ÉLARGISSEMENT DES SECTIONNAIRES
joie de la foule; on les mena au pied de Tarbre de la liberté, où Loyez prononça un discours enthousiaste; on les reconduisit en triomphe jusqu'à leur domicile, en exaltant hautement Garnier, dont le zèle infatigable avait éclairé le comité de salut public. La municipalité s'associa à l'enthousiasme général; après avoir rapporté l'arrêté par lequel elle avait adhéré au certificat de Rousselin, elle envoya à la Convention une adresse dans laquelle elle lui disait : « Vous avez mis la justice à l'ordre du jour. » L'agent national du district rendait un compte exact de l'effet produit par la délivrance des sectionnai res, en écrivant au comité de sûreté générale : « Ce serait en vain que j'essaierais de vous peindre la joie et la sécurité publique. C'a été au-dessus de toute expression (1). »
Ainsi, tandis que la Terreur était plus sanglante que jamais à Paris, où les victimes étaient de jour en jour plus nombreuses, tandis que la plus grande partie de la France tremblait sous la tyrannie révolutionnaire, la ville de Troyes se livrait à la joie la plus vive. Le comité de salut public, dont les décisions étaient trop souvent maudites, avait rendu en faveur des citoyens incarcérés un arrêté juste et bienfaisant. Pour la première fois depuis quatorze mois, les citoyens honnêtes triomphaient; leurs adversaires étaient livrés à la justice. La sé-
(l) Dél. etcorr. mun. des l", 2 et 4 thermidor. Arch. de Troyes. Journal du Département, Lettre de Loyez du 3. Registres des comités de section. Arch. de l'Aube, L. 1502 et 53. Voir aussi : Adresse à la Convention nationale renfermant l'expression des sentiments du peuple Troyen sur la liberté rendue à ses concitoyens, victimes de Rousselin et de ses complices, i" thermidor a^n ii. In-i" de 2 p. signé Grand-Janny . commis au bureau de l'administration générale du district.
314 PROCÈS DE ROOSSELIN.
curité revenait; la confiance renaissait. Elles furent de courte durée.
Le 20 juillet (2 thermidor], Rousselin et ses adhérents, au nombre de quinze, comparurent devant le tribunal révolutionnaire. Gâchez, déjà poursuivi pour faux, et Sergent, également cités, étaient absents. Les accusés trouvèrent un ardent défenseur dans le représentant David Delisle. Après la lecture de Tacte d'accusation, qui reproduisait presque tous les griefs énoncés dans V Adresse de Guélon, David attesta le patriotisme de tous les accusés, et les représenta comme des victimes de l'esprit de fédéralisme, dont à ses yeux Guélon était animé. Celui-ci fut entendu; essayant en vain de conserver sa qualité de dénonciateur, il demanda avec instance la lecture des pièces, qui renfermaient les preuves de ses inculpations; il ne put l'obtenir. — Les jurés les examineront dans leur chambre, répondit le président Dumas. — Guélon insista; il réclama l'exhibition des pouvoirs de Rousselin; ils étaient sous les scellés. Garnier (de l'Aube) essaya d'appuyer ses énergiques réclamations; en qualité de représentant, il fut autorisé à parler; son intervention fut inutile. Les témoins François Chaperon et Carette , députés par la Société populaire, firent l'apologie des accusés et se répandirent en attaques contre Guélon. Comme celui-ci voulait protester, le président lui dit : Tu n'as pas la parole, et termina brusquement les débats par un court résumé.
Les jurés avaient à répondre à la question suivante : « Les inculpés sont-ils convaincus de s'être déclarés ennemis du peuple, en usurpant les pou-