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CHAPITRE VIII

BISTOIU DU 4^ KÉGIMBlfT BB HUS8ÂAD8, ANCIBlf BBKCBBNY

Gampagne d'Aftiqne (1865, 1866, 1867). — 1er régiment de hussards, cotonel de La laille (Prançois*Gbarles-Louis) ; lieutenant-colonel

Rouher (Nicolas-Joseph-Hippolyte), du 12 août 1864 an 13 août 1865; passé au 7« chasseurs à cheval, par permutation avec le lieutenantcolonel de ConlensoD (Guy Dubessey) ; celui-ci, du 13 août 1865 au 15 novembre 1866, passé lui-même au 6« cuirassera, permutani avec le Uealenant^colonel Gomliaod de SérévUle, ancien chef d'escadron au l«r hussards, 15 ntivembre 1866.

Le régiment entier, six escadrons et dépM ft 8idi-bel*Abbès, TIemcen, Mostagauem et cantonnements.

Dans mille endroits divers, sur la terre africaine, Des mages d'Oran, à cent lieues dans la plaine, etc.

(hucriplim a» drapeau du 4^ huuardi).

L'année 4864, commencée en France, nous laisse en Afrique, emportant dans ses plis des joors qni ne reviendront jamais,

mais nous laissant de bons souvenirs et d'heureuses étrennes.

Quand on est homme du devoir, comme le prêtre et le soldat et qu'on sillonne sa vie par les vertus de son état, ecclésiastique ou militaire, on ne regrette pas le temps qui nous emporte vers un monde meilleur où le mérite a nécessairement sa récom-

pense; le seul regret qu'on pourrait avoir» serait si Ton ne s'était pas tenu à ia hauteur du nom que l'on porte et de l'abnégation qu'il impose.

Dans ces deux spécialités d'existence, on sait très bien à quoi s'en tenir ; en général, ni l'un ni l'autre n'y fait défaut.

Le résuiiio et le fond de ces pensées se trouvent contenus dans la devise de la lettre suivante, émanant du régiment et relatant ses courses expéditionnaires, pour les premiers mois de Tannée <865. f/cst une réponse à celle que ]*avais précédemment écrite à uu oflicier du i^' hussards :

Sidi-bel-Âbbès, le 27 mars ia65.

e Mon cher Monsieur Tabbé,

hb aiililaire« enatme te prèire. oe doit pas soveOterdtvuttes plus grandes abnégatim (!>.

» Je suis heureux que vous ayez songé à moi, pour avoir des

» nouvelles de votre cher régiment.

» Votre aimable lettre qui a fait une foule do circuits, me » parvient aujourd'hui seulement à Sidi-bel- Abbés, où nous » venons hiverner, pour repartir bientôt.

» Les sentiments qui vous attachent au 1**'^ hussards, sont » trop légitimes et trop louables, mon cher Monsieur Tahbé, » pour que je n'aie pas le plus grand plaisir à vous être agréable » en tout ce qu'il vous plaira et en ce monicnl, pour vous don- » ner des nouvelles et de ma famille,, de laquelle vous avez » voulu garder un bon souvenir et celles officielles du régiment, y> qui tient à honnrur de vous compter dans ses rangs. » Suivent les nouvelles de familles

» Depuis un an que nous sommes ici, nous n'avons cessé de

(1 ) Celte devise seule est. plus prôeicuse que Ter.

» trotter à travers champ, dans tous les sens de la boussole et » sans faire grand'chose. L'essentiel à mon sujet, est que j'ai

» ieu la chance, dans le peu que nous avons fait, do trouver la » croix dans un tout petit coin.

» Nous n'avons pas eu d'engagements sérieux, mais nous » avons eu tous à supporter de grandes fatigues, commencées » par une chaleur atroce et finies dans la neige.

» Nous avons regretté notre colonel que nous avions depuis » neuf ans. »

Après avoir dit un mot du nouveau colonel, des arrivants, des partants, voire même des morts (le commandant Dervieux- Duvillers, décédé à Clermont, lors du départ et remplacé par le commandant de Lignières, du 2*" hussards), le tout, avec un tact parfait et dans des termes tels que je ne puis les reproduire, de peur de blesser la modestie de ces Messieurs, le capitaine ajoute : « Avec de pareils chefs et les officiers qui ont eu » rhonneur de vous avoir parmi eux et dont vous connaissez » les principes, le 4^' hussards ne peut être qu'un bon et bril- » lant régiment, qui sera toujours heureux, quand il vous plaira » de venir lui rendre visite.

» Je vous remerde, mon cher abbé, de votre attention au

sujet de votre ouvrage, que j'ai déjà eu le plaisir de voir (i). » Lors(jue la 2® édition aura paru, de bon gré ou de force, il » m*en faudra un volume.

