‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 195 sur 351 · BIENFAISANCE NATIONALE · texte numérisé non relu

BIENFAISANCE NATIONALE

dernier sont confisquées au profit des pauvres, et le fabricant est condamné à 10 1. d*amende et aux frais (1). Ailleurs, c'est un boulanger, qui est accusé de donner du pain blanc à ses enfants, et le pain de la section à ses poulets. Ces inquisitions dans la vie privée donnèrent lieu à des excès, et un jour on déféra devant un comité de section un homme <( épris de vin, » qui s'était présenté, une pique à la main, chez un habitant pour lui demander s'il avait du pain dans sa maie (2).

Malgré la loi qui constituait pour les indigents le droit à l'assistance, la misère était grande. La commune créa, après le départ de Bô, un bureau général de secours, composé de douze membres. Elle entretint aussi des ateliers de charité, notamment pour aplanir le cimetière Saint-Jacques (3). La nation accordait aussi des secours aux parents et aux femmes des défenseurs de la patrie; elle donnait des pensions aux agriculteurs et aux artisans âgés ou infirmes, ainsi qu'à leurs veuves et aux mères chargées de famille. Le district, sur la proposition des communes, les inscrivit sur le livre de la bienfaisance nationale, et répartit entre eux des pensions qui variaient de 80 à 30 1. par semestre (4). Dans la ville, la municipalité reconnut bientôt les abus sérieux qu'entraînait le mode

(1) Arch. de l'Aube, L. 58 et 1523. La commune annula le jugement du comité de la sixième section^ mais infligea une peine au fabricant Herluison.

(2) Dél. du 16 germinal. Areb. de TAube, L. 58.

(3) Dél. mun. du 7 pluviôse. Areb. de Troyes.

(4) Ces livres, tenus en conformité du décret du 22 floréal, furent clos le 1*' pluviôse an m. Ils renferment pour le district de Troyes 67 cultivateurs et 33 artisans vieillards ou infirmes, 25 veuves d'agriculteurs et d'artisans et 58 mères ou veuves ayant des enfants. Areb. de l'Aube, L. 1468.

ÉTAT DE L*INDDSTRIE. 277

nouveau de distribution des secours. « Un trèsgrand nombre d'indigents valides, dit une proclamation de la commune, néglige ses travaux ordinaires. Il en résulte une application de fonds, abusive et même dangereuse. Faire participer également aux secours les indigents valides et les invalides, c'est une mesure qui n'est point dictée par la sagesse. Des indigents valides se servent des sommes qu'on leur donne pour aller au-devant des subsistances qu'on apporte au marché et les acheter; quelques-uns s'en emparent audacieusement, en dépouillent le propriétaire. D'autres achètent le coton, non pour travailler, mais pour le revendre; ils restent oisifs et se livrent à la débauche (1). »

Le maximum avait eu des eflfets aussi funestes pour l'industrie et le commerce que pour les subsistances. Les marchands ne voulaient point acheter au prix fixé les matières de toile et les cotons fabriqués. Sur la réclamation des sections et de la commune, le comité des subsistances de la Convention avait, au commencement de l'hiver, nommé des commissaires pour examiner l'état des manufactures, et pour dénoncer comme suspects les marchands qui avaient cessé leur commerce depuis rétablissement du maximum. 200,000 1. furent allouées pour l'acquisition des matières premières (2). Plus tard, on ne put en obtenir qu'avec des bons, et les femmes perdaient beaucoup de temps

(1) Procl. de la commune aux comités de sections, du 5 ventôse. Placard.

(2) Arrêté du comité des subsistances de la Convention, du 15 brumaire. A ces commissaires, A. M. Pillon et Lacaille, la commune adjoignit quatre de ses membres.

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