HENRI LA RIVIÈRE
pendance, la sagesse, rhonnêteté de Lanjuinais étaient connus de tous, et soixante-treize départements racclamèrent et tinrent à honneur d'être représentés par lui. On sait avec quelle généreuse énergie il parla dans le procès du roi; on se rappelle avec quelle intrépidité il défendit, le 2 juin, avec la cause des Girondins, la cause de la liberté. 11 y resta fidèle pendant sa longue carrière, et donna Texemple trop rare dans notre pays d'un inébranlable attachement aux principes qu'il avait professés au début de sa carrière.
Henri La Rivière, député du Calvados, avait été proscrit comme Lanjuinais; comme lui, il avait réussi à se soustraira à la fureur meurtrière de ses adversaires. Dans la séance où il fut décrété d'arrestation, il se trouvait à côté d'un conventionnel, qui l'assurait de son attachement. Tu voteras pourtant contre moi, lui dit Lanjuinais. L'autre protesta avec indignation, et quelques instants plus tard, troublé ou dominé par les clameurs des tribunes, il vota la proscription de son ami. La Rivière, rentré à la Convention, s'y montra plus ardent que Lanjuinais, en défendant la même cause que lui. Plus tard, il crut que la monarchie pouvait seule rendre à la France les garanties d'un gouvernement stable ; conformant sa conduite à ses principes, il refusa de servir l'Empire, et quoique pauvre, se démit en 1830 de ses fonctions de conseiller à la cour de cassation. Il unissait à un caractère énergique et noble, une âme honnête et loyale (1).
(1) Détails communiqués.
372 CONVENTIONNELS NON EÉÉLUS.
Lanjuinais fut élu par 158 voix, La Rivière par 149. Bailleul, député de la Seine-Inférieure, dont la notoriété était moindre, ne fut nommé qu'à un second tour de scrutin. Les anciens représentants de TAube eurent de 28 à 14 voix; cependant la Convention, qui s'était chargée de compléter les deux tiers de ses membres, destinés à rester dans les conseils, désigna les trois plus modérés d'entre eux, Duval, Bonnemain et Douge pour faire partie du corps législatif(l). Courtois, qui avait été, après la chute de Robespierre, un de ses accusateurs les plus ardents (2), fut appelé au conseil des Anciens. Ludot fut élu dans le Pas-de-Calais. Garnier était alors en mission auprès des salines de la République dans le Doubs. Ses concitoyens avaient oublié les services qu'il leur avait rendus, et aucun d'eux ne lui fit part des résultats de l'assemblée électorale de l'Aube. Vingt jours après, demandant des renseignements sur ses opérations, il écrivait, avec un sentiment d'amère ironie, que « si les habitants de l'Aube avaient été dirigés, comme la Convention, par un inexplicable esprit de profondeur, il se pourrait très-bien qu'il n'eût pas été réélu (3). » Il le fut cependant, ainsi que Robin et David-Delisle , par les électeurs de la Guyane,
(1) Séance du 4 brumaire. Moniteur,
(2) Voir ; Rapport fait au nom de la commission chargée de Vexamen des papiers trouvés chez Robespierre, par E.-B. Courtois, député du département de VAube. — Paris, an m, in-S" de 408 p.
(3) Lettre de Garnier, du 11 brumaire. Arch. de l'Aube, L. 1401. Il savait que la Convention avait réélu Duval, Bonnemain et Douge. o On ne peut, écrit-il, qu'applaudir au discernement de la Convention, qui a toujours été comme Tégiise dirigée par TEsprit-Saint, tellement que cela n*en est pas moins merveilleux à vos yeux qu'aux miens. »