‹ Histoire de tous les régiments de hussardsChapitre 20 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

OISTOIll bV RÉGlimiT DB HUSSARDS, ANCIBN BBRCBBIfl

l«r régiment de hussards, colonel Lelebvre d«> Gouy ; lieulenani-coloiici de Lesparda ; chefs d'escadrons Guicbard el de Bucy; msgor Clevel; 5 escadrons ; k Vend6me (1836).

Le successeur du brave Pozac à Phonneur décommander le régiment de hussards, fut le colonel Lefebvrc de Gouy; sa noimnation est da 44 août 4835; il était déjà officier de ia Légion d*honneur. H ne fant pas s*en étonner, cet officièr supérieur sortait d'abord, comme commandant, d'un régiment ((ui avait été constamment tenn en haleine; c*é^t le 42° de chasseurs à cheval. Campagne d*£spagne, 4823; de 4824 à 4826, le \ de chasseurs était en garnison à Fontenay-le-Comte et Niort; camp du Nord, 4828; formation avec le 47^ de même arme d*un régiment de marche pour la campagne d* Alger, en 1830, resté 1*"" chasseurs d'Afrique et toujours en avant; voilà les états de service de ce corps, et généralement la valeur des chefs fait la valeur des soldats; tel Lefehvre de Gouy, comme

chef d'escadron, puis lieutenant-colonel de 4830 à 4835, et de là, colonel chez nous.

4837. — Le 4*^'" régiment de hussards part de Vendôme pour Poitiers.

4838. — A Poitiers. Le régiment reçoit : 4<^ le lieutenant-

colonel Doriiioy, en remplacement de M. de Lesparda, nommé colonel du 4® de hussards ; 2® Deux nouveaux chefis d'escadrons, les commandants David

et Gaudin de Villaine, eu lieu et place de MM. Guichard et de Bucy.

4838. — Le 4^ hussards est à Stenay. A peine arrivé dans

cette ville, le lieutenant baron Costa fait une chute de cheval et meurt ; il montait un cheval arahe indompté. Sa mère, M*"^ la baronne Costa, pour y conserver le souvenir de son ûls, fonde, à l'hôpital de Stenay, deux lits pour les oiricicrs malades de la garnison. Le régiment rend, avec un profond respect, à son officier, les honneurs de la sépulture. La baronne demeure inconsolable.

4839. — M.^de Goyon est noumié major, sous la date du 45 janvier de cette année. C'était une excellente ac juisition

pour le hussards.

4840-4844. — Toujours à Stenay. Par ordonnance ministérielle de cette année 4840, les tresses blanches sont rendues

au régiment en place des tresses rouge-noires qu'il avait depuis 4845. Les tresses blanches étaient celles de sa formation; il les avait eues de 4720 à 4845.

4844. — 17 mars. Le lieutenant-colonel Dormoy passe colonel au 4® de hussards ; est promu lieutenant-colonel du

4 hussards, le chef d'escadron Richepanse, sortant du 2* de chasseurs à cheval. C'était un nouveau cadeau que nous faisait

ce régiment, en retour de ceux que nous lui avions fait en ce genre.

Sons la date de cette année 4844, nous enregistrons, avec de nouvelles larmes et une immense douleur, la mort du très regrettaijle baron d(; Juniac de Bégougnc, ancien colonel du 4<^r de hussards de 4807 à 4844. J*avais promis qn*nn monument lui serait élevé dans les colonnes de cet ouvrage. Ce n*est pas ma faible plume qui va en dresser le piédestal, mais la tendresse de son fils, aujourd'hui général. On va voir que le monument érigé par le fils, atteint à la hauteur du père. C'est' assez naturel.

Je savais depuis longtemps que, dans les rangs de Tarmée française, se trouvait un officier supérieur du nom de baron de Juniac de Bégougnc. Il était colonel du 4® régiment de dragons, quand j'eus la bonne idée de lui écrire, pour lui demander s'il était parent de l'ancien colonel du 4^' de hussards, son homonyme, sons lequel trois de mes parents avaient servi sous l'Empire, dont deux morts et l'autre blessé au champ d'honneur. Je terminais par ces mots : « Heureux, si c'était surtout » monsieur votre père. Cette particularité de ma famille > unie à la vôtre, dans la grande famille militaire , ne ferait » qu'ajouter aux sentiments qu'a conçus pour vous, etc., etc. » C'était le S novembre 4858. Ce n'est pas m'écarter de mon sujet, que de relater ici ces correspondances, car Thistoire d'un colonel appartient de droit à son régiment.

J'eus l'honneur de recevoir la réponse qui suit :

Dôle, le 0 novembre 1858.

« Monsieur le curé,

» J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur et le

» plaisir de m'écrire, en date du â de ce mois. Ma réponse eut

» été beaucoup plus prompte si de nombreuses et obligatoires » occupations, nécessitées par une nouvelle installation, n*a-

j> valent employé tous mes instants. Veuillez donc me par- » donner ce silence, qui n*a rien de coupable de ma part.

» M. le baron Juniac de Bégougne qui fut colonel des bos- » sards de Bercheny (1*^' de l'arme) , de 4806 et non 4807 à » 481 i, est mon père.

» Je me fais gloire de sa vie militaire, comme de sa vie civile, » lorsqu'il quitta le service, en qualité de général honoraire » et se retira à Château-Thierry (Aisne), et aussi de sa mort » qui eut Heu à Versailles en 4844.

» Il est mort avec tout le courage qu'il avait eu pendant toutes » nos guerres et nos hatuilles, plein de confiance dans le Créa- » teur, qui avait été pour lui prodigue de qualités physiques » et morales. Sa mort a été sublime. Sa vie avait été cette de ^ l'homme de courage et de bien.

» Je vous remercie, monsieur le curé, du plus profond de » mon cœur, d'avoir conservé un souvenir à mon vieux père, » si digne de l'estime de tout le monde et qui a toujours sacrifié

> son sang et sa fortune à la prospérité et à la gloire de son

> pays. Tous mes efforts tendent à l'imiter et quoique je sache » ne jamais y parvenir, je me le pose toujours comme modèle et

quand j'ai eu le bonheur de réussir ou de faire une bonne » action, il me semble que, du haut du ciel, il m'envoie encore » son sourire de satisfaction.

