ENLÈVEMENT DE LA GUILLOTINE
de sortir de prison provisoirement pour s'occuper de leurs affaires. Après l'arrestation de Rondot, le conseil général protesta contre la guillotine, élevée par Rousselin : « A quoi bon, dit un de ses membres, cet appareil effrayant qu'on a aflfecté de laisser sur la place publique... au milieu d'un peuple paisible, vertueux, ami de la constitution; c'est lui faire injure que de laisser sous ses yeux les instruments qui servent à punir le crime. » Cette motion fut approuvée, et Ton écrivit à l'accusateur public de « donner des ordres pour que l'échafaud de la guillotine existant sur la place du Marché-au-Blé fût démonté le plus tôt possible et rétabli dans le local qui lui était destiné (1). »
Le comité de salut public cependant ne se pressait pas d'agir. Avant d'entendre Robert et Guélon, il envoya à Troyes un ancien procureur-généralsyndic du département de l'Aisne, nommé Polycarpe Pottofeu, avec la mission apparente de rechercher les fabricants et les colporteurs de faux assignats, mais dans le but réel de faire une enquête sur ce qui s'était passé depuis la fin de décembre. Pottofeu changea de logement deux jours après son arrivée pour aller s'établir à l'auberge où logeait Rousselin; entouré par les révolutionnaires, il les rassurapar son langage et par ses promesses. Il voulut se mettre en rapport avec les comités de section pour connaître leur opinion sur les divisions de la commune. Le comité de la quatrième
(1) Dél. mun. du 12 messidor. Lettre du 14, Arch. de Troyes. Il est
vraisemblable que l'échafaud, que Rousselin avait donué l'ordre de dresser
sur la place Saint-Pierre, avait été transféré au marché au blé, lieu où se faisaient d'ordinaire les exécutions.