‹ Histoire de tous les régiments de hussardsChapitre 16 sur 27 · INSCRIT AU DRAPEAU · texte numérisé non relu

INSCRIT AU DRAPEAU

Castiglione, 4796 ; Arcole, 4796.

« Campagne d'Italie, où sa noble auréole « » Se forma de ces mots : CoiliglUmet ArcoU, >

Ainsi ma muse avait-olle dit un jour; en effet» cette noUe auréole de la campagne d'Italie resplendit des étincelles les plus brillantes; elle porte les noms et dates, comme suit; ce sont :

22 avril 1796, victoire de Mondovi;

25 avril 4796, victoire de Gherasco;

8 mai, passage du Pô à Plaisance;

10 mai, bataille de Lodi; Lodi, la rivale de ses sœurs, Castiglione et Arcole.

11 s'agissait là de franchir, à la baïonnette, le pont de L&di, gardé par 16,000 hommes et 24 pièces de canon. Cette tache est confiée à 6,000 grenadiers, Télite de nos régiments de ligne.

Masséna, Lannes, DaUemagne sont à leur tète; les grenadien participent à l'intrépidité de pareils chefs.

La cavalerie, i^' et 7® de hussards, plusieurs régiments de dragons ont ordre de tourner Fennemi.

Les deux mouvements s'exécutent au pas de course et au galop des chevaux.

La colonne d'infanterie est' foudroyée par l'artiUerie autrichienne qui la prend d'écharpe; la tete entière est renversée; n'importe, le pont est franchi; l'iniianterie ennemie, brisée, renversée, foudroyée, laisse entre nos mains 2,000 piisonniers.

La charge de nos hussards et de nos dragons achève la TÎeloire. *

Halte un instant; on le sait, les haltes sont indispensables à la vie du soldat; iei, c'est la grande halte de la victoire elle-même, qui vent réunir sons les yenx du lecteur tous les triomphes de l'armée française. C'est elle qui chargeait Bonaparte de parler en sa place, dans la proclamation suivante, qui trouve peu d'égale dans les fastes de l'antiquité :

€ Soldats,

» Vous avez remporté, en quinze jours, six victoires, pris » 24 drapeaux, 55 pièces de canon, plusieurs places fortes et

» conquis la partie la plus riche du Piémont; vous avez fait » 45,000 prisonniers, tué ou blessé plus de 40,000 hommes....

» Dénués de tout, vous avez suppléé à tout; vous avez gagné » des batailles sans canons, passe des rivières sans ponts, fait » des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-de-vie » et souvent sans pahn grâces vous en soient rendues. »

De pareils faits sont marqués au coin du prodige; jamais plus beaux fleurons à la couronne de nos soldats. Mais poursuivons :

30 mai, affaire de Borghetto;

31 mai, affaire des plus chaudes, près Rivoli;

Enfin, les 3 et 5 aôut, nous sommes à Castiglione, et, ici, constatons, avec bonheur, que le 4^ régiment de hussards a été cité à l'ordre du jour dans toutes les campagnes du général Bonaparte, en Italie. Celui de Castiglione est des plus remar* quables; a est ainsi conçu:

« Wurmser, général autrichien, ayant été rejeté au-delà du » Mincio, le capitaine Lemarrois, i la téte de 50 hussards Ber*

» clieiiy, s'élança à sa poursuite; emporté par son ardeur, il » tomb^sar une colonne antrichienne qa*il essaie de couper, » mais bientôt, il est enveloppé de toutes parts, [)ercé de plu-

» sieurs cuu(}s do sabre et renversé de son cheval. Instruit du » danger que court cet officier, le régiment, tout plein encore » de l'enthousiasme de la victoire <fu*il vient de remporter au » pont de Casliglione, fond à son tour sur les Autrichiens, les » culbute et dégage Lemarrois. Mais ce succès a coûté la vie » au colonel fiougon, qui a conduit la charge. Sa mort a été » celle d'un brave; elle est digne d'envie. »

Colonel, les fils et les petits-fils de tes hussards te saluent et

te remercient, car tu leur apprends à mourir!

L'histoire comparée porte en ses flancs un immense intérêt, parce qu'elle rapproche le passé et le présent, les hommes et les choses.

De nos jours, le colonel Oudinot, frère de l'ancien colonel du 4^' hussards, depuis vainqueur de Rome en 4849, chaige les Arabes à la tête du 2* chasseurs d'Afrique qu'il commande, tombe sous leurs coups, s'incline et meurt.

Le lientenantrcolonel Berthier, du 4f de chasseurs d'Afrique, trouve la mort au milieu de ses soldats qu'il conduit à l'ennemi.

C'est là la vie, ou plutôt la mort du soldat; car dans les sentiers si âpres de la guerre, les étapes sont marquées, plus encore par des cyprès que par des lauriers.

Aussi bien, tressons une couronne funéraire de plus; élevons un nouveau saule-pleureur, aux pieds d'un laurier. Le colonel Garrowé succède au colonel Bougon-Duclos dans le commandement du 4^ hussards; il lui succède aussi dans le glorieux trépas du champ d'honneur. Nous Talions voir.

l« ségimeal de hussards (loiyoun campagne d'iialie); colooel Carrowé»

mort ao champ dlumnenr.

C'était, disons-nous, le 5 août, à Castiglione, que le colonel BougOA-Duclos avait été tué à Tennemi ; à partir du 1 0 août suivant, il est remplacé au corps par le colonel Garrowé, sortant des officiers supérieurs de la môme armée d'Italie.

A peine le nouveau chef avait-il été reconnu devant le front da 4^ régiment de hussards, qu'arrive Tordre de marcher en avant. De Castiglione, le régiment et le reste de l*Srmée devaient avancer jusqu'aux montagnes du ïyrol, les franchir et se porter sur Roveredo. Cette viUe est, de ce cdté, la clé du pays.

On sait ce que c'est que les montagnes du Tyrol, cimes abruptes et couvertes de neige, étroits défilés, gorges profondes, sentiers presque impraticables, le tout bien «{ardé, muni de palissades, de baïonnettes et de canons; voilà ce qu'il fallait emporter d'assaut. Les TyroUens, du reste, sont bons soldats et surtout excellents tireurs. C'était de nouvelles Thermopyles/ avec de nouveaux soldats de Léonidas. C'était toujours aussi l'armée autrichienne.

