SUSPECTS
on avait trouvé chez lui quatre lettres de son neveu, alors à Fribourg, et deux exemplaires du Testament du Roi (1). C'était ce môme testament que le Journal du Département avait pu reproduire impunément, à la fia de janvier, dans ses colonnes. La simple possession de ce document était devenue, deux mois plus tard, un motif d'arrestation.
A la suite de ces perquisitions, les corps administratifs de la ville prirent de nouvelles mesures de précaution et de rigueur contre les suspects et lea prêtres insermentés. Une liste des suspects dut être dressée. Il fut enjoint par la municipalité d'écrire lisiblement les noms de toutes les personnes, habitant chaque maison, sur un tableau collé, et non cloué, placé à six pieds de haut. Chaque section fut requise de nommer un comité, composé de douze citoyens, pour surveiller les étrangers domiciliés ou de passage (2). Un habitant de Lusigny, nommé Fréminet, fut à la même époque traduit devant la police correctionnelle de Troyes, pour avoir tenu, i< dans la joie d'un festin, )> des propos contre-révolutionnaires. Dans certaines parties du département, les populations fouillaient les bois pour y découvrir des émigrés, dont on avait signalé la présence ; aux environs de Bar-sur-Aube, on démolissait et l'on pillait la ferme de la Fosse- <ip Ronde, sous le prétexte d'y faire des perquisitions. Le curé de Voigny excitait les démolisseurs, et la gendarmerie était impuissante à mettre un terme
(1) Arch. de l'Àube, L. 12.
(2) Arrêtés des l*' et 24 avril 1793. Journal du Département.