CHAPITRE III
HISTOIAB DU 4^' RÉGIMENT DE HUSSARDS, ANGIRN BBRGHBNT
Empire français (1804). — Inaugorition de la Légloo d'honneiir. — IHstrilMitioR des ailles. — Camp de Boulogne, 80,000 hommes, dont le l«r régiment de hussards aux ordres du colooel Rouvillois (cinq escadrons).
Après la République romaine, advint TEmpire romain; de même, après la République française, advint l'Empire français, avec cette différence que le César français put jouir de ses œuvres, avantage que n'eut pas le César romain.
L'ordre du jour est l'Empire; le mot d'ordre est Napoléon.
Les signes du ralliement sont Tinauguration de la Légion d'honneur et la distribution des aigles. Le quartier-général de la première est dans la chapelle de l'hôtel des- Invalides, le 44 juillet 4804; le quartier-général de la seconde est au camp de Boulogne, le 15 août de la même année, pour le moment; bientôt, il sera partout où il y a une capitale, en Europe.
Nous sommes en 4804, à la distribution des aigles; c'est là
que le \" régiment de hussards reçut, comme tous les autres, son nouveau drapeau. Quarante-huit ans plus tard (4 0 mai 4 852), eut lieu, à la veille d'un second Empire , une autre distribution semblable. J'avais le bonheur de me trouver là et de voir, de ' mes yeux, bénir cette aigle, fille de la première, déposée aux mains du colonel d'alors, comte Lion, aujourd'hui général.
Ici, ce fut le colonel Rouvillois, nouvellement promu, qui eut cet insigne honneur.
Ainsi, rhistoire d'un- siècle est à peu près l'histoire de tons les siècles ; les hommes et les choses sont toujours les mêmes. Aussi, l'observateur qui se pose au-dessus de Thorizon des temps, pour en contempler la suite, est comme Dieu; il embrasse tout d'un seul coup d'œil.
c Son vaste souveoîr embrasse le présent, le passé, l'avenir. »
C'était de belles étrennes, que celles que venait de recevoir le colonel Rouvillois, pour prise de possession du 4^ régiment de hussards. Le brave Picard, noté comme tel, avons-nous vu, par Bonaparte, à sa promotion et qui l'avait commandé, ea grandissant toujour,s, depuis 1796 jusqu*à 1803, venait d'être nommé général de brigade. Rouvillois était digne de son dné. Tout cela était un faisceau de nobles prémices qui demàndalent et promettaient beaucoup; car noblesse oblige. Cet officier supérieur sut se mettre au niveau de la position que les événe- ,ments lui foisaient; il sut même, comme bien d'autres, la dominer. Car, aussi lui, il avait fait ses preuves.
Le. colonel de Rouvillois sortait du 5° de dragons. Ce régi* ment et le 4^ de hussards étaient déjà de vieilles connaissances. Ils avaient servi ensemble, en 479i, h l'armée du Nord, sons Kellermann; en 4796 et 1800, à l'armée dltalie, sous Bonaparte; en 4800, lors de la victoire de Marengo, il y avait même
Digjtized by GoogI
un escadron de chacun des deux régiments, détaché, comme escorte, près di| prince Murât, comuiaudant la cavalerie de réserve,
La vie des camps a son intimité, et le commandant Roavit-
lois, du 5® dragons, n'était pas du tout dépaysé colonel du
hussards. C'est une belle chose que la fraternité qui règne dans tons les «orps, surtout en campagne. Du reste, bien entendue, c'est la fraternité de TEvanfi^ile.
En même temps, je fai insinué, le nouveau colonel apportait aa régiment de beaux titres de gloire.
La chronique du temps rapporte qu'à Brixen, en 1796, le chef d'escadrons Eouviliois, du 5® dragons, à la tôte de quarante de ses soldats^ mit en déroute un escadron ennemi
Le môme jour, il se trouve, avec un trompette et un brigadier d'ordonnance, en face de cinquante hommes d'infanterie ; il les charge, les force de se rendre et les fait prisonniers avec leur commandant.
 Clausen, il est un instant distancé de son trompette et de son brigadier; surpris par six dragons autrichiens, H passe an milieu d'eux, comme un éclair, frappant d'estoc et de taille, au galop de son cheval; son sabre se brise; il est blessé; ses deux soldats le rejoignent, le dégagent et font mettre bas les armes aux dragons.
Tel le colonel Rouvillois. Tel le dévouement et le sacrifice puisés à l'ombre du drapeau, qui est un des emblèmes de ces vertusv
Neuf aujourd'hui, resplendissant d'or ou d'argent, nous le reverrons, ce drapeau, après s'être reposé sur l'Ëurope entière, nous revenir noir de poudre, de sang et en lambeaux; tels
avons-nous vu retourner ceux de 1852, après la guerre de Crimée et d'Italie. C'est que le champ d'honneur, où nos braves
86 mesurent, est, avant tout, le champ du sacrifice. Donc , dévouement partout ; partont sacrifice.
Gampagne d'Autriche (i8e5)« — Grande armée; fi* corps, maréchal Ney; !*• divisloo, général Dupont ; !« régiment de hussards, trois escadrons, colonel RouTlliois; — division de cayalerie, général Tilly»
brigade Dupré, deux escadrons du régiment; — dépôt à Coblentz.
Ses campagnes de Prusse et surtout les lauriers. Que surent à £ylau moissonner ses guerriers.
Ses campagnes d'Autriche et, plus tard, les Espagnes Unissant à leur tour, dans diverses campagnes. Les lauriers de l'Empire aux lauriers de nos rois; Ici, mil huit cent neuf. ••••
(inscripUon au drapeau,)
Le â8 août 4805, le 4^ régiment de hussards quitte le camp de Boulogne et part d'Étaples; il traverse le nord de la France, de l'ouest à Test, en vingt-huit jours.
Le septembre, il est à Hagneneau; le 26, il passe le Rhin à Spire, sur un pont volant. ^
Avant de franchir ce nouveau Rubicon, Tempereur «ivail adressé la prodamation suivante à son armée \
« Soldats 1
» Votre empereur est au miUeu de vous; vous êtes l'avant- » garde d'un grand peuple; s'il ést nécessaire, il se lèvera tout » entier à ma voix, pour confondre et dissoudre cette nouvelle » ligue.... Mais, soldats, nous aurons des marches forcées à » fàire, des fatigues, des privations de toute espèce a endurer. » Quelques obstacles qu'on nous oppose, nous les vabicrons et
» nous ne prendrons pas de repos que nous n*ayons planté nos » aigles sur le territoire de nos ennemis. »
Le 27 sopterubre et jours suivants, le régiment de hussards est en marche sur Stuttgard, ËssUngen et Weiihom.
Le 7 oetobre, il arrive à Heidenheim, avec le corps d'armée dont il fait partie; le 9, il se porte sur Albeck, Langenau, Gùnlzbourg et Leipbem; le 14, le corps d'armée est devant Ulm et en face de Tennemi.
C'est le maréchal Ney, avons-uuus dit, qui le commande. L'empereur arrive, le môme jour, à son quartier-général et ordonne l'attaque du pont d^Elchingen. Ce pont est enlevé, comme par enchantement, à la baïonnette de nos fantassins et Tarme blanche de nos cavaliers : 3,000 hommes sont faits prisonniers par le maréchal Ney, qui, à partir de ce jour* devint duc d'Elchingen,
Son corps d'armée avait tout balayé sur son passage; les autres corps partis de différentes directions et convergeant vers un point convenu, qui était l'importante ville d'Ulm, en avaient fait autant. Le prince Ferdinand, traqué de toutes parts, est obligé, avec le reste des troupes que nos armes n'ont pas difrpei^ées, de se réfugier dans cette place.
Le 4 4 , au soir, Ulm était complètement investie. Impossible de songer à la résistance. L'empereur, pour éviter le sang du soldat, fait oflHr une entrevue au prince autrichien, lui montre rimpossibilité de la défense et l'engage à capituler. C'était le 45 octobre; le prince demande deux jours de réflexion et le 47» les conditions de la capitulation sont réglées.
En conséquence, le 28 octobre, à trois heures du soir, 48 généraux, 27,000 autrichiens, 60 pièces de canon, défilent devant Tempereur, après avoir mis bas les armes.
« J'avais remporté depuis dix ans, bien des succès, dit Nape-
» ïéon, mais jamais je n'avais joui d'un triomphe pareil à celai » d'une armée entière, défilant à mes pieds et dé(K>sant ses > armes, ses eanons, ses drapeaux. »
Nous avons eu de nos jours, en 1863, un fait d*armes à peu , près identique dans la reddition de Puebia, au Mexique. Nos lauriers naissent également dans Taneien et le aouimu Monde; tous les climats leur sont hospitahers.
Pendant ce temps» le 4®' régiment de hussards ne se reposait pas.
Dès le 15 octobre et pendant les préliniînaires de la paix, il avait faiti avec la 1'^ division, un mouvement en avant sur Albeck et rejoint la eavalerie de réserve du prince Morat. U dut à ce mouvement le bonheur de se trouver au combat de Donawert, où lui, 1^' de hussards, opérant de concert avec le 1^ de carabiniers, exécute une charge si heureuse,, que ces deux régiments seuls s^emparent de tons les pares d'artillerie et de tout le bagage du corps d'armée du général autrichien Mack.
