‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 205 sur 351 · FABRICATION DU SALPÊTRE · texte numérisé non relu

FABRICATION DU SALPÊTRE

mune, que vous restassiez dans Tinaction, vous dont la subsistance ne dépend pas d'un travail journalier; nous ne pourrions au contraire que vous considérer comme des ennemis et vous traiter en conséquence (1). »

Un aventurier allemand, appelé Frédéric Poly (2), qui s'était fait nommer commissaire spécial du pouvoir exécutif, provoqua l'établissement d'autres ateliers dans le département (3), notamment dans le château des La Rochefoucault, à Estissac. Cet atelier ne paraît pas avoir réussi; car le matériel de la fabrication fut bientôt enlevé du château pour le transformer en hôpital militaire de passage contenant 150 lits (4).

(1) Arrêtés des 18 et 28 fructidor. Placards. Arch. de Troyes.

(2) Frédéric Poly était né à Gunterblum, dans le duché de Hesse-Darmstadt ; il avait environ 23 ans, lorsqu'il fut arrêté par ordre de Hérault- Séehelles, représentant en mission dans le Haut-Rhin, et envoyé k Troyes, où il fut écroué à la maison d*arrêt, le 30 octobre 1793, avec deux individus, Dommés Zingloky et Vorognak, qui paraissent avoir été ses domestiques. Poly affecta des sentiments révolutionnaires, obtint sa mise en liberté au mois de janvier, et se fit admettre à la Société populaire, où il prit le bonnet rouge, comme les autres membres de ce club. Il devint Fami de Gamier, et se fit nommer commissaire pour la fabrication des salpêtres. Après la Terreur, il dirigea une fabrique de verrerie dans la Haute-Garonne. Le révolutionnaire de Troyes se transforma en royaliste. En 1797, il fut impliqué dans la conspiration de Brotier et de La Villeheumoy, et condamné à mort par le conseil de guerre de la 17* division militaire. Sa peine fut commuée par le Directoire exécutif en cinq ans de réclusion. Moniteur, an v, n"" 145 et 202. Registre d'écrou de la maison d'arrêt de Troyes. Lettre du 15 pluviôse an t. Arch. de Troyes.

(3j Le Journal du Département du 24 ventôse cite 15 communes du district où la fabrication du salpêtre était le plus en vigueur. Le n"* du 24 germinal fournit des renseignements sur les autres ateliers du département. Un chef d*atelier et son employé furent condamnés, le 16 prairial an ii, à six ans de fers pour avoir prélevé sur les habitants une somme considérable d'une manière arbitraire, dans l'exercice de leurs fonctions. Dossiers du tribunal criminel.

(4) Dél. du 2 messidor. Arch. de l'Aube, L. 33. L'atelier de Troyes fût

C'était aussi une des conséquences de la guerre que le grand nombre des malades et des blessés njilitaires. L'ancien évêché ne suffisait plus à les contenir; on les transféra à l'hôpital civil et au Petit-Séminaire (1). Au printemps, la ville et le département servirent aussi de séjour à un certain nombre de prisonniers et de déserteurs étrangers, Belges, Prussiens et Autrichiens. On les avait d'abord casernes au Bon-Pasteur avec des recrues de cavalerie; il y eut des rixes entre eux, et un poste fut établi pour y maintenir l'ordre. On répartit les déserteurs entre 1 30 communes du département, et ceux qui restèrent à Troyes ne purent sortir sans un brassart tricolore liseré de blanc (2).

Trois mille prisonniers de la garnison de Charleroi, escortés par Cacault, furent amenés à Troyes le 1" juillet; ils restèrent pendant six jours cantonnés sur les mails, sous la surveillance d'un détachement de l'armée de siège et de quatre cents gardes nationaux. La ville fut, pendant tout l'automne, encombrée de prisonniers de guerre et de déserteurs étrangers ; on logea les prisonniers dans le temple de l'Être-Suprême. Leur présence était onéreuse pour la ville, et la commune réclama leur départ, en disant que leur nombre pouvait faire naître des dangers pour l'ordre « et nuire à la marche de la Révolution. » Plusieurs d'entre eux avaient été admis à travailler chez des patrons ; le

supprimé le 2 nivôse an m, comme onéreux à la commune, sans être profitable à la République. Dél. municipales.

(1) Arrêté du 2 messidor. Arch. de l'Aube.

(2) Dél. mun. des 2 et 18 floréal et 6 fructidor. — Le 3 thermidor, il y avait 383 déserteurs dans le départ. Arch. de TAube, L. 1019.

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