‹ Histoire de Troyes pendant la révolutionChapitre 29 sur 351 · CHUTE DES GIRONDINS · texte numérisé non relu

CHUTE DES GIRONDINS

la République entière qui les désavoue. )> C'était blâmer en termes éloquents l'intervention des tribunes, qui plus d'une fois pesa d'une manière funeste sur les délibérations de la Convention. Cette adresse, votée par les trois corps administratifs, se terminait par la demande d'une constitution. « La Constitution, dit-elle, la Constitution, c'est le cri de la France entière, de la France agitée et inquiète, qui veut la Liberté, qui brave tous les tyrans de l'Europe... » Le tribunal criminel, le tribunal de district, et même la Société populaire de la ville, adhérèrent à ces vœux, inspirés par le désir légitime de voir s'établir un gouvernement régulier.

Dix jours plus tard, les Girondins qui, comme les corps administratifs de Troyes, voulaient fonder une République dont la vertu aurait été la base, et où la Liberté eût été à jamais garantie, succombaient sous les attaques d'adversaires disposés à ne reculer devant aucun obstacle pour faire triompher leurs desseins. Ils succombaient, parce que, animés d'intentions supérieures à leurs actes, ils firent trop souvent fléchir leurs principes devant les clameurs des clubs et des tribunes, s'épuisèrent en attaques stériles, et manquèrent de fermeté devant un parti dont la principale force était l'audace. Parmi eux se trouvait Rabaut-Saint-Etienne, député de l'Aube, membre du comité des Douze. Il fut décrété d'accusation, le 2 juin, avec trente de ses collègues (1). Dan^s plusieurs départements, des

(1) Rabaut figure deux fois dans le décret d*arrestatioa ; ce qui explique comment l'on porta à 32 le nombre des Girondins proscrits. M. Ternaux, t. TU, p. 418.

tentatives de soulèvement eurent lieu en faveur des proscrits. L'Aube resta calme. Ses administrateurs, tout en étant sympathiques à la cause des Girondins, acceptèrent, comme de coutume, les faits accomplis : <( Le 31 mai, écrivit le directoire départemental au Comité de salut public, a frappé d'inquiétude les esprits ; mais pas un seul mur^ mure contre la Convention nationale. On s'est rallié autour du principe d'unité qu'elle représente. L'administration s'est bornée à des vœux généreux pour le bonheur public (1). » Un citoyen de Barsur-Seine osa plaider courageusement la cause des Girondins (2). Les corps administratifs de Troyes se prononcèrent moins ouvertement en leur faveur en rédigeant, le 14 juin, une adresse dans laquelle ils disaient :

« Législateurs, il est donc vrai que trente-deux représentants du peuple ont trahi sa confiance, ou que la calomnie les a arrachés du rang suprême où le peuple les a placés.

» Douze jours se sont écoulés depuis cette terrible catastrophe, et les coupables ne sont pas encore connus. Qu'il tombe aujourd'hui, qu'il tombe à l'instant le masque qui couvre à la fois la vérité et l'imposture, l'innocence et le crime.

(1) Lettre du 18 juin 1793. Arch. de l'Aube, L.' 313.

(2) Le citoyen Claude-Gabriel Laurey à la Convention nationaUf 9 juin, in-4'' de l2 p. « Rappelez au milieu de vous ces généreuses victimes de l'intrigue, » disait-il en parlant des Girondins. II attaquait Marat avec une singulière hardiesse. « Un homme, écrivait-il, que j'appelle le Gassandre dégoûtant de ces pantins méprisables dont sont chargés les tréteaux publics, voit enfin son parti triompher et dicter des lois à la France. • Laurey, un instant incarcéré à Troyes, fut traduit^ le 29 nivôse an ii^ de vant le tribunal révolutionnaire, qui l'acquitta.

» Législateurs, n'ajournez pas la justice. »

C'était, sous une forme singulièrement prudente, une protestation contre les proscriptions arbitraires de la Convention. La Société populaire ne s'y méprit pas ; elle refusa de s'y associer. Cette adresse fut plus tard dénoncée au club des Jacobins (1), et la commune de Troyes y fut inculpée d'incivisme. Quant au conseil général de l'Aube, il fut accusé par le député Garnier d'avoir pris part à la coalition de plusieurs départements contre la Convention. Le conseil protesta contre cette imputation, et son président Raverat fit des démarches à Paris pour la réfuter. « Je suis indigné contre Garnier, écrivit-il le 22 juillet ; j'irai ce matin au Comité de salut public, et je le dévoilerai comme un calomniateur. Je présume que je n'aurai pas de peine, car je suis assuré que le département de l'Aube est bien noté (2). » L'adresse du 14 juin était sans doute oubliée, et l'on savait que ses auteurs essayaient moins que jamais de résister aux hommes hardis et sans scrupules, qui étaient désormais les maîtres de la Convention et de la France.

(1) Histoire du terrorisme exercé à Troyes.,,, an m, in-S" de 90 p., p. 84.

(2) Adresse du 19 juillet 1793. Lettre du Tl. Àrch. de TAube, L. 313 et 1401.

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Pendant q:»? Lm CoiSTesiti >si el le pays étaient li- Trés à la Tiolence drspartEs^ les armées soutenaient sur les fironûères Ilionaear du nom français. L'orgueil de la Tictoire avait succédé au découragement produit par les premiers revers ; mais les départements voisins du théâtre de la guerre supportaient toujours lourdement les charges du passage des troupes et de leur approvisionnement. On a vu plus haut combien, pendant le mois de septembre 1792, la ville de Troyes en avait été accablée. Les districts n'en souffraient pas moins. Une lettre du 26 septembre, écrite à un député par Boulland, curé dé Bar-sur-Seine, trace un saisissant tableau de la situation. « Nous voyons tous les jours, disait-il, non sans surprise, des jeunes gens de Perpignan, de Tarbes, du pays de Lavaur, passer par ici pour aller à l'armée du Centre et du Nord, tandis qu'en même temps il en repasse qui viennent du nord pour aller à l'armée du Midi. Ces recrues sont sans souliers, la plupart estropiées.

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