» Si vous aviez, monsieur le curé, besoin de quelques ren-

> seignements sur son compte, je pourrais vous aider par ses » états de service, mais il vous serait encore facile de consulter i> le dictionnaire des grands hommes de l'Empire, ainsi que

> celui des fastes de la Légion d'honneur, où un aperçu de sa » vie est donné, quoique très succint.

» Mon père n'a pas été goavernear de Strasbourg. Il avait

/> épousé M"*' Brico de Moiitigny, (ille du général de division » de ce nom, qui, lui, était gouverneur de Strasbourg et de » l'Alsace.

> Veuillez, monsieur le curé, agréer tous mes sentiments de » reconnaissance, ainsi que Tassurancc de mou respectueux et » sincère dévouement.

» Est signée : Le colonel du 4^ dragons, » Baron de Jimuc. »

A la lecture d'une pareille lettre, je fus rempli d'admiration

pour le père et pour le lils; puis bientôt le feu sacré de l'enthousiasme remplaçant celui de Tadmiration, ma plume cédant à l'impulsion et sons la dictée de mon cœur, se laissa déborder de la manière suivante. Ah ! c'est que mon cœur est si sensible ! Dans ma vie de prêtre, j'ai porté bien des mallieui-s, les miens peùt-étre et ceux des autres ; j'ai essuyé bien des larmes, les miennes d'abord et celles d'autroi, et cependant mon cœur n'est pas émoussé, il compatit encore, comme aux premiers jours et recueille, avec empressement, les sublimes exemples de dévouement et de sacrifice, donnés par des hommes d'honneur, qui se font un titre de noblesse de ces vertus. Je lui répondis donc :

« Mon colonel,

» y ai reçu, sous la date du i i présent mois, la lettre que » vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et dont je vous suis » infiniment reconnaissant.

» Cette lettre, mon colonel, a été un baume précieux pour mon cœur ; dix fois je l'ai relue; dix foia je me suis uni, par » la prière, au digne colonel baron de Juniac, votre père; dix

» fois je me sais ani à ses vieux hussards, mes parents, tombés

» sous ses yeux au champ d'Iionneur ; dix fois j'ai béni leur » iiiéiuoire ; dix fois j'ai béni la votre et j'ai remercié Dieu da » bonheur que j*ai désormais de vous connaître.

» Vous vonlez bien, mon colonel, ajouter à la bienveîDance ^ de votre accueil, l'offre de quelques renseignements de fa- » mille. Tout ce que vous voudrez m'ênvoyer sous ce rapport » me sera du plus grand prix.

» J'espère nioi-uiôme vous faire j)arveuir plus tard un<^ :» pièce de vers relative aux campagnes du de hussards.

» Agréez, etc. »

1841. — MM. Gaudin de Villaine et Cavagnari entrent an régiment comme chefs d'escadrons; M. Tilliard y débute comme , sous-lieutenant, y reste jusqu'au grade de capitaine adjudantmajor inclusivement et commande aujourd'hui, comme colonel, le 3® régiment de l'arme. Le i^^ hussards comptait liussi dan? ses rangs, à cette époque, entre autres officiers de mérite, le capitaine instructeur Eusenou de Kersalaun, depuis colonel du même 3® de hussards et l'un des prédécesseurs de M. Tilliard et le capitaine adjudant-major Grudin, qui fut colonel du 2** de lanciers ; les deux sont actuellement généraux.

4842. — Le \^ de hussards vient tenir garnison à Nancy.

13 joUIct 1842. — Mort du dnc d'Orléans. — Honoears fùnèbres qui

* lui soDt rendus.

Dans ce jour de douloureuse mémoire, le régiment eut de nouvelles larmes à verser. Le jeune duc d'Orléans, notre ancien colonel, notre ancien chef de brigade en Belgique, roourat

d'une chute de voiture (4), alors que, généra) de division, il allait prendre le eommandement de la cavalerie du camp de Compiègne. La douleur du hussards fut égale à rattachement immense qu*il avait voué au prince, quand il le commandait, et au précieux souvenir qu'il en avait gardé, car le fils du roi s'était tellomont identifié avec le régiment, qu'il savait les noms de tous les oiliciers , des sous-ofiiciers et une partie de ceux des soldats. Aussi, à ce titre et à celui de ses qualités militaires, était-il l'idole du 1^'' de hussards. « Prince doué de » qualités heureuses, dit V Histoire de France de Gabourd, et » qui emporte dans la tombe de nombreux regrets (2). »

Le volume VÀum(htier de Régiment, en parlait en ces » termes : Avec 1842, le tour du duc d'Orléans était venu. » En ce jour néfaste, tout était lugubre et funèbre. Un déta- » chôment du 4^ de hussards était accouru de Nancy, pour se » mêlera la pompe et conduire au tombeau sou ancien colonel. » Arrêtons. Le convoi défilait dans Paris, sous l'égide de la » croix ; elle seule laissait entrevoir de la consolation et de » l'espérance, »

(1) Une cbapelle commémorative de ce triste événement, a été

élevée, sous le vocable de saint Ferdinand, son patron, à l'endroit même de la chule du prince, tout près de Neuilly.

(2) Le jeune duc d*Orlùans, à qui nous devons, eo outre, une bonne part dans la formatioD de nos bataillions de chasseurs à pied, avait pris l'initiative de taire éditer Tbislorique de chaque régiment de Tannée ; lequel devait être annexé au livret de ebaque soldat. Cet Important travail , suspendu après sa mort et que poursuit aujourd'hui avec laul de zMc, VIllHS(ralion militaire, nous a laissé celui irôs succint du hussards. C'est ccl abréj,'c' qtii coniient seulemeni l'indication des campagnes et les noms des colonels de ce régiment Jusqu'à ce Jour» qui fait la )>ase de cet ouvrage et qui m'a guidé dans sa confection*

Ce cortégo d'hoiuKîiir du régiment se composait du :

Colonel Lefebvre de Gouy ;

Lieutenant-colonel de Richepance ;

Du capitaine Fallu du Parc;

Du lieutenant Sirelle ;

Du sous-lieutenant N...;

De Tadjudant Christ ;

Du maréchal des logis N...;

Du brigadier Fiserer ;

Et du hussard do l""® classe Renaud.

