‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 17 sur 351 · MORT DE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

MORT DE LOUIS XVI

de ce serment, s'était levée d'un mouvement unanime pour le répéter (1). « Le roi en otage, dit-il à la Convention, est le plus fort de nos remparts contre les rois, ses frères et nos ennemis. )> Courtois vota la mort sans phrases. Robin motiva un vœu analogue, en disant que l'on était convaincu que Louis ne pouvait être jugé que par la Convention. Garnier dit laconiquement : « Louis XVI est un conspirateur, je le condamne à mort. » Ainsi, sur les neuf députés de l'Aube, six se prononcèrent courageusement contre la peine capitale. Ils votèrent également pour le sursis à l'exécution du jugement (2).

Ni les efforts des modérés, ni le dévouement des royalistes ne prévalurent contre la passion, la crainte ou le fanatisme qui présidèrent à la condamnation et àl'exécution de Louis XVI. Le Journal du département de VAube, dans le compte-rendu qu'il en donna (3), montra, en citant ses dernières paroles, qu'il n'était pas hostile à sa cause. Il le prouva davantage en reproduisant, dans le même numéro, le testament de ce prince infortuné. Les

(t) Pr. verb. de rÂssemblée électorale. Ârch. de FAube, L. 1595. 1(1) Séances des 15, 16 et 19 janvier 1793. Moniteur.

(3) Voici ce récit, inséré dans le numéro du 30 janvier 1793 : « Paris. Aujourd'hui, 21 janvier 1793, a été exécuté le jugement qui condamne Louis Gapet à la mort : l'exécution s'est faite sur la place de la révolution, ci-devant Louis XVL On avait fait craindre quelques mouvements; on avait mis sur pied une force imposante; Paris a été calme. Louis a été mené au supplice dans la voiture qui l'a mené à la Convention ; Iors(iu*i1 a été sur l'échafaud, il s'est tourné vers le peuple et s'est écrié : « Je pardonne à mes ennemis; je meurs innocent. » Telles ont été ses dernières paroles. Son corps a été ensuite transporté dans le cimetière de la Madeleine, et enterré entre les malheureuses victimes, qui périrent à la journée du 10 août. »

FÊTE EN l'honneur DE LEPELLETIER. 27

sentiments de grandeur chrétienne qui s'y trouvent ne pouvaient qu'inspirer la sympathie pour son sort et pour ses vertus. La majorité de la population accueillit, avec une sorte de tristesse muette, la nouvelle de son exécution, tandis que plusieurs royalistes ne dissimulaient point une douleur qui, plus tard, devait leur être reprochée comme un crime.

Les révolutionnaires eux-mêmes ne semblent point, au premier moment, avoir applaudi ouvertement à la mort de celui qu'ils appelaient le dernier tyran des Français. Ce ne fut que dans les premiers jours de février que le meurtre de LepelletierSaint-Fargeau, assassiné parle garde-du-corps Paris, pour avoir pris part à la condamnation de Louis XVI, leur fournit Toccasion de manifester leurs sentiments. Un certain nombre de citoyens demanda au district de faire célébrer une fête en l'honneur de Lepelletier. Le district ne parut pas s'y prêter de bonne grâce; il applaudit au système général de cette fête, mais en déclarant que l'économie exigeait qu'elle fût célébrée sans grands frais (i). La municipalité voulut que l'on profitât de l'occasion pour faire planter un arbre de la liberté devant l'hôtel de ville (2). La cérémonie eut lieu, un mois plus tard, le 10 mars. Une urne funèbre, accompagnée des autorités, après avoir été promenée dans les principales rues, « fut déposée au pied d'un chêne garni de ses racines, planté au lieu de l'ancienne Belle-Croix. » Les ci-

(1) Arch. de l'Aube, L. 51.

(2) Bel. mun. du 9 février 1793.

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toyens, arant de se séparer, € chantèrent en chœur rhjmne des Marseillais, en rhonneor de la Liberté et des défenseurs pour lesquels le chêne allait porter des couronnes J]. »

Cette cérémonie arait nn caractère lugubre que n'avaient pas eu les premières fêtes de la Révolution. En exaltant € le représentant du peuple qui avait péri eo défendant ses droits, a on ne pouvait s'empêcher de songer à une autre victime, qu'une politique aussi fausse qu'inique avait sacrifiée. Ceux qui avaient cru que la mort de Louis XVI était nécessaire pour fonder la République, s'étaient trompés. Aucun gouvernement ne se fonde sur l'injustice ; le sacrifice d'un homme ne détruit pas un principe, et si la violence et la passion ont pu quelquefois triompher, il est consolant de penser que leur succès n'a jamais été qu'éphémère, qu*il n'est jamais resté impuni, et que les principes de modération et d'équité finissent toujours par prévaloir.

(1) Journal du département de l*Aube, du 13 mars 1793.

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