COCHIN
» UiaQoiue liouorairc, auuiônicr Uo l'H6loi-Dicu. »
Or, je n'ai reçu de cet ecclésiastique, aucune lettre postérieure à celle-ci. La conclusion est donc bien facile à tirer.
Ea lin de compte, la révolution de juillet a emporté cette aumônerie militaire, qui n'avait fonctionné, on peut le dire, pendant ces dix ans, qu*à titre d'essai, et qui aurait été susceptible, si elle eut duré, de prendre d*excelients développements. Le temps est un p^rand maître.
4829. — Mais le régiment nous appelle ; il reçoit Tordre de changer de garnison; il va de Neuf-Brisac à Joigny. Partons.
1830. — Le 1®^ régiment de hussards est à Joigny ; c'est là que le trouvent les événements de juillet de cette année.
J'emprunte ici, pour la spécialité de ce qui le regarde, le récit que m'en ont fait deux témoins oculaires, membres de notre Société de frères d*armes, alors sous-officiers au corps :
« Notre jeune colonel, le duc de Chartres, était en ce mo- » ment à Joigny, pour l'inspection. A la nouvelle de ce qui se » passe à Paris, il part précipitamment pour la capitale, soit » qu*il ait été mandé par le télégraphe, soit que ce fut un i> mouvement spontané de sa part; il arrive, et comme les » choses se dessinaient en faveur de son père, nommé Ueute- » nant-général du royaume, il est commandé de retourner im- » médiatement à Joigny et de conduire son régiment à Paris.
» Pendant ce temps, les estafettes se succèdent; les télé-
» pra plies jouent; une chaise de poste ramène le prince au ga- » lup de ses chevaux. C'éluil le dimanche, il était près de onze » heures, nous étions allignés pour nous rendre à la messe, » musique en téte. Arrive une dépêche; le 4^ hussards doit » seller sans retard, se tenir prêt et envoyer un détachement » au-devant du duc de Chartres. La messe est contremandée; » on rompt les rangs.
» Sur cos entrefaites on annonce l'approche de hi duchesse
> d'Angouléme, revenant des eaux. Le commandant Suremain » fait mettre le drapeau hlanc sur le pont de Joigny ; un esca* » dron était à elieval ; on hii offre une escorte d'honneur, elle » refuse, on lui présente les armes, elle passe.
» L'escadron se porte à la rencontre du prince et rentre en » ville avec lui. En conformité aux ordres dont il est porteur, ^ on forme à la hâte trois escadrons de guerre ; les demoiselles » de Joigny se réunissent pour la confection des cocardes tri- » colores, elles nous font, à ce sujet, la gracieuseté de leurs » rubans et fichus qu'elles découpent de leurs propres mains; » on dirait que leurs doigts vont à la vapeur. Il n'était que » temps. On les distribua à huit heures et demie, et à neuf » heures du soir, on est à clioval pour Paris; on marche nuit » et jour. A Melun, on rencontre une estafette ; rien de nou- »• veau. On chargé les armes. Près de cette ville se trouve une » partie de la garde royale, qui demeure sans ordre et les che- » vaux au piquet. On fraternise ; on était tous français. On
> continue ; les cinq étapes sont faites en trois jours. L'itinéraire » d'arrivée est par Yincennes, Saint-Mandé, la barrière du » Trône ; le 3 août, le 1" régiment de hussards fait son entrée » dans Paris, au milieu d'un concours immense. Le duc d'Or- » léans, lieutenant-général du royamne, et son épouse» Marie-
» Amélie, sont là pour recevoir leur fils et le régiment ; le duc de Chartres descend de cheval et va emhrasser son [)ère et
» sa mère. Le cortège s'acheinine par la Bastille, les boiile- » vards, tourne sur ia place Vendôme et arrive à la caserne du » qnai d'Orsay, à quatre heures et demie du soir. Le peuple » précédait, suivait en niasse, seiiiblabl»' aux flots d'une mer » en courroux. Ou commentait les évcnemcuts en grand, en » petit. Les hussards ont bien, en effet, la cocarde tricolore, » mais ils ont la fleur de lis au porle-nianteau ; la fleur de lis » à la sabretache, etc., etc. Les révolutions sont impatientes, » impitoyables, exigeantes, sous le coup du moment. Nous » fûmes bientôt mis, en entier, dans le moule du jour et nous » reçûmes, des mains de Louis-Philippe, notre nouveau dra- » peau. »
Que si, ami lecteur, il vous prend envie de visiter le musée
(fartillerie, près Téglise Saint-Tbomas-d'Aquin, à Paris, [jrenez la première galerie à gauche ; parcourez de l'œil toutes celles de nos gloires militaires qui y sont installées; longez avec orgueil ces simulacres de coursiers bardés de fer et de chevaliers du moyen âge; c'est le passé qui rend honunagë au présent ; et, à l'extrémité de ce môme côté, toujours à gauche, dans l'angle, voyez ce petit étendard de cavalerie, aux nom et chiffre du l^"" régiment de hussards, c'est celui dont je parle, avec lequel il a fait la campagne de Belgique et ses autres cantonnements et garnisons jusqu'en 4848. Je Tai vu de mes propres yeux.
