EFFETS DU 9 THERMIDOR
que Ton apprit la chute de Robespierre, auquel Gamier (de TAube), dit-on, avait porté le dernier coup, en lui criant : « Malheureux, le sang de Danton t'étouffe (1). » Les administrations, sans se rendre au premier abord un compte exact des conséquences de la révolution qui venait de s'accomplir, applaudirent à la proscription de Robespierre et de ses partisans, comme elles avaient applaudi aux proscriptions précédentes (2). En les voyant renversés par ceux qui longtemps avaient été leurs complices, elles ne pouvaient comprendre que leur chute allait amener la fin de la tyrannie odieuse et sanglante, que Thistoire à qualifié avec justice du nomade régime de la Terreur.
Issu du 1 0 août 1 792, le régime de la Terreur commença à s'établir à Troyes au mois de mars 1793,etytriomphacomplètementau mois d'octobre de la même année par la chute des républicains modérés, appartenant à l'aristocratie du commerce, et par l'avènement aux fonctions municipales des révolutionnaires les plus ardents, qui se qualifiaient eux-mêmes de sans-culottes. C'est alors que se forma le comité révolutionnaire sous l'influence de Gamier abusé parleurs dénonciations; c'est alors que Rousselin vint exercer à Troyes, au
(1) La plupart des historiens, notamment MM. Thiers et de Lamartine, attribuent à Garnier cette apostrophe que le Moniteur ne reproduit point.
(2) Encore une fois, écrit le 13 le district à la Convention, vous avez sauvé la patrie... Nous vous félicitons des mesures vigoureuses que vous avez employées pour exterminer les tyrans conspirateurs. Arch. de l'Aube, L. 33. Adresse de la municipalité du 14. « Achevez l'ouvrage que vous avez commencé, » écrit-elle à la Convention. Le 25, elle rédige une adresse où elle s'applaudit de voir « tomber sous le glaive de la loi les nouveaux tyrans. » Cette adresse est adoptée à l'unanimité, le 6 fructidor, avec « un plaisir vraiment républicain. »
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profit de leurs intérêts, un pouvoir sans précédents, sans scrupules et sans frein. Contre l'arbitraire du commissaire national civil, les républicains trouvèrent dans les sections l'appui que donnent presque toujours aux causes justes les majorités libres d'exprimer leur opinion. Les membres de la classe moyenne, qui avaient applaudi à la Révolution, retrouvèrent un instant pour en combattre les excès, l'énergie qu'ils avaient employée à en faire triompher les principes. Le maire Gâchez dut se retirer devant le soulèvement de la conscience publique; mais ses accusateurs furent victimes de leur courage, et l'incarcération des sectionnaires, par ordre du représentant Bô, laissa la domination aux sans-culottes. Grâce à la modération naturelle au caractère troyen, ils ne se portèrent pas aux excès les plus violents; ils savaient qu'ils étaient en minorité, et que les sympathies les plus nombreuses étaient pour les sectionnaires. Pendant l'hiver et le printemps de 1794, la ville fut soumise au despotisme de la Société populaire et des administrations composées en grande partie des créatures de Rousselin; mais les sections restaient attachées à ceux qui avaient défendu leurs droits, et lorsque la mort de Danton priva Rousselin de son influence et bientôt de sa liberté, elles se levèrent pour soutenir ses accusateurs et demander justice contre lui. Elles eurent la satisfaction de voir ses complices arrêtés, la guillotine renversée, et les portes des prisons ouvertes pour les sectionnaires. Au moment où la France était plus accablée que jamais sous le joug humiliant qu'elle subissait depuis le 31 mai, on respira li-