RARETÉ DES MATIÈRES PREMIÈRES
à les solliciter et à les échanger; on se précipitait chez les marchands pour leur enleyer jusqu'à la dernière livre de coton. Bientôt les inconvénients de ce système restrictif furent reconnus. « Cela est pire, écrivait l'agent national ; il n'y a pas de stratagème que l'on n'emploie pour nous tromper (1). » On prit de nouvelles précautions contre la fraude. Le coton sortant des magasins de l'Etat ne fut désormais délivré aux fileuses que lorsqu'elles avaient j ustifié de la vente au maximum de celui qu'elles avaient reçu précédemment. On fit un recensement des marchandises, des fileuses, des métiers battants, et des cotons écrus qui se trouvaient chez les blanchisseurs. On força tous les fabricants de vendre leurs toiles écrues à l'Etat. Les pertes furent considérables (2), et la disette des cotons fut plus grande que jamais. « Elle vient en partie, écrivait-on, de ce que le maximum s'exécute strictement à Troyes, et point ailleurs. A Troyes, le coton se vend 50 à 54 sous la livre, tandis qu'on l'achète 100 sous à Paris. » Les livraisons promises ne s'effectuaient point, et la commune, obligée d'envoyer des commissaires à La Rochelle et à Bordeaux afin d'obtenir des cotons, fut contrainte de faire continuer les travaux de charité pendant tout Tété pour fournir des moyens de subsistances à la « quantité prodigieuse de citoyens » que la rareté des matières premières laissait sans travail (3).
(1) Dél. mun. du 18 floréal. Corr. mun. du 21 prairial. Arch. de Troyes.
(2) Corr. mun. du 22 messidor. Proclamation du H thermidor. Placard. Dél. muu. du 5 fructidor. Arch. de Troyes.
(3) Corr. mun. du 19 fructidor. Déi. mun. du 16 messidor.