Sans coup férir,. 3 est sur les traces du général Werneck, qui bat en r^raite sur Giengen. Le 4*^ de hussards le serre de près, le refoule à Nehrenstetten, le cliarge à Neresh^m et le lait capituler devant cette ville.
C'était la première campagne des aigles françaises; quinze jours leur avaient suffi; elle était terminée.
L'année autrichienne était anéantie; 6Û,Û00 hommes sur f 00,000, étaient prisonniers.
2O0 pièces de canon, tout le parc, 90 drapeaux, tous les généraux, voilà les fruits de la victoire. Le 4®^ hussards en avait cueilTi sa part; aussi, les témoignages de satisfactioB donnés par Fempereur, dans le dixième bulletin de la grande armée el Tordre du jour du 20 octobre, vont-ils, en ce qui le concerne^ directement i son adresse.
Les conséqaenees valaient les prémices.
"Mais, raruiéii russe arrive à marches forcées, recueille les restes des vaincus et recouunence la guerre. Le 4®' régiment de hussards et sa division rejoignent le maréchal Mortier, sur la rive gauche du Danuhc. Ou marche sur Vienne; c'est là le mot de rallieaicnt de la grande armée.
Le Si octobre, Napoléon était à Munich; le 5 novembre, le quartier-général est à Lîntz.
A Amstetten, l'armée russe, culbutée par les dragons et les grenadiers d*Oudinot, bat en retraite, traverse le Danube et laisse Vienne à découvert.
Murât, impatient d'y entrer le premier, part au galop de ses chevaux et ne s'arrête qu'à deux lieues de cette capitale. Entraîné par l'impétuosité de Murât, Mortier se précipite à sa suite; la division Galzan, qui l'accompagne, s'avance au pas de course; mais il existe malheureusement entre elle et les divisions Dupont et Dumonceau qui suivent, un jour de marche d'intervalle.
Lq \\ novembre, Mortier rencontre l'avant-garde russe et la repousse; mais tandis qu'il marche en avant, 40,000 russes, descendant des hauteurs de Dirnstein, lui ferment le défilé, l'enveloppent et le coupent. Le carnage devient aiïreux; il charge à la baïonnette, mais les russes sont inébranlables; la division (jalzan, à moitié détruite, n'a plus de munitions; elle va succomber sous lo nombre, quand le i®*" régiment de hussards de la division Dupont se précipite, avec le reste de l'in*fanterie, au milieu des coups multipliés de la mort et culbute l'ennemi. Celui-ci est en déroute ; le champ de bataille est à nous; alors les soldats de la division Galzan se jettent dans les bras de ceux de la division Dupont; hussards du 4*^ et fantassins s'embrassent, se remercient, et les secourus s'écrient :
« Braves camarades, c'est â vous que nous devons la vie. »
Cette, vietoire amena la eapUoiation de Vienne, qui ent lieu le 43 novembre.
Le 29 novembre, la grande armée faisait sa jonction avee l'armée venant d'Italie, et le 4^ décembre eut lieu la fameuse journée d*Ansterlitz, gagnée par l'empereur Napoléon sur lea deux empereurs d'Autriche et de Russie.
L'ennemi y perdit 45,000 hommes, tués, blessés ou pirisonnîers, 20 généraux et plusieurs aides de camp.
Les Français prirent 200 canons, 400 voitures d'artillerie et 45 drapeaux, parmi lesquels ceux de la garde impériale russe.
Le général Rivaud, qui, en 4800, avait une brigade de cava^ lerie, où se trouvait le 1" de hussards, commandait ici une division. Notre ancien colonel, le général Picard, y était à la tète d'une brigade composée du 2' bussards, colonel Barbier, et du 4^, colonel Burthe<
Le parent dont j'ai parlé, brigadier depuis, gagna, pendant cette campagne, les galons de maréchal des logis au ré^^ent.
J'annote à la gloire de ma ville natale (Fontenay-le-Comte), ({ue le chef d'état-major de toute la cavalerie était le général de division comte Belliard, dont j'ai eu occasion de parler ailleurs.
Trois jours après. Napoléon dictait de son bivouac même d'Austerlitz, à l'empereur d'Autriche, les conditions de la paix de Presbourg (5 décembre 4805).
Campagne de Prusse (1806). — Grande armée; 6« corps» maréchal Ney; !*• division, générai Dupont; l«r régiment de liussards, colonel Ronvilloii* — Depuis : réserve de cavalerie^ prince Morat; division de •cavalerie légère, général Lasalle ; brigade Savary, régiment de liassards, 7* régiment de chasseurs.
L'empereur des Français reçoit du roi de Prusse, un défi pour ie 8 octobre 4806. Accepté; dès le 6, Napoléon, parti de Paris, était à son qnartier-général de Bamberg.
L'armée française compte 180,000 combattants, divisés en six corps, commandés par ies maréchaux Bernadette, Davoust, Sotilt, Ney, Lannes et Murât.
Le 8 octobre, l'empereur est à Crosnach; tous les corps opèrent leur mouvement en avant.
Morat, avee sa cavalerie légère, s'avance jusqu'à Saalborg; il franchit le Saal, malgré une vive opposition de l'ennemi.
Le 9, ies Prussiens sont en fuite; Scbeleitz est emportée. La cavalerie légère les atteint, les attaque et les bouscule.
Les honneurs de ces deux journées sont pour le 4® hussards, le 5* chasseurs à cheval, les 25® et 27^ d'infanterie légère.
D'un autre côté, la division Suchet formant la tête de colonne de l'aile gauche, rencontre, le même jour (9 octobre), Tavantgarde des Prussiens, commandée par le prince Louis de Prusse. L'infanterie se précipite sur eux au pas de course et y jette le désordre. Le 9* et le 40*" de hussards s'y couvrent de gloire, enfoncent la cavalerie ennemie, tandis que Tinfanterie, coupée du reste de l'armée, est jetée dans un marais ou dispersée dans Jes bois.
1,000 prisonniers, 600 tués, 30 piccos de canon, tel est le résultat de la journée; pour comble de malheur, l'infortuné prince Louis est tué d'un coup de pointe, par un maréchal des
logis dn 40* régiment de hussards, dans la belle charge poussée
par ce corps, conjointement avec le 9® de Tarme. D'autre part et comme compensation, car tout vit d'équilibre dans ce monde, ce dernier y perd son colonel, le valeureux Barbanëgre. Pendant ce temps, le l®*" régiment de hussards et le 7® chasseurs à cheval avaient été détachés du corps de cavalerie Murât, pour opérer une diversion à gauche sur un corps d'armée prussien qui menaçait notre droite. Ils poussèrent jusqu'à Wismar, sur la Baiti(}ue, sous les ordres du général Savary.
Cette brigade eut le bonheur de trouver l'ennemi qu'elle cherchait et de se mesurer avec lui de la manière la pins brillante. Le colonel Kouvillois fut une fois de plus content de son \^ hussards, qui, pour cette action d'éclat, fut cité à l'ordre de l'année, dans le vingt-huitième bulletin. Ce ne fut pas tout. L'ordre du jour, daté de Berlin, le 7 novembre 1806, portait : « L'empereur a témoigné sa satisfaction au 4®' de hussards et » au 7* de chasseurs; ces deux régiments, sous les ordres du » général Savary, ont tourné, près de Wismar, sur la Baltique, » le général pruSsien Husduun et l'ont fait prisonnier avec deux » brigades de hussards et deux bataillons de grenadiers. Ils ont » pris aussi plusieurs pièces de canon. »
Telle fut la belle part que notre régiment prit à la sanglante bataille d'Iéna, qui eut lieu le 44 octobre de cette année 4806.
60 drapeaux, 300 pièces de canon et des magasins immenses étaient tombés en notre pouvoir. Un tiers de l'armée prussienne détruit ou prisonnier ; 30 généraux tués, blessés ou pris et 324 autres officiers partageant relativement le même sort, arguent de la perte de l'ennemi.
Le â5 octobre, les Français firent leur entrée solennelle dans Berlin.
- Un seul général avait échappé et essayait de recueilhr les
débris des Prussiens et d*cn centraliser le commandement; c'était le prince de Hohcalobe ; mais Murât, avec sa cavalerie légère, est à sa poursuite. Atteint et battu par nos troupes, le prince est deux fois sommé de se rendre ; il répond deux fois : Non, — Eh bien! dit Murât, je le ferai sabrer I
A ces mots, 46,0Û() hommes d'infanterie de la garde, 6 régiments de^ cavalerie, 45 drapeaux, 64 pièces d'artillerie nous sont rendus.
Sur ces entrefaites, le brave Lasalle, cet autre Yusuf du temps passé, avait pris l'extrême avant-garde, avec sa division de cavalerie légère, à laquelle appartenait le 1*' régiment de . hussards. U se présente devant Custrin, déjà loin au nord de Berlin, somme le gouverneur de se rendre; celui-ci sollicite la faveur de sortir avec armes et bagages. Lasalle s'y refuse , et, chose presque inouïe dans l'histoire de la guerre, une place de premier ordre, armée de 450 canons, se rend, avec 6,000 hommes de garnison, à une division de cavalerie légère.
