‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 224 sur 351 · PROCÈS DE RO€SSELIN · texte numérisé non relu

PROCÈS DE RO€SSELIN

voirs civils et révolutionnaires, en abusant de ces pouvoirs pour exercer des concussions et exactions sur les citoyens, s'en approprier les produits, mettre à prix leur liberté, protéger les aristocrates à prix d'argent, désorganiser les autorités, calomnier la Convention nationale, et tenter par ces moyens, par le découragement des bons citoyens, l'immoralité et toutes autres manœuvres de complicité avec les traîtres Danton, Hébert et autres, l'anéantissement du gouvernement, la dissolution de la représentation nationale, le rétablissement en France de la royauté et de tout autre pouvoir attentatoire à la souveraineté nationale? » Sans examiner les pièces qui étaient au nombre de trente-cinq, le jury, au bout de cinq minutes, répondit négativement à cette question multiple, qui énonçait des intentions absurdes, comme le rétablissement de la royauté, au milieu de griefs trop sérieux. Rousselin et ses complices furent en conséquence acquittés (1). Le tribunal révolutionnaire, depuis trop longtemps, ne condamnait plus que des innocents.

Pour achever son œuvre, il ordonna aussitôt après l'acquittement, sur le réquisitoire de Fouquier-Tinville, l'arrestation de Guélon comme prévenu de faux témoignage en l'audience du jour. L'ordre fut immédiatement envoyé à Troyes de mettre les scellés sur ses papiers, et Guélon fut conduit à la Conciergerie pour y attendre les

(1) Sénart raconte que, chargé d'examiner les papiers de Rousselin, après son arrestation, il y trouva les preuves les plus certaines de sa justiÀcalion. {Mémoires de Sénart ^ p. 143). Pourquoi Rousselin ne produisit-il pas ces papiers?

*316 EFFET DE l'ACQUITTEMENT DE ROUSSKLIN.

résultats de Tinstructioii dirigée contre lui (1).

La nouvelle de Tacquittement de Rousselin et de ses adhérents parvint à Troyes au moment où la population était encore sous l'impression de la joie causée par la délivrance des sectionnaires. La Société populaire retentit d'acclamations le 23 juillet, en apprenant le jugement du tribunal révolutionnaire; cependant un membre parla en faveur de la concorde, et proposa de bannir à jamais les expressions de scélérats et de sectionnaires. Il fut applaudi vivement (2). Rondot, revenu à Troyes, fut réintégré, ainsi que Debary, Fèvre et Forgeot, dans ses fonctions municipales. Le conseil général de la commune, constant dans sa faiblesse vis-à-vis des plus forts, les rappela à l'unanimité, en acclamant leur innocence. Les autres fonctionnaires acquittés recouvrèrent de même leurs places (3). Les terroristes attendaient avec impatience l'arrivée du représentant Maure pour achever leur triomphe et la proscription de leurs ennemis; ils les menaçaient de leur vengeance; ils annonçaient déjà l'exécution de Guélon; ils avaient compté sans le 9 thermidor.

Ce fut au milieu des impressions diverses produites à Troyes par Tarrôté du comité de salut public et le jugement du tribunal révolutionnaire

(1) Archives nationales. \V. 426, n<> 960. Affaire Rousselin, Rondot fils, etc. Hist. du TerronsmCy p. 40 à 43. Lettre de Fouquier, du 4 thermidor. Arch. de Troyes. L'agent national de la commune envoya le 6 tous les papiers de Guélon. Les acquittés, outre Rousselin, étaient Rondot, Hadot, Fèvre, Thomas, Pecquereau, Baucheron, Déan, Garnier, Bajot, Ride, Bourdon, Debary, Rambourgt fils, Forgeot et Meunier. Moniteur , n" 307.

(2) Journal du Département,

(3) Dél. mun. des 7, 8, 9 et 10 thermidor. Arch. de Troyes.

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