Huit anciens hussards de divers grades qui avaient autrefois servi sous le prince, avaient repris leur uniforme pour se joindre à rcscorto, et formaient la dcputalion de lancien régiment [\),

Un grand nombre d'anciens hussards du 4^ n*ayant plus leur tenue, accompagnaient en bourgeois.

A Theure dite, toute l'armée de Paris était sur pied, les musiques avaient suspendu leurs marches joyeuses et les avaient remplacées par de douloureux sons; les instruments semblaient avoir des larmes dans leur harmonie ; les tambours roulaient des batteries entrecoupées et imitant les ràlements de la mort ; les armes étaient renversées ; l'artillerie faisait entendre quelques décharges rares et se perdant insensiblement dans l'espace, comme les coups de tonnerre, qui vont s'abimer

(1) Ce sont ces Messiears qui ont eu Thonneur de fonder la Société de secours mutuels des anciens frères d'armes du i*' hussards d*abord, depuis, de tous les régiments de l*arme; Société dont fai l'avantage de faire partie C'est de leur bienveillance que je tiens ce récit. La dépu* talion venue de Nancy eut le plaisir d'ôlre reçue par eux et accepta, de leur part, un déjeuner, qui eut lieu chez M. Thirouio, noire prési* tient actuel, rue Saint-Marlin, 236, à Paris.

dans le vagUQ des nuages. Tout était voilé, instruments, tambours, sabres et ëpées ; un crêpe funèbre était appendu aux

drapeaux ; la mort, là conime ailleurs, n'avait épargné ni l'âge, ni le rang, ni rëpaulette.

L'escorte de fiiveur était confiée à Ja députation du 4^ régiment de hussards ; les coins du poêle étaient portés par des ofliciers-généraux et sur le catafalque brillai(Mit les insignes et répée du jeune homme qui venait d'ôtre le duc d'Orléans. Car, après la mort, devant Dieu, il n-y a plus de titre ; Fâme seule survit avec ses mérites.

C'était à vous, digne abbé Daënen, qu*ii était réservé de recevoir à Dreux, ces restes inanimés; c'était à vous qu'il était réservé de leur donner la dernière absoute, la dernière eau bénite et certes, elle ne pouvait être mieux donnée à l'ancien colonel, que par l'ancien aumônier de son régiment. Vous les avez gardées longtemps ces cendres, comme un ange dû paix , comme une sentinelle avancée entre la vie et la mort jdi aujourd'hui vous reposez tout près des caveaux, qui avaient été confiés à votre sollicitude et à vos prières. Bien que couché 'dans la tombe, on dirait de vous une sentincUo cndorniio, enveloppée dans son linceul de guerre et qui veille encore sur eux. A revoir, brave abbé I

4842. — Le l**"" régiment de hussards étant à Nancy, en est détaché pour faire partie du corps d'opérations, sous Metz.

Brigade de cavalerie ; généra! Régnaull de Saint-Jean-d*Ângély. — |er régiment de hussards, 4 escadrons; 3c régimenl de lanciers, 4 escadrons.

M. Ardin Delteil est chef d'escadron depuis le 10 mars 1841.

A la fia des opérations ie 4®*^ hussards rentre à Nancy. 4842. — 4* octobre. M. Stockly (Joan-Frédéric) rejoint le

régiiiKMit r(niiiiio soiis-Ii<îiilenant.

4843-4844. — M. le major do Goyon est nommé lieutenantcolonel et laisse le 4^ hussards. M. de Goyon, Tune de ses nomhnuisos illustrations, est devenu eulonel du 2^ de dra^'ons, générai de bri^'ade et de division, commandant en chef l'armée d'occupation de Rome ; il ajoute à tous ces titres d'honneur, celui d'êtro aide de camp de Tenipereur.

4845. — Le colonel Lefebvre de Gouy conduit le régiment de Nancy à Fontainebleau.

4845. — 27 avril. Le lieutenant-colonel de Ricliepance passe colonel au de chasseurs d'Africjue. Ses éXats de service portent : De Richepanee (Adolphe-Antoine) , né à Colmar (ilaul-Rhin), le 42 juillet 4800; élève du prytanée de la' Flèche, en 1809; sorti soiis-lieutenanl, à seize ans, 4 septembre 4816; admis, comme tel, au 4^ hussards, 20 janvier 4819; lieutenant, le 45 février 4824 ; campagne d'Espagne, 4823; passé, avec son grade, aux hussards de la garde royale, le l*"" septembre 4826; capitaine au 5® hussards, lé 1^'" octobre 4830; campagne de Belgique, 4832, sous ie colonel Simoneau; décoré, le 30 avril 4835; campagne d'Alrique; prise de €onstantine 1837, etc., etc.; chef d'escadrons au S*" cliasseius de France 4837; passé au 3° chasseurs d'Afrique, 25 décembre 4839; lieutenant-colonel du 4^ hussards, le 47 mars 4844; colonel du l^*" chasseurs d'Africjue, 27 avril 1845; génénd de brigade, le 5 mars 4851 ; générai de division, le 26 mai 4859; décédé le 4 septembre 4862, au château de Ségange^ près Houlins (Allier).

Teiles sont les palmes que sa carrière ajoute à celles déjà si nombreuses du 4®*^ hussards.

