ANNIVERSAIRE DU 14 JUILLET
La fête de Tanniversaire du 14 juillet fut consacrée à célébrer les victoires remportées depuis le commencement de la Révolution. Les sections avaient fourni « d'aimables, de gentilles et de jeunes personnes, » pour porter le tableau de ces succès. « Il sied bien à la beauté, disait l'agent national, de porter les palmes de la victoire. » La statue de la liberté figura aussi dans le cortège, dont elle devait être le premier ornement (1). Raverat fit un discours sonore sur la gloire de nos armes, au milieu de la place Saint-Jacques. Le général Cacault, qui passait à Troyes, présida à la fête. Lorsque les autorités furent arrivées aux Charmilles, il chanta plusieurs couplets patriotiques, et donna le signal de la danse autour de la statue de la liberté. Les citoyennes y prirent part. Le canon annonça soudain le départ, et, selon la relation du journal, «Cacault, quittant les grâces, sauta sur son cheval et partit comme un éclair au milieu du détachement de cavalerie qu'il commandait (2). »
Les lois et les couleurs, (bis)
Près ou loin, noirs ou blancs,
Nous sommes ses enfants.
Mais les tyrans perfides,
Les princes parricides
Kt les prêtres avides
Il ne les fit jamais.
Français 1 Français 1
Nous chantons vos bienfaits, {bis) Voir aussi : Fête à l'occasion de Va/franchissement des hommes de couleur, proposée par l'agent national de la commune de Troyes.., Mallet, in-8° de 7 p. Une fête analogue, dont les détails ne sont pas moins curieux, fut célébrée à Châlons, le 20 ventôse. His't. de la ville de CMlons-sur-Mame, depuis 1789, par d'HASTEL, p. 26.
(1) Correspond, mun. du 22 et 24 messidor. Arch. de Troyes.
(2) Journal du Département du 4 thermidor.
258 FÊTE DE l'Être suprême.
D'autres fêtes moins importantes furent célébrées dans le courant de Tété. Chaque section voulut avoir la sienne; la première inaugura le buste de Guillaume Tell, dont elle portait le nom (1). Mais toutes ces réjouissances locales s'effacèrent devant la fête de l'Être suprême qui eut lieu le 20 prairial (8 juin).
On sait que ce fut l'influence de Robespierre qui en fit décréter la célébration. Cet homme, d'un génie sombre et d'une âme impitoyable, avait compris les dangers de l'athéisme et l'utilité d'un culte extérieur. Sous son influence, le peintre David traça le plan de la fête de l'Être suprême, qu'approuva la Convention. C'est à ce plan proposé par David que Rondot emprunta le programme d'une fête analogue, que la commune de Troyes voulut célébrer, bien que le décret de la Convention ne lui en eut pas imposé l'obligation. « Il existe un Être suprême rémunérateur et vengeur, répète la commune de Troyes, en envoyant une adresse à la Convention. Telle est, dit-elle, la solennelle déclaration qu'elle a reçue avec enthousiasme, et qu'elle a fait sur-le-champ afficher sur le frontispice des temples. » Rondot fit en outre placer sur la façade de la cathédrale un tableau emblématique représentant un œil au milieu de nuages traversés par des rayons de lumières (2). »
Jamais zèle plus grand ne fut déployé pour stimuler les citoyens à prendre part à une fête. Le
(t) Con. mun. des 25 et 29 floréal. Arch. de Troyes.
(2) Adresse du 5 prairial. Dél. du 22. Le croquis de ce tableau, dessiné par Rondot, est conservé aux archives de Troyes.
FÊTE DE l'être SUPRÊME. 259
district faisait distribuer aux sections des brochures concernant les idées religieuses. L'agent national, le 9 prairial, trace le programme de la journée du 20 :
« Que votre réveil soit actif, dit-il aux habitants, que vos portes soient garnies de drapeaux tricolores et de verdure; que vos enfants soient propres et prêts à cinq heures du matin; que les citoyennes qui allaitent des enfants les portent autant qu'elles le pourront avec elles; que ceux qui ont des enfants garçons depuis l'âge de sept jusqu'à douze ans, les arment d'une pique de bois ou de fer de 5 pieds de haut et les envoient aux drapeaux de leurs bataillons respectifs. Procurez-vous des fleurs que la nature prodigue... prenez votre repas du matin, autant que vous le pourrez, devant vos portes; cela vous rappellera le beau temps de vos aïeux et l'image de l'âge d'or... Que le tambour et le canon soient votre horloge... Soyez dociles et souples à la voix des commissaires nommés pour l'ordonnance de cette fête... Que la décence soit votre compagne fidèle; faites en sorte que les nations apprennent que nous sommes dignes d'être Français et de la liberté (1). »
Les comités des sections s'associent avec ardeur au zèle de la commune. Plusieurs de leurs membres s'offrent pour aller travailler eux-mêmes au terrain de la place où la fête doit commencer; ils espèrent qu'ils donneront ainsi l'exemple à leurs concitoyens. Ce sont eux qui désignent les jeunes citoyennes et
(1) Procl. da 9 prairial. J. du Dëp, du t4. Ârch. de Troyes.