BLAME DES ACTES DE VANDALISME
lois et instructions delà commission des domaines nationaux, nous ne pouvons aucunement donner les mains à l'opération qui reste à faire, et nous désapprouvons formellement ce quia été fait jusqu'à ce jour (1). » Désapprobation juste, mais tardive, qui se produisait sous la pression de l'opinion, depuis longtemps surexcitée contre les auteurs des actes de vandalisme commis à Saint- Pierre.
Lorsque plus tard le comité d'instruction publique eut connaissance des destructions qui avaient eu lieu, il les blâma non moins vivement. « Ce n'eôt pas sans regret, écrivit-il, que nous avons vu que beaucoup d'objets dignes de figurer au muséum national, à raison de la beauté de leur travail, avaient été dépecés et dilapidés (2). » Des diamants et des antiques auraient aussi disparu, et le représentant Albert en estimait la valeur à plus d'un million (3). En admettant même que cette évaluation soit exagérée, la destruction des richesses artistiques du trésor était à jamais irréparable. C'est en vain que Rondot fils, sous le coup de poursuites judiciaires, osait dire pour se justifier : « Le marteau destructeur délivra les arts de mauvais morceaux d'orfèvrerie... Le genre gothique n'est vu que comme une corruption du vrai beau... il est rejeté de tous les muséums et cabinets. De tous ces objets, il n'y avait qu'un seul morceau passable, que j'avais fait... N'étant pas assez beau,
(1) Lettre du 30 prairial, reproduite en entier, signée par Dauphin, président, Picard et Gayot. Arch. de Troyes.
(2) Lettre du 10 frimaire an m. Arch. de l'Aube. L. 1433.
(3) Compte-rendu, p. 8.
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je l'ai détruit moi-même (1). » L'architecte Milony, son accusateur, avait raison de lui répondre : « Ce qui provenait du trésor de Constantinople, ce qui avait été rapporté par les comtes de Champagne, au retour des croisades, n'était ni du 1 3', ni du i A*, ni du i 5* siècle, et cependant tu as tout brisé. Il me semble entendre Grosley s'écrier du fond de son cercueil : Barbare, qu'as-tu fait (2)? » On jugera avec le même sentiment de regret et d'indignation les actes de Rondot, en songeant aux richesses et aux .chefs-d'œuvre, qu'il a désignés au marteau destructeur, et qui sont à jamais perdus pour l'art.
Des morceaux d'orfèvrerie, des galons et des broderies tirés des autres églises furent également envoyés à la Trésorerie nationale, pour être convertis en lingots. Leur valeur intrinsèque était relativement peu considérable, et le numéraire qu'on en retira ne pouvait compenser la perte d'un travail parfois remarquable, et qui souvent avait l'inappréciable mérite de l'antiquité (3). Le district pressait le département de recueillir « les morceaux précieux du génie cachés dans ces repaires fanatiques où le despotisme a enchaîné pendant quatorze siècles la liberté (4). » On sait quel usage en faisait la liberté déchaînée.
Dans la ville de Troyes, on pressait la vente du
(1) Lettre du 22 vendémiaire an m. Arch. de l'Aube.
(2) Observations sur le mémoire justificatif du citoyen Bondot fils... (Troyes, in-4" de 10 p.), p. 5.
(3) Les archives de l'Aube contiennent un état de ces objets envoyés à la fin de 1792, le 19 nivôse et le 27 floréal an ii. Nous y trouvons pour les huit paroisses 599 marcs d'argent et de vermeil et 2,339 marcs de galons et de broderies.
(4) Lettre du 7 ventôse. Arch. de l'Aube, 2. 0. 367.