L*aiiiiëe 4845 lut aassî la dernière da eolond Lefebvre de

Gouy, comme chef de corps au ré,iîimenl. Nommé dans les premiers jours d'avril, maréchal de camp, puis, au commandement de la subdivision de la Meurthe, en remplacement du général Rëgnault de Samt-Jean-d*Ângé1y , il périt malheureusement, quelques années après, comme le duc d'Orléans, d'une ehute de voiture; ici donc, encore des larmes de plus pour le bon colonel de Gouy. Hélas 1 mourir au champ d'honneur est bien préférable pour In guerrier; uiais cet lionneur d'expirer là, entre les mains d'un aumônier, doux lien de la terre au ciel, Dieu ne Ta promis à personne. Sa concession est une faveur de la divinité. Aussi bien, tirons un nouveau voile sur tant de chagrins; bientôt, nos pnges ne seraient plus qu'un vaste nécrologe et dans la triste période que nous décrivons, nous aurions plus de cyprès à cueillir que de lauriers. /

Cest cette année 1845, que j'offris à l'armée, le livre VAumànier de Régiment, par un ancien aumônier du 4^^ régiment de hussards. Ce volume fut un nouveau trait d'union entre le régiment et ma personne.

!«' régiment de hnssards* aux ordres do colonel Berryer (Hippolyte* Nicolas); lieutenant-colonel Gandin de Vlllaine (Adrien-Gabriel); chefe d'escadrons, Coste de Cbamperon el Ney (Napoléon-Louis» Edgar); major Dupeyrat; 5 escadrons ù Funlaiiiebleau, 27 avril 1845.

Le colonel Bcrryer qui, sous la date que dessus, prenait possession du régiment de hussards, était frère du célèbre avocat, dont le nom est européen. Certes, si la lame du colonel était aussi fine que celle de l'orateur, on pouvait dire qu'elle était de bonne trempe et en effet, la lame d*un colonel français

est toujours bien trempée. Au n° i''^ do notre arme, se réunissait une fois de pins la plume et l'épée. Nous avions en le colonel Merlin, fils d'un jurisconsulte distingué, les colonels Oudinot de Ueggio et de Marbot, tous deux écrivains militaires, nous avons à présent un Berryer, dont le frère a porté la plume à Tapogée de sa pnissance, on ne peut donc pas raisonnablement nous contester l'honneur de croiser, dans les armoiries du riment, la plume et l'épée; homme d*épée, nous sommes des hussards de bonne lame ; hommes de plume, nous sommes des hussards aux oiseaux (1).

Le colonel Berryer avait commencé sa carrière d*officier au 43^ chasseurs à cheval, où il avait été promu sous-lieutenant, le 10 juillet 1814; poursuivie dans la même arme, où il eut les grades de heutenant et de capitaine, poursuivie de nouveau au 4^ de hussards, où il eut celui de commandant, continuée an 4* de lanciers , où il fut lieutenant-colonel , elle fut couronnée par sa nomination de colonel du régiment de hussards.

1846-4847. — Nous sommes toujours en garnison à Fontainebleau. Le régiment fournit les escortes et les piquets d'honneur pour le roi et les princes , quand ils sont au château de cette ville; les hussards sont de réquisition pour les chasses royales.

M. Gay de Vernon IFrançois-Simon-Marie-Jules) , sorti de l'école de cavalerie n** â, est au régiment, en qualité de sonslieutenant. Aujourd'hui 4866, chef d'escadron de chasseurs à cheval, il est l'auteur de riiistorique de ce corps.

4848. — Le 4 <^ de hussards à Châlons-sur-Mame; c'est là que le trouve la révolution de cette année.

Tout changement de gouvernement amène un changement

(1) Vieille locutioii qui veut dire parfeits.

ou tout au moins une modification dans le drapeau. Une ordonnance de ce temps prescrivait aux chefs de corps, de pourvoir à ]a substitution d'un nouveau drapeau à l'ancien, d'en ôter les franges, glands et décors en or ou argent, de les foire estimer et de les vendre au profit do l.i masse régimentaire.

Le drapeau du i^^ iuissards échappa à cette mesure, eu souvenir sans doute du jeune duc d'Orléans, son ancien colonel ; il fut d'abord sursis à sa destruction, puis il fut, sur un ordre ministériel, envoyé au musée d'artillerie, comme je l'ai déjà dit; là, il repose dans le calme de la paix, à côté de celui du 47* de ligne, objet de la même faveur, parce qu'il avait été le premier [)lnnté sur la brèche de Coustantine, en 1838.

Le nom de Berryer est un nom de principes et de famille, un de ces noms qui obligent et à qui on demande. ^

Le colonel voulut donner au nouvel étendard la consécration religieuse. L'occasion se trouvait à merveille ; M^' de Prilly, évéque de €hâlons-sur-Mame , avait fait, avec beaucoup de distinction, les campairnes de l'Kiiipire; il avait même, par ses quaUtés milit^iires, ii\é l'attention de l'empereur; il ét^iit alors capitaine au 9^ dragons. C'était donc la main épiscopale d'un vieux soldat, qui était destinée à le bénir.

Mais laissons les ordonnances ministérielles s'exécuter pour la confection de ce signe militaire, les préparatifs, les démarches se faire et reprenons nos dates, et avançons, les jours vont vite.

1848. — 15 Juin. Le lieutenant-colonel du 1^'^ hussards, M. Gaudin de Yillaine, est nommé colonel du 40® chasseurs à cheval. U commande ce régiment jusqu'au 14 janvier 4853, époque de sa promotion au grade de général de hripde. — Nous arrivons à celle d'un officier supérieur, aussi lui de haute distinction, je veux parler de son successeur.

4848. — 5 Juillet. Le lieutenant-colonel comte Lion rem-

place le lieutenant-colonel Gandin de YiUaine; il portail déjà la rosette d*officîer de la Légion d'honneur.

