PROCLAMATION DU MAIRE
pistolets, qu'on l'obligea de remettre au président, le maire s'était enivré, et vers onze heures du soir, accompagné de plusieurs femmes ivres comme lui, il s'était fait ouvrir la porte du temple de la Raison en menaçant le gardien de la guillotine (1). Le lendemain matin, Rousselin fit signer à Gâchez une proclamation non moins calomnieuse et non moins provocatrice que celle du district. Elle parlait aussi du grand attentat commis contre Rousselin. « L'aristocratie conjurée, disait-elle, voudrait faire réduire en cendres Troyes comme Lyon ; les sansculottes vengeront eux-mêmes cet outrage, et sauveront la ville de Troyes, qu'on veut mettre en état de rébellion pour la détruire de fond en comble, et faire déployer la force armée révolutionnaire (2). »
Ces excitations à la haine et à la violence produisirent un effet contraire à celui que Gâchez et Rousselin en attendaient; elles soulevèrent la conscience publique. Elle était fatiguée depuis longtemps des actes et des paroles de ceux qui usaient d'une manière si excessive du pouvoir qui leur était attribué. La résistance de la sixième section avait causé une vive émotion. Le conseil général de la commune s'en préoccupa; il lui envoya demander communication de son procès-verbal ; en même temps il voulut prendre connaissance des pouvoirs de Rousselin ; il les fit consigner sur ses registres, en remarquant qu'une ligne paraissait écrite d'une autre encre que le reste de la com-
(1) Pr. verb. de la séance du 2 nivôse, 8* section. Arch. de Troyes.
(2) Dél. mun. du l" nÎYÔse. Arcb. de Troyes.