CHAPITRE TI
BISTOIRK DU 1*' RÉGIMBffT DE HUSSARDS, AlfCIBIf BKRCHBNT
2« Empire français (1852). — Le mot d'ordre est Napoléon III ; les autres signes sont les mômes qu*au i'^ Empire. — Le l«r régiment de hussards est à Niort, aux ordres da colonel Lion. — 5 escadrons.
Noos sommes aa S* Bmpire el aux Aigles. Une aigle ! c'est qUelcpie chose qui va vite et loin ; c'est accoutumé à contempler, du même œil, le soleil du Midi et les glaces du Nord. Les filles des vieilles de la veille ont voulu faire comme leurs aînées. Les Alpes et les Pyrénées ne leur suffisaient pas.
Moins de deux ans après, elles avaient pris leur vol audadeux et posé leurs aires jusqu'en Asie, en Crimée. £n avantgarde et en première ligne, était celle du 4^ hussards ; 70 antres environ suivaient. Cette apparition commençait à devenir ef^ frayante.
48&S. — Nous avons laissé le régiment à Niort. 4853. — Dans les premiers mois de 4853, il reçoit Tordre de partir pour Carcassonne. Vers le 40 avril de cette année,
trois escadrons se mottent en marche pour cette destination, sous les ordres da lieutenant-colonel Simon de la Mortière, promu du 45 août précédent 4852, M. Fleury étant passé, suiis la mùme date, colonel des guides de la garde impériale.
Nous perdions un homme qui, par sa position spéciale près de l'empereur, était appelé à être une puissance dans l'armée. L'acrpiisition que nous faisions dans la personne de M. Simon de la Mortière, n'en était pas moins excellente. C'était, comme le colonel comte Lion, comme bien d'autres, un soldat pur sang.
Son père Simo5 (Jean-Baptiste-Charles), capitaine à la 84« de ligne, avait reçu un sabre d'honneur, le 23 décembre 4804, pour avoir fait, avec une grande distinction, les guerres de 4792 à 4800, en passant par tous les grades intermédiaires. Devenu maréchal de camp honoraire et nommé chevalier de l'Empire par Napoléon, il avait reçu l'autorisation d'ajouter à son nom celui de la Mortière. C'est assez dire le bel héritage qu'il transmettait à notre lieutenant-colonel.
Ën entrant clioz nous, M. de la Mortière sortait, comme chef d'escadron, du 7« de hussards.
Le 4*' mai 4853 était le jour fixé pour le départ de Tétatmajor et du 4*''' escadron du l**"^ régiment de hussards. Celui en garnison à Saintes, devait être rallié par la colonne, à son passage.
Je courus à Niort, j'arrivai la surveille du départ; j'eus l'honneur de voir le eolonel comte Lion et de lui offrir deux autres volumes de Y Aumônier de Régiment, que j'avais hit marorpiiner et dorer sur tranche ; j'en remis quelques exemplaires à deux autres oûiciers, ainsi qu'aux enfants de troupes, dont je reçus les adieux et que j'embrassai.
Bref, la veille, je visitai la caserne, les chevaux et les écuries; le lendemain, le régiment rompait à 7 heures. J'étais là quelque
temps avant, me promenant seul sur la place du quartier, en soutane et en tricorne comme toujours, un manteau à polisse noire rejeté sur les épaules. La place était encombrée d'ouvriers, de dandys, d*amateurs, etc., etc. La présence d'un [irètre était une surprise pour tous. L'un d'eux, pour mettre lin à cette anxiété, se détaehe du groupe dont il fait partie et m'accostant hardiment : « Comment se fait-il, monsieur, que vous, prêtre, vous » soyez-ici, sur cette place, au milieu des. soldats ; avez-vous » des rapports avec le régiment? Quoi donc vous attache à lui? » —Oui, Monsieur, lui dis-je ; c'est mon régiment à moi ; le ré- » giment de ma fanùlh;, quatre de mes parents y ont servi. » Sur ce, mon quidam, de faire, avec le talon, un à droite en arrière sur lui-même et disparaître. Son éclipse fut complète, je ne le revis plus.
On va chercher le drapeau, les trompettes le saluent; à la voix des chefs, le régiment défile ; on sonne la marche, puis la musique joue : Bon f>oyaffc, cher Dumolait, etc., etc. Je presse alors le pas , je suis la colonne jusqu'à la Brèche et l'accompagne de l'œil, tant que Thorizon me le permet. Le dirai-je, je pleurais, il me semblait entendre le premier coup de canon qui les appelait au combat. Je ne me trompais pas.
4854. — Le 4®^ de hussards à Garcassonne.
4854. — 20 ma^. Ordonnance qui rétablit un 6® escadron dans tous les régiments de cavalerie. Nous sommes à la guerre, le régiment est désigné pour faire campagne ; en conséquence, il a Tordre de mettre ses escadrons au complet. Un fort détachement du 4®^ chasseurs lui est versé, pour augmenter son efTectif. Des recrues lui arrivent en grand nombre, ainsi que des chevaux. En même temps et par décret du 40 mars 4854, l'aumônerie militaire est rétablie pour Tarmée expéditionnaire seulement et pour le cours de la campagne.
L'abbc Parabère, du clergé d'Afrique, esl nommé aumônier supérieur.
L'abbé Gondard^du môme clergé, est affecté au soin spirituel de la cavalerie.
Le premier^ aumônier de l'hôpital de Constanûae, avait fait, en 4854, la campagne de Kabylie, sous les ordres du général Saint-Arnaud.
Le second, successivement curé d'Aumale et de Lagliouat, avait bien des fois para dans nos rangs, en Afrique. Tous les deux connaissaient la pondre. Trente-buit autres aumôniers sont ollés en Crimée, offrir à nos soldats le secours de leur miniâtère; trente sont morts sur ce nouveau cbamp d'bonneur; nobles victimes s*immolant à Dieu pour la patrie!
Quant à Tautenr de ce livre, une volonté bien formelle ei fortement exprimée de son évôquc, vint se mettre à i^eaconire de son désir d^accompagner son régiment en Orient. Le sacrifice est, avons-nous dit, la vertu du prêtre et du soldat ; mais au-dessus du sacrifice, il est une autre vertu : V obéissance, et rÉcritnre dit que cette dernière est préférable au sacrifice ; il fallait donc se résigner. Je n*en restai pas moins, pendant la campagne, en correspondance avec le régiment et quelquesuns des aumôniers.
