‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 231 sur 351 · MAURE AU CLUB DES JACOBINS · texte numérisé non relu

MAURE AU CLUB DES JACOBINS

été impitoyable pour les aristocrates, se trouvait dans une grande perplexité d'esprit; son caractère le portait à céder aux sollicitations des amis des détenus, qui le pressaient de compléter son œuvre de justice en les rendant à la liberté; ses antécédents ne le lui permettaient pas. Malgré les éloges de la municipalité (1), il lui semblait « errer dans une mer inconnue, » et il se rendit à Paris pour « connaître la conduite qu'il avait à tenir. » Lorsqu'il se retrouva à la tribune des Jacobins, subissant l'influence de l'esprit qui y régnait, il prononça un discours violent et déclamatoire contre l'élargissement des aristocrates, et contre « la fausse humanité, qui, semblable à un esprit de vertige, s'était emparée de tous. » Il compara la Révolution à une route par laquelle devait passer le char rapide du gouvernement; il était juste et prudent, selon lui, d'en faire disparaître tous les obstacles; « ces obstacles étaient les partisans de l'aristocratie; et le seul moyen de les en écarter, c'était la réclusion (2). » Qui pourrait croire que quinze jours après, le 7 septembre, Maure ordonna l'élargissement de cinquante-cinq nouveaux suspects détenus au Grand-Séminaire, et qu'il fut accusé à la Convention d'avoir fait mettre en liberté 26 prêtres et 18 femmes d'émigrés? Garnier de l'Aube lui-même s'associa à l'accusation portée contre lui, et blâma sa conduite en disant : « Maure, tout en aff'ectant le rigorisme, a usé en-

(1) Elle envoya une adresse à la Convention dans laquelle elle disait : Les opérations de Maure ont comblé les vœux de tous. Dél. mun. du 2 fructidor. Arch. de Troyes.

(2) Séance du club des Jacobins, du 5 fructidor. Moniteur, n^ZiO,

Page 1