‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 272 sur 351 · MARCHES · texte numérisé non relu

MARCHES

Quoique la récolte eût été plus abondante qu'eu 1794, la municipalité était toujours contrainte de recourir aux réquisitions pour assurer les subsistances de la ville. Le rétablissement des marchés ne produisit point les résultats qu'on en attendait. Le 14 novembre 1795, au lieu de 2,000 boisseaux attendus, on en apporta 805; le 25, on n'en reçut que 715. Quarante personnes se portèrent en tumulte à la maison commune et on dut leur permettre d'aller chercher eux-mêmes des grains à Montgueux. La ville fut obligée de prier le département de prélever sur la contribution foncière en nature les grains nécessaires à son approvisionnement. Faute de numéraire, le grain n'arrivait plus au marché que par force et pour ainsi dire « à la pointe de l'épée (1). » Les gendarmes étaient à chaque instant envoyés dans les communes ; ils logeaient chez les réquisitionnaire§ en retard, et se faisaient donner par eux 6 1. par jour, jusqu'à ce que les livraisons eussent été faites. De son côté, la municipalité engageait les citoyens de Troyes à seconder ses vues, en traitant- sans défiance les cultivateurs qu'ils éloignaient par leurs procédés (2). Ces recommandations furent inutiles. Le 7 janvier 1796, les voitures qui arrivaient au marché furent assaillies; et l'on perça les sacs qu'elles contenaient. Le 30, les cultivateurs furent contraints de livrer leur blé au-dessous du cours fixé par le département ; le 6 février, le grain fut arrêté, déchargé et partagé dans les rues avant

(1) Dél. mun. des 4 et 29 frimaire. Corr. mun. du 25 frimaire.

(2) Proclamation du 26 brumaire. Placard.

384 NOMINATION DE SUTIL.

d'arriver au marché ; le 1 4, on allait sur les routes, jusqu'à douze lieues de Troyes, au-devant des voitures pour s'en partager le contenu. On envoyait les gendarmes et les cavaliers en station dans la ville pour rétablir l'ordre; ils n'y parvenaient pas. L'administration municipale, dont on accusait la mollesse et l'indifférence, finit, après deux mois de démarches, par obtenir du ministre 1 0,000 quintaux de blé sur le ûiagasin de l'impôt*. Elle les fit distribuer à partir du 18 février au Bon-Pasteur, dans la rue des Bains et à l'Oratoire, au prix de 260 1. le boisseau. L'afiluence fut moins grande au marché, où l'on interdit d'acheter plus d'un boisseau à la fois, et l'ordre y fut désormais rétabli (i). Les administrations étaient animées des intentions les meilleures ; malheureusement elles furent paralysées par les tendances révolutionnaires du directoire exécutif, composé exclusivement de conventionnels qui avaient voté la mort du roi. Une loi inique avait interdit aux parents d'émigrés de remplir des emplois publics; elle atteignit Gabriel Pavée, dont le beau-frère avait émigré. Les fonctions de commissaire national, après avoir été confiées provisoirement à Louis Ruotte, ancien administrateur de Bar-sur-Aube, furent données définitivement par le Directoire exécutif à Pierre- François Sutil, qui avait été maintenu par Rousselin dans le directoire du district (2).. Une autre nomination fit un plus grand scandale; Debary, ancien

(1) Correspondance des agents nationaux du département et de la muni* cipalité, en nivôse, pluviôse et ventôse an m.

p) Nommé le 27 nivôse, il fut installé le 10 pluviôse. Arch. de TAube, L. 25.

Page 1