Les dix premiers joûrs de marche n'offrent pas de difficulté; Tennemi ne paraît pas; ce sont des promenades militaires à l'instar de celles de nos garnisons.

Le 25, l'armée est aux pieds des montagnes et prend position ; les grand'gardes sont placées et les bivouacs établis. On foit les dispositions d'attaque.

Le 27, on doit monter à l'assaut, déloger l'ennemi et escalader les pitons pour descendre dans la plaine.

Le 1"^' régiment de hussards fait téte de colonne, et pendant

qa*au signal donné, Tannée 8*ébranle sur loufè la ligne, le colonel Carrowe Innce sos échelons au f(alop pour couKtnjier hauteurs et charger les bataillons qui veulent Tarréter. I>ar>^ un instant, la mêlée devient terrible; toat est emporté k h pointe du sabre et de la baïonnette , par le régiment et rarm«»e (jul sû précipitent, comme une avalanche, sur rennemi qui abandonne ses positions et fuit en désordre. Mais la mort qui frappait partout, se trouvait là en embuscade derrière on rocher. Elle saisit au passage le colonel du i'^' régiment Je lia>sards, an miliea de ses soldats qa*il entraîne. Désarçonné^ il tombe de cheval au miliea des rangs. Il n'existait déjà plus.

C était le deuxième colonel du régiment tué à l'ennemi, J. puis moins d'un mois.

Mais Fennemi va payer cher le sang du héros. Exalté de li. perte de son chef, un escadron, aux ordres du lioutenniit Bohii s'élance sur une colonne autrichienne, la met en pleine déroule, et rapporte, aux pieds de son colonel qui meurt, 46 (Hères d<' canons, 7 drapeaux et 500 prisonniers.

C'était le trophée de son sacrifice.

Trompettes de fiercheny, sonnez donc à présent le glas funèbre; voilez d'un crêpe lugubre vos bras, vos sabres et m»" étendards; présentez les armes et rendez les honneurs militaires aux guerriers qui sont morts en vous commandant.

Allez! 46 pièces de canons, 7 drapeaux et 500 prisonni«>r« sont un assez beau triomphe; reportez-eu la gloire à vos coi nels. Les lauriers croîtront sur leur tombe et le Dieu des armées, toujours, je l'ai déjà dit, si bon, si miséricordieux, recevra l«à-haut dans son sein. Cette espérance, ce désir, • » bonheur seront, le précieux baume qui consolera leurs derniei.^ neveux.

C'était aussi la conséquence des trois célèbres victoires qa«^

l'armée française venait de remporter sans coup férir et où le 1«r régiment de hussards avait dépassé le niveau de sa valeur et de sa réputation habituelle.

27-28 août, passage des montagnes du Tyrol que nous décrivons;

2 septembre, autre victoire dans les gorges de ces montagnes ;

4 septembre, victoire d'Ala, prise de Roveredo et poursuite de Tennemi, qui nous laisse une grande partie de son matériel. Mais, hélas 1 le colonel Carrowé n'était plusl Le colonel Bougon-Duclos venait de le précéder dans la tombe!

Tant de braves du régiment, officiers et soldats, étaient

tombés avec eux , sans profiter des faveurs de la victoire , qui , . pour compensation , s'il en est toutefois dans la mort , les avait comme ensevelis dans les plis do ses drapeaux triomphants.

Tels les héros de Gastiglione et de Roveredo.

Et pour qu'aucun ne manque sous le linceul de gloire, dont nous couvrons nos héros, rappelons, par anticipation, mais avec le plus profond chagrin, que le brave capitaine Lemarrois que nous venons de voir, à Gastiglione, désarçonné, i)ercé de plusieurs coups de sabre par les Autrichiens et sauv^ par le \" hussards, dont il était une des gloires, au prix du sang de son colonel, est le même qui commanda, comme colonel lui-même et avec beaucoup de distinction, le 2® de chasseurs à cheval, du 20 novembre 4804 an 29 août 4803; général de brigade à cette dernière date, de division en 1805, il vint mourir à Friedland, le U juillet 1807.

Hélas l la mort ne connaât ni distance, ni intervalle, ni personne.

Son nom, ainsi que les noms de bien d'autres, vivront à jamais dans les fastes du 1®' régiment de hussards, où il avait

pris tous ses grades et dont il avait fait toutes les campagnes, dans la période que nous décrivons.

Cependant, le régiment venait de reeermr pour colonel Tadjudant-général Picard, offider de la pins hante distinction , dit le général en chef Bonaparte, dans son rapport du 30 août 1 796. C'était loi qui l'avait nommé, et il s'y eonnûssait à eonp sûr.

C'est donc Ini qni va commander le 4*^ régiment de hussards^ aussi distingué que son chef.

Le 5 septembre, le colonel Pieard entre triomphalement à Trente,' à la tdte de son récent; l'ennemi est en déroute^ il l(î poursuit jusqu'à Lavis;

Le 7, il combat à Brenta;

Le 8, à Bassano;

Le 13, il contribue à la prise de Legnano;

Le 15, dans une rencontre heureuse à Saint-Georges, 3^0t cuirassiers antrlchtens tombent an pouvoir de nos hussards;

Le 24 octobre, il est, une seconde fois, à Bassano, où il cueille de nouveaux lauriers. Enfin,, la grande affaire est aa pont d'Arcole, les 45^ 46 et 47 novembre^

Je ne parlerai pas de ces trois horribles journées, nos histoires en sont remplies; le burin les a mille lois reproduites; elles sont partout; je ne parlerai ni des prodiges du général en chef, ni de ceux de l'armée, ni des fenx croisés de Tartillerio, ni des charges de l'infanterie à la baïonnette, ni des sonneries des tr(»npettes réunis des hussards, des chasseurs et des dragon»; je veux relever un fait inconnu ; il me suffit de dire que le succès de la troisième joui née est du presque en entier au caporal Dumontet, de la 51^ demi-brigade qui prit un drapeau, franchit le pont d'Arcole, entraîna les troupes qui se jetèrent, à l'arme blanche, sur les Autrichiens et les mirent en fuite, tandis qu'un détachement du 4^*^ hussards, conduit par le capitaine

Nicolas, tournait Taiinemi, que le général Augereau essayait en vain d'entamer depuis plosienrs heures, et eomplëtait sa déroute et la victoire (4).