Mon seul et modeste rôle devait se borner à la prière et à la [^ume, à la prière, elle est permanente chez moi pour le soldat, à la plume. Dieu voulait que la mienne fut employée à tracer ee que fécris présentement; et, quand Dieu^treut une chose, elle est bien voulue. Souvent, sa bonté paternelle nous en fait prendre les moyens, en nous laissant ignorer la fin. C'est ce qui m'est complètement arrivé, relativement à cette bistoire. Je n'avais jamais songé à m*en occuper et cependant j*en avais recueilli, dans mes cartons et mes volumes de notes, presque
« tous les documents. Aujourd'hui donc, je n'ai qu'à ouvrir le P** tome de mes Correspondances militaires, t*^* 60 et suivants; j'y troave le joamaf tout entier des opérations, en général de la cavalerie et en particulier du régiment de hussards, dont, j'ai spécialement à m*occuper.
Campagne de Grimée (1854). — Général en chef, maréchal Sainl- Arnaud; 2^ corps d'armée, maréchal Bosquet; diviaioo de cavalerie, général d'Allonyille. — Brigade du général Esiberhazy ; i« hussards, colonel comte Lioo ; 4* hwnrds, colonel Gallala-Hagiieiieau ; — brigade dn général Cbanpcroa : 0* dragons, colonel Ney, d«c d*ElcUngen ; !• dragoni^ cotouel Dahesme. —Chaque régiment à 4 escadrons.
On remarquera tout d'abord que le général de division et les généraux de brigade appartenaient à l'arme des hussards.
Le générai d'Allonvilie avait été colonel du 5^ ; les Ëstherhazy sortaient du 4 et du 3« ; le général de Ghamperon avait été chef d'escadron chez nous.
Lors du départ du 4*' régiment de hussards pour la Crimée, j'adressai au colonel comte Lion, par l'entremise du capitaine de la Moussaye, à Varna et au major 4e yiOers à Carcassonne, un double exemplaire de la pièce de vers qui relate les campagnes du régiment et que j'ai placée en entier à Tentéte de ce volume. Je prie mes lecteurs de s'y reporter, puisque nous sommes à l'actualité du fait. Je demande la permission d'en citer seulement quelques-uns, comme tête de colonne du récit de l'expédition.
» Vous allez donc partir sous de si beaux auspices ; » La gloire s'j connaît pour oiïrir ses prémices. » L'intrépide Lion, vers les premiers combats, » Des anciens Bercbeny va diriger les pas. » Etc., etc.
iouriial des opéralions miUlaires du hussards en Crimée.
4854. — 4*^'iuin. Le général Feraydlsly est désigné pour commander une brigade de cavalerie, composée des 4^ et 4* has-> sards. Quelques jours ajirès, il j)asso au commandement des 2*" et 4® chasseurs d'Afrique et laisse le sien au général £stberhazy.
Le 4^ hussards à Carcassonne et le à Toulouse et à Castres, reçoivent l'ordre du dépari ; ils doivent partir sans chevaux et seront remontes, en Orient, avec des chevaux indigènes. Cette nouvelle est accueillie par ces deux régiments, avec le plus vif enthousiasme.
Du 7 au 10 juin, ils sont en route pour Marseille, où ils rencontrent deux escadrons du 7® dragons.
4 854. — 40 juin. Ces deux escadrons et les deux régiment^de hussards sont passés en revue, sur la plac(! d'Armes de Marseille, par le général Rostolan. « Ces trois régiments, dit le Courrier » de cette ville, présentaient le plus hel aspect, et la tenue mar- » tiale de ces troupes était remarquée avec intérêt par le public » nombreux qui assistait à celle scène militaire. »
42 juin. — 600 hommes des 4®' et 4® de hussards s'embarquent pour la Crimée sur YEuphrate, bâtiment-transport. Le reste suit <le près, sur des frégates, goélettes, etc., etc.
Du 20 au 22 juin, arrivée à Gallipoli.
29 juin. — Formation d*un camp sous Varna. Trois divisions d'infanterie y sont campées. Arrivent successivement les l^*" et
hussards ;
Les ^ et 4* chasseurs d'Afrique ;
Le dragons et le cuirassiers, qui se mettent au bivouac.
Le l^"" régiment de hussards a déjà reçu plus de 200 chevaux indigènes. Quoique grêles et de peu d'apparence, ces chevaux bien acclimatés soilt robustes et vigoureux» U fiât le service du
qiiarlier-géuéral, où le maréchal Saint-Arnaud vient d'arriver.
45 juillet. — Le régiment est complètement monté; deux escadrons du 4® le sont aussi.
Du 21 au 29 juillet, un mouvement en avant s'exécute vers la Dobruscha et le Danube. La première division d'infanterie est en marche ; le 4^ escadron du 4^' de hussards est à Tavantgarde, fort de 105 homines et 440 chevaux.
Ce corps d*armée ne rencontre pas les Russes, qui fuient devant lui ; mais nos soldats ont à combattre un ennemi dix fois plus terrible; le choléra était aussi par là, en embuscade et au bivouac, il s'abat sur eux et les déciuie. Le uoinbra des morts, sur ce nouveau champ de bataille, est effrayant. Il semble donner sa funeste préférence aux zouaves et aux hussards.
Notre escadron est réduit à 59 hommes; il a perdu, dans quelques jours, la moitié à peu près de son effectif. Tous les chevâux sont pris d*urgenee pour.les ambulances portatives et les caculcls.
34 juillet. — Mouvement rétrograde de la colonne sur Varna. Le choléra y sévit puissamment.
8 août. — Grand manège de voltige créé à Varna, par le général de division Morris, pour retremper le moral du soldat et lui communiquer Ténergie physique, dont il a besoin contre le choléra.
1 0 août. — Commencement des voltiges à cheval ; concours d'émulation entre tous les corps de cavalerie ci-dessus dénommés, l'artillerie à cheval et les équipages.
45 août, toujours 4854. — Le fléau contiaue ses ravages avec la plus grande intensité. On redouble d'ardeur, en vue de le combattre ; la voltige est à Tordre du jour ; on donne aux lauréats de ce nouveau carrousel des prix consistant en llaneiles, cravates, toniques, etc., etc.
