‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 284 sur 351 · THÉÂTRE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE

sances prolongées, pouvait s'écrier, comme Finot :

... Quoi ! dans ces jours inaudits

Chacun s'amuse ainsi qu'au temps jadis (i).

En ejBfet, pendant l'hiver de l'an iv, la Société civique et dramatique reprit le cours de ses représentations avec un succès égal à celui de l'année précédente (2). Pendant le carnaval, son maître de musique fut autorisé à donner tous les jeudis un concert suivi d'un bal dans le foyer de la salle de spectacle (3). Une troupe de comédiens succéda à la Société civique au printemps de 1796; ses pièces devaient être soumises à la censure municipale. Sutil engagea les acteurs à rehausser l'esprit public par un choix de pièces républicaines et par 1» décence. « Il faut ressusciter les ouvrages des grands maîtres, disait-il avec raison, et surtout les pièces patriotiques de l'auteur de Cinna et des Horaces, bannir les misérables croquis plutôt faits pour les tréteaux que pour le théâtre, et les pièces qui insultent au bon sens et tournent en dérision les vertus domestiques. » Sutil achevait en recommandant de jouer les jours de décade, afia de « rendre au peuple ses habitudes républicaines, qu'il oubliait pour chômer le dimanche comme par le passé (4). »

Aussi les commissaires nationaux du département et de la municipalité «'efforçaient-ils de faire

(1) Annales troyennes, n" 14 et 15. Voir Y Annuaire de 1872.

(2) Elle fut autorisée, le 4 vendémiaire an iv, à doubler le prix de sa places. Le 28 frimaire, il fut ainsi fixé : premières loges, 25 liv.; secondesi 15 1.; parterre, 6 1. Arch. de Troyes.

(3) Dél. mun. du 14 pluviôse.

(4) Lettre du 5 floréal. Ârch. de l'Aube^ L. 342.

célébrer avec le plus d'éclat possible les fêtes nationales, qu'ils regardaient comme l'un des plus puissants moyens que possédât le gouvernement de s'attacher les citoyens et de leur faire pratiquer leurs devoirs (1). Ces fêtes n'étaient jamais tombées en désuétude. CellQ du 23 thermidor an m, pour l'anniversaire du 10 août,"avait donné lieu aux manifestations accoutumées sur la place des Charmilles (2). L'anniversaire du 21 janvier ne fut pas non plus oublié. Sur l'instigation de Bouille, on célébra à Troyes, le 10 germinal, la fête de la jeunesse. Les jeunes gens de seize ans, que la crainte d'une nouvelle levée d'hommes rendit moins nombreux, y prirent l'inscription civique, et reçurent des armes, qu'ils jurèrent de ne porter que contre les ennemis de la patrie. Un autel de la Patrie, sur lequel on voyait la déesse de la Jeunesse, avait été dressé sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Lorsque les autorités constituées vinrent prendre place sur le perron, l'orchestre joua : Où peut-on être mieux quau sein de sa famille. Le président de la municipalité, Babeau, prononça sur la morale, les droits et les devoirs du citoyen, un discours « plein de dignité. » La fête se termina par des courses à pied aux Charmilles, où les prix furent donnés par le doyen des vieillards, et par des danses dans la grande salle du palais où Ton installa un orchestre de quatorze musiciens (3).

(1) Dél. du 15 thermidor an iv.

(2) Précis de l'anniversaire du 10 août, 23 thermidor an III, ce' lébré à Troyes, Sainton, in-8» de 8 p.

(3) Ils reçurent 2,800 1. Les travaux de la fête coûtèrent en assignats : 4,000 1. de couronnes et bouquets; 12,525 pour le menuisier; 8,000 I. de

On célébra le 1 0 floréal la fête des époux, dont un couplet définissait ainsi le but :

Le républicain Honore Thymen.

Aussi cette journée Des époux heureux Montre dans nos jeux • La vertu couronnée (1).

Le 10 messidor fut consacré à la fête de l'agriculture. Ces fêtes n'avaient pas la signification politique que pouvaient présenter les anniversaires du 10 août, du 22 septembre et du 9 thermidor. La célébration de ce dernier anniversaire donna lieu à un arrêté de la municipalité, qui souleva de vives et justes critiques. Comme le mauvais temps avait troublé la plupart des cérémonies oflScielles, on décida que dorénavant elles auraient lieu dans l'intérieur de Saint-Pierre, que les ministres du culte étaient tenus de mettre à la disposition des autorités, toutes les fois qu'elles le jugeraient convenable (2). Lefebvre et Bouille prononcèrent à la fête du 9 thermidor des discours sur les malheurs de l'anarchie et sur les devoirs des citoyens. La fête du 23 fut célébrée sur le mail de la Madeleine par des courses à pied et à cheval, dont les vainqueurs reçurent des sabres pour prix (3); La fête de la fon-

décoratien. Corr. mun. des 6, 8, Il et 29 germinal an iv. Lettre du 15. Arch.de l'Aube, L. 342.

(1) Couplets patriotiques pour la fête des époux. 10 floréal an ir. Saintox, in-S" de 7 p.

(2) Corr. mun. du 9 thermidor an iv. Annales troyennes, n° 10.

(3) Annales troyennes, n** 4. Les frais de ces fêtes furent : menuiserie, 76 1.; peinture et décorations, 481.; tapissier, 8 L; feuillages, fruits, couronnes, 49 1.

INTERDICTION d'uNE PIÈCE DE THEATRE. 401

dation de la République, qui eut lieu le 1" vendémiaire an V, fut annoncée la veille et le matin par les cloches de toutes les églises. On y récita des vers patriotiques de Finot, et les musiciens du théâtre y exécutèrent des quatuors (1).

Si les agents nationaux et ceux qu'on appelait les républicains exclusifs triomphaient sans conteste dans les fêtes civiques, ils rencontraient parfois au théâtre une vive opposition. L'Intérieur des comités révolutionnaires de Ducancel était alors dans toute sa vogue ; cette comédie, qui était jouée à Paris depuis plus d'un an, peignait sous des couleurs vives et vraies les actes des terroristes. Pour satisfaire aux réclamations réitérées des spectateurs, la Société civique et dramatique, qui continuait ses représentations, promit de donner cette pièce incessamment. La municipalité de Troyes, qui ne voulait pas qu'on la jouât, annula l'annonce faite par le théâtre, sous le prétexte que cette représentation pourrait donner lieu à des applications personnelles et réveiller des haines, qu'il était du devoir des autorités d'assoupir.

Les artistes dramatiques se soumirent, en faisant placarder sur tous les murs l'affiche suivante :

Citoyens, nous vous avQns annoncé l'Intérieur des COMITÉS RÉVOLUTIONNAIRES. Un arrêté de la commune, en date du 28 vendémiaire, l'ayant rayé de notre ré" pertoire, nous force de vous donner en place une're^ présentation de Jacquot parvenu, comédie qui n'a jor

(t) Couplets civiques pour la fête de la Hépublique, suivis d'une ode sur les derniers événements, par Finot, chef de bureau au dé" pariement, Saucton, ia-8* de 8 p.

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