Rovonons au nouveau drapeau du i^^ régiment do hussards. Le dimanche 49 novembre fat fixé pour sa bénédiction. Ce jour-là, dans la cathédrale de Châlom-sur-Harne , après le Te Deum, le coiuncl Berryer commande le port d'armes à son régiment rangé par escadrons, sous ces voûtes antiques, accoutumées à recevoir Tencens de la prière. Sa belle musique les fait retentir de la vil)ialion de ses accords, qui montent aussi vers les cieux ; puis, le silence se fait, le colonel se porte vers le chœur, la hauteur du sanctuaire,, où se trouve le saint évêque , le porte-étendard le suit entre deux sous-officiers qui sont l'escorte d'honneur du drapeau; le colonel le prend dans S) main gauche et le tenant légèrement incliné, porte la parole en ces termes :

« Monseigneur,

» Le régiment de hussards a reçu son drapeau, je viens » vous prier de le bénir; de lui imprimer le sceau de la reli- » gion par Thenreuse bénédiction que je sollicite et d'adresser, » à cette occasion, une allocution aux jeunes soldats de mon » régiment. \'os nobles paroles, Monseigneur, affermiront, dans » leur cœur, les bons sentiments que j*ai toujours tâché de » leur inspirer. »

Alors le prélat fait la bénédiction du drapeau, le prend en

main, le remet au colonel Berryer, lui donne l'at colade fraternelle et parle ainsi :

« Monsieur le colonel et Messieurs, » Avant de marcher sous cet étendard, vous vous êtes .

» empressés de venir le présenter à Dieu dans son temple et

» de lui demander sa bénédiction ; la religion, la patrie, tous » nos concitoyens applaudiront à ^iie démarche, qui est un » témoignage de votre foi et de vos nobles et généreux senti- » ments. Je ni'eslinie heureux de [»ouvoir ici vous exprimer » tous les miens et d'avoir rempli, sur riuvitaliun de M. le » colonel et la vôtre, une si sainte et si' honorable fonction.

» La cérémonie de ce jour, environnée par vos soins, de tant » d'appareils, laissera parmi uous de longs et précieux » souvenirs.

» L*excînple (]ue vous donnez de recourir à Dieu, dans cette » circonstance solennelle, ne sera pas perdu pour nos conci- » toyens. Us sauront mieux que jamais ce (ju'iis auront à faire, » surtout dans les grandes actions de la vie. Ils élèveront leurs » pensées vers Dieu et rendront hommage à la religion.

» Ainsi, monsieur le colonel et messieurs, vous aurez fait » un grand bien et j'en suis, en quaUté de premier pasteur, > profondément reconnaissant.

» Qu'il soit donc béni ce drapeau et avec lui le bravo régi- » ment que vous commandez et qui est heureux de vous avoir » pour chef. »

L'ésèque a parlé, a béni, la mitre en léte, le bâton pastoral en main, l'anneau au doigt, la croix d'honneur sur son cœur d'ancien officier de dragons. Puis le colonel a repris sa place à

l'avant de son corps d'ollicieis ; le portc-éliîudard, son rang dans l'escadron; les trompettes ont sonné au drapeau; la musique a iait entendre ses dernières fanfares et le régiment ai défilé.

Dont acte en bonne et due forme, transcrit dans les archive^i du corps et signé comme de droit.

Ce fut cette année 4848, que M. le n^arcpiis do GaiUfet entra

comme simple soldat au de hussards et y fut reçu par le lieutenant-colonel Lion, chargé spécialement des recrues. Nous le verrons revenir au régiment, comme chef d'escadron, en 4864. Le jeune marquis était issu de Tune des familles les pins royalistes du temps passé.

4g4g. — Décembre. Le régiment part de Ghâions-sor- Hame pour Verdun.

A leur départ de Chàlons, quelques pertubaleurs sifiîèrenl les hussards; on menaça môme le lieutenant-colonel Lion, dont les principes d'ordre et Tinébranlable fermeté étaient btea connus. Le régiment passa outre sans s*inquiéter et sut lenr on imposer par sa contenance. Le comte Lion ht même plus, il i*esta seul en ville, après le départ des escadrons, en parcourut à Taise les principales rues ; ses soldats avaient méprisé les perturbateurs , lui les brava ; on ne lui dit, on ne lui ût rieo. A l'aspect du Lion le peureux se cache.

4849. — Le 1" régiment de hussards est à Verdun; il n^ reste que quelques mois et est designé [jour Nancy, garnison qu il avait occupée quatre ans auparavant. Nos hussards y restèrent à peu près un an et plus. Là, comme ailleurs, ils surent remplir leur mission pacifique, avec la fermeté et la patience du soldat et ce n'est pas son moindre mérite au suidai, que la mise en pratique de sa première vertu, la patience.

1850. — Toujours à Nancy.

1851. — Fin de février. Départ de Nancy pour Niort, du régiment en deux colonnes; la première, forte de trois escadrons, commandée par le lieutenant-colonel comte Lion; la

seconde, comprenant l'ctat-major, la musique, à l'elTcctif de deux escadrons et compagnie hors rang, aux ordres.du colonel Berryer.

L*eiTervescence qu*enfante une révolution est lente à dispa-

i*aitre; après la saillie de sa première lave, c'est un feu qui Gouve sous la cendre. Des iaits regrettables s'étaient passés à Niort, an sujet du 2* de chasseurs à cheval» et relativement à Tarrivée du l^*" de hussards, certains bruits avaient circulé, bien restreints sans doute ; on avait dit : Ce sont des blancs par-cî; ce sont des blancs par-là; on faisait allusion aux tresses blanches du régiment. La police fut mise en éveil et à quelques idlomètres de Niort, un agent se porta à la rencontre de la 4M colonne. Le lieutenant-colonel Lion averti dit : Je vais et j'arriverai ; et en lion qu'il était continua sa route et arriva à la caserne sans encombre. On avait ajouté : Ah 1 c'est pour la :2« colonne, où se trouve le colonel et l'état-major, et la 2" arriva comme 4a sans la moindre manifestation. Les blancs étaient à Niort.

4854. — Fin d'avril. Le 4<^^ régiment de hussards était à Niort. C'est de la sollicitude de mon vieux père, que je sus la première nouvelle du changement de garnison des anciens hus- • sards de Bercbeny. Cette nouvelle fut pour mon cœur, une de ces commotions électriques qui font plaisir. Je me bâtai d*aller les rejomdre à Niort et le 48 mai, j'étais dans. leurs rangs, pour la grande revue d'arrivée.

Celle-ci devait être pour moi ce qu'avait été, pour mon aïeul, la grande revue de Metz en 4775, sauf l'intervdie des .temps et la diilérence des personnes.