44 sepieuibre. — L'infanterie passe la mer Noire et entre en Crimée, avec les spahis d*Afri<iiie et le 3^ escadron da 4* hussards.
8 octobre. — 447 hommes et 90 chevaux du 4*' de hussards ' sont dirigés de Carcassonne sur les escadrons de guerre.
460 autres hussards à pied des l** et 4* complètent le détachement à cette destination. Du 4®'' novembre au i^^ décembre, grand mouvement de concentration de toute la cavalerie sur Andrinople, Bourgas, Varna, pour y prendre ses quartiers d'hiver.
40 décembre. — Le 4*^ hussards, le 7* dragons, le 6« et le | 9^ cuirassiers sont installés ensemble au bivouac, sous Andrinople.
Le 6* dragons hiverne à Bourgas et le 4* hussards à Varna. \ Les i^' et 4® chasseurs d'Afrique et le reste des spahis ont pris la mer et sont descendus en Grimée; ils flanquent les campements de l'infanterie et font le service des grand'gardes, en attendant des jours plus heureux.
40 décembre. — Jour même de installation, un grand cercle est fondé à Andrinople, pour les officiers du 4*^ hussards et des trois autres régiments de cavalerie qui y résident. Le général de Cassaignoles veut bien en accepter la présidence.
4854. — 25 décembre. Grande féte de nuit de No9l donnée par les officiers du cercle à la population et à l'année.
4855. — 4^' Janvier. Échange des vœux de l'an, comme d'ordinaire entre nos officiers. Le 4^ hussards et le 7* dragons ] quittent Andrinople. Ils arrivent h Daiou-Pacha, près Constan- ' tinople, avec un effectif de \ ,500 chevaux en parfait état, à Teffet
d*y attendre leur ordre d'embarquement pour la Crimée. Ils ' sont provisoirement sous le commandement du général de Cassaignoles.
Les 2^ et 3® chasseurs d'Afrique arrivent en vue de Cunstantiiiople et sont dirigés, par voie de mer, sur le théâtre de la guerre.
27 février. — Le colonel, rétal-major et un escadrun du 4* hussards traversent la mer Noire, à bord du Sully. Le reste du régiment suit.
27 avril. — Le l** hussards reçoit, à Constantinople, un fort détachement venant de Carcassonne; c'est celui d'unt j'ai parle, versé par le 4^ chasseurs, comme en fait foi une lettre, à moi transmise de cette ville. [Correspondances militaires, tome I*',
GraDde revuç à CoastaniiDople, en présence du sultan.
4855. — 42 mai. Le 4^ hussards, le 7® dragons, les et 9^ cuirassiers y assistent, ainsi que les troupes de la garde et de la
ligne, destinées à former le corps de réserve de Tannée d'Orient. A la suite de la revue, le général commandant en chef publie l*0Fdre du jour suivant :
« L'attitude et la tenue des troupes à la revue qui a été passée » ce matin par le sultan et le défilé, ont été remarquables. » Sa Hautesse n*a cessé d'en témoigner sa satisfaction et sa
» gratitude, et a vivement demandé au général commandant en » chef, de porter ses sentiments à la connaissance de tous. » Le général est heureux de s'en rendre Finterprète. Une
» ration de vin sera immédiatement délivrée aux sous-officiers » et soldats présents à la revue.
» Au quartier-général, à Malask, le 42 mai 1855.
» Le général commandaDl le corps de réserve,
:» Signé : Régmàult de Saint- Jean -d'Angély. >
Dépari pour la Crimée du resie de la cavalerie.
4855. — 44 et 45 mai. Embarquement à Constantinople , sur les navires : la Normandie, le Svoitsfarth, le Laplaee et le Chaptal, des régiineuts sui\anls : 1" de hussards, 7* dragons, 9*> cuirassiers, hommes et chevaux.
20 mai. — A leur arrivée sur le champ de bataille, les régiinenls roj)îennent leur or^^anisation première, suspendue ()ar la force des choses; les l^*" et 4"^ de hussards sont de nouveau uuis ' dans la même brigade, général Ëstherhazy.
25 mai. — Le 4*' de hussards, les 4^' et 4' chasseurs d'Afrique, le G*^ dragons à peine débarqué, le 7*^ de même arme, deux divisions dlnfantcrie font une reconnaissance, poussent les Russes et s'établissent sur la Tchemala. Ils prennent tout le nKilériel de leur camp.
30 mai- 4*^^ juin. — Les navires le Darien, le Panama. VOrénoque transportent de Gonstantinople en Grimée, le 6® cuirassiers, le général de Forton et la gendarmerie de la garde. Toute la cavalerie est suus Sébastopol.
3 juin. — Autre reconnaissance dans la vallée de Baïdar, par six bataillons d'infanterie, les 4^ et 4^ hussards et toute la cavalerie. On part à minuit; on rentre le lendemain à neuf heures du soir. Celte reconnaissance pousse quelques sothnias de cosaques, qui nous laissent 4 hommes et 8 chevaux.
25 juillet. — Mort à rarabulance du culuuel Gallais-IIagueneau, du 4^ hussards. 11 reçoit les secoui'S religieux et les honneurs de la sépulture de la main de mon digne ami, i'abbé Darnis, alors aumônier à l'armée d'Orient, aujourd'hui chapelain à rhôtel des Invalides.
4 août. — Le lieutenant-colonel Simon de la. Mortière, du 4«r hussards, est nommé colonel du 4* de l'arme.
Même date» 4 août 4855. -r Le chef d'escadron Abdclal, du 4e chasseurs d'Alrïciae, est promu lieutenant-colonel du régiment, en remplacement de M. de la Mortîère.
Môme jour. — L'abbé Gondard centralise 1 aumoneric de tonte la cavalerie.
16 août. — Bataille de la Tcbernalk.
Les chasseurs d*Afrique forment l'aile gauche; deux divisions
d'infanterie ot les Piéinontais sont au centre ; les hussards, dragons, cuirassiers sont échelonnés à droito. Plein succès.
C'était le 5^ acte de cet épouvantable drame qui devait finir à MalakolT; c'était la 5® oriflamme de cette immortelle campagne.
La i''^ avait été, 2i) se|.teml)re 1854, Aima;
La octobre 4854, Baiaclava;
La 3*, 6 novembre 4854, Inkermann;
La 4®, 7 juin I8od, mamelon Vert;
La 5*^, 6 août 4855, Tchemaïa, dont je parle;
La 6*, 8 septembre 4855, Malakoff, le bouquet de la fête et la fin de la campagne.
