VOTES DES DÉPUTÉS DE L*AUBE
pour Louis XVI, sur la journée du éO août (1), il réfuta avec beaucoup de force Taccusation odieuse d'après laquelle le roi aurait provoqué cette fatale journée « pour égorger les meilleurs patriotes de Paris, » et il démontra, par de nombreux témoignages, quels étaient les véritables auteurs de cette insurrection. Sourdat, dans ces deux brochures, ne se borna pas à présenter l'apologie de Louis XVI; il en fit réloge le plus noble et le plus vrai, en invoquant en sa faveur le témoignage du peuple, et en s'é* criant : « La France est couverte de monuments et d'hommes, qui déposent de sa bienfaisance, de la régularité de sa vie, de la simplicité de ses mœurs. »
Le dévouement de Sourdat et de Guélon était dicté par des convictions exceptionnelles (2). L'opinion de la plus grande partie des habitants de l'Aube se révéla d'une manière plus complète dans le vote de leurs députés. La majorité de ces députés se prononça contre la mort de Louis XVI. Douge, Pierret,Bonnemain et Rabaut Saint-Etienne votèrent pour l'appel au peuple. « Je suis convaincu, dit ce dernier, avec l'autorité que lui donnait son talent, qu'il est impossible que le peuple, dans ses assemblées primaires, ait entendu mettre sur la tête de ses législateurs les fonctions de juges... Mais, persistant à rester membre de la
(1) In-8» de 40 p.
(2) L'abbé de Champagne publia, vers la même époque, mais après la mort de Louis XVI, et pour défendre sa mémoire, deux brochures écrites dans un style chaleureux et élevé : Adresse au Peuple français , s. 1. n. d., in-8"* de 7 p., et Observations d'un Patriote, in-S" de 8 p., qui furent plus tard quallAés d'ouvrages séditieux et incendiaires. Arch. nationales, W. 306, n° 377.
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Convention, et devant me soumettre à ses décrets, je prononcerai mon vœu. J'observe que le jugement que vous allez rendre, s'il conduisait à la mort Louis Capet, produirait un mal irréparable, s'il devait avoir une exécution immédiate, et c'est courageusement que je dis oui. )> Courtois, Robin, Du val et Garnier votèrent contre l'appel au peuple. « Si je craignais la responsabilité, dit Garnier, si je ne me sentais pas à la hauteur de ma mission, je n'aurais qu'un poltron de oui à vous faire entendre ; mais comme je !)e suis ici que l'impulsion de ma probité, je dis : non. »
Si Duval vota contre l'appel au peuple, il se réunit à la majorité de ses collègues de l'Aube contre la mort de Louis XVI. Il émit son vote avec une fermeté dans la modération, bien rare à cette époque, et tandis que Rabaut Saint-Etienne, pour sauver l'homme, accablait le roi d'épithètes violentes et déclamatoires, Duval, se contentant d'invoquer l'opinion de Thomas Payne (1), conclut pour la réclusion pendant la guerre et le bannissement à la paix. Perrin vota comme lui. Bonnemain, Pierret et Douge substituèrent, dans leur vote, la déportation au bannissement. Rabaut se prononça pour la réclusion, avec d'autant plus d'autorité, que ses opinions anti-royalistes étaient connues. Lorsqu'il avait accepté le mandat de député, il avait juré une haine immortelle aux rois et à la royauté, et l'assemblée électorale de l'Aube, sous l'impression
(1) Thomas Payne, américain, demanda que Louis Capet pût trouver un asile aux Etats-Unis, dont il avait contribué à assurer la liberté. Moniteur du 18 janvier 1793.