Lorsqu'on écrit l'histoire, on doit nécessairement s'effacer; le moi est insupportable, a dit Pascal, mais quand on est en face d'hommes de cœur, d'hommes à hautes vues, qui apprécient votre position, par exemple, celle de prêtre, et qui, connaissant vos affections et vos goûts, ainsi que vos antécédents de famille, portent la bienveillance jusqu'à l'adoption , jusqu'à vous regarder comme de chez eux, alors on ne s'appartient

plus et le relief (\m [)vui en résulter n'est pas de nous, rnni? entièrement des amis dévoués, qui nous sont f^iits par les circonstances. Voilà pourquoi la personnalité privée s'efface dans la personnalité d*autrai; alors, ce n'est pas de soi que Ton parle; ce sont les autres qui parlent de nous.

Ma présence an milieu du 4^' hussards n*est donc pas précisément à mon compte, mais à celui du digne lieutenant-colonel comte Lion, qui \oulut Ijicnm'accuciilir et me patronner avec le plus d'aiiiabilitc possible.

Cet officier supérieur avait, le matin, inspecté les recrues du régiment; il était donc libre pour la revue qu'allnit passer le colonel. Lui, le capitaine-trésorier et un lieutenant, voici mes introducteurs devant le front du régiment, mes amb, mes guides.

4854. — 18 mai. Grande revue à Niort du 1" régiment de hussards , état*major, musique, 2®, 3®, 4®, 5® escadrons.

Le lieutenant-colonel comte Lion connaissait déjà mes antécédents au régiment ainsi que ceux de ma famille; tel le motif de son attention et de sa hienveiliance. J'avais Thonneur de me trouver avec ces messieurs sur la Brèche (nom de la place aux inanonivres), en liabit ecclésiasti(jue, comme je suis partout et toujours ; j'étais là, dis-je, quand le régiment débouchait de la rue des Douves, en colonne par pelotons, sa belle <»l nombreuse musiijue en tclc ol en kolbacks; la troupe en schako rouge, doJman bleu ciel, pantalon garance, tresses i blanches, d'argent pour l'officier. « Les voilà, me dit le heute- 1 y> nant-colonel, toujours les mêmes, toujours uniforme iden- 1 » tique au passé, toujours tel que l'ont porté vos pères. » %

Le régiment, à cheval, en tenue d'été, présentait une ligne profonde de 4 escadrons bien montés, chevaux bats- bruns; les trumpelles et ia musique, che\aux à l'ordinaire d'un beau

blanc gris. On se met en bataille sur la place de la Brèche. colonel Berryer arrive avec son état-major et son escorte ; ia revue commence. La musique se place au centre et joue. La foule est immense.

Le r^iment lui-même est au grand complet ; colonel, iieutetenant*colonel, docteurs, vétérinaires» Taumônier môme, car alors j'étais prêtre et à destination du 4" hussards; le grand, le petit état-major, enfants de troupe et cantinières. Il n'y manquait qu*un escadron détaché à Saintes.

Nous restâmes, mes dignes hôtes et moi, pendant tout le temps, soit devant la ligne de bataille, soit à entendre la musique. Je voudrais dire que je fus assez heureux pour faciliter dans un moment donné, à un groupe de dames des officiers du régiment, qui se trouvaient à ma portée, la perspective d:i spectacle; il n'eu fut pas ainsi. Un individu en blouse s'était placé entre deux et obstruait le point de mire. Je Taccoste poliment et le prie, nu nom de ces dames, de faire un oblique à droite de quelques mètres. Le profane répond qu'il est lihre et qu'il veut rester dans sa position. Je veux ajouter un nfot, il insiste, je cède et reviens auprès de mon hor.ornhle compagnie, lui protester au moins de ma bonne volonté. prétendu homme libre ne savait pas que la vraie liberté est la fille de la civilisation, que la civilisation est fiHe de la charité, et que la charité enfante le sacrilice, fruit lui-même de l'abnégation et du dévouement. Cet homme s'avilissait donc en méconnaissant les prérogatives de la vraie liberté et de la vraie civilisation.

Bientôt, arri\a le dcfdé ; le colonel ol son état-major a}aia pris position, les escadrons rompirent par un à droite en avant, se formèrent en échelons et passèrent deux fois au trot, une dernière fois au galop; puis, rompant de nouveau par quatre, reprirent le chemin de la easerne^

Je remerciai la digne escorte qui m*avait accompagné et je

me retirai, rendant intérieurement grâce à Dieu de ce que, dans sa bonté, il m'avait permis de voir cette nouvelle phase de sa grandeur ; car le Seigneur étant le Dieu des armées, un régiinciit retrace un point quelconque de cette grandeur divine. Considérer les choses ainsi, est un nouveau bienfait de Dieu. Cette idée, inséparable pour moi, du régiment, ne s'^fibcera jamais de mon cœur.

4851. — 3 août. Par décret du prince-président, en date de ce jour, le colonel Berryer fut nommé général de brigade et en outre, au commandement de la 4* subdivision de la 3* division iniiitaire, à Mézières, en remplacement du général de Garraube.

4854 . — 8 août. Par décret de ce jour furent promus dans

le régiment de hussards :

Au grade de colonel, M. le comte Lion, lieutenantHX>k)nel au corps ; au grade de lieutenant-coloiieH M. Fleury, chef d'escadron au 3* de spahis, en lieu et place de M. le comte Lion, nommé colonel.

A cette date, M. Ferrter de Montai, chef d'escadnm au régiment depuis deux ans, avait pour successeur M. VériUoB. M, Savin de Larclause y était sous-iieutenant.

|er régiment de hussards, colonel comte Lion ; lieutenant-colonel Pleurj (8 août), remplacé par le lieutenant- colonel Simon de la Moriière (15 août 1852); chefs d'escadrons: Noéet Vérillon ; nujor Devillers. État-major, 9*, d«, 4^ et tt« escadrons à Niort, i« escadron à Sainles, un détachement en remonte à Fonienay-le-Comle (1851).

