PRISONS. ~ PROCÈS DE ROUSSELIN. - FIN DE LA TERREUR
Le nombre des suspects incarcérés augmenta pendant Thiver; il montait à deux cent trente au printemps de 1794 (i). Les arrestations continuaient toujours; les élargissements étaient exceptionnels. On poursuivit surtout, après l'enquête relative aux sectionnaires, les parents d'émigrés, contre lesquels le département invoquait la rigueur des lois dans des termes violents (2). Un certain nombre d'entre eux furent conduits, soit au Grand- Séminaire, soit à la maison d'arrêt (3). On incarcérait également les magistrats qui avaient condamné Jobert et ses complices, en attendant qu'on indemnisât les parents des condamnés ou les condamnés
(1) Réclamation du 22 prairial. Ârch. de TAube. L. 1502. Sur le nombre se trouvaient 31 prêtres.
(2) a Des ennemis prononcés de la chose publique, écrivait-il^ respirent encore dans notre département et souillent par leur présence un territoire qui ne devrait être habité que par des révolutionnaires. » Lettre du 25 floréal.
(3) Le registre d'écrou porte, à la date du 11 prairial : Pavée dit Vendeuvre et son épouse, et à la date du 13 : Chavaudon et son épouse. Ils ne furent point transférés au séminaire et furent élargis après le 9 thermidor.
eux-mêmes. En outre, les prêtres sexagénaires ou infirmes étaient enfermés dans l'ancienne abbaye de Saint-Loup, où ils éprouvaient « tout ce que l'indigence a de plus cruel. » Leurs biens et leurs revenus étant sous le séquestre, ils n'avaient pas même « le moyen de se procurer du pain (1). »
Sous l'influence de Rousselin, les détenus au Grand' Séminaire furent traités plus rigoureusement. On interdit à ceux qui étaient malades de se faire soigner chez eux; cependant Bô autorisa Corps à sortir de prison dans ce but. C'était aussi l'avis du représentant Garnier, qui écrivait : « Tout homme malade notoirement doit être remis dans sa maison sous une garde par vous déterminée; f> et comme le commandant Meunier s'y opposait : <( Depuis quand, dit Garnier, la force armée a-t-elle le droit de délibérer (2) ? » La commune était animée d'intentions moins humaines ; elle fit transporter à l'hôpital les suspects malades autorisés à rester chez eux; l'un d'eux, âgé de plus de soixante-dix ans, mourut sept jours après y être entré. Rondot poursuivait avec rigueur l'exécution des décrets qui défendaient de laisser visiter les prisonniers suspects, et d'élargir ces derniers même lorsque leurs raisons paraîtraient justes aux autorités intermédiaires. « La malveillance, écrivit-il à ces autorités, se replie en tous sens et vous obsède de réclamations en faveur des détenus, qu'elle
(1) Corr. mun. du 23 vendémiaire an m.
(2) Reg. du comité de surveillance de la 5* section. Le 2 prairial, les sectioDB, sur l*ordre de Tagent national, ordonnèrent la réintégration en prison des individus en arrestation chez eux pour cause de maladie. Id.