PROCLAMATION DE ROUSSELIN
attribuées; il attaque et flétrit ses opérations. Rousselin essaie de répondre ; mais il est <i bafoué » par la majorité de l'auditoire (1), et se retire devant les manifestations de la réprobation générale.
Alors, dissimulant son ressentiment» Rousselin publia une proclamation dans laquelle il fît appel à la fraternité des républicains de Troyes. On a vu quelles accusations odieuses il avait fait diriger contre la sixième section par le district et par le maire ; le soir même du jour où elles avaient paru, il osa faire son éloge en ces termes : <i La sixième section aura bien mérité de la patrie, puisque c'est elle qui, par une explication fraternelle, a donné lieu à une réunion plus fraternelle encore. » En même temps, il convoquait extraordinairement les sections afin qu elles délibérassent sur la conduite des fonctionnaires publics; il était prêt à admettre toutes les réclaijpations du peuple, et à lui rendre la justice, disait-il, en restant « impassible comme elle (2). »
On ne pouvait avoir confiance en de telles paroles; elles indiquaient de la part de leur auteur un manque absolu de sens moral. On voulut prévenir ses desseins en le faisant surveiller par les gardes nationaux dont il avait établi un poste dans son hôtel. Le conseil général, qui avait d'abord demandé la dissolution de sa garde, la maintint malgré lui. Elle fut composée des partisans des sections, hommes modérés, riches taxés, ex-prêtres,
(1) Notes sur les sectionnaires, prises par les amis de Rousselin. Arch. de l'Aube, L. 1591.
(2) Proclamation du l*** nivôse.
ÉLARGISSEMENT DE LOYEZ. 183
parents des suspects, que plus tard Rousselin qualifia d'horrible canaille, d'après l'expression de l'Arioste, horrenda canaglia (1). Il avait d'abord refusé des passeports aux députés des sections; bientôt, ce fut lui qu'on surveilla. On recommanda aux factionnaires de veiller à ce qu'il ne pût s'échapper sous des habits de femme. Ces précautions étaient utiles. Dans la nuit, Rondot, Déan et Hadot, après avoir eu plusieurs conférences avec Rousselin, se présentèrent à deux heures du matin au bureau de la permanence de la municipalité pour faire viser leurs passeports. Ils étaient porteurs d'un ordre du commissaire civil leur enjoignant de se rendre à Paris pour une mission importante. Malgré le visa donné par la permanence, les gardes nationaux leur refusèrent deux fois le passage (2). La municipalité envoya demander des explications à Rousselin sur la nature de la mission qui leur avait été confiée, et prescrivit au maître de poste de ne donner aucun cheval sans son autorisation.
Rousselin, voyant ses projets dévoilés, les ajourna (3). Il se décida à prononcer la mise en liberté de Loyez, et le réintégra dans ses fonctions d'agent national (4). Cette concession était nécessaire ; mais elle ne pouvait satisfaire les sections, dont les griefs étaient nombreux et justes.
(1) Rapport de Rousselin, p. 46. Dél. mun. du 3 nivôse. Arcb. de Troyes.
(2) L'officier du poste de la porte de Paris, Cloquemin, fut loué pour ce fait par la huitième section. Arcb. de Troyes.
(3) Dél. mun. du ? nivôse. Arch. de Troyes.
(4) Arrêté du 2. Hist. du Terrorisme, p. 81.