M% le colonel comte lion (Dieudonné-Joseph-Léopold) ap

parvenait à une famille ossentiellement militaiic. Sou père (1), le comte Lion, général de division, avait quatre fils» tons quatre consacrés an service de la patrie, tous quatre parconrant ou ayant parcouru la carrière des armes avec une haute distinction. Le digne colonel dont nous parlons, avait été : sous-lieu* tenant au 5^ chasseurs k cheval ; lieutenant aux chasseurs de la garde; capiuiinc au 5^ de hussards; chef d'escadron au 9*^ de même arme ; lieutenant-colonel au 4^ hussards, où il restait colonel.

Des cœurs comme le mien sont faciles à s'épancher quand ils trouvent de véritables amis ; cédant aux pulsations qu*il imprimait à ma reconnaissance et à ma très respectueuse amitié, je pris la liberté d'adresser à M, le (^omte Lion une lettre de félicitation à propos de son nouveau grade. Je fus honoré de la réponse suivante :

Niort, le 29 septenilife 1851.

« Monsieur le curé,

> J^ai été bien longtemps à répondre k votre bonne et affisc-

» tueuse lettre ; je n'en ai pas été moins sensible à votre bon » souvenir. Le lendemain de ma réception, je suis allé en congé » et je ne suis de retour à Niort que depuis le 28.

» Je serai heureux, monsieur le curé, si vous venez à Niort, » de vous recevoir et de vous faire faire connaissance avec ma » femme et mes deux jeunes eniismts.

(I) Le 20 avril 1809, à la bataille d'Abensberg, le père du colonel Lion, alors chef d'escadron au 2« chasseurs à cheval, charge, à la tête de ce régiment, deux bataillons hoagroîs , les force à meltre bas les armes, sa nombre de 3,000 hommes et enlève deux drapeaux qni sont présentés k l'empereur, comme élaatlespnemlerspijs de la cti^psgoe.

» Votre souvenir pour le régiment où ont servi vos parente, prouve la bonté de votre cœur.

» Recevez, monsieur le curé, avec mes remerciments, Tas- » surance de mon bien entier et sincère^dévouement.

» Signé : Lioh, » Colonel du 1er hussards. »

4854. — 43 octobre. Passage du prince Louis-Napoléon à Niort. Le 4^ hussards, chargé de lui rendre les honneurs dus à

son rang, s'en acquitte avec la bonne grâce el la tenue qui le distinguent. A la suite de la revue plusieurs croix ou médailles sont distribuées au régiment, et un riche camée est offert à une des cantinières.

4851. — 7 et 48 octobre. Le 9^ régiment de hussards, allant de Pontivy à-Tarbes, traverse le département de la Vendée, en deux colonnes, aux ordres du colonel Morin.

J*eus rhonneur de me trouver dans les rangs des deux colonnes; à la 2* et sur l'invitation du lieutenant-colond

Tafïin, je mis pied à terre à la grand'halte et pris le café avec tes oiBciers ; j'accompagnai ensuite les escadrons, à cheval, à leur suite et à côté de Tofficier d*arrière-garde.

Je profitai de l'occasion pour prier un de ces messieurs de me rappeler, à Niort, au souvenir du colonel du i de hussards et de lui remettre deux volumes du livre : ÏAumâmer de Régiment ; commission qui fut parfaitement exécutée ; j*en oifris à quelques oiliciers et soldats du 9^, et le petit livre ût étape au porte-manteau du cavalier.

4854. — 44 et 24 octobre. Le \^ régiment de hussards reçoit et fête le 9^ de même arme, à son arrivée et pendant son séjour à Niort.

Le comte Lion, colonel du i*'*', avait été chef d'escadron au 9e ; de son côté, le colonel Moiin, du 9«, avait été longtemps eapîtaine-mstracteur au 4^; la fasion entre les deux corps portait donc un cachet Lien marqué; aussi notre cor[)s <i'olïiciers se porta-t-il en entier h la rencontre des arrivants leurs vieux camarades et leur offrit-il tout le confort d'une hospitalité cordiale.

Avec ma manière de voir et d*agir, la scène du petit bivouac de la Vendée devait nécessairement établir des relations entre

le lieutenant-colonel de Tafiîn et moi ; je hii écrivis pour le jour de l'an 4852 ; j'eus l'honneur de la suivante :

Tarbes, % janvier.

« Monsieur le curé,

» Je reçois à l'instant la lettre que vous m'avez fait l'honneur » de m'écrire; je ne veux pas remettre au lendemain de vous

» en remercier et vous assurer que le souvenir que vous avez » bien voulu garder de moi, me touche profondément. » Bien certainement que la colonne que j'avais l'honneur de

> commander vous aurait accepté , avec grand plaisir , pour » aumônier, si ^e avait eu un choix à faire. La franchise toute » militaire avec laqueUe vous êtes venu vous placer dans nos » rangs, vous avait gagné toutes nos sympathies.

»^Qui sait, monsieur le curé, le prince qui vient de sauver » la France de Tanarchie et du socialisme, sentant qu'aux sen-

» tiraents reli^^ieux se rattache la vraie morale qui seule peut

> faire le Joonheur et la sécurité d'un peuple, reconstituera-t-ii » le service de l'aumônerie dans les régiments ? Dans ce cas, T> souvenez -vous de moi ; si Son Altesse me regarde comme ^ digne et capable de commander un régiment, dont je vou~

» drais fâire une véritable femitte , alors, moiuiear le curé, je

* serais trop heureux de vous posséder.

» Aa nombre de tous les vœux que je vous adresse en retour » de ceux qae vous voulez faire pour moi, celui de vous re- » trouver dans un beau et brave régiment, comme aumônier, » est placé en première ligne et par égoïsme, dans celui sur- » tout à la tète duquel je voudrais être placé.

» Recevez, monsieur le curé, Texpression des sentiments de is> haute distinction, avec lesquels j'ai Thonneur d'être votre » bien dévoué.