Le changement de dynastie amena le changement de colonel. Le duc de Chartres devint maréchal de camp et duc d*Orléans. Mais, avant de se séparer de son régiment, le prince royal voulut passer une revue d'honneur et d'adieu. £t là aussi, pour que, d*unç autre façon, le passé fut réuni au présent, le
jeune prince fit inviter à cette revue celui que l'on peut appeler •
un des principaux rayons des gloires passées du régiment, le brave générai baron de Juniac de Bégougne, ancien colonel du 4^ hussards et qui vivait alors retiré à Versailles. C'était pour fui montrer le régiment toujours flambant et beau eomme par le passé. On dit que le vieux colonel en pleura de joie. Il dm revivre, en effet, cet excellent homme, et, après tant de lauriers et de campagnes, son grand cœur dut triompher une fois de plus, en voyant les enfants de ses anciens hussards, si dignes de leurs pères, si dignes de lui-môme.
De son côté, le brave colonel Sunoneau, qui avait commandé le régiment avec tant de distinction, depuis six ans, fut bientôt promu au grade de maréchal de camp. C'était la juste récompense de ses mérites militaires.
La première tète de colonne changea donc complètement et fut remplacée par la téte de colonne suivante, aussi distinguée que la première :
4830. — 47 août. Date de la promotion du colonel Pozac au 4*' régiment de hussards.
Le colonel Pozac était un vieux de la vieille, un ancien habitué du 4*^ hussards du premier Empire ; c'était notre ancien maréchal des logis du 12® de Tarme; l'un des héros de Marengo; l'un des lauréats de cette victoire que nous avons vu décorer d'un sabre d'honneur, pour la belle part qu'il y avait • prise ;
Lieutenant-colonel: Lantbonnet (Frédéric), 12 août 1830, remplacé par le lieutenant-colonel Lorry de Fon.tenelles (Louis- Nicolas], 30 aoôt 4834;
Chefs d'escadron : De Foissy [Jules-Félix-Godefroy), Gudiu (Charles-Gabriel-Cééar), Keibell (£ugène^Louis-Joseph) :
Major : Carmignac (Jean-Pierre) ;
Capitaine instructeur : Morin (Petr us- Victor).
Le régiment recevait aussi dans ses rangs les capitaines Del-
mas de Grammont (Joseph-Auguste), Denoûe (Armand) et Lion (Louis] ;
Les sous-lieutenants- Gentil de Saint-Alphonse et de Vernon (Paul).
Tous officiers de posiiion et d'avenir, ajoutant uu reflet de plus à ceux qui le commandaient déjà..
4834 . — i9 février. Ordonnance constitutive de la cavalerie. Les réjiiîiu'nts de hussards sont portés à cinq escadrons.
£u conséquence, un détachement du do hussards est envoyé en remonte à Meta^.
Par eette même ordonnance, il est eréé cinq régiments de lanciers. Notre ancien lieutenant-colonel Vidal de Léry passe colonel du 5® de cette arme, formé avec le 5^ chasseurs à cheval, alors en garnison à Niort et à Fontenay-le-G!omte, et qui part de ces villes pour Poitiers, afin d'y opérer sa transformation.
4834. — Mars. Distribution de drapeaux à \a garde nationale et aux régiments stationnés à Paris et aux environs. Le
4 régiment de hussards y assiste et continue de faire le service de la capitale. 4834. — 44 avril. Le lieutenant-colonel de Lanthonnet est
nouiuié colonel du 6^ de hussards.
