JUGEMENTS DU TRIBUNAL CRIMINEL
servi en partie « à des orgies notoires, aux voyages faits à Paris pour obtenir la commission révolutionnaire, et au salaire des applaudissements qui appuyaient à la Société populaire les motions les plus sanguinaires et les plus immondes. » Mais elle était devenue légale, le jour où le comité de salut public en avait ordonné le versement au trésor, et dès lors les agents qui l'avaient perçue ne pouvaient en être déclarés responsables. Le tribunal disait en vain : « Le devoir de la justice, qui plane sur l'univers, qui n'est pas assujettie au thermomètre des passions et des événements, est de réparer les torts que l'on a faits au nom de l'égalité et de la liberté (1). » A la fin de 1793, un pareil langage, s'il eût été possible, aurait été courageux et opportun; mais en 1795, il subissait l'influence des événements et n'était plus que l'organe des passions du moment.
Le même jour, le tribunal criminel condamnait par contumace, à six ans de fers et à l'exposition pendant six heures, l'adjudant Fleury et un autre officier de l'armée révolutionnaire, accusés d'avoir volé des armes et des chevaux à Lamotte, de Barsur-Aube, arrêté par ordre de Bouille, et transféré au Grand-Séminaire, d'où il avait voulu s'évader en juillet 1794. Les deux officiers, qui avaient quitté Troyes depuis longtemps, ne furent exposés qu'en effigie, et profitèrent plus tard de l'amnistie de brumaire an iv (2).
(1) Jugement du 19 fructidoran m. Registres du tribunal criminel.
(2) Audience du même jour. Le comte de Laraotte-Valois publia en 1824 un Mémoire contre ces deux officiers, Fleury et Codant^ et contre Rousselio (in-i** de 23 p.), auquel on répondit dans une Note-sommaire, qui nie l'exis-