Le 48 novembre, le colonel Picard traverse Vérone avec son régiment, se met à la poursuite de l'ennemi et le refoule, le 24 4aclit, jusque dans les gorges du Tyrol.

C'est là, pour celte année 1796, le terme do nos succès; Tannée qui suit en verra surgir d^autres et nous en transmettra la chronique. La ^ironique est comme la télégraphie du temps.

Dans le courant de cette année 1796, et dès le 20 mai, les vides du 4^*^ de hussards avaient été comblés par 400 hommes du 43< de l'arme, qui y avaient été versés.

(1) Le caporal Damonlel, dit le soldat (TArcoie, est né le 90 aaars

1771. — Soldat, caporal à la demi-brigade de ligne, criblé de blessures au pont d'Arcole, pensionné d'une retraite dé 275 francs après la campagne; depuis, chevalier de la Légion d'honneur cl garde cbam* pèirc ^ Confolans, où il est mort, il y a environ quinze ans.

ic pourrai transmettre, en son temps, h la monographie de son régiinent, d'a^ilres détails qui lui sont relatifs.

Je dois ce souvenir au turave 5i« de ligne, auquel f avais offert, des premiers, dans la personne du sous- lieutenant de voltigeurs Henri Bayle de la Marllnie^ plasieurs exemplaires de mon livre : V Aumônier de B^fiment; Je le deis en parllciilier à oet exceUeot ofllder (aiyoord'faui eapitaine an 88«), ainsi qu'à sa compagnie de voltigeurs , qui ni*avail alors, d'enlboii8iasnie« donné droit de cité dans ses rangs (1862-1853).

Depuis douze ans, ce souvenir est njeuni an premier jour de ciiâqoe année 9 par «ne lettre de son ancien vieux sergent. Chea nous soldais, on le voit, les cceum ne vieilHssent pas.

J^ai dit le ittceès de la troisième journée ; et cet béroTsme du caporal de la 510 ne fait qu'ajouter à celui du général en chef, qui en avait donné le glorieux exemple, le premier jour de la bataille. Dumouiet avait iiniié Bonaparte. Les nobles exemples ont parfois des imitateurs di|^Qes d'eu;(.

Campagne dllaHe (1797); général en ébef Bonsperte. — i«r régtmènc

de hussards, six escadrons, colonel Picard; sous-lieutenanl, à la suile, le futur prince Eugène de Beaubaroais.

Le 2 janvier i797, le capitaine Lemarrois, du 1^' hussards, aide de camp du général Bonaparte, venant d'Italie, porteur de quatre drapeaux pris à Arcole, les remet solennellement au pouvoir exécutif, à Paris.

Rivoli, la Favorite et Tagiiamento, telles sont les trois victoires qui signalent et terminent cette dernière période de la campagne dltalie.

La bataille à jamais mémorable de Rivoli fut livrée les 44 el 45 janvier 4797; les armées de ces temps héroïques, dit le major en retraite Merson, ne connaissaient point de quartier d'hiver. Les i^' de cavalerie» 8^ et 45® dragons, le chas^ seurs étaient en ligne de bataille; le 4**^ hussards, faisant diversion à l'ennemi , le prenait en flanc, sous Anghiari.

Le 46, à la Favorite, le régiment rivalise avec la 57® demibrigade, qui mérita, dans ce jour^ le surnom de Terrible, apposé depuis sur son drapeau. Le l®*" hussards avait aussi lui, prouvé, dans toute cette campagne, qu'il était digne de la même qualification; le 46 même, un simple hussard de chez nous, Marchet, venait de prendre un étendard autrichien.

£n février et près de ïrévise, le 4® escadron seul charge la cavalerie ennemie, Tenfonce et la poursuit jusqu'i Lovadina. — Ce furent nos derniers triomphes en Italie ; Mantoue venait de capituler; le général Wurmser, dont nous avons déjà parlé, était prisonnier de guerre avec 43,000 hommes; Bonaparte allait porter son armée en avant et envahir l'Autriche.

Le 9 mars, le général en chef est à Bassano; il lance de là la

prodamatioQ suivante ;

« Soldats!

» La prise de Mantoae vient de finir une campagne qui voos » a donné des titres éternels à la reconnaissanee de ta patrie.

» Vous avez été victorieux dans quatorze batailles rangées et dans soixante-six combats.

» Vous avez fait 100,000 prisonniers, pris 500 pièces de » eampagnot 2,000 de gros calibre, 4 équipages de pont.

» Cest en vous que la patrie met ses plus belles espérances; » vous continuerez à vous eu rcudrc digues >

Cependant, le mouvement en avant s'exécute; le l*^*" répriment de hussards est déjà sur la Piavo, rivière qui sépare ritalie du Frionl.

Le 4 1 , il ouvre le feu avec son entrain ordinaire.

Le 42, cette rivière est franchie; nne belle manœuvre, ordonnée par le général en chef, tourne l'armée du prince Charies d'Autriche, le bat, disperse une partie de ses soldats et prend Feltre, Cadore, Beliune et Trévise.

Le 4*^ régiment de hussards a sa grande part dans cette affaire ; il charge les huiaus, les culbute, les poursuit Jusqu'à Conégliano et fait 22 prisonniers. "

Le 46, les deux armées sont en présence, sur les deux rives opposées du ïagUamento; c'est la dernière grande bataille de la campagne.

Il est neuf heures du matin, le canon tonne des deux côtés; la cavalerie légère, le 1^^ régiment de hussards en particulier, exécute, avec distinction, plusieurs charges à l'arme blanche. Le général en chef ne s'engage pas; il médite une surprise, fait former les faisceaux et rompre la ligne. L'ennemi reprend ses bivouacs. A onze heures et sans bruit, Bonaparte reforme ins-

fanfanânent son front, franchit le fleuve et tombe sar les Antir-

chiens qui ne s*y attendaient pïiis.

Tout est emporté à la baïonnette, cette a)nne terrible de IHnfanterie ftwtçam. L'ennemi est battu à plates cootnm et vois dans la déroute la plus complète.

En dix-sept jours, dit Napoléon dans ses Mémoires, les deux années du prince Qiarles avaient été défaites; tout le pays était conquis; on n^étatt plus qu'à trois marches de- Vienne.

L'armée française était au bivouac devant Simmering c'est de là et dans la position la phis belle qui fût jamais pour u» général, que Bonaparte écrivit au prince Charles, son adver-^ saire, la lettre suivante, qui restera dans les archives de la France, comme un des plus beaux monuments de notre bis^ toire militaire.

