ORAGEUSE
Cet avis, rempli d'allusions malicieuses, que la municipalité attribuait aux royalistes, attira au théâtre, le 2 brumaire (23 octobre 1796), des spectateurs nombreux et passionnés, auxquels Tannonce de la Soirée orageuse donnait l'espoir d'une représentation émouvante. Ils ne se trompaient pas. Avant la levéç de la toile, les partisans de Ylntérieur du comité, qui s'étaient comptés et concertés entre eux, en demandent à grands cris la représentation. C'est en vain que Milony, administrateur municipal de service, essaie de les rappeler au respect de la loi ; du haut de sa loge, il leur crie: « Je crois parler à des citoyens, et non à des perturbateurs. Vous avez lu l'affiche des pièces qui devaient être jouées. Si le spectacle ne vous convenait pas, c'était à vous à n'y pas venir. » Ces paroles sont couvertes de huées, et pendant trois quarts d'heure les clameurs ne cessent de retentir. Enfin, le régisseur annonce qu'il cède aux vœux du public; il se défend d'avoir sollicité l'arrêté qui interdisait Ylntérieur des comités, et demande pour les acteurs la permission de jouer le cahier à la main. On lui répond par des applaudissements frénétiques et par des cris d'enthousiasme. La pièce commence. Mais à peine les premiers mots ont-ils été prononcés, que les révolutionnaires qu'on qualifiait aussi de Jacobins, placés au parterre, se lèvent, mettent leur chapeau sur leurs têtes, réclament les pièces annoncées sur l'affiche, et brandissent leurs bâtons contre les partisans de Ylntérieur des comités. Ceux-ci, qui étaient pour la plupart des jeunes gens