ATTAQUES CONTRE LES PROPRIÉTÉS
têtes (1). Le 28 septembre, le château de Chamoy fut envahi par cinq cents hommes armés, qui, après avoir contraint le ci-devant marquis à leur livrer les papiers terriers, les brûlèrent, au son des cloches et des tambours. Les châteaux de Saint- Phal et de Craney furent également forcés par les paysans; ils exigèrent les titres anciens et nou^ veaux, les livrèrent aux flammes, et tuèrent les pigeons à coups de fusils. Il en fut de même à Ervy, dans la maison de Cognasse-Desjardins. Les émeutiers firent battre la générale pour soulever les gardes nationaux, et menacèrent de tirer sur les gendarmes qui voulaient rétablir Tordre (2).
L'administration départementale, après être restée inactive pendant plusieurs semaines (3], se décida à réprimer des actes que la complicité des fonctionnaires avait, dans certains cas, rendus plus graves. Les maires de Chamoy, d'Auxon, de Montigny, et le procureur-syndic de Saint-Phal avaient excité ou favorisé les violences des habitants de ces communes. Le directoire en informa le ministre de l'intérieur Roland, qui s'en émut : <i Je n'ai pu me défendre d'un mouvement d'indi-
(1) Gomment est-il possible, disaient les administrateurs du district, que des citoyens oublient ce quHls doivent à la nature et aux lois, au point de tenir des propos aussi sanguinaires?... Proclamation du 3 septembre 1792. Arch. de l'Aube, L. 1497.
(2) Ces événements eurent lieu le 3, le 7 et le 9 octobre 1792. Délibér. du Département, des 7 et 29 novembre. Instructions... Arch. de l'Aube, L. 1559.
(3) Les pouvoirs du commissaire du pouvoir exécutif, Hion, avaient été révoqués, dès le 22 septembre. Roland, en l'annonçant, disait, en parlant des commissaires : « Quelques-uns d'entre eux se sont écartés des prin- • cipes de justice et d'ordre... Le calme doit succéder à l'orage. » Lettre du 22 septembre. Arch. de Troyes.
4 BÉPRESSION DES TROUBLES.
gnatioD, écriyit-il, en apprenant que des oflSciers municipaux, des commandants de la force armée, se sont mis à la tête d'attroupements séditieux... H est urgent de réprimer ces désordres. La lenteur et la mollesse ne feraient qu'augmenter l'audace de ceux qui s'en sont rendus coupables. » Conformément aux instructions du ministre, deux membres du conseil général permanent, Lamy et Rétaut, se rendirent à Chamoy, à la tête d'un détachement de gardes nationaux, suspendirent les officiers municipaux les plus compromis, et déférèrent les plus coupables au tribunal criminel (1). n fallut de même dénoncer à l'accusateur public les actes de rébellion des habitants de Saint- Phal, qu'on essaya en vain de rappeler au respect de l'ordre et de la propriété. La justice fut également saisie des affaires d'Ervy, de Saint-Benoît et de Craney. Si quelques-uns des coupables furent acquittés par le* jury, d'autres furent condamnés à des peines plus ou moins rigoureuses. Tel fut le capitaine de la garde nationale de Rigny, auquel le tribunal criminel infligea six mois de prison, 200 liv. d'amende et 500 liv. de dommages-intérêts (2).
(1) Lettre de Roland du 17 octobre 1792. Arrêté du 22. Arch. de TAube, K. 1. Délibération du 3 novembre.
(2) Arrêté du 29 novembre 1792. Jugement du 17 septembre 1793. Les habitants de Villemoiron, qui avaient commis des déprédations au château de Craney, furent condamnés, le 19 juin 1793, au nombre de 13, chacun à 15 jours de prison et à 20 liv. d'amende. Le maire et un de ses administrés furent condamnés solidairement à 600 liv. Quant aux auteurs des actes de violences commis à Saint-Phal, parmi lesquels se trouvaient des maires et des offlciers municipaux, ils furent acquittés, le 20 février ; mais les communes furent condamnées, le 30 avril, à restituer à Rousseau les titres qui lui avaient été pris. Dossiers du tribunal criminel.
FERMETE DE LALOBE. 5
Pendant que Tadminist ration départementale s'efforçait d'apaiser ces désordres, la Société des anciens Amis de la Constitution, qui s'intitulaient désormais Amis de la Liberté et de l'Egalité, était devenue, grâce aux événements, plus puissante et plus nombreuse que jamais (1). Elle saisit l'occasion de la conquête de la Savoie pour donner une fête patriotique, qui attestât son influence et le triomphe de ses doctrines. C'est sur la cathédrale qu'elle jeta les yeux pour s'y réunir et y chanter la Marseillaise. Le maire Lalobe osa repousser sa demande. Tout en approuvant la fête, il s'étonna qu'on choisît, pour la célébrer, un temple destiné au culte de Dieu. « Il verrait, avec peine, dit-il, l'église Saint-Pierre détournée de l'usage saint auquel elle était consacrée, si on y entendait des joies et des chants profanes. Je dis profanes, ajouta le maire, non que l'hymne des Marseillais soit mauvais en lui-même, mais parce que dans l'église du vrai Dieu, tout ce qui n'est pas saint est profane. » Aussi croyait-il que le corps municipal devait refuser l'autorisation réclamée. Les députés de la Société répliquèrent qu'ils n'en demandaient pas, et qu'ils avaient seulement voulu faire connaître le lieu et l'heure de la réunion projetée. Le conseil général de la Commune approuva à l'unanimité le refus du maire, et le fit signifier par un député à la Société des Amis. Ce député fut « très-mal reçu, » et on lui déclara que sa démarche était
(1) La Société/qui ne comptairque 30 membres à son origine, en août 1790, en comptait alors 400. — Etat des Sociétés populaires du 25 ventôse an II. Arch. de rAu))e, L. 1509.