« Les braves militaires font la guerre et désirent la paix. » Celle-ci ne dure-t-elle pas depuis six ans? Avons-nous assez » tué de monde et causé de maux â la triste humanité f £De » réclame de tous côtés.... » Puis, après une magnifique ouverture de paix, il ajoute et termine par ces mots : « Quant à » moty Monsieur le général en chef, si Tonverture que je viens » de vous faire peut sauver la vie à un seuV homme, je m'esti- » merais plus fier de la couronne civique, que je me trouverais » avoir mérité, que de la triste gloire quLpeut revenir des snceès » militaires. »

L'abnégation, dans les choses ordinaires de la vie, est toujours un héroïsme; mais, Fabnégation, dans T^vrem^t du succès, est Tapogée de cet béro&me.

Le 16 mars 1797, le 4^ escadron du l®*" de hussards s*avança sur les derrières de Tennemi et poussa une reconnaissance sur Gradisca; le reste du régiment, détaché en éclaireurs, se distingua, par afiiaires partielles, à Trieste, Sainte-Croix, Prévald

— Slot sur la route de la Styrie. C'est là que les préliiiiinaiio de la paix, signée le 17 avril à Leobeu, vinrent arrêter le mouvement da régiment et celui de tonte l'année.

La paix conclue, la campagne était, de fait, terminée.

Nous venons de voir, au roinmencemenl de ce chapitre, le capitaine Lemarrois porter à Paris les drapeaux d*Arcole; l'honneur d'y porter ceux du reste de la campagne est réservé au doyen de nos capitaines, dont suit l'âge et les états de service.

46 avril 4797 : « Je vous envoie, écrit Bonaparte au Direc- > toire, par un capitaine de hussards qui a quatre-vingts ans, » plusieurs drapeaux pris à l'ennemi. »

Ce capitaine était le nommé Jantzen, dont nous rappelons ici qu'il était né à Ingelsheim, s'était engagé en 4738, aux hussards de Berchcny; sous-lieutcnant en 1771 ; nommé capitaine on 4793; pensionné pour blessures graves en 4794; resté néanmoins au régiment, U avait, lorsqu'il fut chargé de cette honorable mission, quatre-vingt-cinq ans d'âge, soixante ans de service effectif et vingt campagnes.

A soixante-trois ans d'intervalle, le neveu donna une 2* édition de cette formidable guerre, et, sur le point d'entrer en campagne, il disait à ses soldats : « Chaque étape vous rappei- » lera une victoire. Dans la voie sacrée de rancienne Rome,

les inscriptions se pressaient sur le marbre, pour rappeler an » peuple ses hauts faits; de même aujourd'hui, en passant par » Mondovi, Marengo, Lodi, Castiglione, Arcole, Rivoli, vous » marcherez dans une antre voie sacrée, au milieu de ces glo- » rieux souvenirs. » (Proclamation de l'empereur Napoléon III à la nouvelle armée d'Italie, en 4859).

Et le neveu a vaincu comme l'onde et a demandé la paix , comme lui ; car l'oncle avait dit : « Les braves militaires font la » guerre et désirent la paix. »

De pareilles paroles imi trop en bveor de rhnmanité, pour ne pas être immorteUes.

Il ne nous reste plus, à présent, qu'à faire connaître les lauréats de la victoire, pendant cette mémorable campagne; nous allons voir qa*elle n'a pas été avare pour le 4^ riment de hussards.

Donc, les premiers prix, mais cetfx-ci, hélas 1 recouverts d'un voile fnnèbre et ensanglanté, aux colonels Bougon-Duclos et

Carrowt^, tous deux colonels du régiment, tous deux morts au champ d'honneur, en moins de deux mois; elle est craelle aussi, parfois, la victoire!

Les autres principaux lauréats sont :

Le capitaine Lemarrois, à CastigUone;

Le hnssard Rabold, à Créma;

L'adjudant Greff, à Borghetto et Roveredo;

Le lieutenant Morin ;

Le sous-lientenant Boshertz;

Le maréchal dea logis Neiderst ;

Les hussards Grasse, Cordurier et Vis;

Les brigadiers Steingel et Layé;

Cenx-d à Roveredo et Ala.

Le capitaine Nicolas;

Le lieutenant Bohn;

Le bnssardMoy;

Ceux-ci à Anghiari et la Favorite.

Le capitaine Mathis; . Le capitaine Jnniac de Bégongne;

Les lieutenants Charnier et Elichinger ;

Le sous-lieutenant Dagoreau ;

Les brigadiers Vameroy et Philippe; \

Les hussards Billot, Cordier, Garnier, Schneider, et iyant

tous ces derniers, notre vieux lieutenant de 1780, Mûller, alors chef d'escadron : tous, eu avant de ïrévise, à la Piave, à Gradisca et Tiiesle.

L'histoire compar»*e va dérouler, sous nos yeux, de nouveaux charmes, en comparant les hommes et les temps.

Nous venons de voir le chef d'escadron Millier, le capitaine Lemarrois, les capitaines de Jnniac de Bëgougne, Nicolas, Mathis, Jantzen, tous vieux de Bercheny; tous dont ou ne savait plus, dès cette époque, de qudle manière foire Téloge.

Nous avons dit que le capitaine Lemarrois était devenu colonel du 2® de chasseurs à cheval ; le capitaine Mathis fat son deuxième successeur dans ce grade et dans ce même régiment. La Restauration même le conserva dans son grade en 484 5^ lui et hien d'autres; parce que si, en 1792, une partie de Thonueur français était passée dans l'émigration, une autre partie était restée sous les drapeaux*, non pas pour Tamour de l'ordre dé choses de cette époque , mais uniquement pour préserver la France de l'invasion étrangère.

Telle l'union du 4 ^ de hussards avec le 2® chasseurs à cheval ; les Juntac de Bégougne, les Lion et combien d'autres noms qui nous appartiennent, ont marqué dans les rangs ce régiment et de différents corps de cavalerie.

Aussi bien, l'histoire comparée est pleine de similitudes et de contrastes; ainsi, nous verrons, dans la campagne de 4800 et 4804, le général Laboissière, qui avait été colonel du chasseurs, de 4792 à 4794, commander le 4*' hussards faisant brigade avec le 10® dragons, etc., etc.