La campagne do Prusse n'avait duré que sept semaines ; c'est encore un prodige des temps modernes.
Rentrons donc à nos bivouacs, pour nous compter, nous renouveler, dire adieu aux uns, à revoir seulement aux autres et nous réorganiser un moment; et ici, à revoir au 7® régiment de chasseurs à cheval, qui cesse de faire brigade avec nous.
Nous nous retrouverons plus tard, à l'armée d'Espagne, en 4823, formant de nouveau brigade ensemble, aux ordres du général de La Rochejacquelin, le balafré de la Moskowa.
Les icgiments, comme corps, se succèdent; ils ne meurent pas.
Ajoutons ici par anticipation et pour ne pas interrompre le récit de la campagne suivante, qu'à la fin de 1806, le colonel Rouviliois laissa le 1°^ régiment de hussards. U eut le bonheur
de cueillir quelques-uns des premiers fleurons de la campagne de Pologne, qui commença dès le âlO novembre de cette année, et qu'il fit pendant on mois environ; le reste de ses lauriers
fut au compte de son successeiu*, le digne baron de Juniac de B^gougne.
C'est le même qoî avait pris tons ses grades au régiment, que
nous avons vu figurer par mille actions d'éclat dans nos rangs et qui nous appartenait à tant de titres; homme du devoir^ comme son prédécesseur, modèle aussi du dévouement et de l'honneur, l'une des gloires du l®*" hussards.
Dix-^epl jours après, c'est-à-dire le 47 janvier 1807, le régiment de hussard^ faisait ses adieux à une autre de ses gloires, le commandant Mathis, qui avait, pendant et depuis tant d'années, si bien conduit ses escadrons dans le chemin de la gloire. Cet officier supérieur était nommé colonel du SI® de chasseurs à cheval, en remplacement du colonel Bousson, admis à la retraite.
C'était, avec le colonel Lemarrois, le deuxième chef de corps que te 4^ de hussards fournissait à ce régiment, depuis huit
ans, comme je l'ai mentionné plus haut.
Garopagoe de Pologoe (fin de 1800-1907).— Grande année; réserve de caTaierie, prince Hurat; divfsfon de cavalerie légère, général Lasalle; !««• rogimcnl de hussards, six escadrons, colonel Rouvillois, Un 1806; passé, en 1807, aux ordres du colonel de Juniac de Bégougne; — dépôt à Coblenlz.
Les points de ralliement de cette campagne sont Bylau et
'Friedland, deux des batailles les plus meurtrières du premier Ëmpire. Cette fois, nous avions affaire non~seulement à Tannée
prassienne, encore formidable malgré sa défaite» mais à une armée russe qui s'avançait précipitamment sur nous.
La grande armée était toujours la même, sauf quelques modifications de détail. £n somme, eux et nous, nous étions les soldats d'Aosterlitz.
En eampagne, on est heureux d*étre dans la cavalerie légère, parce que Tavantage de Tavaut-garde lui est géuéralcmeut réservé.
Dès le 20 novembre 1806, nos troupes avaient atteint la
Vistule ; Murât, à la tôte de sa cavalerie, précédait les généraux Lannes et Augereau.
Le 37, on est en vue de Varsovie; le 30, Murât et Davoust
y font leur entrée; le 19 décembre au soir, Tempereur y fait la sienne.
Pendant ce temps, le 4? r^iment de hussards, qui avait eu la mission de se porter en avant, sur la gauche de Tarmée,
pour couvrir l'entrée de nos troupes à Varsovie et garder la Vistule, rencontre les cosaques près le pont du Bug, que nous avions tout d*abord occupé. Le colonel Rouviliois est là, avec un escadron du régiment, soutenu par le 1 3®. chasseurs à cheval ; Toccasion était belle, attrayante pour les soldats; les hussards da 4^ aUaient commencer le coup de main de ce côté. Les cosaques se précipitent sur eux, avec leurs cris et leur fureur ordinaires. Mais ils ont affaire à ces vieux hussards de fiercheny, qui portaient presque tous leurs trois chevrons sur leur bras gauche. On se bat à l'arme blanche. Les cosaques sont reçus de pied ferme; battus, sabrés par nos soldats, ils sont poursuivis, tués ou faits prisonniers.
C'était là le coup d'essai du hussards pour cette campagne, et ce coup d'essai parut si beau à l'empereur, qu'il le fit porter à Tordre du 44* bulletin de la grande armée.
Là, le cours de la Vistule était à nous; le général Lasalle
fltrige le l^"" régiment de hussards sur Thorn, ainsi que le reste lie sa cavalerie, y entre avec le copias du maréclial Ney et poussant en avant, dans une ligne parallèle à celle qui conduisait à Varsovie, mais plus au nord de cette place, couvrant toujours le gros de l'armée, arrive à Biezun et s*en empare. Un corps prussien, commandé par le général Lestocq, veut le déloger; mais nos escadrons le repoussent et lui font queUpies centaines de prisonniers.
Le 24, le régiment est à Nasielk et se bat avec beaucoup de distinction, sous les ycrnx mêmes de l'empereur.
Le 26 décembre 1806, il est à la bataille de Pultusk, où il se couvre de gloire.
Cette bataille fut comme Tinauguration du nouveau grade qui mettait le colonel de Juniac de Bégougne à la tête du 4*' régiment de hussards. Un grade est toujours bien inauguré, quand il Test par la victoire. Aussi bien, la victoire le connaissait depuis longtemps et était accoutumée à lui départir ses faveurs.
Nous n'avions là que 48,000 hommes, aux ordres de Lannes, contre 45,000 russes. On se battit un jour et une nuit entière
avec le plus grand acharnement. Enfin, vaincus là et repoussés par les autres corps, sur une étendue de vingt-cinq lieues, les Russes opérèrent un mouvement rétrograde pour se concentrer et aviser.
Ou resta en observation jusqu'au 25 janvier 1807. Profitons de ce court intervalle pour enregistrer avec bonbeur l'acte de prise de possession de notre nouveau chef de corps et le voir offîciellement placé à la tête du régiment.
Bt vous, d vieux de Bercheny, vous, noble 4^ hussards, vous le connaissez bien celui qui depuis plus de vingt ans, con*
duit vos pas à la victoire , le brave commandant de Juniac de Bégongne.
Eh bien! de par l'empereur, vous le reconnaîtrez pour colonel.
' Hussards, présentez armes; trompettes, vos fanfares au nouveau colonel.... n est installé.
Mais, doucement, attention, c'est la charge qui sonne; c'est le réveil du lion; les trompettes de Bercheny sont toujours heureux; l'ennemi recule.
Le mouvement de retraite de l'armée russe est sur Eylau. L'ennemi recule, dis-je, lentement, en défendant chaque position pied à pied.
Le colonel de Juniac de Bégougne est à cheval , à la tête de ses hussards.
Le 4^ février, Passenheim est enlevé de vive force; le 4** de
hussards, comme corps, y paye chèrement et rudement de sa personne.
Le 5, il poursuit les Russes au-delà de la Passarge, sur les
hauteurs de Valtcrsdorf ; le 7, au matin, il fait grand*haUe à Ziegelhof, près d'Eylau.
C'était aussi le grand jour, comme je l'ai dit ailleurs, et le grand jour de la cavalerie surtout.
On se rappelle ces quatre-vingts escadrons, réunis, sur l'ordre de l'empereur, par Murât et qui chargèrent avec lui; rien ne put tenir contre cette impétuosité qui décida la victoire.
La bataille d'Eylau était gagnée ce jour-là mémo, 7 février
Le l^^ de hussards, qui, dès le matin, avait le sabre au poing,
eut, dans l'après-midi principalement, plusieurs engagements très honorables pour lui.
Nous avions enlevé à l'ennemi, depuis trois mois, 66 pièces
de canon, 46 drapeaox; nous Tavions poursuivi, Tépée dans les reins, l'espace de quatre-vingts lieues; tué, pris ou blessé plus
de 40,000 hommes.
Nous avions nous-mêmes fait des pertes immenses; puis rhiver était là, l'hiver des steppes de Russie, hiver terrible, e*U
en fut jamais. L'empereur voulut faire reprendre à son armée ses cantonnements sur la Vistule et le leur annonça par une proclamation en date du 49 février 4807. Elle se termine jpar ces mots : « Au milieu des frimas des hivers , comme au com- » mencement de l'automne, nous serons toujours les soldats » français et les soldats de la grande armée. »
Pendant cet intervalle de repos, tous les régiments furent, autant que possible, portés au complet de guerre. Le de
hussards reçut un fort détachement de recrues venant de Goblentz, son dépôt.
Les quatre divisions, qui étaient devenues disponibles par la prise de Dantzick, rejoignirent Tarmée, dont reffectif fut porté à 470,000 soldats.
Il en était temps; les Russes, impatients de rompre Tarmistice, reprirent les armes le 4 juin.
Du 4 au 8, concentration de notre armée. Le 9, Soult franchit la Passarge à Wolsdoy et menace les communications de l'ennemi avec la ville de Heilsberg. Ce mouvement obtient on plein succès.