Cet officier supérieur avait pris tous ses grades au 4®' de chasseurs à cheval, jusqu'à celui de chef d'escadron , 4845. Remis en activité au 3® hussards, comme chef d'escadron, 28 janvier 4824 ; lieutenant-colonel du 45^ chasseurs, 25 janvier 4829; passé lieutenant-colonel au hussards, le 4SI août 4830 ; colonel du hussards, 44 avril 4831 ; général de brigade, 26 avril 1844 ; mort à Beauvais en 4864.
Campagne de Belgique ({83S}. — Avant-garde, aux ordres du doc d'Orléans. — régimeal de bas&ards, colonel Pozsc ; lieulenaotcolonel de Fonlenelles. — Le régimenl porté à 5 escadrons.
Pois ènfin, de nos ]onrs, Anvers et la Belgique.
(Imcriplian au drapeau du i^^ hussards.)
Partant en 1832 de Paris pour ia Belgique» le 4^ régiment de hussards allait faire campagne, le coeur joyeux et ma foi,
toujours en bonne compagnie, comme d'ordinaire.
Nous allions y retrouver le jeune duc d'Orléans, notre général d'avant-garde, les généraux Merlin, de Castellane, Simoneau, Nicolas et de Marbot, tous anciens colonels ou offiders
d(^ chez nous.
De son côté, avec le colonel Pozac, les officiers, les sousofficiers et hussards, tels qu'ils étaient, le régiment ne pouvait
i^lre ni mieux constitué, ni mieux monté.
L'armée française, aux ordres du maréchal Gérard, était composée de 70,000 hommes. La brigade d'avant-garde, commandée par le duc d'Orléans, ayant pour aide de camp son frère le duc de ISemours, comprenait ;
Le 20« léger ;
f.e \ " régiment de hussards ; Le 1^^ régiment de lanciers.
Ce régiment de lanciers avait été formé le 44 août 4830;
c'était le premier régiment de cette arme, créé en France, depuis 1815 (j'excepte les lanciers de la garde royale, qui étaient hors ligne), messieurs les étrangers, il paraît, nous ayant interdit, à cette époque, des corps de ce genre. Il avait tout l'uniiorme écarlate, revers bleu ciel. Il portait le nom de lanciers de Nemours.
J'ai vu, dans son temps, une gravure représentant l'entrée de celte brigade en Belgique. Elle s^cffectua, pour toute l'armée, sous la date du 45 novembre 4^2.
Après avoir espacé son armée de la manière la plus convenable pour opérer contre la citadelle d'Anvers, et lancé (jiicli{iies bri^^ades de cavalerie légère et deux divisions d'infanterie pour couper tontes les communications de Tennemi, le maréchal Gérard fit sommer le général (lhassé de se rendre, et, sur son refus, lit commencer les opérations du siège.
U n*e8t pas de mon sujet de faire ici ce qu'on appelle le journal de cette campagne ; mon cercle est plus restreint. Je me dois tout entier à riiistoire du hussards. Malheureusement, dans un siège, le rôle de la cavalerie est assez circonscrit ; c'est toujours quelques affaires d'avant-garde, de reconnaissance, de grand'gardes, de bivouac, ou le résultat n'était pas douteux pour nous, mais où l'importance de Taction n'était pas en raison directe du désir et de la valeur de nos hussards. Je me bornerai donc à relater (juelques mois du dernier ordre du jour donné par le maréchal Gérard, à la fin de cette campagne, où le régiment peut revendiquer sa part de gloire.
« L'armée, dit le maréchal, a prouvé qu'elle savait joindre » la constance à la valeur ; qu'elle brave les dangers, comme » elle supporte les privations et les fatigues... Dans ce siège » mémorable, il a été ouvert 4 4,000 mètres de tranchée ; tiré » 63,000 coups de canons, pris à l'ennemi 5,000 hommes, » dont 485 othciers; nous avons perdu 608 soldats.
» Toutes les armes ont fait leur devoir ; tous les services ont » donné des preuves de dévouement. Les soldats ont campé, » ont bivouaqué, ont quelquefois doublé, triplé quelquefois le » service, sans se plaindre. Les blessés ont fait preuve de cou- » rage. Le maréchal commandant en chef sait ce que chacun
» a fait, ce que vaut chaque soldat, et sera beoreux de faire
f^ réconipeuser chaqiio mérite. »
Le 23 décembre, la citadelle d'Anvers ouvrait ses portas à l'armée française; cette capitulation finissait la campagne.
