‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 180 sur 351 · MAXIMUM. - RÉQUISITIONS · texte numérisé non relu

MAXIMUM. - RÉQUISITIONS

Les plus grands maux qui puissent frapper une nation, le despotisme, la guerre, la famine, furent réunis pour accabler la France dans l'hiver de 1793-1794. De tous ces maux, la famine ne fut pas le plus grand; mais il aggrava la situation déjà si triste du peuple. Les mesures prises par la Convention et par la commune de Troyes avaient augmenté la disette plutôt qu'elles ne l'avaient diminuée. La récolte de 1793 avait souffert de la gelée et de la sécheresse; mais elle eût été suffisante pour assurer les subsistances, si Ton n'avait eflFrayé les cultivateurs par les recensements, si on ne les avait épuisés par les réquisitions militaires, si on ne les avait éloignés des marchés par le maximum. Attribuer la disette à leur insouciance, à leur cupidité, à leur malveillance, à leur crainte de manquer du nécessaire, ainsi qu'à la distribution inégale e1 vicieuse des grains sur les marchés (1), c'était#" t

1) Dél. du 5 brum., ea présence de Garnier. Arch. de TAube. L. 46.

elle, que la marche de l'esprit public vers la révolution, et les Troyens n'ont pas encore eu le courage de s'élever à sa sublime hauteur. » Pour y arriver, le conseil général décida qu'à chaque décade les citoyens, après s'être réunis dans leurs sections pour entendre la lecture des lois, se rendraient avec la musique au temple de la Raison, où les orateurs « les plus capables )> leur feraient entendre des discours révolutionnaires. Leur but était de régénérer les mœurs, « car la République, disait la municipalité, doit être fondée sur la vertu dans tous ses points (1). » Ces discours, loin d'inspirer la vertu, n'étaient souvent que de violentes diatribes, comme celui que prononça Debary, dans le temple de la Raison, le 19 janvier, sur les Crimes du fanatisme et les absurdités du sacerdoce. Il n'y prêchait ni l'union, ni la fraternité, mais la haine. « Peuple, s'écriait-il, quand tu entends un propos qui n'est pas celui du patriotisme le plus chaud, prend l'individu et le conduis aux autorités constituées, et là, il reconnaîtra le danger de ses principes. » Ce discours, qui contenait des conseils aussi <( patriotes, » fut imprimé par délibération de la Société populaire (2).

A la suite de ces prédications, auxquelles prirent part l'ex-curé Lejeune et Hadot, les danses commençaient et continuaient, au son de douze vio-

(1) Lettre du 28 pluviôse. Arrêté du 26. Arch. de Troyes.

(2) Discours sur les crimes du fanatisme et les absurdités du sacerdoce, prononcé par Debary, président de la Société des Amis de la Liberté et de V Egalité, régénérée par le représentant D6, dans le temple de la Vérité et de la Raison , le décadi 30 nivôse, Garxier, in-S* de 14 p.

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