaissance ;
Le 44 juin, à la victoire de la Fluvia ; Le 47, à la prise de Bilbao.
Tels sont, dans cette campagne, les exploits du 1^*" régiment de hussards, dont nous avons Fhonneur d'écrire les fastes.
L'Espagne en avait assez; la continuation de la guerre eût été pour elle une dissolution complète ; elle était déjà comme un
cadavre tombe en poussière. EUe demanda donc et obtint
la paix.
Le colonel Glad, qui avait commandé le régiment pendant les trois dernières campagnes, le laissa à la fin de 4795. C'était un fier soldat; il eut pour successeur le colonel Bougon-Duclos, aussi digne que lui de le commander.
Pendant ce temps, le i*' hussards avait réparé ses autres pertes; le 20 mai 4796, 400 hu8sa]*ds du 43* y avaient été versés. A cette date, une nouvelle ère de gloire s'était déjà ouverte pour le régiment; il avait reçu Tordre de quitter TËspagne pour Tannée d'Italie, dès la fin de 4795; et à l'époque sus-désignéo (mai 1796), il était déjà rendu à son poste de guerre, où il rejoignit le détachement du chef d*escadron Biessy et du capitaine de Juniac de Bégougne. Les six escadrons s'y trouvaient ainsi au complet. C'est là que nous allons assister aux prémices de leurs nouveaux triomphes, sous le commandement du colonel Bougon-Duclos.
Mais pourquoi, ici, suis-je -obligé, les larmes aux yeux, de voiler d'un double crêpe funèbre les lauriers et l'étendard de mon régiment. La même année 4796, deux colonels vont mourir au champ d'honneur; leur mort est aussi un triomphe; admirons et pleurons; puis, dans les rangs du i^'^ hussards, se trouvait alors un soldat, déjà vieux de service : Schérer était son nom; successivement brigadier, maréchal des logis, il vint aussi lui, plus tard, mourir au champ d'honneur. Ce militaire était mon parent. La campagne d'ItaUe s'ouvrait riche de gloire ; il y avait là des palmes à cueillir pour tout le monde. Oserais-je avancer qu'il sut en moissonner sa part; on le verra plus loin.
Cainp«giiedllalie(l796).— Général en chef BoDspirte; 40,000 Ikmmms. — |w régiment de bossirds, six escadrons; colonel Booson-Dodos,
mort au cbatnp d'houoeor.