PAUVRES
Méfiez-vous des caresses qu'on vous prodigue ; rarement, elles sont sincères. Je vous le demande, quel est le traître qui ne vous a pas flattés? Vos ennemis, sentant bien que vous ne pouvez plus être vaincus que par ranarchie, chercheront à vous y précipiter, en vous divisant (1). » Après ce discours, rempli de sages et louables intentions, Jacquet prononça le serment devant le peuple, et se rendit, avec le conseil général de la commune, à régi i se Saint-Pierre, où Vévêque Sibille célébra la messe (î/).
La nouvelle municipalité entrait en fonctions dans des circonstances difficiles. Le passage continuel (les troupes, depuis trois mois, avait accru ses charges; la disette était imminente; les ressources manquaient pour subvenir aux besoins les plus pressants. « Jamais les pauvres ne furent plus nombreux, et dans une plus grande misère, dit une lettre des officiers municipaux. Les curés et dames do charité, (jui n*ont et ne reçoivent pas la centième partie de ce qu'il faudrait pour les soulager, nous les renvoient... Nous sommes accablés de demandes et de plaintes (3). » Le département appuya les réclamations de la commune. Il n'y avait que 200 liv. dans la caisse du bureau central de charité. Une quôte, faite le 1®' novembre dans toutes les églises, ne produisit que 231 liv. (4). Dans
(1) Discours prononcé par le citoyen Jacquet, lors de son installation à la place de maire... V* Gobelet, in-12 de 12 p. Journal du département, du 20 décembre.
(2) Délibérations municipales. Arch. de Troyes.
(3) Corresp. mun. du 5 novembre 1792. Arch. de Troyes. (i) Dél. Dép. du 7. Arch. de l'Aube. L. 17.
les premiers jours de janvier 1793, la municipalité demandait avec instance une allocation de 7,0001. pour rétablissement d'ateliers de charité.
L'insuffisance de la récolte, les dangers du commerce des grains, les émissions exagérées d'assignats avaient amené la rareté et la cherté des subsistances. Dès le mois de septembre, il avait fallu requérir les cultivateurs d'amener au marché leurs grains déjà battus. Dans les cantons deTroye?, de Méry et de Romilly, des attroupements tumultueux les avaient contraints à vendre leurs grains à vil prix. Des mesures furent prises pour faire cesser ces violences (1). Il fut interdit de maltraiter les gens de campagne, et d'aller au devant d'eux pour acheter leurs denrées hors de la ville. On défendit en même temps aux tanneurs, ainsi qu'aux marchands de poudre et d'amidon, d'acheter des grains pour leur industrie (2). D'autres arrêtés réglementèrent plu3 tard la vente du blé et du pain (3). Aucun trouble sérieux, cependant, ne fut causé dans l'Aube par la rareté des grains, à une époque où de nouvelles préoccupations politiques auraient pu rendre plus graves les mouvements populaires.
Les débats du procès de Louis XVI, qui venait de commencer, suscitèrent une vive émotion à Troyes, où une grande partie de la population n'était pas hostile à la cause d'un roi bienfaisant. Un grand nombre des discours, prononcés à la
(1) Arrêté du conseil général permanent du 6 octobre 1792. Imp.
(2) Dél. mun. des 26 et 28 septembre 1792. ûél. dép. du 26. Le 30 novembre, le conseil général permanent fixe le nombre des boisseaux de froment et d'orge, que doit fournir chaque commune. Arch. de TAube. K. 1.
(3) Dél. mun. des 7 et 30 novembre. Arch. de Troyes.