Toutes, luttes gigantesques; toutes, victoires du premier ordre, de masses à masses, de peuples à peuples, de nationalités à nationalités.
Pour les contempler sans eilroi, ces masses, il fallait l'œil de l'aigle; pour les enlacer, ses serres; pour les réduire au sQence, ses foudres.
18Ô5. ~ 8 septembre. Prise de Malakoff.
La cavalerie est h son poste de bataille, faisant partie du corps d'observation; elle protège les derrières de l'armée, qui monte
à l*as8aiit et contribue, à sa mamàre, au triomphe de la journée.
Jamais assaut, dans Diistoire de Tarmée, n*avait été comparable à celui de Malakoff; aussi, dans son ordre du jour du 44 septembre 4855, le maréchal Péiîssier avait-0 raison de
dire : « Jamais rarlillerie de terre et de mer, jamais le génie, » jamais l'infanterie n'avaient eu à triompher de pareils obsta- » des; jamais aussi, ces trois armes n*ont déployé plus de va- » leur, plus de science, plus de résolution. La prise de Malakofl » sera votre éternel honneur. )> Ët pour suivre une progression ascendante, le maréchal Saint-Arnaud avait aussi raison de dire, dans son ordre du jour du 44 septembre 4854, un an, presque jour pour jour, avant : « Soldats! à ce moment où » vous mettez le pied sur cette terre de Crimée, vous êtes l'es- » poir de la France; dans quelques jours, vous en serez For- » gueil. Vive l'empereur! » Et l'empereur lui-mî^me, ihuis sa proclamation du 42 juillet précédent, au départ de Tannée :
« Allez mes enfimts, j*aurai les yeux sur vous et bientôt, en » vous revoyant, je pourrai dire : Ils étaient les dignes fils des » vainqueurs d'AusterliUs, dJEylau, de Friedland, de la Mos- » kowa. AUez, Dieu vous protège 1 »
Et Dieu les a protégés, et les victoires des enfants ont grandi de toutes les victoires de leurs pères. La victoire ! récompense de rhéroïsme, c'est-à-dire du dévouement, de Tabnégation et du sacrifice.
25 septembre. — La brigade du général Estherhazy est scindée; le 4^ hussards reste à Séhastopol; le 4^ part pour Ëupatoria. Je dirai, à rhistoire de ce dernier, sa page de gloire dans cette expédition.
I**^ novembre. — Le hussards prend ses cantonnements d'hiver dans et devant cette place et passe ainsi le reste de Tannée.
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1856. — l"" jaDvier. — Le colonel comte UoD,da !«' régiment de liussardSf reçoit, à Sébastopel sa nominalioa a» grade de général de brigade. Il esl appelé au commandemenl de la brigade de cava» lerie, statioDoée à Lonéville.
Les gens île cœur laissent des souvenirs partout où ils passent. Le journal de Niort, la Reme de l'Ouest, en annonçant cet henrenx ehoix, s'exprimait ainsi : « Tontes les personnes » qui ont af^précier les mérites et Tatrabililé de M. le comte » Lion pendant son séjour à Niort, verront, comme nous, avec » plaisir, cette juste promotion. »
\'T régimeut de hussards, colonel Moucheton de Gerbrois (Charles* Georges); lieuienant-coloDel Âbdelal (Louis-Alexandre-Désiré); les quatre escadrons de guerre partent de Crimée pour France; les dem escadrons de dépôt, de Garcassonne pour Chartres. — Tout le régi* ment à Chartres (1856).
1856. — 26 janvier. Date de la promotion de M. Moucheton de Gerbrois^ au grade de colonel du de hussaids.
Cet officier supérienr sortait, conmie lieutenant-colonel, du 5* de l'arme, alors en Al^^^érie. 11 avait été capitaine-instructeur au 4^; c'était, à n'en pas douter, un vrai hussard.
4«r mars. — L'empereur décide que le nom de Sébastopel sera inscrit sur les drapeaux des régiments qui ont fait, en tout ou en partie, la campagne de Crimée. Le 1®^ de hussards va donc s'enrichir de ce précieux trophée. J'avais dit, dans mes vers à son étendard, en parlant de Taigle de la victoire :
c U voit encor des plis pour des lauriers nouveaux. »
j'avais été bon prophète.
— Mi —
^5 mai. — Les deux escadrons de dépôt du de hussards et la compagnie hors-rang viQonent de Carcassonne tenir garnison à €hartres.
Par suite de la cunclusîon de la paix signée le 30 mars de cette année 1856, le régiment de hussards et le 4^ évacuent la Crimée erfont escale à donstantiitople. Le reste de la cavalerie y aborde successivement.
34 mai. — Là, à Constanlinople môme, sont vendus tous les chévanx des deux régiments de hussards, la moitié de ceux des dragons, des chasseurs d'Afrique et -des cuirassiers; en un mot, tous ceux dont le prix de vente était inférieur à 500 francs, prix estimatif du transport pour France, de chacun d'eux. Ce qui égargna, en outre, la nolisation de 500 à 600 bâtiments de commerce, où l'on n'installait pas plus, par chaque, de 25 hommes et 25 chevaux.
Le général Bousquet, mon honorable ami, venant de Gons*
lantinople où il coniiiiaiidait la brigade du camp do Malasck, et 84^ de ligne, et dans les hras duquel j'allai me jeter à son retour, me fit Thonneur de me dire qu'il avait yn, dans cette ville, le de hussards en bon état do santé et d'é([uipcment et qu'on y avait vendu, au compte de l'intendance, en moyenne 200 francs f un, tous les chevaux d'Asie qu'il avait reçus, lors de son mrrivée à Varna, au conunencement de la campagne.
4856. — 21 juin. Le de hussards s'embarque à Constanttinople pour France» arrive à Marseille et rejoint son dépôt à Chartres, en Beauce.
Il avait, on ce qui le concerne, yaincu l'ennemi, le eholéra et les élcmonts, c'est-à-dire les rigueurs des hivers ei des tempêtes. La traversée fut, grâce à Dieu, heureuse pour le régiment. Heureux encore si les vaisseaux de retour avaient ramené, en 4856, tous ceux qu'ils avaient emportés en 1854.