1832. — Lo dépôt du régiiiieiit de Iiussurds est à Lille ; les escadrons de guerre le rejoignent, en entrant en France. Le lieutenant Molitor (Gabriel-François-Joseph) est nommé capi*
taine au régiinciit.
1833. — \aK^^ de hussards part de Lille pour Rambouillet. Cette année a lien le rétablissement, sur la colonne Vénâôme,
de la statue de l'empereur. Le régiment est mandé de Rambouillet à Paris pour la cérémonie. Il reste à cheval depuis six heures du matin jusqu'à neuf heures du soir.
1834. — Toujours à Uamhonillet. Il nous y arrive deux nouveaux ofliciers : le lieutenant-colonel de Lesparda et le sous-lieutenant Yvelin de Béville (4).
4835. — Le 4®' hussards tient garnison à Vendôme. Le maréchal des logis de Montaigu, sortant numéro 4 de l'école de cavalerie de Saumur, y entre avec son grade. C4e sous-offîcier est devenu colonel des guides le 24 décembre 4858, et général de brigade le 12 août 1866.
4835. — 44 août. M. (]orréard, notre ancien major de 4823 à 4830, lieutenant-^colonel depuis le 42 août 4830, est nommé i-olouel du 4^ chasseurs à cheval.
Le major Clavel est son second successeur au corps.
4835. — 45 août. Le colonel Pozac laisse le commandement du 4®' régiment de hussards. Son long service militaire, «es campagnes, ses fatigues, ses blessures ne lui permett<iieut plus
(1) H. de BéTille comtnaDdc aujourd'hui, comme colonel» k*8 lanciers de la garde (1867).
de le conttnaer. Le gouvernement du roi lui confia celui do l'hôtel du Luxembourg. C'était une douce retraite au milieu de
Paris, après laiit d'années consncrres au métier do la giuTrt*. Le colonel Pozac est un de ces hommes que Ton regrette ne pas voir avec les étoiles de général. Ehl qui pouvait les avoir méritées plus que lui! C'est que la vie du soldat n'est pas toujours le grain de sénevé qui multiplie ses branches |>our abriter sa vieillesse, au gré 4e ses désirs; ni le blé fertile qui produit le centuple pour le nourrir; ce qui revient à dire que, comme sa vie, son berceau et sa tombe sont souvent marqués au coin de notre vertu favorite : Tabnégation, le sacrifice.
Mlle Pozac, sa fille, avait épousé M. Valcourt de Finance, mort en 1861 , chef d'escadrons au lanciers; j'ai sous les yeux une note «pii dit : « Officier supérieur très distingué, » gendre du brave Pozac, l'un des héros de Marengo, M. de > Finance laisse a[)rès lui les regrets les plus mérités. »
Les souvenirs de cette époque ont été pour mon existence;, l'objet d'un épisode qui trouve ici naturellement sa place.
J'étais à Metz, le i juillet 1864, au champ fie manœuvre, avec trois bataillons du 21^ de ligue et le 4^ bataillon de chasseurs à pied, ce dernier commandé par un Latour-d'Auvergne, parent de Tancîen premier grenadier de France, et où f avais beaucoup d'amis parnii les oiliciers. J'a\ise un cantinier civil qui se trouvait là, avec un panier de vin, pour arroser, à la pose, le gosier du soldat. C'est le meilleur des entr'actes {)our les deux. Mon liomme ne se définissant pas ()récisément la cause de l'apparition d'un prêtre dans ce lieu, s'approche, échange avec moi les premières pardes d'usage, puis, d'un air étonné, me fait |)art de ses impressions. — Je .suis ici, lui dis-je, pour rechercher les souvenirs de mon régiment de fajnille. — De votre régiment de femille? reprend-il. — M»s, oui. — Quel était-il
donc, ce régiment? — Je réponds : Le i^' de hussards. — GommenI, M. Tabbé, le 4^ de hussards 1 Et de ses yeux partaient des éclairs, et c*est aussi mon ré^^ment à moi ; j'y ai servi sous le culuiiel Siinoneau, le colouel duc do Chartres, le colonel Pozac; j'ai fait avec eux la campagne de Belgique; ah ! quand vous avez nommé le 4^ hussards, je ne sais ce qui m*a retenu, mais j'ai été sur le point do vous sauter au cou, de vous embrasser, de vous presser sur mon cœur; ah,l permettez au moins, monsieur Taum^nier, que je vous serre affectueusement la main Je restai stupéfait d'émotions et la lui
tendis avec bonheur.