Les Russes rétrogradent sur Gulstadt; appuyé par la cavalerie de Murât, le 4®^ régiment de hussards les poursuit, les atteint, les déloge et y inscrit son numéro et son nom, comme premier titre de gloire de cette campagne.
Le 10, nouvelle inscription de sa bravoure à Heilsberg. Là, Taffaire fut des plus chaudes; en voici le résumé :
Murât, en poursuivant reunemi avec son impétuosité ordi-
mire, se troave en présence de tonte Tannée msse. D s*arréte, rallie tonte sa cavalerie : la division de enirassiers dn général
Ëspâgne, la di vison de dragons de Latour-Maubourg et sa division chérie de hassards et de chasseurs, général Lasalle. Trois divisions d'infanterie suivent en colonnes. Inférieurs en nombre, ^ nous demandions beaucoup à la victoire; aussi se fît-elle beaucoup prier; le champ de bataille nous resta et nous y couchâmes au milieu de 48,000 cadavres français et russes.
Le 42, l'empereur transporto son quartier-génf^ral à Eylau.
Le 43, Murât reçoit l'ordre de se porter sur Kœnigsberg, toujours en avant. Le 4 de hussards est dans ses rangs et le colonel de Juniac de Bégougne le seconde vigoureusement partout, là comme sur le Prégel et vers Schirwindt.
Le même jour, l'armée, dont le 9* de hussards forme l'avantgarde, est en vue de Friediand.
Le 44 juin 4807, les Russes débouchont sur le pont de cette ville, au nombre de 80,000 hommes; 200 bouches à feu couvrent leu^ front.
Nous n'avons d'abord que 26,000 soldats à leur opposer. Nous les tenons en échec depuis trois heures du matin, jusqu'à midi. Les autres corps arrivent au pas de course ; Tempère nr ^ui-même accourt au galop de son cheval, réunit ses généraux, leur donne ses instructions et prenant le maréchal Ney par le bras, lui dit, en lui montrant Friediand : € Là...., en avant I » Et le soir, à la nuit tombante, nous étions là..., rendus et vainqueurs. Mais laissons Napoléon lui-même décompter ses glorieuses étapes, dans là proclamation suivante :
€ Soldats!
» Le 5 juin, nous avons été attaqués dans nos cantonnements » par l'armée msse.
% Dans les journées de Gnlstadl, de Heilsberg, dans celle à
» jamais mémorable de Frio<]lan(l, dans dix jours de campagne » enfin, nous avons pris 420 pièces de canon, 25 drapeau](; » nous avons blessé on fait prisonniers 60,000 russes, enlevé à » Tarméc ennemie tous ses magasins, ses hôpitaux, ses ambu- » lances, la place de Kœnisberg, les 300 bâtiments qui se trou- » vaient dans ce port, chargés de toute espèce de munitions, » 160,000 fusils que l'Angleterre envoyait pour armer nos » ennemis.
» Des bords de la Vistule, nous sommes arrives à ceux du » Niémen, avec la rapidité de Taigle. Vous êtes dignes de vous > et de moi; vous rentrerez en France couvefls de vos lauriers » et après avoir imposé une paix glorieuse. Mes bienfaits vous » prouveront ma reconnaissance et toute l'étendue de mon » amour.
» Au camp impérial de Tilsitt, le 22 juin 4807. »
L*empereur de Russie, aux abois, demanda la paix; elle fut convenue et signée par Alexandre et Napoléon sur un radeau établi au milieu du Niémen, le 9 juillet 4807.
Le 27 juillet suivant, Napoléon était à Paris.
Cette campagne est une des plus prodigieuses de l'histoire; mais si grande qu'y ait été notre gloire, cette gloire n*entre pas en parallèle avec le sang qu'elle nous a coûté.
Le sang est en effet la grande rançon de l'humanité; il faut, de temps en temps, dans la vie des siècles, pour expier les fautes des nations, du sang et par conséquent des victimes; toujours et partout le sacrifice! Espérons que tant de sang n*aura pas été inutile pour le grand pardon de Dieu.
Le retour en France de nos phalanges héroïques tut célébré par des fêtes splendides, dit Y Histoire de l'Armée; Tentrée à
Paris de la garde impériale fut un véritable triomphe, et, après en avoir décrit la splendeur, l'auteur ajoute : « Fêtes splendides, temps héroupies, qa'ôtes-vous devenus? »
Oh ! ils n'avaient pas disparu pour toujours ; nous les avons vus aussi beaux, aussi glorieux de nos jours, après la campagne de Crimée, en 4856, et celle d'Italie, en 4859.
Tant d'actions d*éclat, tant de valeur individuelle attiraient nécessairement sur le soldat les récompenses de la patrie. La plus belle du temps était la décoration de la Légion d'honneur.
La part décernée au 4*^ régiment de hussards, à la suite des campagnes précédentes, fut la suivante : la croix de chevalier fut accordée au capitaine Lefebvre, au capitaine adjudant-major Briolle, aux sous-lieutenants Salvatte et CoHrderîer, au maréchal des logis chef Ilenrion, aux maréchaux des logis Antony et Godefroy, au hussard Garnier.
Honneur au régiinent, toujours!
Campagne «TEspaKiie et de Portugal (ia08, 1809, 1810, 1811).— Armée d*Espagne et de Portugal s S* corps, maréchal Souli ; diTl»lon La» salle; brigade DeMIe, l«r régiment de hussards, six escadrons, nnx ortires du colonel de Jiiniac de Bégoogno, dirigé de Prusse sur TEspagne ; le dépOt, de Goblentz sur Footenaj-ie-Gomte (Vendée).
Celui qui écrit Thistoire doit en général s'identifier avec son sujet et donner à son pinceau les coloris du genre et de Tespèce,
pour se trouver dans le vrai. Il doit savoir à propos disposer ses groupes et ses détails, ses jours et ses ombres, pour l'harmonie du tout.
Nous écrivons celle-ci un peu à la hussarde, au galop de notre plume, sans trop tenir compte des conditions que nous
fivons la témérité d'assigner ici. C'est qu'à peine pouvons-nous suivre la rapidité de nos chevaux, encore moins le vol impétueux de nos aigles; quand on charge, en effet, il faut charger. Le déficit de nos peintures et de nos descriptions sera donc au compte do Tindulgence de nos lecteurs. Aussi bien, j'ai appris depuis longtemps qu'à l'article Indulgence, on trouve toujours, en première ligne, le soldat et Toflicier français.
Continuons donc à vol d'oiseau, je veux dire à vol d'aigle.
Hélas 1 le ciel chaud, doux et beau de l'Ëspagne ne les a pas autant favorisées nos aigles, qu9 le ciel glacé de la Prusse et de la Pologne. C'est que, là, il fallait changer de tactique. C'était, indépendamment des forces que pouvait centraliser l'Espagne, indépendamment de la valeur de ses soldats, c'était, di&-je, une * guerre de surprise, une guerre de montagnes, de vallées; une guerre de guérillas, une guerre de travail individuel, une guerre qui vous tuait de partout, aux avant-gardes, en arrière, sur les flancs, aux reconnaissances, sans qu'on eut le temps de se garer; c'était la guerre d'Afrique de nos jours. Nos aigles, cependant, ont toujours été dignes d'elles-mêmes.
Ghâteaubriand a dit que les Espagnols avaient du sang arabe. Ces peuples se ressentent, de leur voisinage et de leur ancienne fusion; les Espagnols sont les Arabes chrétiens; c'est, en effet, le sang qui fait l'individu. Donc, à la guerre arabe, et prenons garde.
Ce fut vers le milieu du mois d'août 4808, que le riment de hussards, aux ordres de son nouveau colonel baron de
Juniac de Bégougne, requi Tordre de partir de Prusse pour l'Espagne; son dépôt, de Coblentz pour la ville de Fontenay-le- Comte (département de la Vendée), ancienne garnison du corps, lorsqu'il était Bercheny, en 4777-4780, etc., etc. Ainsi, en avant.... Trompettes des anciens Bercheny, sonnez
le rappel.... Fidèles à vos sonneries réitérées, nos escadrons sont en bataille ; on part» au commandement du colonel, qui les précède avec dignité; et, nous, par la pensée, prenons place là, tout près de lui ; on le sait, c'est celle réservée à Taumônier. Uélasl que n'y étais-je pour en remplir les nobles fonctions!
Du moins là, tout près aussi, dans les rangs des escadrons de guerre, se trouvait le maréchal des logis Scbérer, mon parent, et, tout [)rès encore, un jeune' homme, son frère, affecté d*abord à Tinfanterie, mais qui avait demandé, à cause de lui, à être versé au 4^ hussards.
C'était bien mon régiment de famille , et ma famille au régiment. Puis, dans les compagnies de dépôt partant pour Fontenay-le-Gomte, était présent un autre de mes parents que le sort venait de désigner pour les armes.
Je disais tout à l'heure : hélas 1 que n'étais-je à cdté d'eux, pour remplir les nobles fonctions d'aumAnierl
En effet, couvrons, dès aujourd'hui, l'étendard d'un crêpe funèbre; le régiment allait en Espagne, pour y être plus que décimé, presque détruit; mes parents y allaient : deux, pour mourir, l'autre pour être blessé au champ d'honneur.