Plus heureux encore, si ma Biain et ma croix d'aumônier n'étaient pas obligés de bénir, par escadrons, Jes cendres de
ceux qui restent là-bas. En effet, je tiens de source certaine que reCtectif du \" hussards s'était élevé, pendant la campagne, à 44 ou 4,500 hommes; combien en esi-il revenu? 800! Ajoutons à cela, la brèche que durent faire dans ses rangs à son arrivée» les convalescents, congés, réformés, blessés, etc., etc. C'était un régiment à renonvder. Il le fut, en effet, par la fusion dans ses rangs, d^une partie du 9^ de hussards qui fut ticéiicié, à cette époque, par suite de raugmentalion de la cavalerie de la garde. J'ai dit, en son heu, mes pressentiments à son endroit. C'en était £ait, le ministère, dana le but de remplacer les vides de la guerre, avait, dès le commencement de 4856, donné ordre au 9^ de hussards de faire mouvement de Tarbes sur Chartres.^
Ce régiment partit à l'effectif de près de 2,000 hommes, en trois colonnes : deux par Angouléme, la troisième par Toulouse, se rejoignant à Tours. Furent placés :
4* et S* escadrons à Rouen ;
3® et 4« id. à Chàteaudun ;
5« et id. état-major à Chartres.
C'était là, à Chartres même, avons-nous dît, qu'était ea gu^ nison le 1®"^ de hussards, arrivant de Crimée et son dépôt.
Ce fut là aussi que, dans le cours de juin 4856,. le 9* fut, en grande partie, versé dans le 4"' avec ses chevaux, puisque ce dernier était revenu démonté, de la campagne d'Orient. Ainsi, le 9* rendait au 4^'^ ce que celui-Hîi lui avaù prêté, en 4840, lors de sa fonnatîon. Dans cette transformation, et c'est le mot, il y en avait pour tout le monde et surtout pour le capitaine d'habillement.
IiO reste du 9* entra dans la garde, à l'école, de dressage de
Paris et aux compagnies de remonte; 450 hommes furent affectés à la 2* compagnie, cbeMiea : Fontenay-le-Gomte, où ils
étaient passés en 4853 [\] alors que le régiment allait de Napo-^ léon-YiUe à Tarbes.
24 novembre. — Tonjonrs 4856. Le 4* de hussards, qui de Conslaritinopie avait rallié son dépôt à Castres, part de cette ville pour Paris. Il est casemé au quai d'Orsay et à Grenelle.
45 avril. — Le 4^ r^iment de hussards reçoit sa feuille de route pour Paris;
La 4'® colonne arrive le 45 avril;
La 2« colonne le 47 du même mois (caserne de Grenelle].
Il remplace à Paris le 44^ dragons, qui va à Lunéville et est remplacé, à Chartres, par le 44^ chasseurs, venant aussi lui de Lunéville.
Armée de Paris. — Maréchal Magnan; commanflanl la division de cavalerie (2), général d*Allonvillc ; la brigade légère, général de Noiie (Armand) ;ier régiment de hussards, colonel de Gerbrois; 4« régimeut de hussards, colonel de la Mortière, à À escadrons Van (1866).
Le général de Noue avait servi comme capitaine au 4^ hus* sards, en 4834 ; c*était donc une bonne fortune pour la brigade et le régiment en particulier. Je tiens à honneur pour ce général, de. rappeler qu'il sortait, comme colonel, du 4^ chasseurs à cheval, qu*il avait commandé devant Rome, en 4849«
(1) CorrespondaDees militaires, tome I», f»59.
(2) Celte division comprenait les : l"" carabiniers, colonel Becquey- Beaupré; 2« carabiniers, colonel d'Oullenbourg; 3° cuirassiers, colonel de Urée; 5« cuirassiers, colODel L^praod; et la brigade de cavalerie légère d-dessns»
1857. — 7 mai. Grande revue de l'armée de Paris, passée par r Empereur, en présence du grand-duc Constantin de Aussie.
3 juin. — Revue partielle de la même armée par TEaipereur, en présence du roi do Bavière. Notre brigade est présente à ces deux cérémonies militaires.
Substitution, dans les régiments de hussards, des pelissespaletots aux pelisses-dolmans. Abandon de ce modèle plus tard.
23 juillet. — J'envoie, par une sœur de charité, à l'hôpital militaire du Gros-Caillou, à Paris, plusieurs exemplaires de mon volume : V Aumônier de Régiment, pour les malades des deux régiments de hussards, de la garde impériale, etc., etc.
45 août. — Fête miUtaire au Champ-de-Mars; grand déploiement de troupes de ligne et d'artillerie. — Manœuvres spéciales; fautasia arabe; 400 hussards des et 4^ en font les frais.
4857. — 34 octobre. Obsèques du général Gavaignac, ancien
chef du pouvoir exécutif. Deux pelotons du 1^"^ régiment de hussards ouvrent et ferment la marche. Le 4^ hataiilpn de chasseurs à pied» les i^^ 2®, 46^ et 85* de ligne forment le reste du
cortège.
4858. — \ octobre. Revue de départ des 4®' et 4^ de hussards passée par l'empereur. Pour prendre rang de ce jour, le
colonel de Gerbrois est nommé officier de la Légion d'honneur; chevalier du 2 décembre 1850.
Ordre da Jour de la revue de départ de Paris des 4« hussards et
infanterie, çtc*, etc., émanant du' maréchal Magnan. l
« L'empereur m'a chargé de témoigner aux corps des diffé- > rentes armes qu'il a passées aujourd'hui en revue, toute sa
9 satisfaction pour leur belle tenne, lear immobilité dans les
» rangs, leur attitude martiale et la régularité du délilé.
» A ces augustes suti'rages, je joins mes regrets de me séparer
> de si belles et si bonnes troupes. Les 4^ et 4* régiments de
> hussards, les i®^ et 4® bataillons de chasseurs à pied, les 4«', » Ils 35% 4o«, 47% 79<», 95« et 96« régiments de ligne, eu
> quittant l'armée de Paiis, y laisseroni une réputation noble- » ment méritée, fls ont ajouté à la ^doire de leur aigle si admi- » rablemeiit cou(|uise en Crimée, l'exemple de toutes les vertus » militaires. Dans toutes les circonstances, ils ont été soldats » dévoués et soumis aux exigences du service : qu'ils restent » dans les garnisons nouvelles qu'ils vont occuper, tels qu'ils » étaient sous mes ordres, dévoués à l'empereur et à sa dynastie ; » que leur devise soit toujours honnewr et patrie ; que le sou- » venir de l'armée de Paris reste toujours gravé dans leur cœur, » comme leur souvenir restera dans le mien , qui les suivra » partout de sa sympathie. — Fait au quartier-général, à Paris, » le 4« octobre 1858.
