‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 212 sur 351 · MÉLANGE DES VINS · texte numérisé non relu

MÉLANGE DES VINS

pèce, tant qu'il y aurait pénurie, et que le vin serait bu en commun, à raison d'une bouteille par détenu (i). Cet arrêté, dont on avait exagéré encore les dispositions excessives, motiva de la part de Loyez une généreuse protestation. « Je n'ai pu croire à un pareil acte de votre part, écrivit-il aux officiers municipaux. La peine des coupables est déterminée par la loi, et lorsqu'elle n'en ordonne pas une, l'appliquer est un crime (2). »

Bouille, chargé d'exécuter l'arrêté de la commune, consentit à laisser entrer des aliments gras pour les personnes malades ou infirmes auxquelles le maigre était contraire. Mais le lendemain, d'autres commissaires interdirent l'entrée de la viande, de sorte que la majeure partie des détenus resta vingt-quatre heures sans manger (3). Le mélange des vins fut effectué comme on l'avait prescrit. Il en résulta que les détenus burent tous du mauvais vin; mais le but égalitaire fut atteint; personne désormais ne put en boire de bon (4).

Le concierge était chargé de la cuisine et de la

(1) Dél. mun. du 6 germinal. Arch. de Troyes.

(2) Lettre du 9 germinal. Arch. de Troyes.

(3) La commune permit le 10 floréal à dix détenus de se faire servir des aliments gras pour cause de santé et de maladie.

(4) Les détenus réclamèrent dans les termes suivants : « Ceux d*entre les officiers municipaux qui s'y connaissent en vins, seraient-ils d*avis qu'on formât leur ordinaire des différents vins secs, gras, vieux, nouveaux, gâtés, fumeux, ou piqués, bourrus, ginguets et baissières? Voudraient-ils qu'on y joignît les vius de genièvre, d'absinthe, les bières, cidres et autres boissons? N'appelieraient-ils pas ripopé {sic) dégou tant et malsain ce mélange inutile de plusieurs liqueurs? Eh, citoyens, c'est à vous que nous en appelons de ee règlement de police intérieure, et nous vous épargnerons le récit des gentillesses de nos Argus, qui pour toute réponse à nos observations nous disaient d'un ton jovial et satisfait :Va, va, c'est assez pour des... comme vous autres.» Arch. de l'Aube. L. 1502.

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