Ën arrivant à Fontenay-le-Coûite , avec le dépôt, le 8 septembre 4808, le jeune hussard mon parent, qui, comme les précédents, était sorti de la Lorraine (département de la Moselle), fut reçu par son vieil oncle, mon aïeul, le hussard de Bercheny des anciens jours (4780), alors lieutenant d'une compagnie de la garde nationale, et par mon propre père, le soutien de son âge déjà avancé. Il y fut reçu, dis-je, comme un fils et comme on frère; patronné comme tel, jusqu'à son départ pour l'Espagne , qui eut lien après un stage de plus d'un an, où il avait appris à devenir homme, cavalier et soldat.
U y avait vingt ans et plus que l'uniforme n'avait pas paru à
Fonlenay-le-Gomtô; depuis cette époque, il avait combattu avec une haute distinction en Belgique, en Hollande, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Prusse et en Pologne.
Cette année-là môme (4808), venait de s'engager au de hussards et d'arriver au dépôt de Fontenay-le-Comte, un tout petit jeune homme, comme je Tai dit à propos de M. de Marbot. Il était, je crois, enfant de Paris et avait quatorze ans (4). Cinquante-huit ans apr^, j'eus l'honneur de faire sa connaissance et de lui lire, en manuscrit, le récit des campagnes qu'il allait faire alors (4808) et qu'il avait faites à cette époque (4866), depuis si longtemps. Cest un des anneaux vivants de la chaîne traditionnelle de cette histoire du 1" régiment de hussards et, en ce qui le concerne, un témoin oculaire de ma narration, qu'il a trouvée, du reste, frappante de vérité.
Pendant co temps, le 4®^ régiment de hussards traversait lestement la France, qu'il avait déjà parcourue tant de fois, tonjours plein de gloire et d'honneur. En marche depuis près de quatre mois, il arrive aux Pyrénées, les franchit, entre en Espagne ; mais il lui reste près de quatre-vingts lieues à faire pour atteindre le ^ corps; il pousse vigoureusement en avant et le rejoint dans les environs de Saldana, vallée du Carrion, le 20 décembre 4808.
Tenant directement de Friedland et du Niémen, il avait littéralement parcouru les trois quarts de l'Europe.
Parti de Paris dans les premiers jours de novembre. Napoléon était, avant le 8 dudit, à la tête de son armée.
Le 3 décembre , il faisait investir Madrid ; dans la nuit du 4 , cette capitale capitulait aux français.
(I) Ai^oanThui doyen de notre Sodélé de Secours mutoels des andens frères d'armes de tous les régiments de hussards.
L*empereur fit son entrée dans Madrid d'une manière triomphale. Mais il n'eut que le temps de vaincre; il n*eat pas celui de jonir et de profiter de sa victoire.
Une nouvelle guerre avec TAuthche l'appelait à Paris et de là, à Vienne.
0 laissa an maréchal Soult la mission d'expulser de TEspagne les Anglais accourus au secours de la Péninsule.
Outre les Espagnols, nous avions donc devant nous une armée anglaise. Cette occurrence se trouvait à merveille pour le 4^
régiment de hussards, qui, pour étrennes, allait leur donner des éperons, car nous touchions au commencement de l'année 4809.
Le maréchal se .porta sans retard sur le versant des montagnes de la Galicie, vers Calcabellos. C'est là que rattendait la réserve du général anglais sir John Moore, qui venait de la rallier lui-même avec le gros de son année déjà vaincue et qui avait fui avec tant de précipitation depuis Burgos, qu'il avait coupé le jarret de ses chevaux, abandonné ses malades et jeté ses bagages dans les rivières et les ravins.
Le général anglais s'était fortifié dans cette position, déjà défendue par sa rivière et la nature de ses escarpements. Il nous oppose 2,500 hommes d'infanterie et 4,000 de cavalerie.
Le 3 janvier 4809, on est en présence; huit escadrons de cavalerie vont reconnaître l'ennemi. Soult ordonne de marcher en avant. Les voltigeurs des SI® et 42^ léger^ brigade Merle, sont en échelons pour soutenir nos hussards. Le général de Golhert est à la tête de la division; il s'élance au galop, atteint les Anglais, les culbute, en jette une partie dans la rivière, la traverse et poursuit le reste. La déroute est complète; la victoire est à nous; mais, hélas! la vie du jeune et illustre général en est le prix. Il meurt frappé d'une balle au front. Le colonel de Juniac de Bégougne accourt sur leurs traces, escalade les hauteurs de
Prieros, les suit jusqu'aa défilé de VUlafiranea; rennemi» vivement pressé par son régiment, 1" de hussards, fait vingt-cinq lieues en quarante-huit heures; la panique est telle, qu'il laisse sur sa route, armes et bagages, munitioBS, caissons, ohe-
vaux, etc., etc. Le butin est immense; nous prenons \0 drapeaux; la caisse même de l'armée anglaise tombe en notre pouvoir; il y avait un million. Tel le trophée du 4^ de hussards, des 2* et 4 2« léger.
On arrive à Ferreira; l'ennemi voit nos escadrons prêts à chaîner, il ne le^ attend pas et fuit jusqu'à LugOw
Le Sjanvier, l'ennemi s'arrête et feint, dans le but seul^nent de réorganiser sa retraite, de vouloir accepter la bataille.
Du 6 au 7, le maréchal Soult concentre son armée; il a, sous sa mam, 24,000 soldats, anciens enfants de la victoire et bien décidés à la cueillir encore ici. Vain espoir! La guerre a ses ruses, conmie la diplomatie, conuue tout ici-bas. Les Anglais avaient aUumé de grands feux sur toute leur ligue, dans la nuit du 8 janvier, et sons ce simulacre de présence, ils s'étaient mis . en marche, à la faveur des ténèbres.
Le lendemain, point d'ennemis. Les Français entrent dans Lugo et s'emparent de 45 canons.
Le 41 janvier, l'armée anglaise aperçoit la Corogne; c'est là le terme de ses fatigues et le point de son embarquement.
Le 42, nous sommes à Gastroburgo ; le pont se trouve rompu, le maréchal le fait rétablir.
Le 44, on passe; l'armée française se trouve en présence de l'ennemi, qui, cette fois, avait pris position pour bon.
Le 16, le combat eût lieu à Elvina; ce village fut pris et repris plusieurs fois et le succès resta acquis aux Français, maigre l'acharnement des Anglais. La nuit sépara les combattants.
Le matin, les Anglais abandonnent leurs positions, délogeiu
sans tamboui's ni trompettes, traversent la Gorogne et s'em- Jbarqaenft. Le 47 aa soir, la flotte était hors de vue.
Le maréchal Sonlt avait reçu l'ordre de s'emparer de Lisbonne, après avoir chassé l'armée anglaise. Nous avions déjà perdu beaucoup de monde ; nous étions sans vivres et sans munitions, n'importe; 25,000 au plus, épuisés de fotigues, moissonnés, en tout sens, par la mort; n'importejencore, en avant.
Un très fort détachement du 4^ régiment de hussards est en extrême avanl-garde. Cest le chef d'escadrons Nicolas qui le commande ; il s^approche de Yigo et fait sommer le gouverneur de se rendre. La ville et la citadelle ouvrent leurs portes aux vieux Bercheny.
Le 4*^ février 4809, le corps d'armée se met en mouvement pour passer le Minho, à Tuy. Ce village et le petit fort de Guardia, à Fembouchure du Minho, étaient déjà occupés par le détachement du commandant Nicolas. On passe ; l'ennemi se concentre à Monterey, pour nous arrêter. Les Français l'en chassent, enlèvent 40 canons, 7 drapeai^t et une grande quantité de munitions.
Le générai Franscheschi venait de remplacer le général Debelle dans le commandaient de la brigade de cavalerie» où se trouvait le 1" hussards. Franscheschi lance ses soldats à la poursuite de Tennemi, jusque dans les montagnes. On fait âl,500 prisonniers, qu*on relâche sur parole ; c'était le 6 mars. ^ Le 30 mars, on enlève Braga, avec son artillerie, ses munitions, sa caisse et ses bagages.
Le 48 avril, on arrive devant Oporto; 25,000 hommes de troupes régulières, et 50,000 d'irrégulières la défendaient. Ce fut r affaire de dix Jours.
Le 29 avril, cette nuée de paysans et de soldats, qui gardait Oporto, fut enfoncée et la ville prise.
Lo 4* de hussards qui formait l'extrême droite, dans une
charge magnifique, poussa les fuyards jusque dans la ville et y entra pèle-méle avee eux. Le chef d'escadrons Nicolas, chargé d'éclairer Tannée, traverse la ville et nettoie le pays jusqu'au
Diiero.
Ce fat là le terme de eette glorieuee, mais infraetaease expédition. Une armée ang^se, débarquée à Lisbonne» marchait snr
los Français , dans la direction d'Oporto ; une autre armée s'avançait pour nous couper. U fallait songer à la retraite ; le maréchal Sonlt reffeetna, avec les plus grandes difficultés, d'Oporto sur Braga^ Orense et Lugo, où son avant-garde débloqua le général Fournier.
