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NOMINATION DE BOUILLE

membre du comité révolutionnaire, et naguères poursuivi comme terroriste, fut nommé commissaire national du canton de Saint-Lyé. Sutil luimême blâmait un pareil choix, et écrivait au ministre : « Le Directoire a été égaré en nommant un homme dont la conduite a été violente et les actes plutôt amnistiés qu'innocentés (1). »

Le choix du commissaire national près la municipalité de Troyes fut inspiré par le même esprit révolutionnaire. On sait le rôle qu'avait joué Bouille pendant la Terreur; on se rappelle de quelle manière il avait rempli à Bar-sur-Aube la mission que Rousselin lui avait confiée. Plus récemment, à la fin de septembre 1795, il avait fondé avec Sergent, Benoît Chaperon et d'autres hommes appartenant au même parti, un cercle, situé dans une des salles dih collège, sous le prétexte d'y lire les journaux et papiers-nouvejles (2). En lui donnant les fonctions importantes de commissaire municipal, le directoire semblait braver l'opinion publique qui 8*était prononcée avec tant de force, au moment des élections, contre les principes de la Terreur. Bouille lui-même sentit l'embarras de sa situation, et il ne se rendit à son poste que lorsque la municipalité l'eut engagé à venir le remplir (3) .

Sutil montra plus d'ardeur et moins de convenance. Brûlant du désir de se distinguer, animé d'un zèle inquisiteur qu'il mit au service de sa cause, il dénonça les autorités de Troyes comme

(1) Lettrés da 25 ventôse et du 24 floréal. Arch. de TAube, L. 342,

(2) Registre de la Permanence, du 8 Yendémiaire an iv.

(3) Corr. mun. du 14 pluviôse.

386 DÉNONCIATIONS DE SUTIL.

étant composées en partie de parents d'émigrés et de provocateurs d'arrêtés séditieux; il signalais rôle que Parisot et ses amis avaient joué pour faire repousser les décrets de fructidor. Par malheur pour Sutil, la lettre dans laquelle le ministre de rintérieur répondait à ses accusations fut ouverte par un administrateur, et le commissaire national ne fut plus connu que sous le nom de grand dénonciateur. Parisot vint lui reprocher sa conduite, et justifia la sienne. Il écrivit à Duchâtel- Berthelin et à Missonnet, qui lui promirent de le défendre, ainsi que les administrateurs, auprès du ministre; mais Sutil, qui se qualifiait d'Argus du département, continua ses attaques contre ses adversaires, et ne cessa de les desservir, soit par ses dénonciations, soit en les tournant en ridicule (1). Le Carnaval de l'an iv fut très-animé; la population, lassée des émotions politiques, n'avait plus d'ardeur que pour le plaisir. Un soir, raconte Sutil, un administrateur fut rencontré dans la rue Moyenne par une bande de masques, qui le ballottèrent en riant ; plus loin, il fut arrêté par un autre citoyen masqué, qui laissait entrevoir un sabre sous son déguisement, et qui, en le regardant sous le nez, lui adressa des menaces grossières. Le commissaire national tirait parti de cet incident pour se plaindre du défaut de police, et pour manifester des craintes sur le maintien de l'ordre. Il signalait les actes des prêtres réfractaires ; il se vantait de les avoir fait rentrer dans les trous d'où

(l) Lettres du 19 pluviôse et du 9 ventôse. Arch. de l'Aube, L. 340 et

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