» Maréchal Magnan. »
Ce n'était pas d'aujourd'hui que le maréchal Magnan connaissait le 4^ régiment de hussards. Lorsque ce régiment sauvait raniii'e, au combat des Arapiles, le 22 juillet 1812, en Ëspagne, il y avait tout près, dans les rangs du 66^ de ligne, un jeune Ueutènant qui nous contemplait sabrer les Espagnols à plate couture et qui, avec sa compagnie, faisait le coup de feu. Cet oflicier était le futur maréchal Magnan.
4858. — 40 octobre. Mouvement de troupes. \^ hussards, état-major et 4 escadrons, de Paris sur Tarbes, où se rendent le dépôt et 2 escadrons venant de Senlis. — 4° hussards, étatmajor et 4 escadrons, de Paris sur Maubenge, où vont le dépôt et 2 escadrons venant de Rambouillet.
iè&èi — décembre. Corps de mnsiqae da régiment de hussards. — Paris est le séjour des beaux-arts; c'est TA-
thèues des temps modernes; les artistes y fourmillent; aussi la musique du 4^'' hussards» qui y était entrée , forcément réduite sous tous les rapports, par Texpéditlon de Grimée, y avaitr-dle puisé d'excellents éléments; elle en sortit égale à celle d'un régiment de la garde.
Nous sommes dans un intervalle de repos et de paix; profitons-en pour recueillir un peu nos souvenirs et rappeler quelques nouvelles particularités de nos rapports avec le 4" régiment de hussards.
Sous la date du 4^ août 4854, j'avds adressé la pièce de vers sur les campagnes de ce corps, au colonel Fleury, alors des guides et notre ancien lieutenant-colonel en 4854, acyourd'hui général de division. Ma lettre lui parvint à Biarritz, où il se trouvait près de l'empereur. Sa réponse ne se fit pas attendre; elle était ainsi conçue :
BiarriU» 10 août 1854.
HaiMii de Temperenr. — Sarviee ét YtSû» de campi
« Monsieur le curé,
» Je suis très reconnaissant de l'envoi que vous m'avez fait » de votre article sur le 4^ hussards. U n*est pas', en effet, de » régiment dont les souvenirs soient plus glorieux; je suis heu- » reux de lui avoir appartenu et d'eu avoir porté Fuuifonne; je » n'ai qu*un regret, celui de n'avoir pu y servir, ou le voir de > plus près. Merci donc, monsieur le curé, d'avoir voulu m'as- » socier à l'histoire de ce beau régiment et croyez à mes senti- » ments les plus distingués.
> Le colonel aide de camp de rempereur»
» £st signé : Fliuet* »
Par lettre du 29 août même année, je sus que le capitaine de la MoQssaye du 4^ hussards, commandait en Orient, comme
lieutenant-colonel, 4 escadrons de bachi-bouzoucks ; mais (juc cette position ne pouvant lui convenir, il allait rentrer au régiment et reprendre son grade. — (Lettre de son cousin à moimême; camp du Nord, même année; signée : Db ul Hoitssats, colonel du léger.)
J*ai dit que j*avais été, pendant toute la campagne de Grimée, en relations de lettres, soit avec les aumôniers, soit avec les officiers ou soldats, au rapport surtout du l*^"" hussards. Inutile ici d'en donner les détails, d'autant que lugubres par eux-mêmes, ils ne tendaient qu*à déjouer les couj^ de la mort ou à en re* chercher les victimes.
Aussi bien, nous en avons assez d'autres à ajouter à celles de cette expédition lointaine, et les victimes que le nécro* loge de Tannée 1854 a enregistrées sont assez r^arquables, pour ne pas être passées sous silence.
Dans le courant de mai de cette année 4854, mourut à Remonville (Ardennes), le général de brigade baron Nicolas, grand-ofticier de la Légion d'honneur, cbevalier de Saint-Louis; il était âgé de quatre-vingt-un ans.
C'était notre brave chef d'escadron du 4^ régiment de hussards, dont il a été tant de fois question dans le commencement de cet ouvrage; qui avait servi dans ses rangs, pendant près de vingt ans consécutife, et dont nous avons relaté les états de ser* vice jusqu'en 4845, p. 4Sff.
Colonel du 23^^ chasseurs à cheval, le 15 février 1821 , le baron Nicolas s'est distingué, à la tétc de ( e régiment, pendant la campagne d'Espagne (4823); maréchal de camp, 44 août 4823; commandant la première brigade de la division de Catalogne, 6 novembre 4823; inspecteur général de cavalerie, en
4824 et 18^9; commandant la subdivision des Ardennes, le 7 août 4830; une brigade de cavalerie à Farmée du Nord, en 4832 el 4833; renda, après la campagne, au département des
Ardimnes; ^Tand-officicr de la Légion d'honneur, le 18 janvier 1834; commandeur, du 5 avril 48i4; admis à la retraite, le 44 août 4835.
Le 30 août suivant mit un nouveau voile funèbre au drapeaa du 4 régiment de hussards.
Le général cuiuto Merlin, ancien aide de camp de Tempereur Napoléon P*", grand-oiîicier de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Lonis, ancien colonel du 4^ régiment de hussards, de 4840 à 4843 ; ancien député et pair de France, décède, ledit jour, à Ëaubonue, vallée de Montmorency, dans sa soixanteseizième année.
Reprenons ses états de service, conduits jusqu'à cette époque (4843), page 434.
Rappelé le 8 août 4830 ; inspecteur général dans le 9® arrondissement de cavalerie; commandant le département de Seineet-Oise, le 7 mars 4834 ; commandeur de la Légion d'honneur, le 29 mars 4834 ; commandant la première brigade de cavalerie de réserve de rarniée du Nord, le 4 août 1831 ; le département de rOise, le 8 avril iSôÈ; lieutenant général, le 30 septembre 4832; inspecteur général de gendarmerie; commandant la division de cavalerie légère sur la Meuse, en 1833; inspecteur général de cavalerie dans le i®"" arrondissement, le 8 avxil 4834 (4); commandant la 48^ division militaire, le 7 juin, et député la même année; grand-oCQcier de la Légion d'honneur,
(I) Le général Merlin inspecta, en celte qualité, à cette date : les 2" cl 6"^ cuirassiers, à Versailles; le 4^ lanciers, à Sainl-Germaiu-eo- Lajc, et le l^r hussards, son auciea réi^imeat, à Eambouiltei.
le 30 janvier 4837; pair de France, le 7 novembre 4839; retraité le 40 mai 4848.
