‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 220 sur 351 · ARRESTATION DES AMIS DE ROUSSELIN · texte numérisé non relu

ARRESTATION DES AMIS DE ROUSSELIN

particuliers, soit aux autorités constituées (1). La Société populaire, exaspérée par l'attitude résolue de ses adversaires, redoublait de violence; Déan, Sergent, Debary, faisaient retentir la tribune des motions les plus extrêmes. Les séances se passaient en dénonciations et en querelles particulières. Les meneurs de la Société, qui formaient une commission dite des Vingt-quatre, essayaient de réveiller les passions révolutionnaires; Tun d'eux osa dire qu'ils étaient les seuls patriotes de Troyes. Les spectateurs, placés dans les tribunes, protestèrent avec emportement; une rixe faillit avoir lieu. Un membre de la commission des Vingt-quatre s'écria que les tribunes étaient salariées pour causer da tumulte. Cette apostrophe provoqua un tel désordre qu'il fut nécessaire de lever la séance (2).

Les anciens membres du comité révolutionnaire se réunissaient le soir dans un jardin situé à Saint- Martin et dans la maison des notaires, et souvent ne se séparaient qu'à une heure avancée de la nuit (3). Ils pressentaient le péril qui les menaçait, et cherchaient ensemble à le conjurer. Leurs appréhensions étaient fondées. Pecquereau avait été incarcéré le premier (4). Un ordre du comité de salut public, daté du 26 juin, prescrivit l'arrestation des plus ardents partisans de Rousselin, au nombre de douze. Parmi eux se trouvait Rondot fils, accusé d'avoir détourné à son profit une partie des richesses du trésor de Saint-Pierre, et son

(1) Dél. du comité de la 5" section.

(2) Lettre de Loyez, du 4 messidor. Arch. de l'Aube, L. 1509.

(3) Dél. des comités de section des 28 et 30 prairial.

(4) Le 22 prairial. Lettre d'Antoine, du 30.

et on avait trouvé cette exagération « ridicule chez une femme. » Le serrurier Royer avait eu une querelle à propos de fruits sauvages qu'il avait achetés; ses vendeurs avaient été ses dénonciateurs. Un porte-faix n'avait commis d'autre crime que d'être le tambour de la compagnie de grenadiers, « réputée ennemie du peuple. » Un tailleur avait seulement « tenu quelques propos dans le vin. » Un perruquier était resté huit mois en prison pour « avoir témoigné des regrets sur les pertes que la révolution lui avait fait éprouver. « Un domestique y était retenu depuis huit mois « pour son attachement à des maîtres aristocrates;» un autre, pour avoir manifesté le regret d'avoir perdu sa place chez des ci-devant. Enfin, il se trouvait parmi les détenues une enfant de quatre ans, Marie Damoiseau, fille d'émigré, que son âge ne soumettait pas à la loi.

C'était un acte de rigoureuse justice que de mettre en liberté ces hommes et ces femmes coupables seulement de propos imprudents, et cette enfant de quatre ans incapable même de comprendre la cause de sa détention. D'autres détenus, suspects d'aristocratie, furent relâchés pour des motifs divers ; l'un d'eux, parce qu'il était regardé comme un « homme de toute nullité, incapable de faire le bien ou le mal ; » un autre, parce que « son caractère était doux et tranquille. » L'avocat Lerouge avait été indifférent à la Révolution, « comme tous les hommes de loi ; » son désintéressement et sa popularité plaidaient en sa faveur. Il fut parmi les suspects mis en liberté. L'ancien administrateur Mouchet, Patris fils, Morée, employé

Page 1