JUGEMENT DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE
plus nombreux que ses condamnations. Néanmoins, Lemuet et De La Huproye furent condamnés à la déportation à la Guyane, et à la confiscation de leurs biens. L'arrêt prescrivit, en outre, de brûler au pied du grand escalier du Palais trois exemplaires d'une brochure royaliste, qui avaient été saisis chez De La Huproye (1).
Quant à Tabbé Maydieu, il fut acquitté. C'était un littérateur distingué et fécond, auteur de plusieurs romans religieux et moraux, tels que la Vertueuse Portugaise et VHonnête Homme, et d'une Vie de Grosley, qui n'est pas sans intérêt (2). Le président du tribunal, en ordonnant sa mise en liberté, fit allusion à ses succès littéraires, en lui disant : « Le tribunal me charge de vous inviter à continuer à faire de vos talents le même usage que vous en avez fait jusqu'à présent pour le bonheur de vos concitoyens, c'est-à-dire, à continuer de joindre aux lumières de Solon les vertus d'Aristide. » Aussi n'est-il pas surprenant que Maydieu, en publiant le texte du jugement, ait fait le plus grand éloge du tribunal qui l'avait acquitté (3).
Il suffit cependant, pour faire apprécier ce tribunal et la législation qu'il appliquait, de rappeler qu'il venait de condamner un père à la déportation pour avoir reçu une lettre de son fils. Après la Terreur, ce jugement inique fut révisé par le comité de législation de la Convention; il décida que Le-
(1) Elle était intitulée : Adresse des émigrés à Varmée française. Jugement du 30 mai. Archives de l'Aube, 4, Q. 103.
(2) Voir sur Maydieu : Mémoires sur les Troyens célèbreSy II, p. 128.
(3) Jugement du tribunal révolutionnaire de Paris,,, qui acquitte le citoyen Jean Maydieu.,. Sainton, in-4° de 4 p.