‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 145 sur 351 · RÉGÉNÉRATION DE LA SOCIÉTÉ POPULAIRE · texte numérisé non relu

RÉGÉNÉRATION DE LA SOCIÉTÉ POPULAIRE

Il était inutile d'épurer le département et le district; il suflSsait d y maintenir les membres nommés par Rousselin, et dont la destitution avait été réclamée vainement par les sections. Pour réduire complètement au silence l'opinion publique, il fallait supprimer la Société populaire, qui avait cependant donné tant de gages et rendu tant de services à la Révolution. Elle se composait alors de cinq à six cents membres (1). Bô n'hésita pas à la dissoudre, sous le prétexte « qu'elle compromettait par son modérantisme la liberté menacée, » et nomma une commission de vingt-quatre sans-culottes pour former «le noyau de sa régénération. » Choisis parmi les anciens membres du comité révolutionnaire et parmi les amis de Rousselin et de Gâchez, ils ne devaient admettre parmi eux que ceux qui partageaient leurs opinions. C'était ainsi que, selon Bô, ils donneraient « à leurs séances la dignité d'une assemblée d'hommes libres (2). »

L'arrêté, qui modifiait ainsi la société populaire, fut signé le 1®' janvier 1794; il complétait l'ensemble des mesures prises par Bô pour assurer à Troyes le triomphe des sans-culottes. Bô ordonna, il est vrai, avant de quitter cette ville de mettre en liberté sept détenus (3) ; mais il avait fait arrêter

Blondat-Darret, Ventrillon, Guillaumot, Buttât et Lefèvre-Dalichamp, notables. Arrêté du 1 1 nivôse.

(1) Etat des Sociétés populaires du district. Outre celle de Troyes, il y en avait à Piney, à Saint-Liébault^ k Clérey et au Pont-Hubert. Celle de Piney existait depuis 1789. Les autres étaient de création récente. Arch. de l'Aube, L. 1509.

(2) Arrêté du 12 nivôse.

(3) Lemaire-Lemuet, la cit. Guignard, Partion, Bonvalet, Jeanson, Guérin, la cit. Michàud. Reg. de la permanence du 13 niv.

DÉPART DE GACHEZ. 205

quarante-deux citoyens, et le district, composé des créatures de Rousselin, était chargé de poursuivre Tenquête contre d'autres. Il avait éloigné de la municipalité les citoyens les plus indépendants, et dissous la Société populaire. Et cependant la force de Topinion était telle, qu'il fut impuissant à maintenir en place Gâchez. Lorsqu'il partit (1), le 2 janvier, il l'emmena avec lui dans sa voiture, et la ville de Troyes fut délivrée à jamais de la présence du « seul maire sans-culotte » qu'elle ait eu. Celui-ci alla se réfugier à Paris; employé dans un bureau de timbre, il s'en fit chasser pour un acte d'improbité. Il essaya alors, à l'aide de faux certificats, d'obtenir du ministre de la guerre une pension de lieu-tenant d'invalide. Sa fraude fut découverte; on le poursuivit; il se réfugia à Clermont, où il fut arrêté en mai 1794. Le 11 novembre, le tribunal criminel du département de Paris le condamna, pour faux en écritures publiques, à la réclusion pendant huit ans et à l'exposition préalable pendant six heures (2). Tel était l'homme qui avait été élu maire de Troyes, et que le représentant Bô avait défendu contre la majorité des sections.

Le départ de Gâchez était une satisfaction donnée à la population de Troyes, qui, malgré quelques défaillances, n'avait cessé d'affirmer sa volonté avec persistance, modération et fermeté. Sans sortir des voies légales, sans se laisser efirayer par

(1) Bô, qui passa par la Marne, fut de retour à Paris le 20 nivôse. Il dépensa 935 1. dans sa oôission. Compte-rendu de£â.

(2) Arch. de l'Aube, L. 58, 1489 et 1523. Jugement imprimé, in-â» de 8 pages.

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