Le maréchal avait sauvé son armée, mais il n*avait fdns ni nrtilleric, ni bagages, et son effectif avait considérablement diminué. Le 1®^ hussards, quoique réduit de moitié, eut sa bonne part dans les honneurs de la retraite; la valeur sait doubler les hommes.
Nous sommes au 20 mai 4809. Là commence, pour les Français, une série de revers. Les aigles françaises, accoutumées à la victoire, ne Tétaient pas à la retraite, et, quand il fallait re^ culer, nécessairement elles faisaient fausse route, malgré le courage individuel du soldat et ThahUeté des chefe.
Le 30 mai, Soult faisait sa jonction avec le maréchal Ney; Mortier, de son côté, s'était mis eu commuuication avec eux.
Le â août, Soult se porte sur la gauche des Anglais, pour les couper, les prendre entre deux feux et leur fermer l'accès du Tage qu'ils avaient franchi; il arrive trop tard; l'ennemi lui échappe; il y eut seulement quelques beaux combats de cava- . lerie.
Son corps d'armée s'échelonne dans l'Estramadure et plus tard dans TAudalousie. C'était la guerre des guérillas que l'année
et le if de hussards allait faire ou plutôt suUr. Be chaqoe maison espacée dans la campagne, de chaque ravin, de chaque pli de terrain, de •droite , de gauche, partait une balle invisible qai venait frapper nos soldais. De Vms côtés, la mort se tenait en erabnscade et nous faisait setftir ses coups.
Au commencement de 1810 , le 1"" régiment de hussards est détaché au 8^ corps de Tarmée d*£spagne, commandée par le maréchal Jnnot, due d'Abrantàs, qui femm^ne à VaUadoM et à Astorga, C'était des marches et des contremarches sans fin et dans les directions les plus opposées. C'était ii n'y plus tenir, ni hommes, m chevaux.
En-effet, à la mi-juin de celte année 1810, le l^"" régiment de hussards cpie nous avons vu si beau, si brillant et si brave, avait perdu la moitié île ses offieiers, la moitié de ses sous-officiers et les trois quarts de son effectif. A peine y restait-rl 360 hommes. Sa belle musique du temps passé n'existait plus. Tant de valeureux soldats qui Voient distingués dans ^nt ^combats» depuis vingt ans, avaient mordu la poussière, «t quatft à ce qui me concerne, la mort n^avait pas épargné les miens.
On se rappelle le jeune hussard qui faisait partie ilu dépôt et qui, avec4ui, avait été dirigé sur Fontenay-te*Gomte, en 1808; il avait rejoint, vers 4810, le régiment en Espagne. Envoyé en reconnaissance avec 25 hommes et un officier, il fut, avec ce 4étacfaemeiïi; enlevé par l'ennemi. On ne les a pas revus depuis.
Le brave maréchal des logis Schérer fut frappé, dans une marche du régiment, par une balle perfide et imprévue.
Leurs cendres à tous deux reposent là-bas en Espagne et le troisième hussard de ma famille, le frère du sous-officier susnommé, reçut au pied une blessure qui brisa sa carrière militaire. U fut^ avec les autres blessés, évacué sur le dépôt, à Fon-
tenay-le-Comte, et c'est de sa propre bouche que nous tenons ces détails.
Lorsqu'il reçut, dans cette viUe, son congé définitif, mon propre père alla Jui faire la conduite, portant, sur son épaule, son sabre de cavalerie, qn'mr lui avait laissé, sur sa demande, en souvenir de ses campagnes. Il partait pour la Lorraino, notre foyer commun. Nous autres, nous avions définitivement fixé nos tentes en Vendée^ Telles sont les vicissitudes des motatioiis de garnison.
Revenons an I" régiment de hussards et à son digne colonel. L'intrépide baron de Juniac de Bégougne était, avec les com^ mandants Nicolas et Mûller, les rares survivants de cette race de héros. Fatigué par tant d'années d'un rigoureux service, par tant de campagnes consécutives, comptant plus de blessures que de campagnes et plus de lauriers encore, le colonel sentait son physique s'afliisser sous le poids de ses souffrances ; son mmd, non.
n aima mieux briser sa carrière mUitake de ne pas rem*
plir ses fonctions de chef de corps, au gré on selon les exigences de son esprit militaire; cette immolation de lui-même, il sut la faire à sa patrie; c'était, à sa façon» monrir pour eDe; ausâ bien, cette immolation a son mérite à part.
Vers le miJieu de cette année, le colonel baron de Juniac de Bégougne donna sa démission, remit son régiment an cdond Meriin et fut nommé général honoraire.
0 bon colonel de Juniac de Bégougne, bon général, le temps viendra et il sem venn avant la fin de ce volume, où, sous Tégide de votre fils, aussi colond et général, et snr les renseignements donnés par sa tendresse filiale , je continuerai votre excellent souvenir dans le i^' bussards d'aiijourd'bui, qui ne vous a pas ccmnu sans 4onte, mais qui, en apprenant à vous con-
. — Ml ^
naître, sera toujours ûer de ce que ses pères vous ont eu pour colonel et de ce que vous les avez, au temps passé» tant de fois condoits à la victoire.
La perte du colonel baron de Juniac de Bégougne n'était pas la seule que nous avions à faire; au 4^ de hussards, pendant cette campagne; nous avions eu aussi le chagrin de voir s*éloigner de nos rangs, un autre de ceux que je viens de caractériser les fwe$ ÊwrtivanU de ceUe raee de héros. Tout en nous laissant, ils dévalent vivre encore, grâce à Dieu, de longues années, pour Texemple de leurs survivants.
Le commandant Nicolas avait été promu lieutenant-colonel du 6* régiment de hussards, le 43 février 4809, et, à cette date, avait rejoint son nouveau corps.
Rien de plus honorable que ses états de service au régiment.
Nicolas (Jean-Baptiste), était né à Remonville (Ardennes), lé 43 mars 4773.
Enrdlé volontaire au 3* régiment de hussards, le 46 juillet 4793; brigadier, le 3 aoAt; fourrier, le 4^ septembre; maré»
chai des logis, adjoint à Tétat-major de l'arinée, le 19 juin 4794; il at les campagnes de 4793 et 4794 à Farmée du Nord et cdle de 4795 i celle des Pyrénées-Orientales; fut promu sous-lieutenant au \ régiment de hussards , le 24 mars \ 795 ; lieutenant, le â avril 4796, et, passé à l'armée d'Italie, il se distingua, le 7 mai, an combat de Godogno, où il fut blessé.
A Arcole, le 45 novembre il s*empara de plusieurs canons et caissons. U y contribua à la jonction des généraux Guyeux et Augerean.
Nommé capitaine, toujours au 4* hussards, par Bonaparte
lui-même, sur le champ de bataille, le 25 novembre, à cause de . sa belle conduite en cette aflhire.
Le 45 janvier 4797, il se fait remarquer à ia bataille de la
Favorite.
Le 17 mars, dans une reconnaissance sur Grandiska, il charge rennemi et le colbate; il y est blessé, ainsi qu'à la bataille d'Alexandrie.
Le âO juin 1799, au combat de San-Juliano, il tue ou fait prisonniers un grand nombre de russes et d'autrichiens.
n sert ensuite à Tarmée des Grisons, de TOuest, des côtes de rOcéan et reçoit la croix d'honneur, en 1804.
Aide de camp du général de brigade Augereau, le 44 décembre de cette année, le capitaine Nicolas fait, avec une grande distinction, les campagnes de Prusse, d'Allemagne et de Pologne ; passé chef d'escadron au 4®^ régiment de hussards, le 48 novembre 4806.
Sa brillante valeur à Eylau, où il reçut une nouvelle blessure, le fit nommer au grade d'offîcier de la Légion d'honneur, le 40 mai 4807.
Lientenant-coTonel au 6^ de hussards, le 43 février 4809; il recevait, dès le 4.1 septembre 1812, le commandement du 44* régiment de chasseurs à cheval.
Campagnes de Russie, en 4 84 2 ; de Saxe, en 4 84 3 ; de France, en 1845.
Commandeur de la Légion d'honneur, en 4844; chevalier de Saint-Louîs, en 4845.
Voilà les helles agraffes de notre ancien commandant.
Ainsi s'en vont les honunes et les choses; ainsi passe, comme dit l'Écriture,. la gloire de ce monde ; heureux quand il reste , ^comme ici, de ceux qui nous ont précédés, le souvenir de \euT^ vertus : abnégation déoouemeni, sacrifice, et comme c'est là ma devise, on le sait, je ne dois pas m*arrêter ici à donner d'inutiles larmes à mes parents morts ou blessés au champ
d^homieiir, k mon régiment pins que àéàmé el à tant de braves
qui ont porté glorieusement son numéro el qui ne sont plus ; je serais inconséquent à mes principes. Mon devoir de parent et 4*anmAnier est de lever les mains vers le ciel et de les ofifnr en
holocauste, pour le salut de l'armée et de la patrie. Je l'ai déjà dit : le sang sert toujours à quelque chose, depuis qu'il a coulé sur le calvaire.
On comprendra facilement alors quels sont les liens (jui m'attachent au 4®' régiment de hussards et à Tarmée : ce sont les liens du sang et des principes :
Aboégatiooy dévouementy sacrifice.