» Tous ces Messieurs me chargent de vous présenter leurs » devoirs, auxquels je joins, mon cher Monsieur Tahhé, l'assuj> rance de mes sentiments respectueux et de mon dévouement » sincère.

» Signé : N..., capitaine au 4^ hussards. »

(1) VAum&nier de Bégimeni, par un ancien aumônier du l«r régiment de hussards.

Le colonel de La Jaille était nne vieille connaissance éa 4^ régiment de hussards, avec lequel il avait fait la campngne do Crimée, en qualité d'aide de camp du général d'Allunvilie, alors notre général de .division. U était capitaine, détaché du 5* de l'arme, dont M. D'AllonviUe avait été colonel en Afrique (1846-47) et en France (4848-49); passé au 7® dragons coiuni? chef d'escadron, le 3 octobre 1856; puis, lieutenant-coluiiei . au 3« de chassears d'Afrique, le 44 août 4860 ; M. de La Jaille est né à Nantes.

A l'époque mônip où celte lettre m'arrivait de Sidi-bel-Ahbès et traversait le ïell et la mer, nos trompettes avaient rappelé, le boute-selle avait sonné ; Sidi-Ahmed-ben-Hnmza avait roparu dans les ksoiirs et deux escadrons du l*''" régiment de hussard^ avaient en toute hâte rallié la colonne de Géry ville, pour se porter au devant de Tennemi.

Un bataillon de zouaves;

Un bataillon d'infantoric légère d'Afrique ;

Deux bataillons d'infanterie de ligne;

Quelques pièces d'artillerie ;

Les 1" et 2® escadrons du l®'' hussards ;

Tel l'ensemble des forces dont disposait le colonel de Colomb, commandant ce cercle.

Le l^"" escadron était celui-là même qui sortait de Syrie et qui avait toujours à sa tôte le capitaine Stockly.

4865. — l®** et â avril. Ces troupes rencontrent les Arabes; notre infanterie leur fait sentir la pointe de ses baïonnettes ; nos hussards les chargent à Tarme blanche ; les contingents tourneot bride et prennent la fuite.

Mais lè goura de Si-Lala est à Chellala-Gueblia et n*a pas dit son dernier mot. Il occupe une position formidable sur un terrain rocheux près du village. Sa base est gardée par des

centaines de fantassins en éclielons. Le convoi est laissé à la garde de la cavalerie et de l'infanterie de ligne; la légère, les zouaves, rartillerie arrivent au pas de course et escaladent la position. Cest une bataille de l'Aima en petit. L'ennenit refoulé se rue avec impétuosité sur le convoi et sur les deux escadrons du 4^ hussards, qui sont un moment très fortement engagés. Les Arabes, encore là, sont dix contre un; mais qu'importe le nombre ; riiabileté, la vigueur, l'audace, l'adresse de nos hussards suppléent à tout. Us se dégagent seuls, culbutent l'ennemi, le poursuivent l'épée dans les reins et remportent une victoire complète.

Les pertes de reunemi sont d'une cinquantaine de tués ou blessés. Nous avons eu seize blessés.

Le 9, nouveau combat, nouvelle victoire entre Chellala et Aïn-Taznia.

La colonne ayant épuisé ses vivres et chassé les Arabes, retourne à Géryvîlle.

Le 12, elle y fiût son entrée.

C'est à la suite de cette expédition, où il en avait pris le germe, qu'est décédé le capitaine commandant Stockly ; une

insolation j)asséc à l'état de congestion cérébrale, l'a ravi à notre affection.

47 avril. — Le colonel met cette mort à l'ordre du jour du régiment, dans des termes attestant un profond regret et la plus grande estime.

Adieu donc, brave Stockly, où plutôt à revoir. Ta vue me faisait plaisir, parce que tu avais la physionomie d'un bon soldat et d'un homme de bien et surtout, parce que tu étais l'un erl'autre. A revoir donc, ton aumônier bénit tes cendres. Toi, du haut du ciel, tu prieras pour nous et par tes prières, tu y prépareras des logements pour ton escadron et pour les autres.

24 avril. — Le capitaine adjadant-major Laborie remplaee

le capitaine Slockly dans le commandement du 1" escadron.

22 avril. — Le capitaine d'escadron Hamen passe adjudantmajor. Les deux antres capitaines qui partagent ces fonctions,

sont MM. Delmont et do Varaigne du Bourg.

Voyage de rEmperenr en Algérie.

4865. — 5 mai. L'empereur des Français fait son entrée

iioleunelle dans le port d'Alger, à 5 heures du matin.