C'est ainsi que les régiments deviennent solidaires de leur gloire. C'est l'échange de la fraternité. Que n'aurions-nous pas à dire sous ce rapport, si nos limites ne nous arrêtaient pas 1

I^cification de Tlulie (1708). — Le régiment de hoMardé j reste

conine paeiflcateiir.

L'Italie respirait enfin à Tombre et au souffle de la paix. Oo y laissa une partie de Tarmée au ordres de Ghaoïpionnel, puis de Sch^ror, généraux français, pour y mainte«îr la tranqmllité

et assurer la conquête ; car , comme l'a parfaitement dit le maréchal Bogeaud, duc d'Isly, le plus difficile n'est pas de soumettre les populations et les villes, mais de savoir les conserver. Cette mission de paix fut confiée au \^'^ régiment de hussards, dans la Yalteline.

Pendant ce temps et le 30 mai 4798, 35,000 hommes de cette même armée, vainqueurs de Lodi et d'Arcole, faisaient voile pour l'Egypte, sous le comnuuidement du général en chef de rancienne année d'Italie, Bonaparte.

Nous ne suivrons pas le jeune vainqueur dans cette nouvelle phase de sa gloire mihtaire; laissons-le élever ses lauriers à la hauteur des pyramides et au sommet du mont Thahor; le Nil efGrayé semble reculer devant lui; la mer Rouge s*entr'ouvre en vain pour l'engloutir; les Arabes, prosternés à ses pieds, l'appellent le Sultan jmte; soixante-cbnq ans plus tard, nos Arabes d'Afrique seront à ceux de Napoléon III; laissons-le; quarante siècles le contemplent encore. Il suffît au souvenir du \^ régiment de hussards, de lui avoir prêté, pour aide de camp, pendant cette campagne, le prince Eugène, sorti de ses rangs, et à la ville de Fontenay-lo-Comte , de lui avoir donné pour général, dans cette môme expédition, le comte Belliard, un de ses glorieux entuits, dont j'ai parlé en son lieu.

Bientôt, les Pyramides, le Thabor formeront, avec le Saint- Bernard, im triangle au sommet duquel le général Bonaparte

va venir planter le premier fanion d'une nouvelle campagne d'Italie.

Après de célèbres victoires et des prodiges d'habileté militaire, celui-ci fut rappelé en France, où il toucha le 6 octobre de Tannée 4799, après une absence de un an quatre mois et sept jours.

Dans le cours de cette année 1799 et le 12 mars, le 1^"" régiment de hussards avait été renforcé par 50 hommes du 7® bis de l'arme, détachement dont le corps principal faisait précisément la campagne d'Egypte, à dos de chameaux et de droma-r daires. C'était les hussards du désert.

Reprise des bostiUtés en Italie (1799). — U*^ régiment de hussards, toujours oomnuindé par le colonel Picard.

L'absence du général Bonaparte se fit vivement sentir en.

Italie.

Cette armée avait été accoutumée à y cueillir des lauriers toujours verts; ils allaient bien à la main d'un général de vingtsept ans; il était vert comme eux; il avait assez de force pour les arracber à l'ennemi ; mais la main du général Schérer qui lui succédait, à Tége de soixante-dix ans, se trouva trop vieille pour les cueillir et trop faible pour les porter; la victoire, mécontente et mal servie, se mutina, devint inUdèle et nous lit défaut.

Le 4^ régiment de hussards, déjà vieux, mais toujours jeune, sut en cueillir, malgré rioiidèle, et en former un respectable faisceau avec les palmes des :

26 mars 4799, combat de Pastrîngo; attaque et prise des

redoutes de Polo; passage de TAdige et déroute de rennemi;

5 avril, bataille de Magnano, près de Vérone; retraite sur Alexandrie et Valence;

12 mai, combat de Bussignano, près Valence;

46 mai, affaire en avant d'Alexandrie;

20 juin, combat de San-Juliano ;

15 août, devant Gènes, Savoiie et Novî.

Nous avons dit que la victoice était parfois ditiicile; il est donc bon, parfois aussi, de lui forcer la main; c'est ce qa*ont fait, dans les batailles ci-dessus dénommées, les lauréats sui~ vants :

Le lieutenant La Harpe; le fourrier Stein, tous deux à Pas^ tringo et Polo ;

Le lieutenant Ëlichinger ; le maréchal des logis Berdeliée ; le hussard Hakel, tous trois à Magnano;

L'adjudant Hermand, à Bussignano;

Le brigadier Didiot, sous Alexandrie;

Le hussard Schérer, à San-Juliano;

Les capitaines Nicolas et Decker; les sons^Iieutenants Hatti et Greff, au même San-Juliano ;

Les capitaines Nicolas et Tourner; le lieutenant Marter et le brigadier Georges, à Novi.

L'armée d'Italie avait fait un mouvement rétrograde des plus prononcés. Malgré tant de bravoure et de succès partiels, le 4^ régiment de hussards et Tannée toute entière ne se trou-* vaicnt plus au niveau des événements et devenaient incapables d'en soutenir le poids; c'en était fait; il leur fallait le géant des batailles, leur ancien général. Bonaparte, en effet, revenu d'Egypte et nommé premier consul, partit le 16 mai 1800, pour reprendre le commandement de l'armée d'Italie.

n ramenait avec lui la victoire*

Campagne d'Italie (1800)* — Général en chef Bonaparte, consul. — régiment de hussards, six escadrons, colonel Picard. — Corps d'armée Morat; division KeUermann, 1» et 12* hussards, 3> de ca- ^lerie, 2S« chasseurs* La brigade de hussards est commandée par

le général Rivaud.

Le 18 mai 1800, l'armée française est sur la cime du grand Saint-Bernard. C'est le premier prodige de cette campagne et une reprodactîon dn passage des Alpes par Annibal et Fran^ çois P^ Les pieux cénobites de ces solitudes foui nisseiit à nos soldats tout le confortable qui est en leur main, plus un hôpital pour leurs malades. Bonaparte reste une heure au monastère.

