LETTRE SAISIE
à leurs excès (1). La Société des Amis de la Liberté' ne cessait de réclamer des mesures arbitraires. Elle demandait une perquisition chez le directeur des messageries Boulland, entre les mains duquel on avait vu une liste de patriotes, qui aurait pu devenir contre ceux-ci une liste de proscription; elle insistait sur le désarmement complet et sans réserve des suspects de la ville. Quelques jours plus tard, elle demandait qu'ils fussent mis en état d'arrestation, ainsi que les parents des émigrés (2). Le conseil général du département lui répondit qu'aucune loi ne l'autorisait à prendre cette mesure, sur laquelle les représentants Gamier etTurreau n'avaient pas cru pouvoir se prononcer, mais qu'il transmettrait la pétition de la Société à la Convention.
Ces exigences nouvelles de la Société des Amis étaient motivées par la découverte de la correspondance d'un émigré, qui avait amené l'arrestar tion de plusieurs habitants de la ville. Une lettre, timbrée de Bâle, à l'adresse de Lemuet et C*% rue du Dauphin, à Troyes, fut saisie à la poste de Langres. Elle fut ouverte; au premier abord, elle ne paraissait traiter que d'affaires de commerce ; mais, soumise à l'épreuve du feu par le maire de Langres, elle laissa apparaître, entre les lignes, d'autres caractères tracés avec une encre sympathique que la chaleur rendait visible. Il fut facile de reconnaître dans cette lettre Is^ suite de la cor-
(1) Le 29 mai 1793. Dossier criminel. Àrch. de l*Aube, section judiciaire, 1159.
(2) Pétitions du 23 avril et du 2 mai 1793. Arch, de Trpyes ^ 4» l'Aube.
respondance d'un émigré. Elle était en effet écrite par le fils de Pierre de La Huproye, et Lemuet était seulement l'intermédiaire qui devait la faire parvenir au destinataire. On y parlait aussi de Tabbé Maydieu, et de Gaulard, chez qui Ton trouva deux flacons d'encre sympathique, pareille à celle doqt l'émigré s'était servi.
Sans nul doute, si la lettre était tombée entre les mains des autorités de Troyes, celles-ci se seraient efforcées de dérober les habitants de la ville aux conséquences terribles qui pouvaient résulter pour eux de la découverte d'une semblable correspondance. Les révolutionnaires prévenaient parfois leurs concitoyens du danger auquel ils étaient exposés, et c'est ainsi que Piot de Courcelles parvint à s'y soustraire, grâce à un avis que lui donna son voisin, Loncle. Une lettre adressée à Piot par son frère, et signée des lettres de son nom placées en sens inverse, Toip, fut saisie. Sur le conseil de Loncle, Piot de Courcelles nia énergiquement connaître cette signature, et échappa ainsi à la rigueur de la loi (1). Mais la lettre adressée à Lemuet avait été arrêtée à Langres ; l'administration départementale de l'Aube en avait été saisie oflSciellement. Elle fut donc contrainte d'ordonner l'arrestation, non-seulement de Lemuet de Mauroy et de Pierre La Huproye, mais de Gaulard et de Maydieu. Ils furent incarcérés le 26 avril (2), à l'exception de Gaulard, qui parvint à gagner l'é-
(1) Notes manuserites communiquées par M. Pigeotie.
(2) De La Huproye fut éeroué le 27, par les soins de Chaperon Taîné, huissier de police.