Hélas I tous les sentiments dont je venais de voir scintiller de son cœur la généreuse expression, ces sentiments, je- les avais moi-môme; le mien en était remph. A ce mot de hussards, j'aurais voulu, le premier, serrer cet inconnu dans mes bras, lui tendre la joue et lui donner le doux nom d'ami» de frère. Pourquoi donc me suis-je laissé devancer? — N'estil donc pas vrai que nous nous défions toujours trop les uns des autres ; c'est là un des maux de notre triste humanité ; pourquoi donc toujours des craintes, toujours des appréhensions; mais c'est là s'avilir 1.... Et comment, moi qui faisais si hautement profession de ces principes de fraternité, qui les a\ais consignés dans le volume : V Aumônier de Régiment, qui depuis vingt-cinq ans, fréquentais l'arnu^e pour la ^approcher du prêtre, commènt ai-je fait pour me laisser distancer par un soldat? Je m'en accuse sincèrement; je n'ai pas été, dans cette circonstance, à la hauteur de mon sujet ; en fait, j'ai été inférieur à mon eantinier et cependant, Dieu le sait, en cda, comme en toute autre ehose, je désire bien ne le céder à personne ; car c'est ma nûssion de prêtre de tendre, le premier, la oiain à tout individu honnête et dans cette occasion l'initiative
— \ iO —
était mon affaire, avant d'être la sienne. Brave iiussard du i^'S vrai cœur de soldat, pnissé-je, dans ma vie, te rencontrer une
nuire fois. Ah! j*espère bien alors être plus heureux et plus coulent de moi qu'aujourd'hui.
Dans cette même année 4835, sortit du régiment un che£ d*escadron des plus distingués ; il y avait pris tous ses grades et y avait fourni une longue carrière; il passait lieutenant-colonel au 6^ de hussards, sous la date du 34 décembre. C'était Reibell (Eugène-Louis-Joseph), né à Strasbourg le 44 avril 4796. Sous-lieutenant au H"^ hussards en 1814, lofs du blocus de Strasbourg, décoré pour sa belle conduite dans la défense de cette place ; il a fait depuis partie du 4^' hussards pendant vingt ans. Sous-lieutenant en 4846, lieutenant en 4822, capitaine en 4823, chef d'escadron en 1830, ollicier de la Légion d'hon- . neur en 4833, toujours au régiment; lieutenant-colonel au 6" de Farme en 4835, il fut colonel du S® de cuirassiers en 4839.
La campagne de 18i3 lui \alul, outre ce que nous a\ons dit, la décoration de Saint-Ferdinand d'Espagne et une citation à Tordre du jour de Farmée pour avoir, 1^ 30 septembre 4823, blessé plusieurs cavaliers espagnols et pour, blessé lui-même, avoir arraché un de ses camarades aux mains de rennemi.
Celle de 4832 lui procura la rosette d*ofiicier ; maréchal de camp, le 42 juin 4848; général de division, le 22 décembre 4851. Là se borna sa carrière militaire, et c'est bien beau*.
Gomme soldat, je viens de rendre à ses états de service et à sa gloire la justice quMls méritent ; comme prêtre, c'est-à-dire ami (les hommes, condliateur entre eux et leur médiateur à l'égard de Dieu (c'est ainsi que j^entrevois ma mission), je voudrais pouvoir en dire autant de sa toléinmce religieuse; il n'en est pas ainsi. Le général Reibell était protestant; je n'ai point à m'occuper de la spécialité de ce point. Mais, il avait au cœur
an tant soit peu de fianatisme et comme le fanatisme est antihumain, anti-philosophiqne et anti-chrétien, c*est à ce titre seul que je relève le gant et que j'offre un cartel à sa n^émoire.