Ses obsèques ont été célébrées à Ëaubonne, le 4®' septembre 4854, avec tons les honneurs dus à son rang.
Le 27 (iéccinbre 1854 lerminait également fort mal pour notre cœur, ladite année, en nous apportant le nécrologe suivant :
De Marbot (Jcaii-Bapliste-Antoine-Marcellin), fils du générai de ce nom, général de division lui-même, baron de l'Empire, ancien pair de France, ancien aide de camp du duc d*Oriéans ; une de nos gloires militaires, un des plus brillants olliciers du premier £mpire, né à Attiliac (Gorrèze), le 48 août 4782, mort à Paris, le susdit jour de décembre, à Fàgc de soixante-douze ans.
Sous-lieutenant, lieutenant, capitaine au 25^ chasseurs à cheval;
Chef d'escadron au 4", puis au 23*^ de même arme; colonel de ce dernier, ie 30 uovembre 4812; . Colonel du 7® hussards, le 8 octobre 4844;
En disponibilité, de 4844 à 4829;
Colonel du 8^ chasseurs à cheval, le 22 mars 4829 (4);
Maréchal de camp, le 22 octobre 4830 ;
Campagne de Belgique, en 4834 et 4832;
Campagne d'AlVique, en 1835;
Lieutenant-général, ie 24 octobre 4838;
Inspecteur général de cavalerie, en 4843, 4844, 4845, 4846 et 1847;
(1) On se rappelle que j'ai dit que le 8» régiment de chasseurs à cheval élail en garuisoD : étal-major et 3 escadrons, à Fonieuay-le- Comte, les 3 autres escadrons k Niort, quaod M. de Marbot eo fui nommé colonel.
• Successivement promu à tous les grades de la Légion d'hoaueor, jusqu'à celui de grand-officier inclusivement.
Ajoutons à tant d'agrafes honorables, celles de treize blessures et celle exceptionnelle d'écrivain militaire, fondateur du Spectateur militaire, etc., etc., au sujet de laquelle Napoléon Tayàit doté dans son testament, d'one somme de 400,000 fr., en Tencourageant à condnner à ieme, poor la défense de la ^gloire des armes françaises.
Tel notre petit engagé, notre brigadier, notre maréchal des logis da I* régiment de hussards, an commencement de ce siècle.
Notre plume, émoussée par la dooleur, se refuse, pour le moment, à retracer de nouveaux chagrins.
Pour ne pas interrompre le cours et la suite de la guerre d'Orient, nous avons du faire quelques interpositions de dates; nous avons vu le 4^ de hussards (fin d'année 48ô8) partir pour Tarbes. Continuons.
En mars i 859, le régiment est toujours à Tarbes. Mais voilà que nous sommes une fois de plus aux éventualités d'une campagne ; les forces de TAutriche se concentrent un peu trop près des rives du Tessin. Son conflit avec l'Italie est imminent; dans la prévision de la rupture, le ministre rappelle immédiatement la moitié des régiments d'infonterie stationnés en Afriqae, en avril, le reste; total : 46.
La division de cavalerie légère rentre aussi, savoir : 5* et 7* de hussards ; 4* et V de chasseurs à cheval.
Cette vaillante année devient un des prihdpanx noyaux de notre armée d'Italie.
Le 20 avril, la guerre est déclarée. Dès les premiers jours de ce mois, les journaux avaient annoncé : c Le 4"^ régimeni de. » hussards qui tient, depuis peu, garnison à Tarbes, vient d*étre
» prévena de se tenir prêt à quitter cette viUe au plus tAt. » Un pareil télégramme est de nature I enflammer le eœnr et
monter la tète d'un régiment de hussards, dont le rôve permanent est de batailler. — On est inquiet. — On se communique ses impressions. — Enfin, un pU nous arrive. — Où allonsnous? En Italie? en Afrique? — Lo colonel fait sonner aux officiers; puis à l'ordre.... c'est eu Afri({ue. La feuille de route porte : Embarquement pour Alger. Donc, bon p<mr l'Afrique. • En avant.
Armée d'Afrique (18o9). — Commandant en chef, général Gucswillers; généraux de division : Yusuf» pour Alger; Estberhazy, pour Oran; et Gasiu, pour CoDstaolioe.
Le journal officiel annonçait le renouveDement de la division de cavalerie légère d'Afrique et ses mouvements, comme suit :
Le de Imssards : 6 escadrons et dépôt, dirigés de ïarbes sur Marsdlle , d'où sur M ustapba ;
Le 4^ chasseurs de France : 6 escadrons et dépôt, d*Auch
sur Oran et Mostaganem ;
Le 8« cbasseurs : 6 escadrons et dépôt, de Rouen sur Sétif,
près le désert ;
Le 42<^ chasseurs : GJescadroos et dépôt, de Castres sur Alger et Bône.
Les quatre régiments partaient sans chevaux et devaient être remontés en chevaux arahes. On remarquera qu'une mesure récente prise par le ministère, prescrivait Tenvoi en Algérie des dépôts et compagnies hors-rang, comme celui des escadrons de guerre. Cette mesure était commune à rinfantcrie, comme à la cavalerie, et est générale aujourd'hui pour l'Afrique*
Le 4 régiment de hussards, par suite de sa mise en route, partit donc ^pa^ les voies ferrées de Tarbes à Marseille. Le 6 avril 4859, il laissait la gare de Marseille, traversait la
ville, trompettes et musique en tôte, dans le plus bel ordre possible et prenait pied sur les frégates d'embarquement qui l'attendaient an port. Trois jours après, le régiment débarquait à Alger et allait remplacer, à la caserne de Mustapha, le i*^*" chasseurs d'Afrique, parti pour l'Italie.
Pendant ce temps, plusieurs régiments d'infanterie laissaient la France pour l'Algérie, afin d'y remplacer les sortants.
