POURSUITES CONTRE LOUIS ROBIN
mes. Les compagnies de grenadiers avaient été supprimées, et l'élément démocratique dominait entièrement dans la garde nationale. Cependant quelqaes-uns des choix tombèrent sur des partisans des sectionnaires, et la Société voulut les faire éliminer par la commune; celle-ci s y refusa par des scrupules de légalité (1).
Les sectionnaires avaient encore des appuis, même dans Tadministration. L'agent national Loyez, dont le style est souvent d'une exagération affectée, leur était sympathique. Il tempérait l'ardeur des membres du district, qui, d'après la loi, avaient voulu le faire « passer au creuset de l'épuration, » mais qui avaient renoncé à ce dessein, en se référant à la décision prise par Bô à son égard (2). Malheureusement, si l'influence de Loyez contrebalançait celle des membres du district, elle était sans action réelle sur la commune, qui subissait trop souvent l'ascendant des membres les plus ardents de la Société populaire régénérée.
Ce fut sous la pression des idées qui dominaient dans la Société, que la municipalité déféra au tribunal révolutionnaire de Paris un quincaillier de la Grande-Rue, faible d'esprit et âgé de soixantequatorze ans, nommé Louis Robin. Ce vieillard avait affiché sur une porte de Saint-Jean un placard manuscrit, sans portée et sans orthographe, dans lequel il attaquait le club et le représentait
(1) Hist. du Terrorismey p. 27. — Dél. mun. du 19 germinal. Le 20, les quatre chefs de bataillon, Dallemagne, Jaquot, Flandre et Thlénot, prêtèrent serment au temple de la Raison.
(2) Dél. des 23 et 29 nivôse. Arch. de l'Aube, L. 46.
246 DESTRUCTION DES SIGNES DE l'ANCIEN RÉGIME.
croix sont abattues (i), les plombs enlevés. « Le district, écrit Rondot, s'est empressé de découvrir tous les clochers pour y prendre du plomb, là où il y en avait; il aurait bien fait de les abattre tout à fait. Il faudrait les enlever, et recouvrir leur emplacement. A Saint-Urbain, le grain est inondé; à THÔtel-Dieu, le plafond est tombé (2). )> Heureusement, l'argent manque pour accomplir toutes les dévastations prescrites par la Convention. La commune écrit le 7 mai au district : « Pour achever de se conformer à la loi qui ordonne de faire disparaître des édifices publics et particuliers tous les signes de la royauté et de la féodalité, il faudrait plus de 12,000 1., peut-être pour le temple de la Raison seulement. Cette dépense doit sans nul doute être à la charge de l'Etat, si ces temples sont considérés comme propriétés nationales (3). »
Les signes de l'ancien régime sont non-seulement proscrits sur les édifices publics, mais même sur les maisons particulières. La statue de Louis XIV par Girardon est cependant conservée pour être déposée au muséum, « si le département le juge convenable. » Il faut voir avec quel dédain et dans quel style la municipalité parle du « morceau de marbre que Girardon donna à son pays, représentant son roi entouré des bassesses que la honte des arts employait ordinairement (4). » L'a-
(1) Dél. mun. du 1" messidor. Arch. de Troyes.
(2) Lettre du 30 nivôse. Arch. de l'Aube, L. 1364. Arch. de l'Hôtel-Dieu. 2 pluviôse. On enlève à la même époque, dans cet établissement, tes croix qui sont placées au-dessus de la grille et au-dessus de la cheminée du grand bureau.
(3) Corr. mun. Arch. de Troyes.
(4) Id. du 19 floréal. Id.