Le but du voyage de Sa Majesté est de terminer la conquête morale du pays. C'est dans cette pensée, qu'elle s'exprime

ainsi : « Justifions enfin sans cesse l'acte glorieux de l'un de » mes prédécesseurs, qui faisant planter, il y a trente-cinq ans, » sur la terre d'Afrique, le drapeau de- la France et la croix, y

» arborait à la fois le signe de la civilisation, le symbole de la » paix et de la charité...

» Or, qu'est-ce que la civilisation ? c'est de compter le bien-

» être pour quelque chose, la vie de l'iiomme pour beaucoup, » son perfectionnement moral pour le plus grand bi^n. » C'est ainsi que dans nos mains, la conquête ne peut être

» qu'une rédemption. »

Tel lé grand but auquei rarmée d'Afrique n'a cessé de prêter sa coopération depuis 4830.

Les dix premiers jours de la visite de l'empereur sont consacrés à la province d'Alger, comme de droit.

Le 1 4 mai. Sa Majesté est à Oran.

Le 3^ de bussards, commandé par le colonel Tilliard, sortant de cbez nous, comme on l'a vu, le 1* chasseurs d'Afiriqne et

le de France avaienl eu les honnears de rescorte, dans la

province d'AI^'cr.

Dans celle d'Oran, cet honneur est Rév olu au de hussards, 8* chdssears d'Afrique et 44® chasseurs de France.

Nous allons donc suivre l'eniperewr dans ces glorienftes étapes; étapes uù chaque jalon, enté désormais sur l'oUvier, est entouré de lauriers et surmonté d'une couronne civique.

De tous côtés sont des trophées d'armes, des arcs-de-triomphe, des décorations de tout genre (|ui mêlent leurs pittoresques couleurs aux hriUants d'or ou d'argent des nuées d'Arabes, qui parsèment Thorizon de leurs groupes.

La i?anle iinp('riale étant absente, nous sommes tout bonnement les gardes d'honneur de Sa Majesté.

lô mai. — L'élatr-major et deux escadrons du i^' hussards sont à Oran. — Excursion de l'empereur dans la campagne. — Visite des élablisseniouts agricoles.

46 mai. — L'empereur et son escorte sont à Misserg'hin ;

47 mai. — A Sidi-bel-Abbès ; ' 4 8 mai. — A Mers-ei-Kchir ;

La l'empereur visite Je fort et la baie.

L'escadre le salue de trois salves d'artillerie et opère un simulacre de débarqucmeut. Les troupes descendues à terre, couronnent les hauteurs, avec des obusiers de montagne.

49 mai. — Promenade militaire jus<ju'au barrage de Saint- Denys du Sig.

Le 4^ hussards est partout représenté dans l'escorte.

%0 mai. — Départ pour Mostaganem. L'empereur est reçu à l'entrée de la ville, par les autorités civiles et militaires. Les corps d'officiers du 4^^ hussards et du 44^ chasseurs y opèrent leur jonction ; Tétat-major est des plus brillants; les troupes d'iûfauteric et de cavalerie rivalisent de zèle, tapdis que du

miliea des hauteurs rocheuses qui dominent la vHle, tous les goums de la contrée saluent Tempereur de leurs plus vives acdamatioiis.

21 mai. — Jour de dimanche, messe militaire à Hostaganem.

L*empereur y assiste avec son état-major. Le i^"" hussards est à cheval et se détache du milieu des groupes, par la beauté de son uniforme.

Après rofflce, on se met en marche et le jour même, on pousse jusqu'à Relizane, Le I hussards se trouvait précisément là, sur le théâtre, où, l'année précédente, il avait opéré, en colonne volante, avec le 4^ et le 82* de ligne ; là, où il avait fait mordre la poussière aux guerriers des Flittas et obtenu leur soumission.

Or, voilà qu'à l'entrée de Relizane, cette tribu entière faiinn

mouvement inattendu, vient se jeter aux pieds de Tempereur et lui demande que ses otages internés en France lui soient rendus.

L'empereur, aussi fier de porter la couronne civique de la clémence que la couronne militaire de la victoire, touché de leurs protestations de fidélité et de reconnaissance, leur &it faire, par le kalife Sidi-Larribi , commandant des goums, un signe aflirmatif, qui est accueilli par un millier de houras.

Les Arabes ont assez de patriotisme pour défendre jusqu'à la mort leur foyer, leurs tentes, leur famille et leur cheval ; mais ils en ont tro[> pour courber la tête, sous un joug étranger, sans parfois chercher à la relever. Car le fanatisme, chez eux^ est à l'état permanent.

La civilisation et les prières du clergé, c'est la pensée de l'empereur, sont appelées à hâter le prodige de leur assimilation avec nous.