Voici le fait. Pendant qa*il commandait une de nos divisions militaires (et il on a commandé plasieurs], un colonel avait proposé à son corps d'officiers de l'accompagner à la messe de minuit. Il n'y avait pas de coaction; c'était une simple politesse. Ces messieurs acceptent la proposition du colonel, le cortège se rend à la messe de la nuit. De là, le mécontenlom(3nt du général. Pour ce fait, bien qu'il ne fut, ni dans le fonds, ni dans la forme, opposé aux r^lements officiels, le bon colonel fat mis aux arrêts par M. Reibell, son général de division. J'avouerai sans peine que je fus affligé de cet acte et que, pour offrir ma sympathie à cet officier supérieur, je lui écrivis une lettre de condoléance. Je ne me trompais pas ; la lettre du préU'e alla droit au cœur du colonel, qui me répondit en ces termes :
« Monsieur le curé,
» J'ai été profondément touché des quelques mots que vous » m'avez fait l'honneur de m'envoyer et Je vous prie d'en re- » cevoîr tous mes remercîments. Malgré les difficultés que je » rencontre à chaque pas, j'espère, par des travaux soutenus » et de bons exemples, faire comprendre à tous, que la société » ne saurait vivre sans le prêtre et le soldat. L'union des deux » grands principes, représentés par la croix et l'épée, peut
» seule nous préserver d'une dissolution déjà trop avancée
» Si quelquefois, je me laissais aller au découragement, le cou- » rage renaîtrait» en songeant aux sympathies du presbytère.
» Agréez, etc. Le Colonel du... (4). »
(1) Correspondances militaires, ln-4«, tome page 37.
Ne soyons donc jamais fanatiques ; ie fanatisme ne convient à personne. J*ai été, pendant bien des années, curé d*ane pa*-
roisse où se trouvaient 2,000 catholiques et 1,000 iirutestant.*^. J*ai fait parmi eux profession de ces principes de tolérance et de conciliation et j'ai ùiit comprendre que la religion catholique bien entendue, n'était l'ennemie de |jersonnc et qu'elle abhorrait le fanatisme. Ces sentiments je les ai aussi pratiques d'une manière relative, à Tégard des Arabes. La demande que j'avais l'aile, en son temps, de partir pour l'Afrique, comme aumônier de nos colonnes expéditionnaires, renfermait un désir d'étudier le peuple arabe. Aussi bien» j'ai été à môme, dans les différentes phases de mon existence, d'en voir plusieurs, je dirais même beaucoup, ainsi qu'un certain nombre de chefs; j'en ai rencontre un surtout, qui, à l'instar de mon hussard de Metz, m'aurait presque dépassé dans le genre. C'est au colonel Margueritte, du l^"" régiment de chasseurs d'Aliiqiie, que je dus l'occasion de sa connaissance, il s'appelle Soliman-ben-Salem, caïd de Milianah, un de nos alliés les plus anciens et les plus fidèles. Je ne l'approchais d'abord qu'avec la réserve qu'imposait notre position respective. Mais, dès les premiers jours, il se chargea de Tinitiative et, à chaque rencontre, le cheick musulman, au teint presque noir, à l'œil sombre, à la démarche lente, au grand costume de spahis, tendait affectueusement la main au prêtre catholique. Cette attention me flattait à la fois et me touchait. Je voyais un homme qui commençait à comprendre la dignité de l'homme et la dignité du prêtre; j'étais heureux de favoriser eu lui de si beaux sentiments. Ne froissons jamais personne ; tendons la main à tons et nous arriverons toujours à bonne fin. C'est encore Lrle chemin de la grandeur et de la noblesse, c'est-à-dire, encore une fois, le chemin du prêtre et du soldat, [)arco que là aussi, se trouve le dévouement, l'abnégation et parfois le sacrifice.
c'est à cette période de temps, qu'appartient aussi la mort du lieutenant-général comte Belliard, décédé à Bruxelles, ambassadeur de France, en 1832. Nous avons dit qu'il était né à Fontenay, quelques années avant l'arrivée des Bercheny dans cette ville; nous avons dit qu'il avait passé une partie de sa vie avec le régiment, la preuve est en note ; nous avons dit qu'il était mort presque dans ses rangs ; eu etlet, il mourut eu Belgique, alors que le hussards venait de Uàre cette oampagne et qu'il était encore stationné sur la frontière (1).
Le temps n'est que la succession des êtres ; les illustrations disparaisseot» d'autres arrivent. Telle est la vie de l'humanité, mais tout ce qui touche à l'honneur et à la gloire d'un corps reste et est trop précieux pour qu'on n'eu oublie pas le moindre fleuron.
(1) Parconraot rapidement tous les échelons de la carrière miUiaire, BeUiard était avec le hussards, dès 1704, en Belgique; en 1796. eo Italie, à Gastiglione, Lodi, Arcole ; avec lui aux grandes batailles de TEroplre : en Allemagne, à Ulro, Eseling, Eylau ; en Espagne, à Astorga, Vigo, Oporlo; — gouvernetir de Madrid; — avec lui en Allemagne encore, à Leipsick, Hanau i depuis, pair de France, ambassadeur, etc.