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SÉPARATION DES ÉPOUX ET DES PARENTS

fut d'autant plus sensible, que des époux et des parents, victimes d'une captivité commune, ne pouvaient plus s'entr'aider à en supporter le poids. a Quoi, dirent les détenus aux officiers municipaux, des époux, des parents, des amis, que le malheur rassemble dans la même enceinte, sous le même toit, n'ont pas la faculté de se parler, même à la dérobée? Votre humanité ne résistera pas aa tableau que nous venons de tracer; et, comme les besoins du cœur (dont l'objet est de satisfaire le penchant pieux delà nature), loin d'être dangereux pour le patriote, se trouvent au contraire au nombre de ses devoirs, vous jugerez vraisemblablement que si le vôtre est de faire exécuter la loi, il n'est pas moins de proscrire tout ce qui peut ajouter inutilement à sa rigueur (1). »

Les détenus ne se plaignaient pas moins de la garde soldée, instituée en conformité de la loi du 17 septembre 1793; aux termes de cette loi, elle devait être composée de pères de famille et de parents des défenseurs de la patrie. Il n'en fut rien. Elle se recruta surtout parmi des hommes sans aveu, dont le nombre fut porté à cinquante-six lors de l'arrivée de Rousselin, et plus tard à soixanteneuf (2). Meunier, leur capitaine, leur donnait l'exemple de la brutalité et de la violence. Il commettait les actes les plus arbitraires, changeait les consignes et les interprétait à sa fantaisie, et seu-

il) Second mémoire des détenus. Prairial. Arch. de TAube, L. 1S02. Les détenus demandèrent aussi qu'on laissât entrer les journaux, notammeiit le Journal des Débats et Décrets qu'ils regardaient comme le plus instructif et le plus exact.

(2) Dél. mun. des 28 brumaire et 23 germinal. Arch. de Troyes.

CONDUITE DE LA 6ABDE SOLDEE. 301

vent présidait dans le corps-de-garde à des orgies bruyantes. Quelquefois les détenus se révoltaient contre de semblables procédés ; le général Morard- Labayette fut du nombre. Il y eut une rixe entre lui et le capitaine (1). La commune fut informée de ces actes de violence. Meunier, pour prévenir l'effet des griefs énoncés contre lui, accusa les suspects de conspiration, et produisit, à l'appui de ses assertions, un procès-verbal signé par deux gardes, qui rétractèrent leur déposition dans l'interrogatoire auquel ils furent soumis. Il se plaignit de la démission de plusieurs de ses volontaires, parce qu'ils n'étaient pas payés^ et qu'ils étaient découragés, selon lui, par la conduite insolente et vexatoire des détenus à leur égard (2). La commune fit faire une enquête; mais elle fut dirigée par deux anciens membres du comité révolutionnaire, qui donnèrent raison à Meunier, et firent mettre au cachot pendant quinze jours le détenu Barrette pour avoir méconnu l'autorité d'un officier municipal (3).

L'arrestation de Meunier, qui eut lieu le mois suivant, désorganisa la garde. Trois de ses membres s'étaient prêtés à l'évasion de La Motte, le mari de la comtesse de La Motte, qui joua un rôle si triste dans l'affaire du Collier. La Motte avait des rendez-vous sur le rempart voisin avec la femme d'un négociant de Troyes, qui était lui-même incarcéré. Le concierge, la femme compromise et

(1) DéL muD. du 12 germinal.

(2) Extrait des délibérations de la Société populaire du 3 prairial. Ârch. de Troyes.

(3) Hist. du Terrorisme, p. 34 et 80. Dél. mun. du 4 prairial.

302 RÉCLAMATIONS DES SECTIONNAIBES.

sa servante furent également mis en arrestation comme complices {l).Les détenus crurent l'occasion favorable pour réclamer de nouveau contre la garde soldée; la commune la licencia le 27 messidor, considérant qu'elle formait une corporation contraire à la loi sur le gouvernement provisoire et révolutionnaire (2). C'était s'en apercevoir un peu tard. La garde soldée fut remplacée par des gardes nationaux, rétribués à raison de 45 sous par jour.

L'arrestation de Meunier et le licenciement de la garde soldée avaient été amenés par l'énergie avec laquelle les sectionnaires n'avaient cessé de réclamer contre les mesures dont ils étaient l'objet. Le comité de salut public ayant converti les bâtiments de l'ancienne école militaire de Brienne en ateliers de construction pour les transports (3), les sectionnaires avaient été ramenés à Troyes à la fin de février, et renfermés au Grand-Séminaire. Ne voalant pas être confondus avec les suspects, ils demandèrent à plusieurs reprises à la commune, soit de les rendre à la liberté, soit de les transférer dans la maison d'arrêt. « Notre place, disaient-ils, n'est pas dans une maison de réclusion. Nous avons besoin de communiquer avec le public pour nos affaires... Ne soyez pas arrêtés par le manque de place ; tandis que nos braves soldats sont couchés

{{) Dél. des 25 et 26 messidor. Arch. de Troyes. Interrogatoire èi S. Arch. de TAube. L. 1467. Le concierge et les gardes soldés furent jagèt par le tribunal criminel le 25 fructidor. Meunier fut acsquitlé; mais 1b gardes I>enuchot, Savin et Legau furent condamnés à être dégradés de b qualité de citoyen français. Arch. du Palais-de-Justic«.

C^) Dél. mun. Arch. de Troyes.

(3. Déi, du comité du 30 pluviése. Imp.

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