L'abnégation , le dévouement et le sacrifice , nous l'avons dit et c'est notre devise, sont le propre de Théroisme chrétien, comme de l'héroïsme militaire. Là, sur ces cimes abru[)tes, ces deux héroïsmes se donnent la main; car les grands cœurs sym* pathisent et les extrêmes quelquefois se touchent, comme me récrivait, en 4855, un officier supérieur du 12* de chasseurs à cheval; puis les soldats descendent du Saint -Bernard pour mourir; les religieux y restent pour souffrir; c'est toujours le même principe. Aussi bien, qu'est-ce, hélas! que mourir! souf* fnr est bien plus, comme je l'ai dit au volume : ï Aumônier de Régiment, Souffrir, en effet, pendant une existence entière, dans des lieux inhabitables, excepté pour la vertu, y vivre au milieu des frimas et des neiges, sans feu, sans eau-de-vie, presque sans pain, y jeûner et y coucher sur la dure, et cela , pour le soulagement de rhumanité Souffrante ou en péril; souffrir ainsi, c'est bien plus que mourir! Qui oserait le nier!...

En même temps, le général Moncey traversait le Saint-Gothard, avec 20,000 hommes; Béthancourt, le Simplon, avec

3,000; Chabran, le petit S'-Bernard, par la vallée d'Aoste (1), avec 4,000, et Thureaa, le mont Genis et le mont Genèvre, avec son corps d'armée.

Le 20 mai , Bonaparte lui-même avait franchi le Saint-Bernard, revêtu de la fameuse redingote grise, qui est devenue historique.

Avec de telles dispositions, l'envahissement n'était pas douteux, ni la victoire incertaine.

Le Sl7, le gros de Tannée se concentrait à Ivrée; là, se trouvait la brigade Rivaud, avec une partie du 1®"" hussards; le reste du régiment était aux ordres du prince Murât, dans une autre direction.

Le 28, marche en avant.

Le 2 juin, le général en chef fait son entrée à Milan. L'armée, forte de 58,000 hommes, occupe déjà la moitié de ritalie. « Le résultat de ces marches hardies surpassa tout ce

» que l'on pouvait attendre, » dit VHistoire de l'Armée,

(1) La vallée crAoste fut à jamais célèbre par le martyre qu'y subii la vieille légion Ihébéemie, forte de 6,000 soldats romains, tous chré- Uens, et commandée par saint Maurice, colonel, saint Candide et saint Exupfere, officiera supéricura*

Le cbristlaDismc a laissé ses souvenirs partout.

C'est celle lé^^ioii que le généra! d'Aurelles de Paladines proposait pour modèle ù la légion franco -romaine parlant pour Rome, dans son discours du 9 septembre 1866.

c Sans l'avenir qui vons est réservé, soldats, vous pouvez, par votre » valeur, égaler la renommée des vieilles légions romaines; mais n'ou* » bliea pas qo*il en est one qui 8*est immortalisée par son héroteme » chrétien : c'est la légion (hébéennc. Puisse sou souvenir vous guider s el vous servir d'exemple toujours et pariout. »

Soit dit, en passant, à rboaneur de saint Maurice, patron des soldais et de ma paroisse.

Le 6 juin, le général Lannes passe le Pô.

Murât se rabat sur Plaisance, avec une division d'infanterie et sa cavalerie. G*est là qu'agit Tescadron du i^^ hussards, dont nous avons parlé.

Le même 6 juin, cet escadron combat avec la plus haute distinction, au pont devant Plaisance ; cette ville est emportée. (Test le premier signal de la victoire de Marengo.

Le 9, le général autrichien veut dégager cette ville. H arrive à Casteggio et fait attaquer les hauteurs qui Tentourent. Sa réserve est à Montebello.

U a devant lui Lannes avec 8 à 9,000 hommes. Les forces ne sont pas proportionnées, mais la division Cbamberlach arrive an pas de course.

A gauche, le hussards, avec le reste de la brigade Rivaud, chasse Tennemi des hauteurs, serre de près Casteggio» pendant que la droite tourne ce village , qui est immédiatement enlevé par le centre.

Alors, la droite et la gauche dirigées par Chamherlach, se replient sur Montebello; Tennemi, vigoureusement attaqué, lâche prise ; sa déroute est complète ; 5 ou 6,000 hommes sont hors de combat,

Lannes reçoit le titre de duc de Montebello.

On allait vite encore à cette époque, quoiqu'il n'y eût pas de voies ferrées.

Le 44, nous sommes à Marengo.

Dans cette journée, le 4*^ régiment de hussards rend à Tarmée les services les plus signalés. « Le capitaine Juniac de » Bégougne, dit la chronique du temps, le même qui, à » l'armée des Alpes, avait refusé le grade d'adjudant^énéral

» et qui, sept ans après Marengo seulement, fut nommé colonel

» du 4^' hussards, enleva 47 postes auurichiens» à la tôte d'un » faible détachement. »

La bataille de Marengo dura quatorze heures.

De toutes les victoires qui illustrèrent les armes françaises, celle-ci fut une des plus célèbres et des pln^ chèrement achetées. L*infanterie et la cavalerie y rivalisèrent de zèle ; les généraux, d'habileté. La division de cavalerie Kellermann eut de prodigieux succès ; le général Rivaud y fut grièvement blessé à la tète du 1 ®^ hussards ; trois autres généraux eurent le même sort ; le brave et regrettable Desaix y trouva la mort.

L'ennemi avait perdu 7,000 hommes, dont 300 officiers hors* de combat, et laissait dans nos mains 3,000 prisonniers et 25 pièces de canon.

Un armistice fut condu, le 45 juin 4800; la paix faite» l'Italie rendue aux Français, le général en chef était à Paris, le 3 juillet suivanL

Hâtons-nous, en ce qui concerne le 4^' régiment de hussards, de signaler les nouveaux lauréats de la victoire et de consigner ici les prix qu'elle décerne à ses amis, à Toccasion de cette campagne. ' •

Le 4^ grand prix est au prince Eugène de Beauhamais, alors chef d'escadron aux guides, mais que nous avons vu, en 4797, compter comme sous-lieutenant au \ de hussards ; son beaupère, le général Bonaparte, le plus fidèle interprète de la victoire, se charge de le notifier en ces termes à Joséphine, son épouse et mère propre du héros : Madame, votre ûls marche » rapidement à la postérité ; ils'est couvert de gloire dans toutes » les affaires- que nous avons eues en Italie ; il deviendra on » des plus grands capitaines de l'Europe. »

Le 2^ grand prix est au général Rivaud , blessé à Id^rengo, en dirigeant les mouvements du régiment.