Le tout pour IHeu et lliQiiiaDité.
Campagne d'Espagne et Porlugal (1811, 1812 el 1813). — Année d'Ëspagoe : 2« corps, maréchal Soult; divisioo LasaUe, brigade Franscheschi» l«r régiment de bussards, six escadrons» colonel Mertlo. — Dépôt II FoDteoay^é-Comte (Vendée)*
C'était le 4*- de hussards qui nous cédait son major pour colonel. Ce régiment faisait aussi partie de Tarmée d'JSspagne. M. Merlin était donc à notre portée.
La prise de possession du 1" de hussards se fit à l'ordinaire devant le front du régiment, en tenne de campagne, à cheval, aux fanfares de nos trompettes noirdes par la poudre ; le général de brigade le fit reconnaître pour colonel, en rappelant l'obéissance et le respect dus à un chef de corps, dans tout ce qui concerne le service. L'obéissance est aussi la vertn du soldat.... On remit le sabre au fourreau et Ton resta chevaux sellés. L'ordre de départ arrivait.
Le maréchal Massëna allait, en effet, opérer une noQTelIe
invasion dans le Portugal; lo l**" de hussards en faisait partie. Nommé colonel du régiment le 40, Merlin était, le 45 septembre 4840, en route avec Tarmée expéditionnaire; on rencontra Tcnnemi le 24.
L'armée anglaise était rangée en bataille, sur la montagne d'Alcoba. Sa position était inexpugnable tant par la natnre que par l'art. [(0,000 hommes étaient édielonnés en ampUthéltre, couverts par 80 pièces de canon.
Le S7 septembre, les Français montèrent à Tassant en cinq colonnes d'attaqne. L'acharnement fot extrême des deux côtés; impossible de déloger l'ennemi. Nous eûmes i ,800 tués et 5,000 blessés. Force fut de contourner la montagne.
On fit mouvement en avant sar Lisbonne, en face des Anglais qui en faisaient autant. Arrivé devant cette ville, Masséna se trouve en présence de 440,000 à 450,000 hommes. Il n'en avait que 50,000. Il n*osa présenter la bataille; mais il l'attendit pendant deux mois.
Le 5 mars 4844 , commença le mouvement rétrograde de Tarmée française, poursuivie par les alliés, avec escarmouches et combats continuels. C'était bien l'aflliire de nos hussards.
Le 3 avril 1811 , on est à Sabugal; on dégaine; c'est le coup d'essai spécial du nouveau colonel; à la tête d'un seul escadron, il disperse un régiment d'infanterie anglaise et lui reprend une [)ièce de cauon; il est nommé, sur ce fait, oillcier de la Légion d'honneur.
Le 4 avril, Masséna était de retour à Ahnéida, point de dé»
part de l'expédition; nous avions de moins, dans nos rangs, 30,000 soldats, la moitié tués à l'ennemi ou faits prisonniers.
Pour fin de compte, le combat d'Albuéra du 46 mai suivant, faillit anéantir le reste de notre armée; sans son peu d'artil-
— 4dl —
lerie, c'en était peut-être h\% du corps d'armée da maréchal
Soult. 6,500 lioinmes hors de combat, 2 généraux tués, 3 bies* sés; tel, dans ce jour, le chiffre de nos malheurs.
Le 49 juin, l'armée ent occasion de repasser sur le champ de bataille d'AIbuéra, A lire le récit que nous en a donné un témoin oculaire ; à bi vue de ces cadavres laissés sans sépulture, noircis et brûlés par le soleil et rappelant les momies d'Égypte à l'aspect effrayant, on se croirait transporté au jour non moins . néfaste où, après le massacre de Sidi-Brahim, en Afrique (4845), le de hussards, formant la colonne Cavaignac» alla rendre les honneurs funèbres aux restes de son 4* escadron et à ceux du 8^ bataillon de chasseurs à pied, morts au cbamp d'bonneur pour la patrie. Ces deux époques sont bien éloignées, trentequatre ans les séparent; mais les similitndes effacent les dates et les distances; aussi bien, le cœur sait les unir.
Pourquoi mon cœur d'aumônier est-il obligé de déposer ici, par la pensée, dans une même tombe, le 4^ hussards du temps passé, à côté du 2® de nos jours!
£n effet, il s'était fait tant de vides dans nos rangs, par suite de tous ces combats, qu*il fallut, avant tout, songer à nous reconstituer une fois de plus.
Ën conséquence, le 41 juin de celte année 4844, le régiment reçut les trois premiers escadrons de chasseurs de la légion hanovrienne. L'effectif du 4^' hussards se trouva porté alors à près de 500 hommes et autant de cbevaux. C'était, dans les circonstances où nous nous trouvions, beaucoup d'un côté et peu de Tautre.
Nous arrivâmes ainsi à l'année 4812.
Le 6 avril, le 4®*^ régiment de hussards était accouru, avec le corps d'armée du maréchal Soult, jusqu'aux portes de Badajoz, assiégée par les Anglo-Portugais. H était trop tard. Ce jour
meiiie, cette ville, malgré la valeur du général Philipon et celle de 4,.000 français qui la défendaient, venait d'être emportée d*assam par 25,000 alliés.
Nos généraux et nos soldats étaient les hommes de l'impossible; mais que pouvaient tant d'habileté et de courage contre des armées nombreuses, régulières, et Je débordement entier du pays. Ajoutons encore Tinvasion dans notre armée de la fièvre jaune. •
Plusieurs corps opéraient donc de force leur mouvement de retraite. Le nôtre se mit en marche sur le royaume de Léon et la Vicille-Castille ; c'était la route du rapatriement.
L'ennemi se portait partout pour nous barrer le passage ; partout, pour fatiguer notre^marche.
Le 22 juillet, rarnice fniiiraiso rencontra les alliés aux Arapyles. L'affaire fut sanglante. C'est à l'intrépidité du 4" de hussards que nous dûmes l-honneur de la victoire ; nous primes 44 canons, 2,000'hommes; Tennemi en perdît 5,000; quant à nous, parmi nos morts, hélas ! déjà bien nombreux, nous avions trois généraux, et cinq parmi \jd& blessés; c*est assez dire l'acharnement du combat. En somme, le 4^ régiment de hussards avait sauvé l'armée.
Le 29 septembre , au combat de Monasterio , le chef d'escadron Hulman est cité à Tordre du jour, pour l'intrépidité avec laquelle il entraîna ses hussards.
Le 23 octobre, entre Burgoz et Santianez, sur le Rio Hormanra, le 4 de hussards, conduit par son colonel, charge le 46* dragons anglais, le culbute, fait 33 prisonniers, dont le lieutenant-colonel de ce corps, et poursuit Wellington jusqu'à Zamora. La prise du lieutenant-colonel anglais fut le trophée du brigadier Dpcroix. Enfin, le dernier fleuron que cu^Uit, pour cette année, le régiment, fut celui de Villadrigo, le 25 octobre.
Le régiment de hussards n'ayant plus de lauriers à cueillir en Espagne, n'avait conséquemment plus rien a y faire; ou plutôt, les différentes péripéties de ce grand drame de la guerre de )a Péninsule s'évanouîssant l'une après l'autre, il n*avait plus qu'à laisser ce pays, de souvenir si cruel pour lui, et qu'à suivre le mouyement rétrograde de l'année française. Tels étaient les ordres; tel fut le soin du colonel Merlin.
On va doucement, lorsqu'on 'recule; quand l'impossible arrête leur marche en avant, les aigles sont apprises, en se reti* rant, à défendre le terrain pied à pied. Elles n'auraient pas été dignes d'elles-mômes , si elles eussent agi dilTéremnient.
Le 27 juin 1813, les diiTérents corps d'armée opéraient leur entrée en France, par les différentes gorges des Pyrénées.
Les Espagnols demeuraient insoumis ; ce n'était pas en effet dans l'espace de six ans, que l'on pouvait soumettre une nation de la trempe de FJSspagne. L'Arabe n'est point si facile à sub* juguer ; trente-six ans de campagne d'Afrique nous l'ont bien appris, et nous avons dit que les Espagnols tenaient des Arabes, par le sang et un reste d'babitude. ^
A cette époque, le 4*^ régiment de hussards se trouvait en France. Sa feuille de route portait : Lyon. « Nous étions en 9 tout hommes, officiers, trompettes, hussards. Nous avions » à traverser tout le sud de la France ; nous parâmes par étapes » et un peu à marches forcées. Vingt jours après, nous étions » à destination. »
Le 14 juillet, le colonel MerUn reçut sa nomination de général de brigade et remit le régiment aux mains du colonel Clary, son successeur. '
Les états de services d*un chef de corps sont toujours ^écieux pour son régiment; mes nombreuses notes ont conservé ceux du colonel Merlin, les voici :
Merlin (Antome-François-JoMph-BogèAe), fils du célèbre juriseonsulle Merlin, de Douai, né à Donai, le i7 d<c 4778;
Volontaire en 1793, alUché à l'étal-major ;
Sous-lieui. aa 7"^ chasseurs à cheval, le 30 octobre 47d5 ;
Aide de camp du général Bonaparte en Ëgypte» choix spécial, le 2 mai 1798;
Lieutenant, récompense de son courage, le 8 janvier 4799;
Capitaine au 4*^ chasseurs à cheval, le 25 mars suivant;
Chef d'escadrons au 44* de cavalerie, depuis 23*^ de dragons, Je 19 février 1801;
Passé au 4* hussards, le 3 août 4803 ;
Décoré le 44 décembre 4803 ;
Campagnes d'Autriche, de Prusse, de Pologne, de 1805 Major, le 90 février 4807;
Colonel du \ régiment de hussards, le 1^"^ septembre 1810; Officier de la Légion d'honneur, le 44 avril 4812, pour Taffûre de Sabugal;
Général, le 14 juillet 1813.
