LETTRE AUX CITOYENNES PATRIOTES
dansa toute la soirée, au son des violons et des tambours (1).
Le décret de la Convention, qui accomplissait un acte de justice et d'humanité en proclamant la liberté des nègres, fut célébré avec plus de pompe. La commune y invita, non-seulement les autorités, mais aussi les citoyennes patriotes. « L'amour de la patrie, écrivit-elle à chacune d'elles, accélère les révolutions qui tendent au bonheur commun; les femmes dans toutes les circonstances y ont figuré avec succès. Ce sont elles qui électrisent et en ramènent les hommes pour les précipiter au but qu'une nation se propose. Comme femme de patriote, et patriote toi-même, je m'adresse à toi pour venir par tes charmes embellir et animer une fête qui aura lieu le 20 germinal. Je ne doute pas un moment que tu t'empresseras de t'y rendre. Le ridicule préjugé ne pourrait te faire balancer, car qui donnerait le stimulant à notre révolution, si ce n'est toi que je connais pour excellente patriote. D'ailleurs, cette démarche est pour la révolution; tu l'aimes, il te suffit. Tu laisseras aux âmes rouillées de préjugés le soin de la raillerie; la patrie te verra; elle en sourira, et tu auras bien mérité d'elle (2). »
Cet appel fut entendu. Une citoyenne, appartenant à une famille honorable de la ville, consentit à représenter « la déesse de la liberté avec ses attributs. » Elle figurait au sommet d'un char
(1) Déi. man. des 26 et 28 ventôse. Reg. du comité de sarveillance de Croncels-Saint'Gilles. Dél. du 21. Arch. de l'Aube. L. 1511.
(2) Lettre, reproduite en entier, du 9 germinal. Cons. mun. Arch. de Troyes.