Le 3^ au capitaine de Joniac de Bégougne, pour les dixsept actions d'éclat enregistrées plus haut en son nom.

Les accessits sont aux hussards Biscogne, Visconti et Michel.

SfluaUon da régimeDt de hussards; pendant la campagne de 1800.

Corps Murât, détachement • • • • • 130 hommes.

UU diilsloD Kellermann 151 id.

Corps de Toscsne» division lÙoUis, brigade Plno 390 M.

Total* • • • 501 hommes.

Cependant, on touchait au moment où la fin de l'armistice

allait être dénoncée; les Autrichiens avaient encore besoin d'une puissante leçon, pour conclure une paix durable.

Le générai Brune fut chargé de continuer et de terminer la guerre. Le général Macdonald devait franchir le S[)ulgen, traverser le Saint-Gothard et se jeter dans le Tyrol, pour déborder la ligne des Autrichiens et paralyser leurs mouvements en Italie.

L'armée se composait de 12,000 hommes. C'est là que nous allons suivre le 4^' régiment de hussards, au milieu des péripéties de tout genre qui l'attendent.

On verra que sa constance égale sa valeur.

Campagne d'Iialie (1800-1801). — Armée des Grisons, général Macdonald. — Brigade Laboissière » i^^ hussards, colonel Picard ; iO» dragons, colon^ Gairaigiiac.

Entreprendre une pareille campagne au cœur de Thiver,

c'était encore l'impossible à réaliser. Le passage du Saint- Bernard et la retraite de Russie ne sont rien en comparaison de cette ascension da Spolgen, et cependant le courage des Français sut en triompher. V Histoire de l'Armée a quelques belles pages sur les énormes difficultés dpnt ils ont été vainqueurs.

Le M novembre 1800, marche en avant; la première colonne est aux ordres du général Verrières ; c'est le génie et Tartillerie.

A une marche de distance, suit Laboissière, avec ses hussards et ses dragons, qui traversent Ck)rvi, remontent le Rhin et sont, le soir même, à travers mille précipices, au pied du

Spulgen.

Le 27 novembre, cette dernière colonne gravit la montagne ; 30 dragons sont emportés par une avalanche. La colonne est obligée de rétrograder.

Le général Laboissière avait atteint le sommet, avec quelques hommes. Transi de froid, accablé de fatigues, porté par deux paysans, il arrive à un monastère, bâti, comme celui du Saint- Bernard, dans ces soUtudes affreuses. Sa colonne, le hussards et le 40« dragons, reste quatre jours sans pouvoir être dégagée. Ils sont sans vivres et presque sans espérance, entourés de précipices.

Le 4^ décembre, elle est secourue par la brigade du général Dumas.

On commande en avant. Le 10® dragons revendique l'honneur de l'avant-garde, pour se veoger des éléments, qui ravaient si maltraité.

Le 2® et le 73*^ de ligne sont à sa suite. On avance.

Les obstacles que venait d'éprouver Tavant-garde n'étaient rien en comparaison de ceux qu'allait éprouver le général en

chef, à la téte de la colonne du centre. Le cadre restreint de cet ouvrage ne me permet pas d'en essayer la description. Ce

fut le 6 décembre seulement que l'armée toute entière se trouva réunie à Cambo-Dolcino ; Brune ne Tapprit que le 40 et commença ses opérations en conséquence, de concert avec le corps d'armée de Macdonald.

Le 25, eut lieu la célèbre bataille de Pozzolo, villiige qui fut pris et repris six fois ; la victoire resta à Tarmée française ; les pertes des deux côtés furent immenses ; mais le but du général eu chef était atteint, le Mincio franchi. L'Adige le fut le 34 ; les Autrichiens culbutés n'étaient plus en force de s'opposer à la pleine possession de l'Italie par les troupes françaises.

La conséquence de cette campagne fut une paix, déûnitive, conclue à Lunéville et dont le premier consul dicta seul les conditions le 9 février 4804 .

La part spéciale que revendique le l®"" régiment de bussards et le W dragons, dans ces derniers événements (fin de 4800 et commencement de 4 804],. sont :

Le passage de la Brenla, sous le feu des Autrichiens, qui sont refoulés ;

, La prise de Fontaniva et de Gitadella, et les combats de

Pozzollo, de Montebello et de Castel-Franco.

Un juste et légitime repos était dû a ces deux régiments, qui commencèrent à goûter, dès l'Italie, les douceurs de la paix.

J'ai dit que le général Laboissière, commandant cette brigade, avait trouvé, au monastère du Spulgen, le même empressement qu'avait rencontré Bonaparte au SaintrBemard. Cette faveur fut, comme l'autre antérieurement, un bienfait ménagé de Dieu pour l'armée française. Elle y trouva un bivouac inattendu, du feu, du pam, de Teau-de-vie, le veau gras, peut-être.

Le l^*" liussards et le dragons leur doivent, en particulier, reconnaissance à ces héros de riiumanité, à ces dignes représentants de Jésus-Christ, des soins donnés à leur général, presque mourant, et de ce ravitaillement improvisé.

C*est que le prêtre est toujours l'ami de l'homme, l'ami du soldat. Il est la sentinelle avancée et penchée sur Tabime, pour crier : qui vive? au malheureux qui va périr. Il a dans ses yeux une larme, dans sou cœur une aspiration, dans sa bouche un mot d'amour et de charité, dans sa bourse une obole, pour soulager la douleur et consoler Tinfortune.

Les vieux hussards de Bercheny et les dragons, en remontant à cheval, ont dû, aux sonneries de leurs trompettes, présenter les armes à ces pauvres moines qui Jes avaient sauvés et dont la prière continuait à les bénir et allait les accompagner au milieu de périls et de combats nouveaux.

A tant d'années dUntervalle, je les rwercie moi-même, prêtre comme eux, au nom de mon régiment et au nom de celui de mes parents le hussard, depuis maréchal des logis Sehérer, qui s'y trouvait alors. Merci de tant de bienveillance.

Ces pauvres moines furent là, les vrais aumôniers de l'armée française.

Nous verrons de nouveau le 4^ hussards, en 4865, au milieu des trappistes de Staoûeli, en Afrique, et nous nous

rappelons qu'en 1775, il avait un religieux pour aumônier.

Je ne laisserai pas cet abrégé de la campagne des Grisons, sans appeler l'attention de mes lecteurs sur une fleur naissante de notre régiment.