Le général de Mac-Mahon lui-même, gouverneur général, était nommé commandant du 2® corps de l'armée d'Italie. Il lui fallait un remplaçant. Que fait l'empereur? Il avise un général du cadre de réserve, un vieux d'Afrique, qui y avait fait ses preuves, pendant de longues années. C'était le général de Grueswillers, ancien colonel du 23* de ligne. L'empereur le mande par voie télégraphique ; le brave homme était aux champs, à sa campagne; le nouveau Ciucinuatus arrive; l'empereur l'embrasse et loi donne sa nomination de commandant supérieur des forces de terre et de mer de l'Algérie. Il doit partir immédiatement, et comme il était vétu en laboureur et non pas en soldat, la chronique du temps dit qu'on fut obligé de lui prêter une ancienne tenue d'officier général : épaulettes, épée, chapeau à la française, tunique et le reste.
Le nouveau gouverneur était improvisé, quant à la forme; mais non, quant an fond. C'était un peu la %^ édition du père Bugeaud, ense et aratro, Vépée et la charrue.
Le décret impérial est du 24 avril 4859 et la teneur, comme suit : « M. le général de division Gueswillers, sénateur, est » nommé commandant supérieur des forces de terre el de iiicf, » en Algérie, en remplacement du générai de division comte de
» Mac-Malion, appelé au commandemenl du 2® corps de l'armée . » d'Italie. »
Ce décret est contresigné par les ministres secrétaires d*État
de la guerre, de la marine, de l'Algérie et des colonies.
Le commandement du général Gueâwillers ne dura que jusqu'au 47 août 4859, date à laquelle il vint reprendre sa charrue; il eut pour successeur le général de division de Martim*-
prey.
La campagne d'Italie n'avait duré elle-même que trois mois. EDe avait été, pour Tannée française, une moisson abondante
de gloire. Sous ses pas naissaient à chaque instant de nouveaux lauriers. Sa marche à travers l'Italie avait été une marche triomphale, comme elle le fut, au retour, à travers la France, ob elle vint, le 14 août 18'39, recevoir à Paris la couronne civique de ses victoires. La gloire d'une armée française trouve toujours sa place dans les annales d*un régiment, quoiqu'il n'ait pas été appelé à en cueillir sa part; car, dans nos rangs, je l'ai dit ^ la gloire est solidaire.
Par contre, TAInque française ne fut pas inquiétée, pendant cette époque, excepté une insurrection partielle, qui lut bientét réprimée, dans la province de Constantine. Il entre ainsi, dans les vues de la Providence, que les événements se succèdent dans la vie des peuples ; quand des circonstances graves sur^ gissent, que leur importance exige le bruit du canon et de la fusillade, elles fixent tout naturellement Tattention des autres nationalités, qui en attendent l'issue, pour reprendre leurs anciens desseins ou en former de nouveaux. Ainsi des Arabes, pendant cette période. Toute l'action du 4®' régiment de hussards se borna donc à quelques excursions d'usage en pays conquis. S'ils ne cueillaient pas de nouveaux lauriers, au moins ils consolidaient les anciens. Le moment, du reste, d'en cueillir de
noQveanx en Afrique , ne devait pas beanconp se foire attendre
pour eux, mais auparavant, il leur fallait revoir la France,
En effet, après l'entrée gloriense de l'armée d'Italie à Paris, les régiments de chasseurs d'Afrique vinrent reprendre, en Algérie, leur position accoutumée, et, comme d'une part, le l*' régiment de hussards n'y était allé que pour remplacer le 4* chasseurs et que, d'autre part, te nombre réglementaire des régiments de cavalerie de France stationnés en Afrique était au complet, savoir : 4^% 8® et i2® chasseurs, nous dûmes forcément être évacués sur France et laisser à ses anciens posseaaeurs, la caserne de Mustapha.
Donc, en octobre 1859, le de hussards reprit la mer et ût route pour la mère-patrie, où il arriva sans retard et Dieu merci, sans encombre.
En octobre 1859, le régiment entier à Montpellier.
Cette fois, il nous arrivait, monté, à 6 escadrons, en chevaux arabes de la plus grande beauté. J*ai suivi, pendant plus de trente années, l'amélioration de la race chevaline dans notre pays ; aujourd'hui, le progrès est incontestable et l'admission du cheval arabe, dans nos régiments légers, est Fapogée du progrès.
L'uniforme du 1 hussards est magnifique ; le cheval français ne l'appareillait pas en proportion ; j'ai eu le plaisir de lui voir ses coursiers arabes fixant le soleil dévorant la terre; c'était le sublime du genre réalisé.
1860. — 20 avril. Le Moniteur de l'Armée portait : 4*' de hussards, état-major et 6 escadrons, de Montpellier à Beauvais. Longue route. Bssai de marche et de enhamachement des di»vaux, par étapes, à longue distance.
Un ordre émané du ministre de la guerre prescrivait aux chets de corps, de (aire constater, par qui de droit, l'état de marche, de fetigue, de blessure, de réforme en route, etc., etc., des
chevaux de troupe, dans les mutations de garnison. L'essai (ut des plus satisâdsa&ts et bien supërieiir à ce que l'on avait pu rmnarqner jusqu'alors, pour notre régiment surtout, qni dans ce parcours de presque toute la France, n*eut que neuf chevaux blessés. Ën conséquence et par ordre ministériel , les dépôts de l'Algérie furent immédiatement chargés de fournir la remonte à ceux des régiments do France, qui avaient ramené d'Afrique des chevaux arabes.
Par suite de la première application de cette ordonnance, deux détachements pris dans les 4^ et de hussards, dont les dépôts sont à Beauvais et à Chartres, se rendent à Toulon, pour y prendre livraison de 450 chevaux arabes, venant de la province d'Alger.
Us sont à Toulon, le 15 juin 1860.
A la même époque, partaient pour le camp de Ghâlons-sur- Marne, à l'effet d'y prendre part aux grandes manœuvres, les 4 escadrons de guerre et l'état-major du 1«^ régimont de hussards. C'est là que nous allons les suivre; puis, accompagner de nos vœux le 4^ escadron partant pour la Syrie et faisant, d'une manière d'autant plus remarquable, cette eampagne, qu'elle arrêta le sang qui coulait, sans faire couler le nôtre. Beau triomphe de Tinfluence chrétienne et française dans ces pays lointains!