» Bst signé : Y. de Taffin,

» Lieuteaant-colodel au 9^ régimeot de hussards. >»

10 mal 1852. Bénédiction et distribntion des aigles. — La dépatàtion du hussards à la cérémonie*

Une cérémonie comme celle-ci ne se voit pas généralement deux fois dans un siècle. Toujours le même, je devais avoir une forte tentation d'y assister; je Teus, j'y cédai et le jour dit, j*étais là. C'était, du reste, un grand jour d'aumônerie militaire, puisqu'il s'agissait de la bénédiction des drapeaux.

Le prince Louis-Napoléon avait pour escorte le plus bel étatmajor qu*on puisse voir, en oflBciers français de tout grade dV bord, puis en chefs arabes, magnifiquement costumés, au nombre d'environ trente, et non moins richement montés.

L'armée présentait un effectif de 80,000 hommes, avec 70 pièces de canon attelées.

Elle comprenait quatre bataillons de chasseurs à pied, vingt régiments d'infanterie, un de génie, un d'artillerie, plus deux autres batteries, quinze régiments de cavalerie dont deux esca-

inms des 6^ ei 8« hussards, ces àenders avec musique ; des Réputations de tous les régiments de Tannée d'Afrique, de

Rome et de rintërieur, de l'infanterie de marine, des équipages de terre et de mer ; les écoles militaires, les invalides, etc., etc.

Le clergé comptait un grand nombre de cardinaux, arche«* vôques, évèques et 600 prêtres, échelonnés en amphithéâtre sur les marches de Tautel, élevé au milieu du Champ-de-Mars, où l'avait conduit un fort piquet de gendarmerie mobile qui était venu le prendre à Téglisc du Gros-Caillou.

Le prince-président arrive, parcourt au trot de son cheval le front de baàille, accompagné de son état-major, vient saluer

la croix et le clergé, puis descend de cheval et monte à sa tribune adossée à rÉcole mihtaire, iace à Tautel. Tous les colonels des régiments arrivent à sa suite, se rangent autour de lui et reçoivent leur drapeau de ses mains. Le prince prend ensuite la parole en ces termes :

« Soldats 1

> L'histoire des peuples est en grande partie l'histoire des

> armées. De leurs succès ou de leurs revers dépend le sort de

» la civilisation et de la patrie. Vaincues, c'est l'invasion ou

> Tanarchie ; victorieuses, c'est la gloire ou Tordre. .

» Aussi, les nations comme les armées, portent-elles une

> vénération religieuse à ces emblèmes de l'honneur militaire, ». qui résument dans eux tout un passé de luttes et de triomphes.

> Reprenez donc ces aigles... comme le souvenir d'une époque

> héroïque, comme le signe de noblesse de chaque régiment ! »

Après ce discours, les colonels font volte-face et se rendent auprès de l'autel.

Une salve de cent un coups de canon annonce la bénédiction

des drapeaux. M^*^ Sibour, archevêque de Paris, la mitre en tête, la crosse à la main, fait quelques pas en avant, les dra-^ peaux s^ineKnent sous la main des colonels qui les portent, et

Sa Grandeur les bénit en ces termes :

€ Recevez ces étendards sanctifiés par les bénédictions du

» del ; qu'ils soient la terreur des ennemis du peuple chrétien » et que Dieu, en Tiionneur de son nom et de sa gloire, vous » donne la grâce de pénétrer sains et saub au milieu des batail-

1 Ions ennemis. »

Puis, le prélat donne Taccolade au'premier colonel de droite et prononce les paroles suivantes :

« Prince, soldats l

» Le Dieu de paix, dont nous sommes les ministres, est aussi » le Dieu des armées. Yoilà pourquoi notre place, la place de

> la religion, est marquée dans cette féte guerrière Voilà

» pourquoi, aujourd'hui, le prêtre et le soldat se sont rencon- » très et se sont tendus la main. Le soldat et le prêtre, placés » Tun ét l'autre sous les lois austères de la discipline, ayant au » cœur les mêmes principes de conduite, qui sont l'amour du » devoir par>dessus toute cbose, et Tesprit de dévouement jus- » qu'au sacrifice de sa vie, travaillent ensemble quoique diver- » sèment, à procurer, par l'apaisement des passions, le triomphe » de la justice dans les sociétés humaines.

» Que de services rendus à la paix publique par cette armée. » qui vient aujourdimi incliner son front devant la majesté » suprême, etc., etc. )^

Aussitôt ces nobles paroles, un coup de canon a retenti ; c'était le signal de la messe, célébrée par M^"" Sibour lui-même et chantée par quinze cents musiciens de l'armée. A l'élévation,

le canon a retenti de nouveau, les tambours ont battu aux champs, les trompettes ont sonné la marche, les troiipps ont présenté les armes et mis gunuu terre. Jamais plus beau spectacle ne peut se présenter aux yeux du spectateur.

Le défilé a suivi la messe et a duré quatre heures. Vingt et un coups (le canon ont annoncé la lin de la cérémonie et le départ du prince-président.

La députation du 4^ régiment de hussards qui s'était rendue à Paris, pour recevoir son drapeau, se composait des :

Colonel comte Lion, aujourd'hui général;

Capitaine Tilliard, depuis colonel du 3« de l'arme (i) ;

Maréchal des logis Germain, depuis capitaine au régiment;

Brigadier Dréano ;

Hussards Pillet et N...

Il y eut, à cette occasion, deux décorations, l*uno pour le

nfidjor de Villors, l'autre pour le capitaine Tilliard, et quatre médailles militaires accordées à des sous-officiers et soldats du régiment.

Quelques jours après, le drapeau fut remis au 1''' hussards par son colonel, sur la place de la Brèche, à Niort, en présence d'une foule immense; il y eut grande revue à cette occadon.

Gomme je l'ai dit, page 400, placé très près de l'autel, à la distribution des aigles, j'avais tout particulièrement remarqué notre drapeau aux mains du digne colonel comte Lipn, .pendant tout le temps de la bénédiction et de la messe.

(t) Lettre do eolond Tilliard, du 3* hussards (Maubeuge, 28 novembre i866) ; lettre do capitaine Germain (Lyon, 12 mars 1867) ; toutes deux adressées à Tauteur pour reoseigoemeuls demandés à ce

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