Vers cette époque et pour que les gloires que nous perdions par les armes fissent moins de vide dans nos rangs, venait s'inscrire à côté de celles que nous gardions, pour en conserver l'heureuse tradition, un tout petit jeune homme, à peine sorti

du collège de Sorrèze (tenu de nos joars par le célèbre Lacordaire), où il avait fait d'excellentes études.

n s'engagea, comme simple soldat, le 23 septembre 4800, au 4*^ régiment de hussards, qu'il rejoignit en Italie. La campagne des Grisuns fut son étrenno ; presque aussitôt brigadier, il passait marécbal des logis le décembre suivant.

Il s'appelait de Matbot (Jean-Baptiste-Antoine-Marcellin), fils d'un général de division. Nous le verrons plus tard, colonel d'un régiment de cavalerie qui me fut très cher, le 8^ de chasseurs à cheval, en -4829, et mourir général de division, luimême. Nous y reviendrons en son lieu.

Le 1^^ régiment de hussards, des gorges du Tyrol et de la Valteline, se trouvait à moitié chemin de la Hongrie, où s'était retiré le colonel de Bercheny. Les échos répercutés des montagnes devaient lui renvoyer les sonneries triomphales de son ancien régiment, qu'il avait quitté depuis dix ans. La fidélité est honneur, ai-je dît, elle est aussi sacrifice et je n'en connais pas de plus grand pour un colonel, que celui de laisser un vaillant régiment ; aussi bien, le régiment est sa famille.

Nous avons dit que lorsqu'il était en' garnison à Fontenayle-Comte, le colonel de Bercheny était allé au château du Parc- Soubise, rendre visite à la famille de Chabot qui l'habitait. Cette excellente famille avait émigré. C'est vers ce temps qu'elle retrouva en Hongrie les Bercheny, ses parents et reçut à son tour, de leur générosité, l'hospitalité qu'elle lui avait autrefois donnée.

Le 18 janvier de cette année 1801 , avait paru une circulaire ministérielle, ordonnant, dans tous les régiments de l'armée, la rédaction d'un historique du corps.

Après tant de cam|Migoes» les bienfaits de la paix» le repoa,

les récompenses.

Revenons donc à notre \ régiment de hussards et celte fois, trompettes, sonnez le repos et la paix ; faisons ici la grande halte de cet ouvrage, et formons les faisceaux.

Il y avait juste dix ans, que le 1" hussards était aux prises avec l'ennemi sans déhrider. J'ai dit tout à l'heure que le repos, après dix* ans de combats continus , est un repos justement acquis. Le régiment l'eut en 4802 et 4803.

Nous avons relaté les actions d'éclat en général et les beaux faits en particulier du régiment, pendant la période qui finit. Les citations ne nous ont pas manqué, on l'a vu ; notre tâche n'est cependant pas remplie. La patrie et Tarmée ne se croyaient pas quittes avec de pareils soldats.

Le 40 mai 4802, elles voulurent distribuer, aux plus méritants, des armes d'honneur. Nous allons désigner, quant au régiment de hussards, les noms des nouveaux élus.

DiDiOT (Pierre), maréchal des logis au 4^ de hussards, reçut un sabre d'honneur, pour s'ôtre fait remarquer dans une charge contre une colonne d'infanterie, à laquelle il ût plusieurs prisonniers.

Filleul (Célestin), maréchal des logis, obtint un mousqueton d'honneur, pour avoir tué un chef d'escadron autrichien et délivré son capitaine qui venait d'être fait prisonnier.

Fritz (François), brigadier, un sabre d*honneur, pour action d'éclat à Marengo et y avoir fait plusieurs prisonniers.

Lahatb (Charles), maréchal des logis, eut un sabre d'honneur, pour avoir enlevé une pièce de canon, dans une chaîne de cavalerie.

MicuL (Joseph), hussard, un mousqueton d*homieur, pour avoir pris une pièce de canon dans une charge el avoir fait

plusieurs prisonniers.

PoRCBT (Philippe), hussard, un mous<iueton d*honneur, pour avoir fait plusieurs prisonniers.

ScHÉRER (Gaspard), hussard, un mousqueton d*honneur, pour avoir fait un officier prisonnier et s*ôtre emparé d'une pièce de campagne, dans une charge de cavalerie, à Marengo.

On se rappellera la note que j'ai mise à l'endroit de ce hussard, dans le cours de co qui précède, pages 69 et 86.

Je tiens aussi à grande gloire pour ie régiment, d'apposer ici .la note suivante :

PozAc (Joseph-Simon), maréchal des logis chef au 42* de hussards, reçut, à la même date, un sabre d*honnenr, pour avoir donné des preuves de la plus rare intrépidité aux babilles de Montebello et de Marengo.

Vingt-huit ans après, l'intrépide Pozac était colonel du régiment de hussards, qu'il a commandé avec beaucoup de distinction, du 17 août 1830 au 11 août 1835. Je salue, en lui, notre futur colonel.

Lors de l'institution de l'ordre de la Légion d'honneur, en 1801 , l'article 1« du titre 2% portait :

« Sont de droit, membres de la légion, tous les militaires » qui ont reçu des armes d'honneur. »

Un arrêté du 45 août de Tannée précédente (4800), avait prescrit que les noms des mihtaires qui avaient obtenu des armes d'honneur, seraient inscrits sur une table de marbre dans Tenceinte de l'hôtel des Invalides, avec désignation du département et de la commune où ils étaient nés.

C'est la dernière, mais la plus belle palme de ce chapitre ; il ne pouvait être mieux terminé.

Mais, je m^aperçois qu'un nom manque à Tappel : Marchet, cité plas haut pour avoir pris on drapeau et qui reçul, en récompense, une arme d*honneur. Manquent aussi à la panoplie

que nous érigeons quatre autres drapeaux, pris par le régiment le 2\ juin au combat des postes de ï Étoile et de B^akt. J'ai recueilli, après coup et à force de recherches, ces fleurs oubliées ailleurs et je m'empresse d*en consigner le souvenir ; car ici, il ne doit y avoir aucune absence, aucune omission.

Notre appel est, à Fendroit du 4*^ de hussards, ce qu'est

l'appel de Latour-d'Auvergne à l'égard du 46® de ligne.

Dans nos fastes, on est présent même après la mort; on compte toujours à son escadron.

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