La suite n'est pas moins glorieuse, nous la toucherons en temps et tieu.
Campagne d'Italie (1814). — Corps d'armée du prince Eugène de iieaii* baroais; l*r régiment de hussards, colonel Clary (sauf un escadroo en Russie, 3* corps d'armée). — Campagne de France (1815). — Le régiment à la réserve de cavalerie da comte de Groodiy.
Nous sommes à Lyon, le 14 juillet 4843; 220 hommes, un nouveau colonel, c'est tout le 1^^ hussards; les soldats sont exténués, les chevaux rendus, et cependant il fout encore faire
eanpagne; le colonel Oary reçoit Tordre de mettre d'argence
son régiment sur pied de guerre; en même temps, des détachemeois de presque tous les corps de hussards, hommes et che- ▼aux, sont dirigés sur Lyon, pour être versée dans ses rangs;
ce sont les 4®, 5«, 7®, 9* et 40* de l'arme qui nous fournissent le plus.
Aussitil arrivés, anasitdt incorporés, aussitôt inspectés, de façon qu'à la première revue, nous avions en ligne presque tous les uniformes de hussards. En môme temps, accouraient en toute hâte de Fontenay-le-€k)mte à Lyon, les compagnies de dépôt du 4*^ hussards, pour prêter leur concours à cette réorganisation forcée et pourvoir aux besoins et à l'uniformité de l'habillement.
Sn moins d'un mois, le 4* régiment de hussards présentait
un effectif de 4,400 hommes, bien habillés, bien équipés, et 4 ,000 chevaux passables.
Aussitôt, et d'urgence aussi, le réginwit se hiffurque; quatre escadrons de guerre partent pour Tltalie, aux ordres du colonel
Clary. Ils vont rejoindre le prince Eugène , sous-lieutenant de chez nous, en 4797, et alors général en chef de cette armée.
Puis, le 4*^ escadron est dirigé à toute la vapeur de ses chevaux, sur la Russie, pour contribuer, suivant ses forces, à arrêter l'ouragan qui menaçait de nous engloutir. A la mi-octobre, il est sur l'Elbe, dans les environs de Leipsick, et classé au 3® corps. Il avait bien marché. Le temps était précieux; nous allions être débordés ; soldats, sentinelles, prenez garde à vous 1
Aussi bien, les soldats français ne laissent pas le terrain sans faire sentir ce qu'ils sont. L'escadron du hussards détaché à la grande armée se distingua pleinement à Wachau, Leipsick et Hanau, les 46, 47, 48, 49 et 30 octobre 4843.
Il rencontra, sons Leipsick, le 3® régiment des gardes d'hon-
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nenr de l'empereur, où servati une partie de la noblesse de la Vendée , et, en particulier, avec le grade de lieutenant en pre«* mier (capitaine dans la ligne), le chevalier Alexandre de Chabot, du château du Paro-Soubise, Tun des parents, comme je l'ai dit ailleurs, du colonel de Bercheny; ce digne chevalier m'en parlait quelquefois avec l'émotion de la famille et du soldat.
Ces deux corps iîrent mouvement en arrière ensemble , jusqu'à leur retour en France, partageant lés mêmes souffirances et cueillant les mômes lauriers partiels.
Le régiment, de son côté, arrivé en Italie, n'eut aucun combat à livrer. C'était toujours des escarmouches, des affaires d*avant-postes, etc., etc.^ l'ennemi ne se livrait pas, et la valeur française était forcément comprimée.
Il y eut cependant un trait de bravoure et d'audace qui fait le plus grand honneur au 4*' de hussards; je tiens d'autant plus à la mentionner ici , qu'il me vient d'un témoin oculaire, aujourd'hui l'un des plus honorables membres de notre Société d'anciens frères d'armes.
C'était le 8 février 1814, le 2« escadron du régiment, commandé par le capitaine Guérard, était en tirailleurs devant le village de Voila, en Italie, quand le prince Eugène, à qui rien n'ccliappait, s'approche du capitaine et lui demande s'il n'aperçoit pas dans le lointain un groupe d'hommes, que l'éloignement empêchait de distinguer. Sur la réponse n^ative de celui-ci, le prince ordonne d'envoyer un brigadier et quatre hommes pour éclairer.
Ce groupe n'était autre qu'un poste d'infanterie autrichienne, fort de 300 hommes.
Ces 300 hommes furent faits prisonniers et ramenés par les quatre hussards, que commandait le brigadier Houdard. Le brave. Boudard ne fut nominé chevalier de h Légion
d*hoiineur qae sons la Restauration, vers le mois de juillet 4 84 4 et reçnt sa croix des mains da colonel (Sary» sur la place du
Pont-d'Auslerlilz, à Paris.
liais, bientôt forcé de sabir le cours des événements et de se replier sur France, le 4**^ régiment de hussards est évacué sur Nice, Draguignan, Arles, Avignon. Là, se passe une scène qui faillit être sanglante.
Nous étions fin d*avril 4814, le roi était entré à Paris; le hussards portait encore la cocarde tricolore et le soldat était logé chez l'habitant. L'ami dont je viens de parler tout à l'heure et qui se trouvait là comme sous-officier, allait remplir ses fonctions près de son escouade, tranquillement et le sabre au fourreau, sur l'épaule; on Tentoure, on l'insulte.... S.... Bonapartiste, par-ci; s.... Bonapartbte par là. C'était une véritable émeute; force fat à lui de dégainer. L'autorité municipale accourt, les officiers de morne, et le colonel Clary s'adressant au nouveau maire, lui parle en ces termes : « Monsieur je maire, » le 4^ régiment de hussards que j'ai l'honneur de commander, » n'est point un régiment rebelle ; je n'ai aucun ordre de Paris. » Aussitôt que j'en aurai reçu, je m'empresserai de m'y con- » former; en attendant, vu l'aspect de la population, le vais » faire sortir mes hussards et camper hors de la vQle. » n n*en fut pas besoin; à cette déclaration, chaque bourgeois prend un hussard au bras, l'emmène chez lui; tout le monde est d'accord et l'on va tant soit peu foire, ce qu'on appellerait de nos jours, la noce.
£t ce temps d'arrêt fut bien court et la tempête montait, montait sans cesse, et le 4^ hussards eut encore une belle page
de bravoure, à Fleurus; ce devait être la dernière du moment.
Puis, vint le grand cataclysme qui emporta tout, les admi-
nistratioBS, les corps de l'État, les infividas, l'empereur'
lui-même.
Un instant, nous n'àvions plus d*armétt; on pen pins, nous n'avions plus de France.
Aussi bien, ma plume s'arrête là ; elle n'est pas en effet taillée pour écrire les revers, mais les triomphes de Tarmée française^ Le soldat de Rocroy, de Fontenoy, d'Aosterlitz est toiqonis pour moi le premier soldat du monde, comme le soldat d* Alger, de Constantine, de Crimée et d'Italie. Voilà pourquoi je pleure» quand je lui vois, par la force des* événements « déposer on rendre les armes.
L'armée brisée en 1815, ma plume se brise aussi , pour reprendre, avec Tannée réorganisée, une nouvelle ardeur, un nouveau courage. Car c*est toujours sur et pour des soldats français que j'écris.
A cetle date de 1845, comme pour ensevelir mes regrets de fomiUe avec Tannée, mourait mon aieul, le hussard de Bercheny, du temps passé.
Ayant rempli très fidèlement ses devoirs envers Dieu et envers le prochain, ce qui est le précepte de TÉvangile, comme il avait rempli très fidèlement ses devoirs de soldat, il est monté vers un monde meilleur, recevoir la récompense de ses mérites.
A cette même époque, je naissais, pour remplacer, près du régiment de hussards, lui et les trois autres parents qui avaient compté vivants, morts ou blessés, dans ses rangs. Ma charge était lourde. Par bonheur, le souvenir de leurs vertus est venu l'alléger, ainsi que l'honneur d'avoir servi Tarmée et le régiment, pendant trente ans de ma vie.
Je ne Tai pas servi, moi, comme soldat ou officier. Je Tai servi comme prêtre. Quatre hussards du 4 un du SI* et quatre
prêtres dans ma famille, c*était plus qn'il n'en fallait pour satisfaire mon cœur. Mes relations de ces trente années en sont la preuve irréeiualile.
Puis, à côté de ma croix de bois, j*ai leur crœx d'honneur, leur médaille de Sainte- Hélène, le souvenir de toutes leurs eampagnes, glorieuses «grafes du temps passé, ainsi que plusieurs autres attributs précieux du l*' hussards.