CONDAMNÉS A MORT
un grand prix aux informations que Prignot lui envoyait de Londres sur l'esprit public et les débats du Parlement. Lorsque la guerre fut déclarée, Prignot résolut de rentrer en France; il était certain de n'être plus poursuivi comme débiteur; il pouvait l'être comme émigré. Sur l'assurance que lui donna Simon que le comité de salut public autorisait verbalement sa rentrée, Prignot débarqua à Brest. Il se présenta aussitôt au représentant Jean-Bon qui le fit incarcérer, et quelques jours après condamner à mort par un tribunal révolutionnaire établi à Brest « à l'instar de Paris, h Avant de mourir, Prignot écrivit son testament, dans lequel il protestait de ses sentiments patriotiques, affirmait sa fidélité à la liberté, et se disait victime de l'aristocratie (1).
Les tribunaux de la Terreur ne frappaient pas toujours, comme on le voit, des adversaires de la révolution; cherchant parfois le nombre plutôt que la qualité des victimes, poursuivant fréquemment des hommes sans notoriété et sans appuis, ils n'atteignaient pas seulement les aristocrates; s'ils envoyaient à l'échafaud le comte de Brienne, malgré la popularité dont il jouissait dans son canton, l'ancien suppléant des députés de la noblesse Des Réaulx, et Terray, ancien intendant de Lyon, qui demeurait à La Motte-Tilly, ils condam-
(1) Jugement du tribunal révolutionnaire de Brest du 6 germinal an II, placard. Testament de Nicolas Prignot, notaire, dans le Journ. du Département du 14 prairial an m. — Lettre d*E. T. Simon, du 30 prairial an m. Arch. de l'Aube, L. 1551. — Levot. Brest pendant la Terreur, p. 280. François-Nicolas Prignot, né à Beurville, n'était âgé que de 33 ans.