‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 192 sur 351 · CARÊME RÉPUBLICAIN · texte numérisé non relu

CARÊME RÉPUBLICAIN

sur la manière dont les bouchers pèsent et fournissent leur marchandise. On voulait qu elle fût distribuée de la même manière que le pain (1). Le nouveau maximum fit baisser le prix de la viande à 10 s., mais la rendit plus difficile à trouver. On la rationna, et des plaintes furent portées contre ceux qui, comme les soldats de la Montagne, en consommaient plus qu'il ne leur en fallait. Elle devint bientôt si rare, qu'il fut question d'un carême républicain qui, selon le conseil général de la commune, devait succéder « à celui que le fanatisme avait imaginé pour le seul intérêt des calotins. » La conclusion étrange de la nécessité de ce carême fut de faire mettre en réquisition toute la marée arrivant dans la commune (2).

Il restait aux citoyens aisés la faculté d'acheter des vivres chez les hôteliers, les traiteurs et les cuisiniers. On interdit à ces derniers de donner à manger, « sinon aux voyageurs et aux personnes connues pour prendre pension chez eux (3). » On prit des mesures pour empêcher les habitants des faubourgs d'acheter des vivres pour leurs amis de la ville. On ordonna la confiscation des comestibles déposés dans les faubourgs et dans les communes voisines, où ils étaient achetés à tout prix, contre de l'argent, des bijoux et des étoffes (4). La

(1) Lettres des 25 nivôse et 8 pluviôse. Arch. de Troyes. La viande se vendait ?0 s. la livre, les volailles, 40 s. la paire. Arch. de l'Aube, L. 1433. Lettre de Rondot, du 2 ventôse. Id. L. 1364.

(2) Corresp. mun. des 1" ventôse et l" floréal. Dél. du 28 pluviôse. Arch. de Troyes.

(3) Journal du Département du 4 ventôse an ii.

(4) Dél. mun. des 18 germinal et 8 prairial. Notes manuserites commiiniquées par M. Pigeotte.

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police du marché fut faite avec plus de rigueur; la place de TEtape-au-Vin fut close de barrières, et les vendeurs seuls y furent admis, sous la protection et la surveillance de la municipalité et de la garde nationale. Mais ces mesures n'atteignirent point le résultat qu'on en attendait. L'interdiction de s'approvisionner dans les campagnes finit par être levée. On recommanda seulement d'arrêter aux portes les citoyens dont les provisions excédaient les besoins manifestes (1).

Nous avons vu qu'on ne pouvait se procurer du pain qu'avec des bons délivrés par les comités de sections; il en fut de même bientôt pour les autres denrées. Il fut défendu par la commune de vendre à la même personne plus d'une pinte d'eau-de-vie, de cinq livres de sel, d'une livre d'huile d'olive, de deux livres de coton, de deux livres de viande; il fallait des bons pour acheter la chandelle, le sucre, le savon (2). Le sucre était rare depuis le commencement de l'hiver; quant à la chandelle, elle manquait presque complètement, bien qu'on eût enjoint aux bouchers de déposer leurs suifs à la municipalité. On alla jusqu'à défendre la fabrication de la pommade, « son emploi, selon la commune, n'étant qu'un effet du luxe qui diminue d'autant les ressources de l'indigent (3). » Pour restreindre la consommation des chandelles, le conseil général imagina de supprimer les billards, « qui fonctionnaient, disait-il, pour le seul amuse-

(1) Dél. mun. des 18 et 26 prairial. Arch. de Troyes.

(2) Arrêté du 27 pluviôse. Ce système paraissait si utile, que Loyez demanda le 2 ventôse, à la Convention, de le prolonger.

(3) Arrêté du 22 nivôse. Placard.

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ment des muscadins et des gens désœuvrés. » « C'est une économie, selon lui, pour vingt-cinq billards, de quarante livres de chandelles par jour. » Les particuliers, qui en avaient plus de vingt-cinq livres en provision, furent tenus de vendre le surplus au prix du maximum, et l'administration recourut aux réquisitions pour s'en procurer (1).

Plus de savon I « La défiance, cette traîtresse silencieuse, écrit l'agent national de la commune, se propage de plus en plus. Les citoyens ne connaissent qu'elle, ne chérissent qu'elle, et son système nous fait un mal affreux. La défiance est telle que tous les savons que nous avions dans notre commune ont disparu (2). » Le district est obligé d'en faire venir de Marseille. Il en reçoit 510 livres pour distribuer entre les 101 communes de la campagne. La commune de Saint-Martin-ès-Vignes en obtient la plus grande quantité; on lui en donne 24 livres; certains villages, comme ArgentoUes, n'ont droit qu'à une livre (3). Un jour, la commune s'aperçoit qu'il n'y a plus d'huile d'aucune sorte dans la ville, et elle est obligée d'en envoyer acheter à Lille. L'hôpital est à court de réglisse ; on charge deux citoyens de s'en procurer à la foire de Beaucaire (4j. Ainsi les administrations, paralysant par leurs mesures restrictives le com-

(1) Arrêté du 17 pluviôse. Dél. du district du 18 prairial. Plus tard on changea les heures des bureaux du département, « vu la rareté des chandelles et la difficulté de s'en procurer. » Dél. du 17 vendémiaire an m.

(2) Corr. mun. du 21 floréal. Arch. de Troyes.

(3) Dél. des 25 et 27 prairial, et du 1**^ vendémiaire an m. Cette fois, on en reçut 683 livres. Arch. de TAube, L. 33.

(4) Corr. mun. du 12 nivôse. Dél. du 24 messidor. Arch. de THÔtel-Dieu. T. II. 18

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