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ÉPURATION DES AUTORITÉS

rêtés par ordre de Bô, ni parmi les terroristes récemment acquittés par le tribunal révolutionnaire (i). On expulsa des administrations les partisans les plus ardents de Rousselin; on les remplaça par des patriotes sans notoriété, presque tous dépourvus de talents, mais qui s'étaient tenus en dehors des excès politiques (2). Truelle-Rambourgt fut nommé président du directoire départemental. Sutil et Labouret rentrèrent au directoire du district, dont la présidence fut donnée à Gérard, cultivateur à Liébault (3). Les membres du tribunal criminel furent maintenus (4). Loyez resta agent national du district; mais Tagent national de la commune, Rondot, fut remplacé par Bouille, Les fonctions de maire furent rétablies, et Louis Mignot, tanneur, fut appelé à les remplir. Il y eut aussi des changements parmi les oflSciers municipaux (5), les membres du conseil général de la commune, les juges de paix et leurs assesseurs. Les premières paroles de Maure, en arrivant, avaient été : « Paix et union entre les patriotes, et guerre aux aristocrates. » Il s'y conforma en

(1) Journal du Département du 24 thermidor.

(2) Au directoire du département, Pecquereau, Raverat, Dupuy, Garnier et Thomas furent remplacés par Massey, marchand; Machon, ex-maire à Bar-sur-Aube; Laurent, tapissier; Brasiey et Grasson. Maure destitua Raverat, comme ancien prêtre, et révoqua ensuite la nomination de Brasiey, contre lequel il avait été porté des dénonciations graves. Arch. de TAube, L. 355.

(3) Antoine et Picard restèrent membres du directoire, et eurent pour adjoints Goujon, professeur, et Lauchin, chapelier. Arch. de l'Aube, L. 51.

(4) Le tribunal du district fut ainsi composé : Gorrard, président; Suzor, professeur; Pavie, notaire à Piney; Jourdain et Hany, rentiers, juges.

(5) Les ofRciers mtmicipaux: furent : Dallemagne père, Hérard-Dret, Vijlers, Gueu, Ghaulmet, Dupont-Abit, Boyau, Déan père, Bourlier, Ruelle, L.-P. Boyau, Lavocat-(^ignier, Seguin, Faitot.

écartant à la fois des emplois publics les créatures et les victimes de Roiisselin et de Bô.

Les noms des nouveaux fonctionnaires furent proclamés le 23 thermidor par Maure, dans le temple de la Raison; ils prêtèrent serment entre ses mains. C'était le second anniversaire du i 0 août. Une marche civique termina la fête; on se rendit aux Charmilles, où la musique exécuta les airs patriotiques, et où Ton chanta plusieurs hymnes en rhonneur de la liberté et des victoires de la République. L'allégresse était générale, car la veille, après avoir revu avec son conseil les tableaux des détenus, Maure avait signé l'élargissement de soixante-dix d'entre eux (1).

Il lui était en effet impossible de résister au mouvement généreux de l'opinion publique qui, dans toute la France, ouvrait les prisons et rendait les innocents à la liberté. Après avoir ordonné d'élargir d'abord les derniers sectionnaires enfermés à la maison d'arrêt, il fit un choix parmi les suspects du Grand-Séminaire. Un certain nombre d'entre eux appartenait aux classes laborieuses; beaucoup avaient été arrêtés pour des causes iniques ou puériles. Ainsi une femme Berlot, « de la classe des pauvres sans-culottes, » avait été enfermée pour avoir dit qu'elle se moquait du décadi, un jour qu'on lui reprochait d'être parée un ci-devant dimanche. La citoyenne Sainte-Marie avait poussé jusqu'à l'exagération le patriotisme.

(l) Journ, du Département , du 24 thermidor. Brion, concierge du temple, reçoit 18 liv. le 26, « pour avoir nettoyé le dedans et les portiques, et placé les chaises. » L'église avait été évacuée le 13 par les prisonniers. Comptes de Saint-Pierre, collection de M. Pigeotte.

et on avait trouvé cette exagération « ridicule chez une femme. » Le serrurier Royer avait eu une querelle à propos de fruits sauvages qu'il avait achetés; ses vendeurs avaient été ses dénonciateurs. Un porte-faix n'avait commis d'autre crime que d'être le tambour de la compagnie de grenadiers, « réputée ennemie du peuple. » Un tailleur avait seulement « tenu quelques propos dans le vin. » Un perruquier était resté huit mois en prison pour « avoir témoigné des regrets sur les pertes que la révolution lui avait fait éprouver. « Un domestique y était retenu depuis huit mois « pour son attachement à des maîtres aristocrates;» un autre, pour avoir manifesté le regret d'avoir perdu sa place chez des ci-devant. Enfin, il se trouvait parmi les détenues une enfant de quatre ans, Marie Damoiseau, fille d'émigré, que son âge ne soumettait pas à la loi.

C'était un acte de rigoureuse justice que de niettre en liberté ces hommes et ces femmes coupables seulement de propos imprudents, et cette enfant de quatre ans incapable même de comprendre la cause de sa détention. D'autres détenus, suspects d'aristocratie, furent relâchés pour des motifs divers ; l'un d'eux, parce qu'il était regardé comme un « homme de toute nullité, incapable de faire le bien ou le mal ; » un autre, parce que « son caractère était doux et tranquille. » L'avocat Lerouge avait été indifi'érent à la Révolution, « comme tous les hommes de loi ; » son désintéressement et sa popularité plaidaient en sa faveur. Il fut parmi les suspects mis en liberté. L'ancien administrateur Mouchet, Patrisfils, Morée, employé

326 DÉTENUS DU GRAKD-SSMIHAIKS.

aa département, les firères Bourgeois et Traelle- ChambouzoD, furent également élargis (1].

Il restait cependant environ 1 50 détenus, dont quelques-uns étaient encore à la maison d'arrêt. Maure ordonna qu'ils seraient tous réunis au Grand- Séminaire. Il y fit réintégrer les suspects autorisés à rester chez eux avec des gardes. Les règlements intérieurs de cette prison n'étaient plus observés depuis le 9 thermidor ; on n'était plus au temps où Meunier réglait les heures de promenade, en criant dans les corridors : Lâchez les hommes ou lâchez les femmes. Même alors, quelques détenus, en perçant une cloison, avaient pénétré dans le quartier des femmes, et se réunissaient dans la chambre de l'une d'entre elles pour prendre des collations, faire de la musique, entendre des vers. Après la chute de Robespierre, on supprima la séparation des hommes et des femmes; les réunions furent plus fréquentes, et, dans l'attente d'une libération prochaine, on se livrait aux jeux de cartes et de société, et même à la danse (2). Maure essaya de rétablir une discipline plus sévère, en défendant toute communication avec le dehors, en limitant les heures de promenade, et en réglant la nourriture qui resta la même pour les riches et pour les pauvres (3).

Maure, qui, dans ses missions précédentes, avait

(i) Journ, du Département, Arrêté de Maure, avec les causes des arrestations. Copie manuscrite communiquée par M. L. Pigeotte.

(2) Mémoires inédits du comte de Lamotte-Valois, p. 322 et suiv.

(3) Arrêté de Maure, du 25 thermidor. Dél. mun. des 3 et 6 fructidor. Le traiteur Thermeau s'engagea à nourrir les détenus suspects moyenuaiit 45 s. par jour. Arch. de Troyes.

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