Le 22 au soir, l'empereur s'embarque pour Alger, où il

anive le lendemain, se rendant» de là, dans la province de Gonstantine. H venait de nommer lieatenant-colonei an 6* hussards le marquis de Gallifet, chef d'escadron au l*' de rarine.

Les 3^ chasseurs d'Afrique et de f'rance ïy attendent, pour loi servir de garde d'honneur.

J'ai dit que In garde impériale n'assistait pas au voyage de Sa Majesté. Je me suis trompé. Il y avait à Staouëli, un poste avancé de cette arme, mais avec cette différence» que ces anciens soldats de la garde de l'empereur étaient passés dans la garde de Dieu et ({u'ils avaient écliangé le bonnet à poil et le kolbach pour le capuce et la croix de bois du trappiste.

Sa Majesté, en passant à Staouêli, demanda l'hospitalité aux religieux de ce monastère et fut siu'^nlièrenK lil surj)rise d'apprendre qu'il y avait parmi eux un certain nombre d'anciens militaires et plusieurs surtout, sortis de la garde. C'est alors que le général Fleury lui présenta un de ses anciens guides, (ju'il avait reconnu le malin même. L'empereur l'accueille avec bonté et lui demande s'il est content d'ôtre à la Trappe. — Très content, Sire» répond» avec un grand air de conviction, Tancieu guide.

L'empereur eut été bien plus étonné, s'il eût entendu la conversation qu'avait eue précédemment le guide trappiste avec

son ancien colonel.

Comme le général Fleury a servi au i^' de hussards» en qualité de lieutenant-colonel, ainsi que nous l'avons constaté en son lieu, celte histoire appartient ainsi que lui, au régiment, (^est pourquoi sa place est marquée tout naturellement ici.

< — Gomment, lui dit le général» vous est venue l*idée d'en- » trer à la Trappe? Je ne me serais jamais douté que du régi- » ment des guides, on passât dans le cloître. Ce n'est certaine- » ment pas moi qui vous ai inspiré cette vocation ? — Je votis

1^ demande pardon, mon général, c'est vous-même qui nie l'a- » vez inspirée. — Commenl, moi i et comment cela ? — Vous » m*avez si bien appris à obéir, que je n'ai pas cm Tobéissanee » du cloître au-dessus de mes forces, répliqua le religieux. »

Du cloître repassons au camp« Monastère ou caserne, la discipline est toujours la même ; le principe, toujours le même : rabnégatiou.

4865. — 7 juin. L'empereur est à Bougie. Il y passe en revue le corps expéditionnaire, destiné à soumettre les kaL\Ies du Babor ; puis Sa Majesté profite habilement de celte circonstance, pour adresser à Tarmée d' Afrique, sa proclamation d*adieu.

Cette pièce concernant tous les corps qui sont passés en Afrique, a de droit sa place dans les annales du 4^^ régiment de hussards, qui y faisait alors sa S* campagne.

« Soldats de Tannée d'Afrique I

» Je veux, avant de retourner en France,.vous remercier de » vos travaux et de vos fatigues. En vishant tous ces lieux pai-*

» sibles aujourd'hui, mais témoins, depuis trente-cinq ans, de luttes héroïques, j^ai ressenti une vive émotion. Sur cette » terre conquise par vos devanciers et par vous, se sont formés » CCS généraux illustres et ces soldats intrépides qui ont porté » nos aigles victorieuses dans toutes les parties du monde. .» L'Afrique a été une grande école pour l'éducation du soldat ; » il y a acquis ces mâles vertus qui font la gloire des armées et » sont les plus formes appuis d'un Empire ; en apprenant a » affronter le danger, à supporter les privations, à mettre » l'honneur et le devoir au-dessus de toutes les jouissances ma- » térîclles, il a senti son àuie s'ouvrir à tous les nobles senti- » ments.

> bonneur soit donc renda à cenx qnî ont versé leur sang

» sur cette terre (ioiit la [)ossession, flepuis tant de siècles, a été » disputée par tant de races ditîérentes !

» Soldats de Staouëli, de Monzaîa, de Gonstantîné, de Maza- » gran, d'Isly, de Zaatcha, vous tous qui venez de combattre » dans les plaines arides du désert, ou sur les cimes presque » inaficessibles de la Kabylie, vous avez bien mérité de la patrie » et par ma voix, la France vous remercie. -

» Fait à Bougie, le 7 juin 4865.

» Signé : Napoléon. »

A la suite de sa campagne en Algérie, l'empereur, qui sait connaître le dévouement et le récompenser, a généreusement payé sa dette à Tannée d'Afrique. Le 4^ régiment de hussards a vu déposer, sur le cœur de plusieurs de ses officiers et soldats, les décorations et médailles uiilitaires qui suivent :

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